“Mère Courage et ses enfants”, Bertold Brecht

“Mère Courage et ses enfants” est une pièce emblématique de Brecht, qui a révolutionné le théâtre traditionnel dans les années cinquante; le Berliner Ensemble (la troupe créée et dirigée par Brecht à Berlin Est) s’est produit sur toutes les grandes scènes européennes avec son langage nouveau, disséminant sa différence. Entre 1947 et 1961, la comédienne Helene Weigel a interprété Mère Courage à 504 reprises!

Du 17 au 26 septembre 2014, 60 après sa première parisienne, “Mère Courage” et le Berliner Ensemble retrouvent le Théâtre de la Ville, dans une mise en scène de Claus Peymann (qui dirige la compagnie depuis 1999).

Le théâtre de Brecht est d’abord politique, essentiellement antifasciste. Fidèle gardien et passeur de cette tradition, Claus Peymann dit: “Le message fondamental de ce théâtre est la solidarité avec les faibles et on y démasque les puissants (…) Par exemple, avec Mère Courage, tous les spectateurs ont compris le message: qui fait commerce de la guerre paie avec la vie des enfants. Tous sont contre la guerre. La représentation terminée, les gens montent en voiture et redeviennent de très normaux petits bourgeois, militaristes, nazis, criminels… Mais l’un d’eux, peut-être, a changé de point de vue.”

Est-ce-que la représentation du 20 septembre 2014 à Paris était figée dans les années 50? Oui et non…

On peut penser que Brecht est manichéen, didactique, “donneur de leçon”, ce qui le rendrait plutôt impopulaire aujourd’hui. Mais il a payé de sa sécurité ses prises de position au cours de sa vie, donc ce qu’il défend, ce n’est pas une simple théorie. En l’occurrence, dans “Mère Courage”, si la conviction qu’il veut partager est le pacifisme, cette chère idée vaut la peine d’être clamée haut et fort aujourd’hui au moins autant que dans les années 50. Et puis, l’art de “démasquer les puissants”: n’est-ce pas l’intention de la plupart des mouvements alternatifs d’aujourd’hui ? Les altermondialistes, les “indignés”, les “Colibris”, Attac, ou l’organisation Avaaz, qui a mobilisé des centaines de milliers de marcheurs pour le climat, aujourd’hui-même dans plusieurs grandes villes du globe? Les luttes conscientes ont encore et toujours besoin de champions et d’éclaireurs.

Et nous qui aimons le théâtre, nous avons encore besoin de Brecht, de ses grands interprètes, de ses chansons et de ses personnages charismatiques.

 

Le Berliner Ensemble présente 2 spectacles en ce moment au Théâtre de la Ville (en allemand, surtitré):

–          “Mère Courage” du 17 au 26 septembre

–          “Et le requin, il a des dents…”, Chansons, poèmes et chœurs du théâtre de Bertold Brecht, les 19 et 23 septembre à 20h30

 

jusqu’au 26 septembre 2014

au Théâtre de la Ville

texte de Bertold Brecht

mise en scène par Claus Peymann,

musique de Paul Dessau, par le Berliner Ensemble

Auteur: Audrey Bigel

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