Vertigone

Arman Mélies mute une fois de plus. Si sa musique n'était pas toujours convaincante, il montre que le rock lui va très bien. Une bonne nouvelle.

Rarement une première chanson marque l'écoute d'un disque. On retiendra un refrain simple et une redoutable guitare tout en écho. Constamment je brûle raconte en quelques minutes, l'artiste, ses doutes et ses envies. Arman Melies se faisait remarquer par des disques ambitieux: il a visiblement découvert le rock et c'est une heureuse rencontre.

Copain de Julien Doré, il a visiblement beaucoup appris sur la question en tournant comme guitariste sur la tournée à succès de ce dernier. On reconnaît des touches pop que Doré empruntait déjà à Bashung, autre complice et référence d'Arman Melies.

Comme ce grand corbeau du rock à la française, Melies s'est essayé à beaucoup de styles. Tous ses albumes précédents sont différents. C'est un homme qui se cherche. Il a visiblement trouvé son plus impressionnant costume: celui d'un chanteur torturé et électrisé. Sa nouvelle mutation serait la bonne.

On pouvait l'accuser de maniérisme. Ici, il se livre sans détour sur une musique qui calcule avec une gourmandise non dissimulée le plaisir de l'auditeur à écouter les tentatives françaises de rock. Il y a donc de tout dans son disque, de la pop, de la tristesse, du rock, abrasif ou synthétique.

Au milieu, il y a le chanteur, vibrant à chaque phrase. La musique pour lui est un Everest dont l'ascension est périlleuse et forcément épique. On est donc surpris par l'alliage efficace entre les synthés et des instruments plus classiques. Le titre de ses chansons montre la haute idée qu'il se fait du rock et de son art.Olympe. Volcan. C'est vintage (faut tout de même oser un saxo sur un morceau nommé Les chevaux du vent Fou) et en même temps très moderne.

Ca pourrait être kitsch mais la conviction est là. Son disque donne effectivement des vertiges. Un doux sentiment d'abandon finit par nous envelopper à cette compilation de tout ce que l'on aime dans le rock à la française. Il faut grimper sur les sommets visités par ce artiste enfin épanouï!

At(h)ome - 2015

Autumn Songs: Les feuilles mortes

The Walk – Rêver plus haut

La faiblesse de the Walk est claire et définie. Il concernera que les Français, toujours ravis de critiquer l'ami américain. Joseph Gordon Levitt réinvente l'accent français. Ben Kingsley tente lui aussi de relever le défi. Les deux se plantent dans les grandes largeurs. Dans la même logique, la vision de Paris en 1974 est une magnifique carte postale où s'entassent les vieux clichés. Cela fait doucement rigoler.

Et c'est quoi ce drôle de sous titre? Rêver plus haut! Il doit avoir un fan de Tina "Alles Plus Haut" Arena chez le distributeur Sony! En tout cas, il y a tout ce qu'il faut pour déclencher un incident diplomatique entre la France et les Etats Unis.

Deux pays qui ne laissent pas indifférent Philippe Petit, le funambule qui a glissé sur un fil tendu entre les deux tours du World Trade Center juste avant l'ouverture officiel des batiments. Ce Français passionné par les métiers du cirque se lance un défi impossible et va coûte que coûte réaliser son rêve... complètement fou et totalement illégal.

Robert Zemeckis (Retour vers le Futur, Forrest Gump et tout un tas de films pas loin d'être cultes),sorte de jumeau de Spielberg, sur un sujet pas plus épais qu'un fil de nylon, réussit sa version tout en hauteur de Attrape moi si tu Peux.

C'est ce que dit le rêve d'absolu à cette tête brûlée de Philippe Petit! Comme Spielberg dans son polar rétro et poli, le rêve peut tout emporter au delà de la légalité, la morale ou la mesure. Le message peut être naïf mais l'intelligence et la complexité de la mise en scène montre tout ce qu'il se passe dans la tête du farfelu funambule.

C'est la réalisation qui nourrit bel et bien le sujet, si léger. Zemeckis c'est de la réalisation poids-lourd mais il sait y faire pour nous montrer la folie du projet et la beauté du geste. Il y a bien entendu le "coup", ces minutes suspendus au dessus du vide où la 3D apporte enfin quelque chose (c'était le cas du récent Everest). Elles sont sublimes, ces images de cet homme gracieux entre deux monstres de métal au dessus de la cité la plus célèbre du Monde!

Il prend aussi habilement les règles du film de casse pour nous apprendre tous les secrets autour de ce projet. Comme Spielberg, les images et le récit sont ludiques, l'innocence est célébrée et la technique nous émerveille. Ce film parle avec douceur du rêve américain dont les tours deviennent le symbole meurtri.

Il y a de nombreuses maladresses mais Zemeckis n'aime pas le confort. A l'image de son héros, il tente des choses. Cela explique quelques longueurs et des lourdeurs. On peut aussi voir un vibrant hommage à l'art et peut être au cinéma. En tout cas, en regardant vers le haut, Zemeckis exécute une nouvelle pirouette bluffante.

Le film n'est donc pas parfait mais il a un charme considérable. C'est un spectacle pour le grand écran. Zemeckis croit en son art. The Walk marche peut être parfois sur la tête mais il nous envoie de temps en temps au septième ciel!

Avec Joseph Gordon Levitt, Charlotte Le Bon, Clément Sibony et Ben Kingsley - Sony TriStar - 28 octobre 2015 - 2h

RWC 2015 : Retour sur un Nouvelle Zélande Moldavie de légende

Ahhhhh la Coupe du Monde de Rugby! Sa bière à flot, son flot de supporters gentleman, ses irlandais avec leurs flotteurs en guise de poignets d’amour, tous roux cuits cramés face au soleil automnal devant des écrans géants, ses bars surchauffés avec les pieds qui collent sur le Picon jonché à même le sol avec un gros barbu qui commente tout derrière ton dos et qui te met un coup de coude dans l’oreille à chaque ruck...

Son engouement fabuleux pour observer les premières semaines des trempes made in RWC de matchs de poule sans intérêt où de braves uruguayens se font déboités par des gars des îles pacifiques qui ont des bras comme 3 fois leurs cuisses et qui raffutent tête baissée sur 60m, un sport de valeurs, de vraies, où les grammes à la différence du foot rendent fraternels et amis, oui, on aime ça la Coupe du Monde Rugby.

Sauf que, cette année, on le sentait venir, après 4 ans de jeu fade et pas loin d’une centaine de molosses utilisés par un sélectionneur tout tremblotant fébrile aux bords des larmes à chaque interview, dont on même eu l’impression qu’il venait de se faire pipi dessus dans la pastille Société Générale d’avant match, bien joué les mecs au passage en terme de tête d’affiche, notre beau XV de France a ramé grave.

Ooooooohhhh, loin de moi l’idée de jouer les Cassandre et faire mon sélectionneur de canapé binouze à la main, je n’aurai pas fait mieux sur le terrain et encore moins dans les tribunes, et les dieux du sport savent que ce métier est un truc de folie où ton palpitant t’annonce chaque matin une possible crisecardiaque, et pour avoir bouffé récemment avec l’ex sélectionneur, Marc Liévremont, la confirmation de cette pensée est juste décuplée.

Oui mais voilà, on aurait aimé, oui nous braves supporters assoiffés d’Heineken et fan de marseillaise la tronche déjà en gant de toilettes post absorption de tartines de pâté depuis 2h, s’emballer pour de nouveaux exploits, pensant comme des nains que nous sommes du haut de nos petits 1m80 pour 78kg que la fameuse préparation à la française sur des vélos de torture en haute montagne allait donner à nos 31 gaillards suffisamment de force et de poumons pour créer des exploits et nous faire sortir les drapeaux tricolores…et puis bah non.

Après des matchs poussifs à souhait contre des roumains aussi forts en rugby que moi en skate sur deux roues, contre des canadiens dont le pays est culturellement à l’ovalie ce que le foot américain est à la Mongolie du sud ouest (après le Leroy Merlin d’Oulan-Bator prendre direction Mongolie du Sud Ouest, faire 1697km et tourner à gauche, là y’a un clocher, tu tournes près des buffles, première steppe à gauche et 2154km plus loin bah tu y es), on avait senti le coup venir en se faisant manger les dents par des Irlandais survoltés.

Comme dirait Christian Jean-Pierre, qui au passage continue de s’en prendre plein les gencives sur les réseaux sociaux, et son complice Bernard Laporte, qui entre deux « bah ouiiiiggg on estg pénalisééééé côté françaiggg on a plongégggg dans le ruck et ong ag pas le droig de plongeggggg » et qui au passage semble gentiment jouir des faiblesses des hautes sphères de la FFR pour mieux prendre leur place le coquin, et bien « on n’a pas gagné une touche, on a une défense en place mais on n’a pas le ballon », belle analyse qui en résumé signifie qu’on s’en prend la tronche et qu’on n’avait pas le niveau…alors forcément un ¼ de finale contre les All Blacks…ça sentait la boucherie.

Justement, forte de ses audiences tel un JT du week-end sans Claire Chazal, TF1 a très vite contacté les restaurants « La Boucherie » pour sponsoriser le fameux ¼ de finale dont on sentait le génocide rugbystique.

Dès le soir le match, heureusement, pas cons, les français étaient déjà repartis en France et avait demandé à une équipe de moldaves habillés en rouge couleur dents qui vont saigner de prendre leur place sur le terrain. Pas folle la guêpe, ou pas fou le bourdon, je suis un homme merde !, j’ai tout de suite vu que c’étaient des moldaves ! D’emblée Fredrich Michalaski se blessait, c’était pas le vrai c’était sûr !

A la mêlée c’était Morgana Parratoski un jeune adolescent d’1m56 tremblait dès qu’il avait le ballon et mettait une pénalité 50m à côté juste en face des poteaux ! Christian Jean-Pierre hurlait dès que les Moldaves, au bout de 50 minutes arrivaient à gagner une touche, tel un essai de 60m…c’est beau le sport !

Voilà, les restaurants « La Boucherie » avaient eu du pif, 9 essais dans la besace, un supplice, un cauchemar, une sorte de PSG contre l’équipe B de Vesoul en Coupe de France de Foot, l’Equipe voulait titrer « Massacre à la blacksonneuse » mais z’ont pas osé…même les namibiens avaient fait mieux, du moins pareil, du moins pas loin, du moins bref on n’est pas loin du niveau des namibiens…si c’est pas beau ça !

Les moldaves sont repartis chez eux, nous n’avons de nouvelles des français…le rugby ça se joue à 15 et à la fin c’est toujours un mec de 2m qui fait du haka qui gagne.

J’vous embrasse, j’ai Mongol.

Back to Basics

Keith Richards revient seul sur le devant de la scène. Cette année, un autre Rolling Stone sort un disque. Une fois de plus, Bill Wyman reste dans l'ombre. Un drôle de sort pour ce discret artisan du blues et du rock!

Plus vieux que les autres membres originaux des Rolling Stones, Bill Wyman avait une tête de chien triste, un charisme de pantalon qui sèche et le poste toujours en arrière de bassiste du plus sulfureux groupe des années 60. Discret, le musicien a assuré sa partie avec le roc Charlie Watts.

En 1993, il claque la porte du cirque Rolling Stones pour s'épanouir seul. Il est le plus productif des anciens membres, en dehors des terres des Stones, suivi par un groupe de blues, les rythm Kings. Tout seul, cela faisait tout de même trente ans qu'il n'avait pas sorti de disque.

Peut on encore faire de la musique à 78 ans? Il s'est dit que les bluesmen grattaient leur spleen jusqu'à ce que la mort vienne les prendre. Comme son compère Keith Richards, Bill Wyman s'est fait une haute idée des racines du rock, le blues, le jazz et la soul.

Vénérable bassiste, le voilà donc avec des nouvelles chansons et des vieux titres remis au goût du jour. Ce n'est pas nouveau mais on sent que le papy s'éclate. Il n'y a rien d'excitant mais on respecte facilement la démarche de Wyman, heureux de jouer avec ses amis et s'offrir un bain de jouvence en retravaillant ses classiques, peu connus et sympathiques, à défaut d'être inoubliables!

Ca ne casse pas trois pattes à un canard mais au moins on a des nouvelles d'une vieille connaissance et on se rend compte qu'elle est plutôt en forme malgré son grand âge!

Lay Low

Fille de... Soeur de... on a toutes raisons de redouter les efforts musicaux de la comédienne, Lou Doillon.

On est toujours sceptique lorsqu'une actrice veut se réaliser dans la musique. Petit caprice artistique où elle se justifie par une envie irrépressible de s'exprimer d'une nouvelle manière, rentrer et expliquer l'intime, blablabla fait de rencontres et de collaborations exceptionnelles... bref, on ne va pas rappeler tous les jolis ratages autour de ce sous genre assez pathétique dans la production.

On n'est même plus bienveillant lorsqu'il s'agit de Lou Doillon, qui a le grand défaut d'être la fille du cinéaste Jacques et la soeur de Charlotte Gainsbourg. Le piston est suspecté à tous les étages. C'est peut être faux mais on l'accuserait bien de chanter avec une cuillère en argent dans la bouche.

Il faut donc dépasser les étiquettes, les raccourcis faciles mais aussi une promotion assez irritante. On n'entend plus la musique. Jugeons le deuxième disque pour ce qu'il est. Sautons par dessus tout ce qui gène! Puisqu'elle se débrouille assez bien en matière de folk rock, aidée cette fois ci par un spécialiste du genre, Timber Timbre.

Le ton est donc plutôt sombre, envoûté et mélodique. Les guitares glissent sur des couloirs d'échos. L'acoustique a sa place largement. Les cuivres et les cordes s'invitent discrètement. C'est assez irréprochable musicalement. L'Amérique fascine Doillon. La voix de la comédienne a quelque chose d'atypique, qui va très bien à la folk, champêtre, un peu rustre.

C'est authentique. La chanteuse a l'air d'y mettre de la conviction. Le petit souci, c'est que le charme est brisé par un sentiment de déjà vu, un peu agaçant. C'est drôlement bien fichu. Les chansons sont bien emballées. Mais on finit par s'ennuyer. Lancinant, le style devient parfois soporifique. On veut bien dire que Lou Doillon est une (bonne) chanteuse. On s'excuse de décrier avant d'écouter mais un peu d'originalité, ca serait pas mal pour nous convaincre définitivement.

Barclay - 2015

Picasso Sculpture

Dans les salons parisiens, il sera de bon ton de parler de l'exposition du Grand Palais, Picasso Mania. Avec détachement, n'hésitez à déclarer qu'il existe à New York une exposition beaucoup plus pertinente sur l'artiste. Voilà tout ce qu'il faut savoir sur cette rétrospective pour briller en société.

Tout d'abord il s'agit de la plus grande réunion de sculptures de l'artiste depuis des décennies. Le Moma, avec l'aide du musée Picasso a réussi son coup: toutes les périodes de Picasso sont représentées. Toutes ses obsessions sont visibles. Son goût pour la déconstruction se remarque sur son travail en trois dimensions.

En sculpture comme en peinture, Picasso ne fait rien comme tout le monde. Et surtout sa production semble colossale. La variété donne le tournis. Ca débute donc en 1902 avec des premières recherches et des idées déjà cubistes. Un style qu'il va affiner durant toute une décennie.

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En 1920, il participe à un concours pour décorer un monument dédié à Apollinaire. Son travail est totalement débridé et prouve son affection pour la sculpture. Là encore, il commence à s'amuser avec les matières puis recycler les matières.

Puis au château de Boisgeloup, l'art africain semble influencer cette nouvelle période. Il revient par étapes sur ce travail manuel, qu'il rend très fantaisiste. L'abstraction est totalement assumée. Son talent est cette agitation permanente.

Il travaille aussi sur la céramique et des objets plus petits (certains ont été très peu exposé) puis arrive la plus célèbre période où Picasso se consacre aux assemblages. Il y a de l'humour et de la rage. Picasso défie nos habitudes et nos regards. C'est aussi troublant que ses plus célèbres et fameux tableaux.

Le point fort de l'exposition c'est son emplacement. L'exposition temporaire se situe au milieu du musée d'art moderne de New York. Elle trouve sa place dans l'histoire de l'art contemporain. On y découvre les influences qui ont inspiré l'auteur. On remarque aussi l'extrême modernité du travail, de son évolution à sa production. La mise en perspective est franchement réussie.

Avec ça, vous ajoutez que vous ne faites même pas la queue pour voir l'exposition. Et vous voilà la star des salons parisiens, la personne qui a vu l'autre exposition du moment à voir, sur Pablo Picasso!
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Du 14 septembre 2015 au 7 février 2016 au MoMa

Les derniers jours de nos pères

Premier roman du désormais célèbre Joel Dicker, Les derniers jours de nos Pères raconte avec un panache exalté une aventure secrète de quelques résistants au service de sa Majesté.

Special Operation Executive! Voilà le nom donné à une branche secrète de saboteurs, formés par l'armée britannique, sous l'impulsion d'un Churchill qui doutait alors de son armée face à l'efficacité allemande.

Des hommes et des femmes sont venus en Angleterre pour une formation musclée. Ils sont tous différents. Leurs motivations aussi. On les installe dans des camps anglais pour apprendre à tromper son monde, fabriquer des bombes etc. Les patriotes découvrent alors que la réalité n'est jamais pareil que la passion ou l'envie...

Joel Dicker vend désormais des bouquins comme des petits pains mais possède déjà, dès son premier roman, l'art de la description. On est parfois dans le cliché mais il sait jouer avec les clichés, apportant une touche décalée et provoquant de temps à autres des ruptures de ton spectaculaires.

On pense ici aux films de notre enfance sur la guerre. La Grande Evasion pourrait être le maître étalon de cette aventure picaresque inspirée de faits réels. L'auteur exalte les vertus du patriotisme mais sans sortir les trompettes, en découvrant petit à petit les faiblesses de ses personnages, attachants et désarmants, face aux dangers qu'ils encourent.

De la formation à la pratique, on suit une demi douzaine de personnages, lâchés dans l'enfer de la Seconde Guerre Mondiale. L'écriture est prenante. Il y a du panache et de la volonté chez Joel Dicker. C'est presque rétro. Mais pas du tout réactionnaire.

"Ceux qui rêvent ne meurent pas car ils ne désespèrent jamais". Cette phrase résume bien l'ambiance de cette épopée du contre espionnage. Au milieu des opérations, il y a des hommes avec leurs faiblesses et leurs utopies. Celles ci peuvent les aider à transcender la folie de la guerre. Exaltant, ce roman est prenant d'un bout à l'autre. Une vraie réussite. Un grand roman d'aventures à l'ancienne!

456 pages - Editions de fallois

Chronic

Le sujet frappe fort: la fin de vie. Un aide soignant affronte la maladie, la mort, la peine, à chaque fois qu'il accompagne un nouveau patient. La mise en scène cogne: une vision frontale, sans fard, sans recul, de la relation évidemment touchante entre le mourant et l'infirmier.

Tim Roth interprète l'infirmier. Il apparaît comme un personnage froid, multi-tâche et pas loin de l'obsession. Il ne se consacre qu'à son travail. C'est presqu'un robot, capable de tout pour ses malades.Le comédien est toujours parfait, composant un homme solide mais qui cache des petites failles de compassion. Il est même formidable car avec un minimum de mots, il fait passer un paquet d'émotions.

Le film en possède beaucoup. Car il ose tout montrer. Ce n'est pas un film pudique. Mais il n'est pas agressif. Sa neutralité peut déranger mais la caméra se met toujours à distance. Pour un maximum d'efficacité: on n'est pas à l'aise. Mais qui le serait devant ce héros très ordinaire.

Un type qui existe dans son travail mais qui gère très mal sa vie privée. Le prix du scénario est peut être un peu exagéré mais voici un film qui parle d'un autre sujet rare et dérangeant: l'amour de son prochain. Là, il impose une vision glacée mais qui gèle pas toutes les ambiguïtés de ce moment difficile de la vie, pour les vivants et pour les morts.

On est bien obligé de dire que c'est déprimant. En même temps, il y a un éclat de vie dans Chronic, qui finit par nous pénétrer et peut être nous réchauffer, à sa manière!

Avec Tim Roth, Sarah Sutherland, Michael Cristofer et Robin Bartlett - Wild Bunch - 21 octobre 2015 - 1h30

Crosseyed Heart

Incarnation ultime du rock'n'roll, Keith Richards a toujours faim de riffs et refrains électriques. Son nouvel album prouve qu'il a, à 71 ans, toujours la Foi! Un vénérable disque!

On est évidemment très conciliant avec Keith Richards, guitariste de légende des Rolling Stones. Il est devenu notre papy préféré du rock'n'roll. Il a tout vu et tout connu. Il a pratiqué mille et un excès. Le sexe, la drogue et le rock'n'roll, c'est son quotidien!

Cela fait dix ans que les Stones font des petites tournées bien rentables. Jagger et Richards n'écrivent plus ensemble (sauf l'excellent single Doom & Gloom). Ils gèrent leur succès colossal. Richards en profite pour écrire un super récit sur sa vie dissolue, Life. On y comprend qu'il est vraiment hanté par les démons du rock et qu'il adore ça.

Son agitation se trouve donc canalisé pour les besoins d'un troisième album solo, Crosseyed Heart. Cela faisait vingt trois ans que le guitariste n'avait pas signé un disque tout seul comme un grand. Il n'a plus rien à prouver désormais: ce nouveau disque est un concentré de plaisir et de complicité. Ca fait du bien à entendre! Richards, rieur, met tout ce qu'il lui plait dans cet album. Toutes ses influences sont représentées. Et le bonhomme ne manque pas de bon goût!

La soul et le blues ont une bonne place dans ce disque. Soutenu par son ami batteur, Steve Jordan, Keith Richards est un vieux pirate qui s'accroche à ses valeurs et ses connaissances. A son grand âge, il ne tente aucune révolution. Il capture l'essence de son art.

La première chanson ne ferait pas de désordre dans la discographie de ses idoles comme John Lee Hooker ou Jimmy Reed. La seconde branche la guitare sur des riffs dont il a le seul le secret. La voix vieillissante rôde du coté de Tom Waits et ce n'est pas une mauvaise chose. Bien au contraire, les deux hommes sont bons amis.

Amnesia ferait presque penser à du Lou Reed période "New York". Il se calme pour une ballade détraquée, Robbed Blind, très proche de ses écarts solitaires avec les Stones. C'est à eux aussi que l'on pense avec son titre phare, Trouble, très bon.

Puis il voyage à nouveau vers la Jamaïque pour Love Overdue, puis revient vers des choses plus claires avec Nothing On Me, titre le plus faible de l'album qui vous l'aurez compris récompense notre longue attente depuis l'excellent Main Offender en 1992.

Pour nous faire encore plus plaisir, il chante en duo avec la magnifique Norah Jones sur le noctambule Illusion. L'homme a toujours bon goût. Son nouvel album montre qu'il ne sucre pas encore les fraises. Que la flamme du rock'n'roll ne s'éteindra jamais. Excellente nouvelle.

Republic - 2015

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