Summertime 06

Il y a vraiment un vent nouveau dans le rap américain. A 22 ans, Vince Staples éclabousse de son talent, les mauvaises habitudes du genre. Une découverte.

Le constat est toujours sans appel: on vit dans un monde de fou. La violence règne autant que le vice. Difficile d'exister entre les puissants et les tarés. La nouvelle signature du célèbre label Def Jam ne fait pas dans la nouveauté.

Ce qui surprend réellement c'est son style. Nonchalant et original. Ce petit gars de Californie qui avait pourtant tout le CV pour tomber dans le bling bling. Fils d'un papa taulard, il tombe dans la petite délinquance et les gangs. Un jour, son meilleur ami meurt et il prend conscience que sa vie ne tient à pas grand chose.

Il se met donc au rap et se révèle inventif. Le gamin des villes impressionne sur ce double disque qui multiplie les points de vue sur un monde de fous, avec une musicalité étonnante. Très indépendante. En tout cas, en quelques minutes, le rappeur évite tous les pièges et réussit même un rap alternatif qu'on entend trop rarement.

Pas de gros son west coast! La musique est aussi déglinguée que les descriptions et les visions de Vince Staples. Le titre fait référence à son houleux passé. Ca sent le vécu mais il y a vraiment un travail sur la musique qui fait clairement la différence. On remontrait bien plus que 2006: c'est un disque qui donne l'envie de revoir le polar Colors et réécouter les premiers NWA! Pas mal comme impression pour un premier disque.

Def Jam - 2015

José Montalvo, Y Olé!, Théâtre de la Ville de Luxembourg

#09 Y Olé! (c) Patrick BergerUn diptyque faisant dialoguer Les Demoiselles d’Avignon de Picasso et Le Sacre du Printemps de Stravinsky : une conversation chorégraphique entre culture savante et culture populaire.

La pièce est séparée en deux parties distinctes, dans lesquelles les 16 danseurs mettent leurs corps à l’épreuve des œuvres phares de la modernité. Deux parties dans lesquelles le flamenco est l’élément perturbateur de la représentation, de plus en plus présent, envahissant et source d’extrême délectation pour le public qui, à la fin du spectacle, applaudit longuement les danseurs.

Montalvo affronte donc Picasso et Stravinski par le spectre de ses souvenirs d’enfance dans le sud-ouest de la France, en les confrontant à toute une panoplie de gestuelles, de rythmes et de chants folkloriques, parmi lesquels le flamenco s’impose toujours.

Au fond, des images vidéos, assez kitsch et décalées, qui lancent ou répondent aux mouvements des danseurs sur la scène.

Le spectacle, dans sa globalité, nous laisse assez perplexe, il nous paraît un simple jeu personnel, jouissif et intimiste, sans une vraie tentative de dire quelque chose de la danse contemporaine, de l’héritage de la modernité par ces rapprochements entre culture savante et culture populaire. On est loin des saisissements théoriques et émotionnels que provoquent par exemple les pièces de Hofesh Shechter, dans lesquelles la gestuelle folklorique est une sorte d’excavateur pour bouleverser de l’intérieur les poncifs de la danse contemporaine.

Représentation du 25 septembre 2015

Berlin

Ce n'est pas le Berlin de Lou Reed mais c'est effectivement une vision rétro et très chevelu du rock made in Germany. Kadavar est un groupe très vivant.

Parce que remuant. Christoph "Lupus" Lindemann, Simon "Dragon" Bouteloup et Christoph "Tiger" Bartelt ressemblent à des vikings sortis de la glace. Tout frais, le trio a visiblement été électrisé par les sons féeriques et apocalyptiques de Black Sabbath et Led Zeppelin.

En quelques années, ils ont donc absorbé toute cette vieille tradition du rock. Ils ont conservé les artifices mais ils respectent avec un entrain spectaculaire l'iconographie physique et sonore d'un rock haut perché, entre métal et stoner.

Le trio fait couler des notes lourdes sur un rythme binaire célébré avec gloire et inspiration. On est même surpris par certains de leurs morceaux sur ce nouvel album. Cela a beau être connu, le rock de Kadavar parvient à surprendre au delà de son style.

Ils conservent sur leur troisième album, une étrange candeur en lorgnant entre le rock psychédélique, le rock primaire ou des choses plus sophistiquées comme l'acid ou le stoner. Les Allemands n'ont rien perdu de leur énergie. Avec toutes ses influences (ils reprennent une chanson de Nico, d'origine allemande elle aussi), avec ces racines aussi évidentes, le groupe a vraiment une identité, et même une certaine modernité.

Ils lorgnent désormais sur le succès international. Les chansons sont plus calibrés. On peut le regretter mais leur vivacité efface tout. Ils ont beau avoir des tronches de druides amateurs de tisanes un peu bizarres, ils sont vraiment attachants car ils croient résolument au pouvoir du Power trio, qui joue vite et fort! On ne va pas les contrarier.

Nuclear Blast - 215

Confidences à Allah

En cette période trouble, Marie Avril et Eddy Simon adaptent avec bonheur et tendresse le roman de Saphia Azzedine: Un régal!

Je n'ai pas lu ce bouquin mais l'adaptation qu'ont su en faire les auteurs me pousserait plutôt à le lire.C'est l'histoire d'une jeune fille qui cherche à se sortir de sa condition de jeune musulmane dans une campagne du Maghreb. Une jeune fille qui veut quitter la misère qui l'entoure et s'émanciper de cette société où les hommes dominent sans partage.

Elle se donne les moyens de s'en sortir, mais pour cela, elle ne dispose que d'une seule arme: sa beauté. Elle a très vite compris que les hommes la convoitaient. Elle a compris qu'en sachant l'utiliser et avec un peu de bon sens elle y arriverait.

Elle a 16 ans au début du récit, peu considérée par son père, maltraitée par les gens qui l'entourent elle saisit la première opportunité pour s'enfuir. Celle-ci va se présenter sous la forme d'une valise d'occidentale qui tombe à ses pieds!

Récupérant les vêtements, la voilà disposant de 2 facettes: Une femme musulmane conventionnelle pouvant se muer en une jeune fille moderne. Arrivée à la ville elle utilise ses charmes pour faire ses premiers pas, pour gagner quelque argent. Puis elle devient la servante d'une riche famille. Très vite elle arrive à se rendre indispensable auprès des femmes de la maison et en même temps, elle est la maitresse du fils de la famille.

Durant ses temps libres, elle sort avec une de ses amies. A côté de cela elle amasse de l'argent en se prostituant.
Mais cette vie n'aura qu'un temps, je vous laisse imaginer les chemins possibles que pourra prendre le destin de Jbara.

Le découpage du récit par Eddy Simon est parfait et le fait que la mise en image soit le fruit du travail d'une femme contribue à l'intelligence du récit. Je ne suis pas sûr que le résultat aurait été le même si un homme avait pris la place de Marie Avril.

Sa mise en couleur correspond aux besoins de l'intrigue.Le dialogue permanent entre Jbara et Allah renforce les qualités du récit et met à mal nos croyances, pour ceux qui auraient encore des illusions sur la pertinence des religions. Ce qui ne remet pas forcément en cause l'existence d'un dieu.

Un bon récit sans caricature, ni angélisme (j'ai pas fait exprès mais ça tombe bien - du ciel...)

Confidences à Allah - Futuropolis - 86 pages

The Kids Stays in the Picture

Il a fallu deux documentaires pour comprendre un peu la folie des producteurs de la firme désormais culte Cannon. On en profite pour vous signaler l'existence d'un documentaire mégalo et complètement fou sur un producteur qui lui a connu la gloire et la dégringolade.

C'est au bord d'une piscine que débute la carrière du jeune Robert Evans. Il est repérée par Norma Shearer,actrice influente à Hollywood. Il devient comédien. Il ne connait rien à l'art dramatique. Travaillant dans le prêt à porter, il n'est pas inoubliable mais très vite il s'intéresse à la production.

Eloigné du milieu, il fait mouche dans les bouillantes années 70. Inexpérimenté, il réussit grâce à son charme à obtenir le poste prestigieux de "chargé de production" de Paramount. Tout le monde prévoit sa chute. Il va produire Rosemary's Baby et surtout Le Parrain.

Il va multiplier les cartons et soutenir ce qu'on appelle aujourd'hui Le Nouvel Hollywood. Avec le succès,vient la fiesta. Sa vie privée ressemble à une succession de soirées, de mondanités et de jeux de séduction avec des jolies jeunes filles.

Il se marie sept fois. Il flambe. Il est héroïque. On attend bien évidemment la chute. Les réalisateurs du documentaire suivent l'autobiographie de Robert Evans (c'est lui qui fait la voix off) et ne vont pas cacher les déboires du producteur.

Ca se complique donc très sérieusement pour lui avec des histoires de cocaïne et même de meurtre, autour du film maudit de Coppola, Cotton Club. L'ego brûle Evans. On le sait derrière le projet de ce documentaire mais il fait des aveux bien tristes.

La réalité n'est peut être pas là mais le mythe est fascinant jusque dans ses zones d'ombre. Les emmerdes finissent pas avoir raison de la carrière et la réputation de Robert Evans. Lui, tente de nous dire qu'il a encore et toujours le feu sacré pour le cinéma, art sublime, art du vrai et du faux.

Studio Canal - 2005

Bouffon

Voilà quelques jours je lisais dans ce blog une chronique évoquant la pièce de Pascal Quignard: Pricesse vieille reine. Les propos de Quignard me sont revenus à l'esprit en lisant "Bouffon", le récit de Porcel et Zidrou. Quignard disait en substance que les contes sont éternels, qu'ils parlent à toutes les générations et à toutes les populations.

C'est bien ce que font Zidrou et Porcel dans ce récit médiéval à contre courant de ce qui se fait aujourd'hui. On est loin des gros héros musclés, armés d'épée ou de hache capable de décapiter une armée en un seul coup.
C'est la vie d'un oublié, d'un misérable qui plus est d'un homme déformé que nous content les auteurs.

Glaviot, tel est le nom dont il est affublé est né dans une prison. Sa mère, condamnée a été violée à de nombreuses reprises par les geoliers. De ces sévices naitra un enfant dont le visage n'est qu'à moitié fini. Le gardien de la prison, voyant que même son chien n'en veut pas comme diner, recueille l'enfant pour en faire son esclave.

Glaviot découvre la vie au fond de la prison, élevé par quelques prisonniers en quête de compagnie et maltraité par son gardien. Il grandit ainsi apprend à parler et imagine un monde qu'il ne connait pas. Et puis un jour, le chatelain se rend dans sa prison pour voir un détenu. Il croise Glaviot et décide d'en faire la nouvelle distraction de sa fille qui vient de perdre un animal de compagnie.

Le destin de Glaviot s'en trouve totalement bouleversé, remontant à la surface, au-delà de quitter l'air vissié, il découvre la beauté.Mais il fera plus que d'être le simple bouffon de la jeune princesse. Il sera amené à faire de grandes choses. Pourtant comme son visage, sa vie ne pourra être complète, il lui manquera toujours l'amour.

Le dessin de Porcel quoique classique et sans grande originalité se prête bien au récit de Zidrou. Celui-ci est au mieux de sa forme. Il représente avec Lupano l'un des meilleurs conteurs d'histoire du moment (et depuis quelques années maintenant). Un beau récit très humain qui nous laisse à réfléchir sur la notion de beauté et notre capacité à voir au-delà des apparences.

Bouffon - Dargaud - 64 pages

Et la laïcité bordel !

St-Maurice

Depuis le début de l’année, globalement, à quelques connards près, nous sommes tous Charlie, quoique, au vu de la radicalisation farouche que certains semblent prôner, au vu de la montée croissante de Marine et de sa bande, au vu des parties de ping-pong sur Twitter ou Facebook entre eunuques numériques, comprenez les sans couilles qui vomissent leurs préceptes de tout bord bien planqués-masqués sur les réseaux sociaux, avec tantôt des barbes longues, tantôt des croix béantes, tantôt avec des kippas ajustées ou autres, le pauvre Charlie a un peu mal au cul. Heureusement, de fervents catholiques, musulmans, juifs, bouddhistes et j’en passe, essayent tant bien que mal de colmater les brèches, de panser les plaies ciselées sauvagement par des congénères mal attentionnés et finalement loin de leurs opinions souvent sincères… Quand une minorité se croit être une majorité, ça fait des dégâts. Quand on lit des tweets parlant de « remèdes », on ne peut également que penser à certaines périodes de l’Histoire où de piètres alchimistes n’avaient pas les bons ingrédients et encore moins les bonnes potions ont foutu la planète à l’envers, résultats, des millions de morts, bah oui, faut pas jouer avec des allumettes susceptibles d’embraser tout ou partie du globe.

Conséquence, ou résultante, ou surf sur la vague qui pourrait à force se transformer en tsunami, les chaines infos ou les JT de 20h ne se privent pas de mettre un peu d’huile sur le feu de temps à autres, se plongent dans une immersion radicale d’une fête d’Aïd el Kébir façon « chez les purs et durs », en font 3 tonnes sur des opinions sorties de Saint-Nicolas-du-Chardonnay lors d’un décret sur le mariage pour tous ou encore mettent en exergue une célébration d’un Yom Kippour en mode à gros traits et brut de brut de youlouloulou, clichés pour compréhension de tous les velgums peccus quand tu nous tiens.

La France est plurielle et c’est tant mieux, multi-confessions et c’est tant mieux, oui mais voilà, dans une République, dans une Laïcité, en certains lieux, justement, ta religion, ton opinion, tes convictions philosophiques (quoique le terme est un peu élevé aux vues des malaxations intellectuelles sans neurones de certains), bah elles passent après le principe du « vivre ensemble » et de respecter les règles pour que cela se passe bien et n’attise pas les haines ou des débuts de combat aux couteaux numériques…

Aussi, en bon agnostique républicain d'obédience laïque, ça me gratte : la semaine dernière, un soir de dîner dans un resto avec ma dulcinée et mes deux progénitures, celles-ci m’informent, aux détours d’un bilan d’une journée « normale », un truc de père, que, des profs étaient absents, 13 élèves sur 28 absents également dans la classe de ma fille...pour cause d'Aïd el Kébir, pas de mots d'excuses, pas de cours parfois.

Je respecte toutes les religions, sans exception, et comme je n'en ai pas...ça aide, peut-être.

Mais jusqu'à preuve du contraire, si un jour n'est pas férié, on ne le rend pas férié, par respect de la laïcité et d'une République qui permettent au quotidien de ne pas profaner intellectuellement ou par croyance, l'esprit de Jules Ferry ou de Jaurès (des gars bien, pas juste des noms de place de village), qui, dans un élan fort de laïcité ont contribué au fait que des petits pauvres, des petits riches, des petits catho, des petits juifs, des petits musulmans, des petits bouddhistes, puissent avoir accès au savoir, à la connaissance, de manière égale, libre, fraternelle.

Personnellement, je ne crois en rien d'autres, comme dieu, que mon grand-père, Maurice, qui m'a éduqué et élevé dans le respect de l'autre, la curiosité d'autrui, le partage avec l'Homme, pour mieux grandir soi-même, pour même faire grandir les autres, sans barrières de religions et encore moins de couleurs de peau.

Aussi, puisque ma croyance est mon grand-père, je décrète, puisque cela semble désormais permis, que tous les 22 septembre, jour de la Saint-Maurice, mes enfants seront à la maison et n'iront pas à l'école, ça sera comme ça, je fixerai moi aussi mes règles selon mes croyances.

J’espère que BFM TV ne viendra pas me voir, d’autres trentenaires doivent aussi croire en des Maurice ou des Raoul ou des Bernard ou des Georgette ou des Henri ou des René ou des Jean-Claude…ça m’embêterait d’être nommé chef de file théologique des « ceux qui croient dans les prénoms de leurs ascendants».

Allez, j vous embrasse. Amen, Shalom, Salamalikoum et que God bless you mais pas trop fort.

Electric Boogaloo

Mark Hartley aime les sujets pointus et les films déviants: après un documentaire sur la série B australienne, la série Z aux Philippines, le réalisateur s'intéresse aux films Cannon! Un coup de tonnerre pour les cinéphiles.

Car pour toute une génération de cinéphiles, les films Cannon représentaient un Saint Graal de la série B décomplexée et du nanar grotesque. Menahem Golan et Yoran Globus sont les deux mégalos qui se cachent derrière cette aventure hollywoodienne loufoque, incroyable et qui tombe systématiquement dans le mauvais goût réjouissant!

Hartley raconte donc le rêve américain de ses deux dingues de cinéma venus d'Israel, et complétement fous! Aveuglé par Los Angeles, ils croient être au coeur de la machine alors qu'ils vont rester à la bordure avec des maladroites productions de plus en plus folles. Ce sont eux qui font de Charles Bronson, un vieux réac à moustache! Ils font de Chuck Norris, un véritable héros de l'Amérique. Ils multiplient les pistes pour s'égarer dans le nanar absolu.

C'est résolument sympathique. Le discours décalé entre les deux producteurs, surtout Golan avec son accent incroyable, et les résultats sont hallucinants. Les comédiens et les réalisateurs défilent avec beaucoup d'humour pour parler de ces deux dingues et les 1001 anecdotes qui font le charme de Delta Force, American Ninja et d'autres titres pleins de promesses.

Hartley retrouve l'énergie des deux producteurs à travers des archives, des interviews (sauf les deux loulous occupés à produire un films sur eux mêmes) et des extraits désopilants qui donnent l'envie de revoir tous ses nanars grandioses avec héros en coupe mulet et effets spéciaux foireux. C'est simplement génial et on espère que Mark Hartley a encore des idées de sujets aussi drôles et passionnants! Le doc électrique de l'année!

Luminor - 2014

Les Géants de la Montagne, Luigi Pirandello, La Colline

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Stéphane Braunschweig donne vie et splendeur à l’ultime chef d’œuvre de Pirandello

 

Tout est superbe: à commencer par le texte, comme toujours, quand on connaît le talent de l'immense écrivain Sicilien (prix Nobel tout de même...); mais également la mise en scène, d'une sensibilité extrême; et les comédiens, si "Pirandelliens" par leur sincérité naïve, leur folie naturelle et leurs tiraillements perpétuels (particulièrement Claude Duparfait dans le rôle de Crotone).

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Allez voir Les Géants de la Montagne et laissez-vous porter par la profondeur de l'oeuvre de Pirandello, à l'intelligence vive et intemporelle, et la mise en scène de Braunschweig qui, sûrement parce qu'il a lui-même traduit l'oeuvre, incarne avec splendeur son imaginaire surnaturel et illuminé et relaye magnifiquement le leitmotiv de Pirandello de tout remettre en question et de n’accepter aucune soi-disant vérité.

 

Un joyau

 

Jusqu'au 16 octobre 2015

au Théâtre de la Colline

Les Géants de la Montagne de Luigi Pirandello

Traduction, mise en scène et scénographie de Stéphane Braunschweig

La Dame de Damas

A l'heure où la Syrie est en permanence au coeur de l'actualité, Jean-Pierre Filiu et Cyrille Pomès nous font vivre dans un récit haletant et nerveux les premières heures de l'insurrection contre le régime de Bashar al Assad. C'est poignant, intelligent, on est proche du"Quatrième mur" le récit de Sorj Chalandon qui racontait le massacre de Sabra et Chatila.

Nous sommes en 2013. Nous sommes dans le quartier de Daraya, dans la banlieue sud ouest de Damas. Les auteurs nous offrent toute une galerie de portaits des gens ordinaires qui peuplent Daraya. En parallèle on perçoit le poids du régime qui pèse sur cette population en quête d'émancipation et de liberté. Mais voilà, les tenants du régime ne sont jamais bien loin et les moindres signes d'opposition sont rapidement réprimés.

Au fur et à mesure du récit on sent la pression contenue qui prend forme, qui monte, et finit par exploser. Si les auteurs tentent de nous donner une vision d'ensemble de la révolution, ils arrivent au travers des personnages du quartier à humaniser leur propos et la grande histoire se confond avec celle de quelques uns.

Le dessin de Cyrille Pomès est vif, nerveux, proche de celui de Astier par moment. Le côté monochrome y contribue. Je n'irai pas jusqu'à dire que ce dernier serait un hommage (modeste?) au Guernica de Pablo Picasso, mais j'y ai quand même pensé. C'est une sorte de reportage dans le quartier. Les personnages ne sont pas des héros, mais bien des gens de tous les jours qui ont décidé de se rebeller.

Les faiblesses de chacun y sont aussi présentes, comme les petites mesquineries ou les intérêts personnels. Ce côté très humain du récit contribue à ce que la chute n'en soit que plus terrible.

Un récit difficile, exigeant, très interessant à l'heure où les atermoiement des européens sur le sort de ces populations est au coeur des préoccupations.

La Dame de Damas - Futuropolis - 104 pages

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F.A.I. 2009 / BERTRAND BELIN et TATIANA MLADENOVICH

Et la laïcité bordel !

Diamond Dogs / David BOWIE / (EMI – 1974/ Rééd.2004)

Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu?