Lay Low

Fille de... Soeur de... on a toutes raisons de redouter les efforts musicaux de la comédienne, Lou Doillon.
On est toujours sceptique lorsqu'une actrice veut se réaliser dans la musique. Petit caprice artistique où elle se justifie par une envie irrépressible de s'exprimer d'une nouvelle manière, rentrer et expliquer l'intime, blablabla fait de rencontres et de collaborations exceptionnelles... bref, on ne va pas rappeler tous les jolis ratages autour de ce sous genre assez pathétique dans la production.
On n'est même plus bienveillant lorsqu'il s'agit de Lou Doillon, qui a le grand défaut d'être la fille du cinéaste Jacques et la soeur de Charlotte Gainsbourg. Le piston est suspecté à tous les étages. C'est peut être faux mais on l'accuserait bien de chanter avec une cuillère en argent dans la bouche.
Il faut donc dépasser les étiquettes, les raccourcis faciles mais aussi une promotion assez irritante. On n'entend plus la musique. Jugeons le deuxième disque pour ce qu'il est. Sautons par dessus tout ce qui gène! Puisqu'elle se débrouille assez bien en matière de folk rock, aidée cette fois ci par un spécialiste du genre, Timber Timbre.
Le ton est donc plutôt sombre, envoûté et mélodique. Les guitares glissent sur des couloirs d'échos. L'acoustique a sa place largement. Les cuivres et les cordes s'invitent discrètement. C'est assez irréprochable musicalement. L'Amérique fascine Doillon. La voix de la comédienne a quelque chose d'atypique, qui va très bien à la folk, champêtre, un peu rustre.
C'est authentique. La chanteuse a l'air d'y mettre de la conviction. Le petit souci, c'est que le charme est brisé par un sentiment de déjà vu, un peu agaçant. C'est drôlement bien fichu. Les chansons sont bien emballées. Mais on finit par s'ennuyer. Lancinant, le style devient parfois soporifique. On veut bien dire que Lou Doillon est une (bonne) chanteuse. On s'excuse de décrier avant d'écouter mais un peu d'originalité, ca serait pas mal pour nous convaincre définitivement.
Barclay - 2015
Picasso Sculpture

Dans les salons parisiens, il sera de bon ton de parler de l'exposition du Grand Palais, Picasso Mania. Avec détachement, n'hésitez à déclarer qu'il existe à New York une exposition beaucoup plus pertinente sur l'artiste. Voilà tout ce qu'il faut savoir sur cette rétrospective pour briller en société.
Tout d'abord il s'agit de la plus grande réunion de sculptures de l'artiste depuis des décennies. Le Moma, avec l'aide du musée Picasso a réussi son coup: toutes les périodes de Picasso sont représentées. Toutes ses obsessions sont visibles. Son goût pour la déconstruction se remarque sur son travail en trois dimensions.
En sculpture comme en peinture, Picasso ne fait rien comme tout le monde. Et surtout sa production semble colossale. La variété donne le tournis. Ca débute donc en 1902 avec des premières recherches et des idées déjà cubistes. Un style qu'il va affiner durant toute une décennie.
En 1920, il participe à un concours pour décorer un monument dédié à Apollinaire. Son travail est totalement débridé et prouve son affection pour la sculpture. Là encore, il commence à s'amuser avec les matières puis recycler les matières.
Puis au château de Boisgeloup, l'art africain semble influencer cette nouvelle période. Il revient par étapes sur ce travail manuel, qu'il rend très fantaisiste. L'abstraction est totalement assumée. Son talent est cette agitation permanente.
Il travaille aussi sur la céramique et des objets plus petits (certains ont été très peu exposé) puis arrive la plus célèbre période où Picasso se consacre aux assemblages. Il y a de l'humour et de la rage. Picasso défie nos habitudes et nos regards. C'est aussi troublant que ses plus célèbres et fameux tableaux.
Le point fort de l'exposition c'est son emplacement. L'exposition temporaire se situe au milieu du musée d'art moderne de New York. Elle trouve sa place dans l'histoire de l'art contemporain. On y découvre les influences qui ont inspiré l'auteur. On remarque aussi l'extrême modernité du travail, de son évolution à sa production. La mise en perspective est franchement réussie.
Avec ça, vous ajoutez que vous ne faites même pas la queue pour voir l'exposition. Et vous voilà la star des salons parisiens, la personne qui a vu l'autre exposition du moment à voir, sur Pablo Picasso!

Du 14 septembre 2015 au 7 février 2016 au MoMa
Les derniers jours de nos pères

Premier roman du désormais célèbre Joel Dicker, Les derniers jours de nos Pères raconte avec un panache exalté une aventure secrète de quelques résistants au service de sa Majesté.
Special Operation Executive! Voilà le nom donné à une branche secrète de saboteurs, formés par l'armée britannique, sous l'impulsion d'un Churchill qui doutait alors de son armée face à l'efficacité allemande.
Des hommes et des femmes sont venus en Angleterre pour une formation musclée. Ils sont tous différents. Leurs motivations aussi. On les installe dans des camps anglais pour apprendre à tromper son monde, fabriquer des bombes etc. Les patriotes découvrent alors que la réalité n'est jamais pareil que la passion ou l'envie...
Joel Dicker vend désormais des bouquins comme des petits pains mais possède déjà, dès son premier roman, l'art de la description. On est parfois dans le cliché mais il sait jouer avec les clichés, apportant une touche décalée et provoquant de temps à autres des ruptures de ton spectaculaires.
On pense ici aux films de notre enfance sur la guerre. La Grande Evasion pourrait être le maître étalon de cette aventure picaresque inspirée de faits réels. L'auteur exalte les vertus du patriotisme mais sans sortir les trompettes, en découvrant petit à petit les faiblesses de ses personnages, attachants et désarmants, face aux dangers qu'ils encourent.
De la formation à la pratique, on suit une demi douzaine de personnages, lâchés dans l'enfer de la Seconde Guerre Mondiale. L'écriture est prenante. Il y a du panache et de la volonté chez Joel Dicker. C'est presque rétro. Mais pas du tout réactionnaire.
"Ceux qui rêvent ne meurent pas car ils ne désespèrent jamais". Cette phrase résume bien l'ambiance de cette épopée du contre espionnage. Au milieu des opérations, il y a des hommes avec leurs faiblesses et leurs utopies. Celles ci peuvent les aider à transcender la folie de la guerre. Exaltant, ce roman est prenant d'un bout à l'autre. Une vraie réussite. Un grand roman d'aventures à l'ancienne!
456 pages - Editions de fallois
Chronic

Le sujet frappe fort: la fin de vie. Un aide soignant affronte la maladie, la mort, la peine, à chaque fois qu'il accompagne un nouveau patient. La mise en scène cogne: une vision frontale, sans fard, sans recul, de la relation évidemment touchante entre le mourant et l'infirmier.
Tim Roth interprète l'infirmier. Il apparaît comme un personnage froid, multi-tâche et pas loin de l'obsession. Il ne se consacre qu'à son travail. C'est presqu'un robot, capable de tout pour ses malades.Le comédien est toujours parfait, composant un homme solide mais qui cache des petites failles de compassion. Il est même formidable car avec un minimum de mots, il fait passer un paquet d'émotions.
Le film en possède beaucoup. Car il ose tout montrer. Ce n'est pas un film pudique. Mais il n'est pas agressif. Sa neutralité peut déranger mais la caméra se met toujours à distance. Pour un maximum d'efficacité: on n'est pas à l'aise. Mais qui le serait devant ce héros très ordinaire.
Un type qui existe dans son travail mais qui gère très mal sa vie privée. Le prix du scénario est peut être un peu exagéré mais voici un film qui parle d'un autre sujet rare et dérangeant: l'amour de son prochain. Là, il impose une vision glacée mais qui gèle pas toutes les ambiguïtés de ce moment difficile de la vie, pour les vivants et pour les morts.
On est bien obligé de dire que c'est déprimant. En même temps, il y a un éclat de vie dans Chronic, qui finit par nous pénétrer et peut être nous réchauffer, à sa manière!
Avec Tim Roth, Sarah Sutherland, Michael Cristofer et Robin Bartlett - Wild Bunch - 21 octobre 2015 - 1h30
Crosseyed Heart

Incarnation ultime du rock'n'roll, Keith Richards a toujours faim de riffs et refrains électriques. Son nouvel album prouve qu'il a, à 71 ans, toujours la Foi! Un vénérable disque!
On est évidemment très conciliant avec Keith Richards, guitariste de légende des Rolling Stones. Il est devenu notre papy préféré du rock'n'roll. Il a tout vu et tout connu. Il a pratiqué mille et un excès. Le sexe, la drogue et le rock'n'roll, c'est son quotidien!
Cela fait dix ans que les Stones font des petites tournées bien rentables. Jagger et Richards n'écrivent plus ensemble (sauf l'excellent single Doom & Gloom). Ils gèrent leur succès colossal. Richards en profite pour écrire un super récit sur sa vie dissolue, Life. On y comprend qu'il est vraiment hanté par les démons du rock et qu'il adore ça.
Son agitation se trouve donc canalisé pour les besoins d'un troisième album solo, Crosseyed Heart. Cela faisait vingt trois ans que le guitariste n'avait pas signé un disque tout seul comme un grand. Il n'a plus rien à prouver désormais: ce nouveau disque est un concentré de plaisir et de complicité. Ca fait du bien à entendre! Richards, rieur, met tout ce qu'il lui plait dans cet album. Toutes ses influences sont représentées. Et le bonhomme ne manque pas de bon goût!
La soul et le blues ont une bonne place dans ce disque. Soutenu par son ami batteur, Steve Jordan, Keith Richards est un vieux pirate qui s'accroche à ses valeurs et ses connaissances. A son grand âge, il ne tente aucune révolution. Il capture l'essence de son art.
La première chanson ne ferait pas de désordre dans la discographie de ses idoles comme John Lee Hooker ou Jimmy Reed. La seconde branche la guitare sur des riffs dont il a le seul le secret. La voix vieillissante rôde du coté de Tom Waits et ce n'est pas une mauvaise chose. Bien au contraire, les deux hommes sont bons amis.
Amnesia ferait presque penser à du Lou Reed période "New York". Il se calme pour une ballade détraquée, Robbed Blind, très proche de ses écarts solitaires avec les Stones. C'est à eux aussi que l'on pense avec son titre phare, Trouble, très bon.
Puis il voyage à nouveau vers la Jamaïque pour Love Overdue, puis revient vers des choses plus claires avec Nothing On Me, titre le plus faible de l'album qui vous l'aurez compris récompense notre longue attente depuis l'excellent Main Offender en 1992.
Pour nous faire encore plus plaisir, il chante en duo avec la magnifique Norah Jones sur le noctambule Illusion. L'homme a toujours bon goût. Son nouvel album montre qu'il ne sucre pas encore les fraises. Que la flamme du rock'n'roll ne s'éteindra jamais. Excellente nouvelle.
Republic - 2015
Seul sur Mars

De la disco sur la planète Mars... une touche d'humour qui dénote dans l'univers crispé et graphique de Ridley Scott. Sa nouvelle incursion dans l'Espace infini est nettement plus heureuse qu'Alien ou Prometheus.
Depuis quelques films, l'humeur du cinéaste Ridley Scott est plutôt sombre. Après Prometheus, plus ou moins convaincant, il enchaîne avec un polar raté, Cartel, et un péplum d'une tristesse hallucinante, Gods & Kings. Visiblement, le suicide de son frère, Tony Scott, faiseur lui aussi de blockbusters, l'a bien secoué.
La légèreté de Seul sur Mars est alors désarmante. On est très loin des questions métaphysiques de Interstellar de Christopher Nolan où l'on croisait déjà la belle Jessica Chastain. L'auteur de Gladiator ne se prend pas la tête avec la science fiction et oublierait presqu'il est un champion de l'emphase et de l'épopée épiques (dites le très vite plusieurs fois c'est très rigolo).
En 1964, sortait Robinson Crusoé sur Mars! En 2015, Scott reprend le concept avec un astronaute coincé sur la planète rouge. Suite à une tempête, le botaniste Mark Watney est considéré comme mort. L'équipage repart de toute urgence sur Terre et la Nasa annonce son décès à la planète entière.
Mais le scientifique se réveille au milieu de nulle part. Et va tout faire pour survivre. Il a de la nourriture et de l'oxygène que pour quelques jours. Il va tout faire pour prolonger son séjour sur place en attendant une possible mission de secours... dans quatre ans!
Il faut bien la tronche de ce têtu de Matt Damon pour imaginer un tel scénario et une telle envie d'en découdre dans un milieu si hostile. Mark Watney va se servir de toutes ses connaissances et de tout ce qui lui offre sa base de fortune pour réussir l'impossible.
Le sujet de série B devient alors un joyeux catalogue de mille et une idées pour survivre au pire. Scott célèbre, avec le concours de la Nasa, l'optimisme contre la peur, la science contre la résignation, le courage contre le défaitisme. Seul sur Mars est un film de science fiction qui n'impose pas de propos philosophique (c'est esquissé tout de même) mais salue l'attitude optimiste et pionnière de l'Homme. Dans la morne ambiance que reflète le cinéma, l'enthousiasme qui habite Seul sur Mars fait plaisir à voir.
Le savoir faire de Ridley Scott fait le reste. Les effets spéciaux servent le récit. La partie sur Terre n'est pas une multitude de concepts fumeux et incompréhensibles qui servent à faire durer le film. La vulgarisation fonctionne, à l'image des comédiens tous parfaits.
Sur Mars, Matt Damon ne baisse donc jamais les bras même dans les situations désespérées. Il a la fameuse "Positive Attitude". Ca fait de mauvaises chansons mais cela donne un film divertissant, assumant sa désinvolture avec un humour discret et une mise en scène alerte. C'est une belle leçon de scoutisme dans l'Espace!
Avec Matt Damon, Jessica Chastain, Jeff Daniels et Kate Mara - 20th century fox - 21 Octobre 2015 - 2h20
Ici le jour (a tout enseveli)

Découvert il y a un an, Feu! Chatterton joue la carte vintage sans s'échapper de notre monde tourmenté. Un élégant cocktail à écouter en boucle.
Un grand vent d'électricité. C'est l'impression que donne la toute première chanson du premier disque des remarqués Feu! Chatterton. Un truc à la Doors, hors du temps, pour la défense du bon vieux rock'n'roll. Ophélie s'articule sur une guitare sautillante et un orgue hammond à l'ancienne. La voix gronde sur de vieilles coquetteries. Mais ca fonctionne.
Ce que confirme les riffs old school de Fou à lier. Comme Fauve, le groupe a connu une ascension rapide. France Inter a craqué pour eux. Un EP a fait le buzz. Les concerts deviennent légendes. Et hop le tour est joué. Et comme Fauve, c'est mérité.
Le groupe propose autre chose. Un truc qui regarde derrière mais a toujours l'avenir devant lui. La voix d'Arthur Teboul, le chanteur se promène à coté des grands artistes. Il fait penser à Bécaud, Nougaro et même Brel. Il réussit l'exploit d'être à la mode car ses propos sont bien contemporains. Complexes mais bel et bien dans la réalité.
Au fil des morceaux, il prouve son éclatant talent aux teintes vieillottes. Entre poésie et slam, entre chant du petit matin et débit lyrique. Il est plein de surprises ce petit Arthur, homme de son temps aux allures de dandy. Il est singulier mais son timbre rappelle les toxiques romantiques comme Bashung, Gainsbourg ou Darc. Le groupe est plein de promesses.
Elles sont comblées par les douze chansons de cet album plus qu'envoûtant. Il vous promène dans les nuits parisiennes où les hommes sont pathétiques et les petits matins sont toujours gris. Lorsque le soleil rayonne, il y a donc ces quelques chansons pour nous raconter tout ce qui a été enseveli durant la nuit.
Il y a donc de vieilles idées antiques pour nous faire entendre cette poésie aigre douce mais aussi des nappes de synthé et des petites touches électro. Ca bouillonne à chaque titre. Les musiciens ne se refusent rien. Ils sont à l'aise dans tous les styles. Leur musique est belle parce que protéiforme. C'est lettré mais surtout c'est très élégant. Pour un premier effort, c'est assez impressionnant, une telle maîtrise!
Feu! Chatterton semble réunir tous les talents de la musique française et les décliner avec une aisance admirable. On est au delà de la simple révélation. C'est presque une résurrection du rock précieux à la française!
Barclay - 2015
Les Proies du Lac

Qu’il est agréable d’avoir un chalet dans le Wisconsin pour se changer les idées en automne. Forêt, lac… Rien de tel pour se remettre de la vie d’une mégalopole américaine. Pour Bryce Grantham, le cauchemar commence.
Quand Bryce Grantham décide de faire un break dans le chalet familial perdu au fin fond du Wisconsin en octobre, c’est avant tout pour se ressourcer, se balader, pêcher mais aussi écrire enfin son premier roman. Une arrivée tardive et un ventre vide le font s’arrêter dans un petit restaurant. Il partage une pizza avec une étudiante de passage dans la région et se voit contraint de la raccompagner quand la voiture de cette dernière refuse de démarrer. Quand Grantham reprend son 4x4 le lendemain matin,
il s’aperçoit que la jeune femme y a oublié son portable. Il décide de lui ramener mais arrivé sur place, l’étudiante a disparu et des traces de sang maculent le sol. Ce que Grantham ignore, c’est qu’un tueur en série sévit dans la région depuis 18 mois et que la détective McIntosh mène l’enquête sur des disparitions de jeunes femmes.
Il devient le coupable idéal. Après avoir raccompagné la dernière victime, il trouve le corps de la précédente … Les preuves s’accumulent contre lui. Beaucoup de preuves. Trop de preuves ? Et si les apparences étaient trompeuses.
Kate Watterson nous livre ici son premier roman policier. Le suspense est là, même si pour les grands amateurs de polars, il n’y aura pas de grandes surprises. Ce n’est pas le polar du siècle, loin s’en faut mais l’intrigue se tient. A noter malgré tout que le style est parfois un peu poussif. Des mots répétés, des figures de style inappropriées. A trop nous dire aussi que le coupable n’est pas coupable, le lecteur pourrait se lasser.
Un polar à lire sous la couette quand la température extérieure est négative.
éditions 10/18, 406 pages




