Dog Man Star 20th anniversary Live – Royal Albert Hall

Vestige encore vivace de la brit-pop des années 90, Suede prouve qu'il reste un groupe de scène et qu'il conserve toute sa verve. Un putain de live.

Avec sa mèche bien étudiée sur le front, Brett Anderson avait tout de la tête à claque. En 1993, cette endive prétentieuse montre qu'il a quand même du talent avec le premier disque de Suede qui coup sur coup lance la période glorieuse de la brit-pop et remert au goût du jour le glam-rock, jouant avec les ambiguïtés sexuelles si chères à David Bowie.

Fondé en 1989 à Londres, le groupe était promis à un destin funeste rapide avec un turbulent chanteur dépendant aux drogues et surtout un guitariste inspiré qui claque trop vite la porte, Bernard Butler. Juste avant de partir, les deux hommes et leurs camarades discrets mais solides, réalisent un second disque qui reflètent beaucoup cette partie sombre de leur rock, Dog Man Star.

Un petit bijou, décrié à son époque (Blur sautillait déjà au sommet du hit parade, talonné par ces gros lads d'Oasis qui voulaient leur botter le cul) et qu'il faut réévaluer aujourd'hui. Le groupe nous aide avec ce live anniversaire au Royal Albert Hall, édité en peu d'exemplaires.

Depuis 2010, le groupe s'est reformé. Butler fait toujours la tronche mais le remplaçant Richard Oakes (embauché à 17 ans en 1996) assure toujours aussi bien derrière les guitares alertes du groupe et les riffs flamboyants de quelques uns de leurs hits. Ils font une série de concerts et reprennent goût au travail collectif. En 2013, sort un nouvel et bon album, Bloodsports. Pour la fin de l'année, un nouvel effort est prévu. Suede est un revenant inattendu.

D'autant que sur scène, Brett Anderson n'a plus sa jeunesse mais un sacré coffre et une envie d'en découdre quasi intacte. La guitare virevolte tout autour et les copains discrets qui assurent la rythmique, continuent de rester à l'ombre tout en conservant leur efficacité. Suede rejoue l'intégralité de ce disque mal aimé (pour la bonne cause puisque les recettes sont reversées pour la lutte contre le cancer), les faces B inédites et quelques succès incontournables.

La nostalgie fonctionne à fond: la débauche d'énergie est spectaculaire. Ils avaient tellement sombré dans nos mémoires, que les petits gars de Suede impressionnent, loin du star system. Une résurrection comme on n'en fait plus! L'endive n'est plus là: un vrai dandy (et un bon groupe) est de retour!

Import - 2015

Pageant Material

Elle s'appelle Kacey. Elle est belle. Elle a des jambes sans fin. Elle a un sourire désarmant. Elle fut élevé dans le Texas, à Golden (ça ne s'invente pas). Elle fait de la country. Si l'amour est dans le pré, elle est à coup sûr la belle des champs!

Voilà une jolie chanteuse de country, Kacey Musgraves. Je sais que beaucoup d'entre vous résument le genre à des cow boys républicains et des cow girls avec des fringues pas possibles sortis d'une comédie musicale des années 70. Cette musique sert à faire danser les ploucs, les fachos et autres rednecks!

Mais on sait aussi depuis Johnny Cash que la country a un courant alternatif et souffre des clichés les plus éculés. Kacey Musgraves est étiquetée: charmante bimbo du Texas. La pochette de son disque se moque de cette vilain raccourci.

On tombe sous le charme car ça sonne d'abord juste. Les plus virils voudraient bien jouer au cow-boys et aux indiens avec elle, mais elle calme facilement les ardeurs. Son talent est une bouffée de chaleur.

La chanteuse coquette de Golden nous séduit. Parce que son style est abordable, plutôt simple. On est très loin d'un rock indépendant: à l'exact opposé. C'est bien produit. Le son est léché. Les orchestrations sont agréables à l'oreille. Ca sonne américain avec Slide guitar et banjo. Mais un peu comme dans un rêve! On passe de Dusty Springfield à Allison Krauss avec une aisance déconcertante. Une touche de pop rend la country accessible sans jamais être ridicule.

C'est frais et léger. Ca lave la tête. On se voit bien dans un pickup truck au milieu d'un champs de maïs, avec une vieille maison en bois et un soda dans la main (une Bud pour les plus costauds). De la bonne valeur conservatrice mais gentiment détournée par la chanteuse. Là encore c'est un gros stéréotype que je viens d'imaginer mais avec Kacey Musgraves, cela devient un doux idéal. Cette jeune fille peut vous rendre chèvre! Je vous laisse: je vais faire du taureau mécanique!

Mercury Nashville - 2015

The Program

Une enquête bien documentée mais un film qui pédale un peu dans la choucroute!

La performance de Ben Foster est incroyable. Tout le monde va vous le dire. C’est vrai qu’il est troublant dans son imitation du plus célèbre tricheur du cyclisme. C’est mérité pour ce comédien, habitué aux seconds rôles, découvert par Barry Levinson en 1999 dans Liberty Heights, remarqué et remarquable dans quelques séries B.

Comme un bon vieux briscard adepte des techniques de l’Actor’s Studio, Foster a du se transformer pour être cet athlète ambigu qui a fasciné puis déçu la planète. Car on croyait en ce héros magnifique, qui après la maladie, a décidé de transformer son expérience en moteur pour multiplier les victoires au Tour de France.

A n’importe quel prix ! Stephen Frears, après The Queen, semble apprécier les destins contemporains : Lance Armstrong est un personnage passionnant qui hélas n’inspire pas le scénario le plus dingue que l’on est vu. Au contraire.

De la part d’un cinéaste confirmé, on aurait pu attendre quelques prises de risques. Frears reste très sage dans sa réalisation. C’est avoué par un panneau à la fin du film : ce dernier doit beaucoup au rapport à charges qui a détaillé la fraude monstrueuse et dangereuse du sportif et de ses complices.

Le film dépeint sagement le parcours du cycliste, avide de reconnaissance et de performances. Il y a bien l’ironie anglaise, aidé par le personnage du journaliste qui a osé mettre les pieds dans le plat mais la reconstitution du milieu est faible, entre images d’archives, reconstitutions tristes et un personnage central qui vire au groteque : le bon docteur Ferrari. Le pauvre Guillaume Canet est ridicule avec sa moumoute.

Il y avait matière pour un grand film mafieux (Armstrong se comporte comme un parrain de la pègre) et Stephen Frears réalise une petite épopée, intéressante par sa documentation précise mais tristounette dans sa réalisation. Comme si la désillusion autour du héros déchu avait envahi tout le long métrage. Si peu d’énergie dans un film sur le dopage, c’est franchement bizarre !

Avec Ben Foster, Chris O'Dowd, Jesse Plemons et Guillaume Canet - Studio Canal - 16 septembre 2015 - 1h40

Algiers

Voilà un groupe américain qui a un grand mérite: inventer un genre à part entière. Le Gospel 2.0 vient de naître grâce à un trio très inspiré.

Le Gospel ça vous évoque l'église, les choeurs endimanchés, les chants d'esclave et le film O'Brother peut être! La musique d'Algiers propose une nouvelle version. A l'heure d'internet et des bidouillages électroniques. L'histoire veut que le chanteur du groupe, le charismatique Franklin James Fisher, a écrit ses chansons avec ses deux comparses en s'échangeant des fichiers sur le web.

Le jeune homme étudiait en Europe et ses deux copains étaient restés à Atlanta. Ils se sont retrouvés pour composer un album assez unique en son genre. Loin des standards, leur premier disque a tout de l'ovni sonore qui va vous secouer sérieusement.

L'intensité de la voix est impressionnante. Les musiques froides qui l'accompagnent fabriquent un étrange et délicieux paradoxe: cela renforce toute l'humanité du chant, puissant et sensible. Malgré les machines, Fisher chante avec ses tripes et marque son gospel d'une noirceur étonnante rappelant le corbeau le plus connu du rock: Nick Cave.

Comme lui, il s'enracine autour de paroles sombres et d'une musique habitée. C'est un style assez déroutant, exigeant mais réellement exalté. Il y a une force inouïe qui s'échappe de ces morceaux hantés. On devine la croyance des musiciens pour la musique. Ce drôle de gospel respecte cette tradition d'intensité et même de combats. Ces prières d'un nouveau genre doivent être entendus!

Matador - 2015

Youth

Youth, un regard neuf, perçant mais tendre sur le grand âge, ses désagréments et ses illusions, ses doutes et ses accomplissements. Une œuvre foisonnante et énergisante pour tous les âges de la vie.

Deux vieux bonshommes barbotant dans une piscine, fascinés par une superbe naïade qui occupe presque toute l’affiche : on croirait une référence inversée à l’épisode biblique de Suzanne et les vieillards – une Suzanne fière et délibérément impudique qui nargue les deux vieillards affaiblis. À cet instant, il semble que sa beauté et sa jeunesse triomphantes aient plus de valeur que tous les talents et toutes les distinctions reçues par les éminents personnages qui la contemplent, l’un, Fred Ballinger, compositeur et chef d’orchestre célèbre à la retraite, l’autre, Mick Boyle, réalisateur pour le cinéma qui travaille à son dernier scénario.

Youth aborde avec subtilité et un humour doux-amer le thème de la vieillesse/la jeunesse, de la perception de soi comme « vieux », du passé et de l’avenir selon notre position sur le curseur du temps. Dans le vénérable hôtel thermal au pied des Alpes suisses où les deux vieux amis sont en villégiature, il ne se passe pas grand chose. Les animations des soirées succèdent aux calmes journées ensoleillées ponctuées de bains et de massages… Une succession de courtes scènes, parfois presque des sketches, et de plans mis bout à bout comme pour un reportage composent en pointillés un tableau de la vie de l’hôtel, de ses résidents et de son personnel. Elles font doucement évoluer les deux amis dans leur manière d’envisager la vieillesse – la refuser et vouloir rester actif ou l’accepter comme une période de la vie singulière destinée à la méditation et non plus à l’action. Un autre personnage, jeune acteur venu s’imprégner de son prochain rôle, se pose en spectateur narquois de cette comédie humaine.

Comme dans son précédent film, La Grande Bellezza (2013), le réalisateur s’amuse à montrer les classes aisées sous un jour décadent. D’où une ambiance étrange de purgatoire : dans les couloirs de l’hôtel défilent les patients apathiques en peignoirs blancs, livrés aux mains expertes des aimables soignants ; sur un autre plan, leurs corps sont sagement alignés comme des sardines ou des morceaux de viande. Toujours d’une grande beauté plastique, certaines prises de vue sont osées, par exemple quand d’invisibles projecteurs révèlent les corps flasques ruisselant de sueur dans la pénombre du sauna.

De brusques épisodes viennent parfois rompre ce rythme tranquille, accompagnés d’une musique pop qui détonne bruyamment avec la bande son plus classique, très recherchée, de l’ensemble du film. Un cauchemar de la fille de Fred se transforme ainsi en un clip sauvage de la chanteuse Paloma Faith.

En observateur perspicace et en réalisateur virtuose, Paolo Sorrentino fait de son film un florilège de scènes et de répliques mythiques : Miss Univers – « Dieu » – dans la piscine, le vieux couple guindé épié dans la forêt par les deux amis, un Maradona obèse retrouvant miraculeusement sa souplesse pour jongler avec une balle de tennis… Et une scène extraordinaire : le vieux chef d’orchestre heureux comme un enfant, dirigeant un improbable concert de clarines carillonnant au cou de vaches laitières ! Certaines séquences un peu brèves auraient pu être prolongées, quitte à ne pas retenir toutes les propositions. Le film est presque trop riche, du coup un peu long, et gagnerait peut-être en intensité à être légèrement épuré. Mais son foisonnement d’émotions et de réflexions sur l’âge et la vanité font l’effet revitalisant d’un bain de jouvence.

avec Michael Caine, Harvey Keitel, Rachel Weisz et Paul Dano - Pathé - 9 septembre 2015 - 1h55

Valse 333

Du Québec, on reçoit des nouvelles étranges! Là bas, la musique se réalise en toute liberté et sans contrainte. La preuve avec cette valse d'un nouveau genre!

Attention à Avion, le premier titre du nouvel album de Julien Sagot. C'est un patchwork de sons qui vont vous décoiffer. Vous aérer les écoutilles! Vous faire voyager vers une zone sombre de la chanson française.

Français exilé au Québec, Julien Sagot s'est fait connaître comme l'un des membres du groupe Karkwa avant de décoller pour des aventures plus solitaires et beaucoup plus inattendues. Le premier titre est résolument rock. La suite s'adoucit pour que l'on puisse suivre ce drôle de musicien qui aime bien les collages ou les bidouillages!

Il y a bien un coté avant gardiste: Comme une peinture, on devine l'élan, la colère et l'envie de surprendre. De ne pas coller avec les codes. Son disque est un voyage inconfortable mais souvent intéressant car tout en équilibre, il maintient une logique qui se laisse découvrir au fil des morceaux.

L'adjectif "bruitiste" pourrait bien aller à ce second disque mais il y a surtout une grande sensibilité qui apparaît derrière le bricolage. Il n'a pas peur des dissonances mais il a tout de même le sens de la mélodie. Il sait capter l'attention.

Comme Alain Bashung, il sait nous entraîner dans des rêveries musicales. Comme Tom Waits, il joue la carte artisanale pour sonder une musique atypique. Il aime visiblement les corbeaux du rock, ceux qui prennent de la hauteur, qui ne voit pas leur art comme les autres.

Valse 333 nous emporte vers une contrée rarement visitée. L'avion supersonique du tout début du disque laisse la place à un voyage plus doux et poétique. Comme une valse, on a la tête qui tourne de plaisir!

Ici d'ailleurs -2015

Mémoires d’un fou, Gustave Flaubert, Sterenn Guirriec, Poche Montparnasse

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Seul en scène dans la salle du bas du Théâtre de Poche, William Mesguich livre une interprétation très physique des Mémoires d'un Fou de Gustave Flaubert. En nage, encerclé de feuilles de papier (qu’on devine être des ébauches de son Dictionnaire des Idées Reçues) dont il se saisit frénétiquement, William Mesguich est un Flaubert exalté, presque possédé.

Censé être âgé seulement de 17 ans (l’œuvre date de 1938), il semble pourtant dans un état terminal, amèrement rongé par l'incompréhension de ses contemporains, lui, l'enfant rêveur, amoureux éperdu de poésie. Si jeune et si désabusé, ce "pauvre fou" a contracté "de bonne heure une profonde aversion pour les hommes".

Les amoureux de Flaubert découvriront ou retrouveront dans cette première œuvre, presque un journal d'adolescent, tout son génie et sa maturité, tous deux superbement révélés par le jeu de William Mesguich et la mise en scène de Sterenn Guirriec.

En revanche, on se demande si le trait n’est pas trop forcé quant à l’état mental de l'écrivain qu'on aurait préféré un tout petit peu moins exalté, pour ne rien rater de la puissance du texte. Flaubert ne s’interrogera-t-il pas lui-même, en dédicace de ses mémoires: "Elles renferment une âme toute entière. Est-ce la mienne? Celle d'un autre?"

 

Jusqu'au 8 novembre au Théâtre de Poche - Montparnasse

Mémoires d'un fou de Gustave Flaubert

Adaptation Charlotte Escamez

Mise en scène Sterenn Guirriec

Avec William Mesguich

 

(Du mardi au samedi 19h - Dimanche 17h30)

Francis Lalanne à la dérive et syrien de le dire…

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Voilà, quand ça veut pas ça veut pas, les migrants auront été foudroyés jusqu’au bout de leur périple, décidément, pas de bol people.

Autant, avouons-le, l’élan d’humanisme qui s’empare soudainement de tout ou partie des européens démocrates, artistes compris, pourtant avares pour filer une pièce à un SDF dans les rues du 16ème arrondissement mais, sur ce coup là, seraient près à ouvrir leur appartement parisien à des familles de réfugiés, cqfd, peut forcer une admiration de façade ; autant avouons-le, les quelques journalistes couillus d’I-télé ou du Petit Journal, font du grand reportage « en immersion » en accompagnant des migrants dans leur périple (sur des bateaux de fortune, caméra à l’épaule, sans bouffer ni boire durant des jours, ou Martin Weill qui suit un réfugié de la Grèce à l’Allemagne en passant par les barbelés de la frontière serbe, avec les douaniers rustiques en face de lui prêts à lui mettre une cartouche de kalachnikov dans le front), forcent eux, et sans façade, une admiration de haut rang ; autant, les zombies du showbiz, dont le dernier « succès » remonte aux années 80, mises à part quelques apparitions dans quelque télé réalité, produite par Karl Zéro dont tout le monde a oublié le nom, c’est dire, là, pourraient foutre un mal de mer avec le front en sueur et les envies de gerbes qui vont avec, à n’importe quel marin chevronné, autant dire que pour ceux qui ont déjà le mal de mer, comme moi, les oreilles saignent, le front est en piscine et il faut sortir les grosses bassines pour les expulsions de l’œsophage.

Attention, ne nous trompons pas sur le fait que chacun à le droit à une seconde chance, Francis Lalanne, puisqu’il s’agit de lui, aurait très bien pu avoir un éclair de génie, sortir de sa torpeur ou de sa grotte et, en surfant, même si le procédé consistant à ressurgir grâce ou avec la misère des autres est toujours borderline, sur la vague dark de l’afflux du ¼ monde vers les pays en paix afin d’avoir, eux aussi, une seconde chance, une nouvelle vie, ou le droit de vivre tout simplement, et ainsi nous offrir un hymne vers l’espoir, une ode à la vie, un joyaux d’écriture où tu le monde se retrouve dès les premiers mots, limite reprend en cœur, un « Je suis Charlie » de la chanson, un « We are the people » des temps moderne, t’achètes le disque, tu le télécharges, tu follow et retweet la vidéo sur les réseaux sociaux avec quatre smileys cœurs derrière…oui mais là, bah non.

Peut-être dans le souci d’être compris par les réfugiés fraichement arrivés sur notre terre d’accueil (à part à Béziers, Fréjus ou encore Hénin-Beaumont où les mecs vont retrouver des barbelés dans les pompes de leurs mômes) ne parlant pas (encore) le français mais qui ne demandent qu’à l’apprendre, Francis a dû demander à un élève de CE1 de l’aider pour le texte, vu le niveau, et pour les rimes et l’enchainement des mots, où, à côté, les poésies de fête des mères où « maman t’es belle…gnagnagnagna…comme un soleil…gnagnagnagna » font offices de rimes riches et passeraient de peu pour des candidates potentielles au Goncourt.

Peut-être dans le souci de rester visuellement accessible auprès de populations nourries durant des années de télévision saupoudrée de propagande avec des présentateurs de JT cireurs de pompes d’ayatollah, aux cravates piquées à Roger Gicquel et le tout dans des décors réalisées par l’architecte d’intérieur des chiottes des époux Ceausescu, Francis a trouvé à l’arrache un bout de studio de région parisienne désaffecté, a dû acheter de la moquette verte chez Casto pour en tapisser ledit studio et pouvoir ainsi incruster des images piquées sur Euronews (si si on voit le logo dans le clip)…et mixer le tout pour en faire un clip, cadré par un caméraman qui avait du être pris au saut du lit un lendemain de soirée punch coco planteur…

Peut-être dans le souci que l’on ne le reconnaisse pas de suite ou par nostalgie des sunlights des tropiques, Francis s’est de plus déguisé en Gilbert Montagnier…mais avec les cheveux longs…et sans la voix…Gilbert pourrait bien lui intenter un procès pour « piquage du rôle du chanteur aveugle le plus connu de France »…n’est pas le Stevie Wonder blanc qui veut.

Voilà, cher Francis, sans déconner, nous ne doutons pas que cela partait d’un bon sentiment, que tu as voulu bien faire, que tu sentais qu’il y avait une place à prendre sur la prochaine tournée des enfoirés puisque, après tout, MC Solaar ou Eve Angeli, y sont, eux ; mais non, là non, tu auras vraiment mieux fait de t’abstenir, ou juste pousser un coup de gueule sur Twitter, ou sur ta page facebook, enfin un truc entre potes quoi, pour tes 3 fans.

Vraiment, c’est con, tu viens de repartir pour 20 ans de mise à l’écart, en plus, ta vidéo sur Youtube est entrain de faire marrer tout le monde, sur un sujet aussi lourd et difficile, au moins ça détend un peu l’ambiance mais si des mecs comme Goldman n’ont pas osé faire deux lignes sur le sujet, alors qu’ils sont juste spécialistes du truc, tu devais bien te douter qu’il ne fallait mettre les doigts là-dedans, bon, c’est fait, c’est fait, mais t’es puni, voilà.

J’vous embrasse.

Agents Très Spéciaux Code UNCLE

Chez ce cinéaste qui a tendance à trop en faire, l’étrange rythme de son nouveau film rend presque l’ensemble baroque. Entre moments réjouissants et longues plages d’ennui. Cette réunion forcée entre les deux blocs de la Guerre Froide est forcément bancale !

Mais c’est un film très spécial dans la carrière de Guy Ritchie : il est presque réussi. Surestimé parce qu’il a du style, le réalisateur Anglais se serait cette fois ci assagi. Pour son remake d’une série télévisée des années 60, il soigne encore les apparences mais tiendrait presque son scénario entre les effets trop « cool » qui font sa renommée. On a bien dit presque!

Le film reprend le concept fort de la série : deux agents que tout oppose ( l’un vient de l’Est ; l’autre de l’Ouest) doivent travailler ensemble pour déjouer divers complots. Ici: retrouver une ogive nucléaire qui pourrait sérieusement réchauffer la guerre froide.

Les deux héros de la série ont au cinéma suivi un régime très strict. Ils sont bodybuildés. Leurs expressions se limitent à quelques jeux de sourcils et rien d’autres. Vous savez quoi ? Ca marche finalement. Ils sont assez mauvais mais ca permet au réalisateur un petit espace de second degré pas désagréable. Pas sûr que ce soit voulou.

Petit malin, Ritchie soigne le casting du coté des filles en prenant des actrices qui ne correspondent pas du tout aux critères des blockbusters. Une fois de plus on craque pour la magnifique Alicia Vikander aidé par une badgirl assez irrésistible, Elisabeth Debicki. Ces deux-là sont des drôles de dames comme on a peu l’habitude d’en voir. Un autre bon point pour le film.

Bizarrement le film pêche sur le récit. C'est simple mais Ritchie fait durer les choses. Cela donne le sentiment de s’étirer un peu inutilement pour quelques scènes vaudevillesques et un étalage certes impressionnant de tous les charmes des années 60, entre les costumes, les décors et les bijoux.

Cela se regarde comme on visite les Galeries Lafayette. C’est la sérieuse limite du projet qui pourtant s’amuse avec bienveillance des codes du genre, de plus en plus présent ces derniers temps (Bourne, Bond, Mission Impossibe et bien d’autres)… Vintage mais un peu trop fade.

Avec Henry Cavill, Armie Hammer, Alicia Vikander et Hugh Grant – Warner Bros – 16 septembre 2015 – 1h55

Noire ! Manufacture des Abbesses

Compagnie Pour Ainsi Dire - Noire - Illiade
Compagnie Pour Ainsi Dire - Noire - Illiade

Dans son magasin de perruques ethniques, Poppy, jeune femme française d’origine africaine, raconte son monde, devant son miroir : son amie d’enfance Sarah, sa mère dans la pièce voisine, ses clientes et ses amies, noires et blanches. Les grandes et les petites filles. Toutes les femmes qui ont traversé sa vie, son histoire mais qui ont également marqué l’Histoire : Joséphine Baker, Rosa Parks, Angela Davis, Oprah Winfrey jusqu’à la mère de l’humanité, Eve, elle aussi noire…

Quant aux hommes, elle évoque Martin Luther King, Mohamed Ali et Roger Forman pour le combat du siècle à Kinshasa, Barack Obama ou encore Michaël Jackson.

Mais Poppy a effacé peu à peu ses origines africaines, il ne lui reste que sa peau, témoin de son histoire.

Poppy se déshabille comme elle met à nu sa vie un peu plus chaque jour. Elle change de perruque pour mieux changer de tête, à défaut de changer de peau. Comme ses clientes qui défilent en quête d’une autre apparence, pour (re)nier leurs origines.

Seule sur scène, Nadine Zadi alternent ces portraits de femmes avec simplicité et force. L’éloquence de ce monologue interroge le spectateur, sur ses origines et sa place à la fois dans l’histoire et l’Histoire. Miroir de soi et de l’autre. L’originalité de la mise en scène de Christian Hahn réside dans la proximité et l’intimité instaurée avec Poppy : le décor resserré sur cette femme pleine de vie, sur ses interrogations et ses certitudes.

Laissez vous emporter dans la boutique de Poppy, découvrez ses scènes de vies pleines d’humour et de réalisme, portées par une écriture à la fois grinçante, poignante et pleine d’humour.

 

Jusqu’au 1er novembre 2015

La Manufacture des Abbesses

Mise en scène : Christian Hahn

Avec : Nadine Zadi

 

 

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