Camille, Camille, Camille, Sophie Jabès, Lucernaire

camille

Camille, Camille, Camille, trois comédiennes pour une femme unique

Comme s’il fallait trois actrices pour représenter une personnalité aussi plurielle que celle de Camille Claudel. Comme si elle avait traversé trop de questionnements et d’épreuves pour être jouée par une seule personne. Comme si le théâtre ne pouvait égaler ni même rivaliser avec la réalité. Elles sont trois. Trois Camille Claudel, chacune sur une parcelle délimitée de la scène. Chacune cantonnée à un seul âge, une seule période de la vie de l’artiste.

La première, la plus jeune, est partagée entre la soif de reconnaissance en tant qu’artiste, femme qui plus est, et l’admiration qu’elle voue à son maître Auguste Rodin, dont le talent est partout reconnu et qui joue de séduction avec elle.

La deuxième perd déjà pied. Elle a succombé aux charmes de Rodin, puis a souffert son abandon, son indifférence et, peu à peu, à force de ruminer sa rancœur et son amertume, persuadée d’avoir gâché son talent pour un mensonge amoureux, elle sombre dans des délires paranoïaques.

La troisième est internée depuis 20 ans. Elle crie cette injustice, son malheur, mais c’est avec calme et beaucoup de recul qu’elle revisite les épreuves qu’elle a traversées. Terribles dilemmes d’être artiste, talentueuse et femme, à l’ombre d’une célébrité, d’un génie, dans une société encore trop masculine.

On ne se lassera jamais d’adaptations de la vie de Camille Claudel tellement celle-ci est complexe, passionnante, historique. De Camille, Camille, Camille, on retiendra surtout la force et l’autorité de Clémentine Yelnik et l’émotion contagieuse de Vanessa Fonte, qui par leurs interprétations, permettent de s’approcher un peu plus de l’immense sculptrice.

 

jusqu’au 22 novembre 2014

Au Théâtre du Lucernaire

Texte Sophie Jabès

Mise en scène Marie Montegani

Avec Nathalie Boutefeu, Vanessa Fonte et Clémentine Yelnik

Plain Spoken

Naturaliste du rock, John Mellencamp était avant un cougar qui rugissait. Il se plait désormais dans la peau d’un vieux lion assagi redécouvrant les racines de la musique américaine.

John Cougar Mellencamp. Il fallait oser à l’époque ! Avec un tel nom, on vous attendait certainement au tournant. Surtout lorsque vous chassez en plus sur le territoire du Boss, Bruce Springsteen. Longtemps, John Cougar Mellencamp ressemblait à un ersatz du chanteur du New Jersey. Même style. Même élan. Et parfois même succès (sur le territoire américain essentiellement).

Les années passent. Le Cougar disparaît et l’homme se cache de moins en moins derrière ses chansons populaires et entêtantes. Mellencamp devient de plus en plus intéressant au fil des années. La maladie le rattrape et le ressuscité revient depuis quelques années avec des albums résolument vintage, confiés à T Love Burnett, spécialiste de l’americana, ce style qui revisite les racines du rock, les plus profondes.

Quatre ans après l’excellent et intimiste No Better than This, le chanteur revient à un rock plus proche de ce qu’il faisait avant même si les guitares ont conservé une nonchalance un peu rétro. Mellencamp est moins excité : il sait ce qu’il doit faire. Il aime ses ritournelles qui parlent des problèmes d’aujourd’hui. Comme Springsteen, il scrute son époque avec une énergie, un peu émoussée, mais qui s’entend encore dans ce 20e album.

Plain Spoken appartient à cette catégorie de disque qui mélange acte militant, rock réel et poésie typiquement américaine, entre description de la réalité et beauté de l’espoir américain. Ca peut être mal compris mais Mellencamp fait du patriotisme, un objet honnête et beaucoup moins grotesque que les politiciens.

Sa musique est pour nous exotique. C’est ce qui fait le charme de ce vieux lion qui aimerait encore rugir longtemps !

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Notre festoche: Coldplay

Massacre à la tronconneuse

C’est d’abord une déception. Avec un titre comme Massacre à la Tronçonneuse, le film de Tobe Hooper est plein de promesses. Son personnage charismatique, Leatherface, fascine obligatoirement avec son masque de peaux et son impressionnante carrure. Et des petites étudiantes au charme des années 70 restent de parfaites victimes pour le boogeyman à la tronçonneuse.

Pourtant le film n’est pas du tout sanglant. Son exploitation et son interdiction en France ont fait le boulot d’un objet filmique dangereux. Pourtant il n’y a pas trop de sang dans ce film en sueur. C’est peut être l’ambiance qui fait vraiment mal. Mais pas de fontaine rouge ou de découpages de corps ! Pour cela, Saw et ses suites hardcore sont beaucoup plus choquantes… et nulles.

Donc quand vous êtes jeunes et amateurs de films d’horreur, vous êtes déçus par ce film archétypal et fondateur du slasher, qui fera le bonheur de John Carpenter ou Wes Craven pour citer les petits maîtres du genre.

Quand vous approchez la quarantaine, comme le film aujourd’hui, revoir Massacre à la Tronçonneuse est un petit bonheur. Car au-delà des archétypes qui s’inventent sous nos yeux, le film est une brillante mise en scène.

On peut toujours y voir le sous texte politique. Hooper pourrait y dénoncer la politique américaine qui envoyait ses jeunes à l’abattoir, au Vietnam. Le film critique une Amérique conservatrice et grille le mythe texan et aventurier. Pour lui, la violence représente la dégénérence d’une Nation. A 28 ans, Tobe Hooper est un révolté.

Mais cela se traduit par une mise en scène brutale, percutante, audacieuse, qui livre ses secrets à chaque vision. C’est le plaisir qu’offrent les chefs d’œuvre. Au fil du temps, Massacre à la Tronçonneuse obtient ce statut. Plus que Délivrance, la violence est contrôlée par un style qui évite tout cynisme et travaille le spectateur entre dégoût et fascination.

La terreur vient uniquement des plans, de leur couleur, leur texture, leur agressivité. C’est spectaculaire. Sur la carcasse d’un western, le réalisateur de Poltergeist donne à voir une manière inhabituelle et cohérente de filmer l’horreur, les bizarreries et la violence.

Il teinte son film de mystères autour de la famille de cannibales et même ses pauvres victimes. Peut être est ce dû au tournage chaotique et connu pour être malsain (acteurs sous tension, la mafia qui participe au montage financier, effets spéciaux dégoutants avec carcasses puantes, les légendes sont nombreuses autour du film) mais ce refus de tout expliquer est la première et bonne impression pour déstabiliser le spectateur.

La suite des sentiments est une succession d’effets de terreur. Ils sont tous réussis et nous bousculent encore, quarante après. Le film dégomme même la production actuelle. La vacuité des films d’horreur aujourd’hui est flagrante et désolante (un téléphone portable et un type caché dans un placard, et hop, un nouveau Parnormal Activity). La ressortie et la restauration du film de Tobe Hooper est un vrai bonheur. Il semble nous dire en permanence : de l’audace, de l’audace, de l’audace !

Songs of Innocence

Bono a toujours une grande gueule et veut représenter les opprimés du monde entier. The Edge porte toujours des petits chapeaux fantaisies. Ardam Clayton continue de ressembler à une comptable se prenant pour une rock star. Comme Dorian Gray, le batteur Larry Mullen Jr ne vieillit plus. C’est tellement troublant que le groupe a décidé de le mettre seul sur la couverture de leur treizième album studio.

Parce que les jeunes n’achètent plus de disques, Bono et sa bande sont de fins commerciaux et ont d’abord balancé leur nouvel effort sur iTunes. Des millions de téléchargement plus tard, le groupe matérialise enfin le disque et peut être que ca intéressera les moins jeunes. Il est beaucoup question de jeunesse dans Songs of Innocence.

On devine le temps qui passe chez ses héros du rock, un peu fatigués mais toujours heureux de lutter contre Coldplay, Muse et autres spécialistes anglais des stades. Ca les ronge ce passé. Les Irlandais font donc remonter de nombreux souvenirs grâce au talent du producteur DangerMouse.

Certains sons sont empruntés aux premiers disques du groupe. Très bonne idée. D’autres chansons sont des hommages aux Ramones ou aux Clash. U2 fait toujours du son pop rock pour le Monde entier mais s’aventure avec un peu de fébrilité sur des terrains personnels. On les sentirait presque fébriles.

Le disque ne sera jamais Achtung Baby, révolution géniale du groupe, mais après cinq années d’attente, U2 tente encore des choses au lieu de s’arrêter à quelques hymnes pour foule en délire. Ils sont moins feignants que certains. Ils n’inventent plus rien mais leur carrière est assez riche et les producteurs, assez malins, pour revitaliser la flamme qui habite ce quatuor indestructible, engagé et parfaitement agaçants. Ils continuent d’intriguer. Songs Of Innocence n’est toujours pas l’album de trop qu’on leur a tant promis.

Island - 2014

Notre festival d’animation: Shugo Tokumaru

Quand le requin dort

Une jeune femme raconte sa famille. Comme nous sommes en Italie, ils sont tous un peu fous et composent un ensemble baroque, où la folie se conjuguent avec le grotesque ou la beauté. Tout dépend de la personne. Il y a la grand mère qui parle trop. Il y a la mère malade. Le fils mélomane. Le père absent. La tante pulpeuse et toute une tripotée d'amants.

Milena Agus est une romancière à succès. L'exotisme de son écriture est réel. La profondeur derrière ses descriptions poétiques est palpable à travers ce court roman. La fiction aide à imposer quelques réalités et vérités qui ne sont pas pas toujours bonnes à dire, lire ou décrire.

Pourtant elle le fait avec une certaine grâce et une fausse candeur, qui pourtant finit par agacer. Car finalement ce premier essai de l'écrivain (qui sera reconnu chez nous avec Mal de Pierres) accumule avec gentillesse des poncifs sur les familles dysfonctionnelles.

Milena Agus, la fille de Sardaigne, souligne les non dits de la société rigide mais aligne des personnages un peu trop caractériels pour être attachants. Certains sont transparents et d'autres, trop imposants. On aime la tante et sa libido un peu farfelu mais le portrait des hommes reste fade. On finit par s'ennuyer, à rebondir de névroses en psychodrames. Comme le requin du titre, on aurait bien tendance à somnoler.

168 pages - Livre de Poche

TRATANDO DE HACER UNA OBRA QUE CAMBIE EL MUNDO,

Comment décrire cet objet sans modèle, ce jamais vu, ce spectacle inouï de la jeune compagnie chilienne LA RE-SENTIDA ? (suite…)

Puzzle 14

Il ne bouge pas. Il ne changera pas. On ne va pas lui en vouloir! Paul Personne trace sa route sans aucun doute et toujours avec cette rage de faire du rock en version française. Champion de la guitare, il continue de se prendre pour le Stevie Ray Vaughan d'Argenteuil.

A 64 ans, il apprécie faire couiner sa six cordes avec un talent inégalable dans notre hexagone. Il est peut être le seul actuellement à faire réellement du blues rock tout en français. Cela donne des albums qui se ressemblent les uns aux autres mais qui restent foncièrement sympathiques.

Car Paul Personne réalise son rêve. Il joue du rock. Depuis les années 80, il s'est battu pour s'imposer dans le paysage français. Il est devenu une référence. Un talent brut, inégal mais d'une sincérité déconcertante. Il est très difficile de dire  du mal de ce type tellement sa passion déborde sur ses compositions!

Ce quatorzième essai est donc très roots. Il fabrique une nouvelle pièce de son puzzle personnel. Comme les autres, elle part un peu dans toutes les directions pour qu'il puisse jouer de la guitare. Entre blues, rock et pop, il tente des hymnes parfois héroïques, parfois paresseux.

Bizarrement on admire le musicien mais assez peu le compositeur. Les paroles ne sont pas toujours heureuses. Un peu faciles. Les accords de guitare rutilants sauvegardent un intérêt pour des chansons assez classiques finalement. Paul Personne n'arrive pas à étonner. C'est dommage mais c'est le gros défaut de Personne, qui pourtant bataille avec ses armes.

On est toujours indifférent à ses nouveaux titres mais on apprécie toujours le voir jouer et chanter avec une innocence sans âge.

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