Les Fautes de nos Pères

Suite de Seul l'avenir nous le dira, Les Fautes de nos Pères continue de promener dans une saga familiale, invraisemblable et jubilatoire.
En Angleterre, le baron Archer de Weston alias Jeffrey Archer, est un personnage controversé. En politique, il se place du coté des conservateurs mais aussi des scandales. Il a même fait de la prison. Il est nettement plus doué pour l'écriture. Il narre ici les aventures tumultueuses d'une famille secoué par les scandales, les Clifton. Ils doivent affronter la puissante famille Barrington, industriels et riches.
Après un premier tome épique qui posait les bases d'une intrigue multiple, nous voici dans le coeur de l'action avec deux amoureux séparés, Harry Clifton et Emma Barrington. Au nom de leur union, tout a explosé en mille morceaux et le jeune homme se retrouve aux Etats Unis sous une autre identité et son amoureuse est restée sur le vieux continent.
Mais le destin continue de leur jouer des tours et parfois ca va dans leur sens. Autour d'eux, il y a des comploteurs, des malins et des redoutables adversaires. Ils sont la vie. Mais certains sont mornes ou machiavéliques. Jeffrey Archer ne fait pas dans la nuance: au sein des familles Clifton et Barrington, il y a de bonnes personnes et de véritables enfoirés.
Ils servent en tout cas un récit captivant, au classicisme rassurant mais vraiment jouissif. Il y a des rebondissements à chaque fin de chapitre. Les personnages sont stéréotypés mais sympathiques. On adore détester les salauds, capables du pire.
Il y a aura d'autres romans sur ce clan mais celui ci est vraiment dépaysant car il se déroule entre les Etats Unis des années 40, l'Angleterre pluvieuse et l'Afrique du Nord rongée par la guerre. Les fautes de nos Pères est un roman vif, respectueux du genre et assez brillant. Même si vous n'avez pas lu le premier tome, vous pourrez beaucoup vous amuser avec cette saga exaltée et vous attendrez avec impatience la suite...
Le livre de Poche - 500 pages
Tenderly

Album au nom si simple et délicat qu'il en devient nécessaire en cette période de deuil et de colère.
Dans les moments cruels, la musique a obligatoirement une place à jouer, une valeur à ajouter, un effet bénéfique ou rassurant dans nos vies torturées. A l'heure où la barbarie s'en prend à la musique, ceux qui en jouent et ceux qui l'aiment, un disque qui s'appelle Tenderly, rappelle la saveur si particulière du jazz vocal féminin.
Stacey Kent aime en plus la France. Son disque Raconte moi est une déclaration d'amour à la culture française. Tenderly vous permettra d'oublier quelques instants les douleurs nationales, les angoisses du Monde et les actualités qui veut nous inquiéter. Avec un jazz humain et subtile.
Stacey Kent a une voix dense et chaleureuse. Elle se love sur des airs de jazz et bien plus. Elle voyage un peu partout avec une douceur et une sensibilité qui ne peuvent que toucher et plaire. Sa musique est gracieuse et respectueuse. Chansons courtes mais le souvenir ne fait que durer. C'est une grande dame du jazz. C'est une chose sûre sur laquelle on peut bâtir notre petite chapelle ardente.
Car elle soigne les maux avec sa voix si belle et son élégance naturelle. Après la bossa, elle continue de s'acoquiner avec des grands noms d'Amérique du sud. Ici, elle s'allie à Roberto Menescal, un champion de la bossa nova. Ces deux là remontent en Amérique du Nord, en ouvrant le fameux Great American Songbook, répertoire célèbre de tous les standards de la musique américaine.
Ce nouvel album devient donc un moment de passion et de plaisir. Tout ce que déplaît aux fanatiques de tout bord. Tout ce qu'il faut aimer pour que la vie vaut le coup d'être vécue. Il y a donc la voix mais aussi un saxo chaloupé et une orchestration blanche et espiègle. Le choix se porte sur des chansons peu connus mais très belles. On se sent mieux. On se sent bien. En période de crise, Kent est la meilleure réponse à la morosité. Voici notre conseil: écoutez là!
Sony Classical - 2015
Arthus et les nuages

Arthus ne réussit pas à dire le mot « météorologiste ». C'est pourtant le métier de son père et celui qu'il fera, ses parents en ont décidé ainsi. Malgré des heures et des heures de rééducations chez des spécialistes, rien n'y fait.
Arthus est exténué, et profite de chaque moment de liberté pour s'isoler et aller observer les nuages, eux qui ont aussi des noms si compliqués. Il décide d'ailleurs de les renommer à sa manière et se lance dans l’écriture d’un dictionnaire ....
Voilà un ouvrage drôle et tendre qui se moque gentiment du vocabulaire un peu trop scientifique, tout comme de tous ces spécialistes chez lesquels de nombreux enfants passent une partie de leur « temps libre » !
En revanche, aucune moquerie pour les enfants qui ont du mal à articuler ou qui zozotent joliment. Ah ça non ! Au contraire.Les illustrations sont franchement à la hauteur et regorgent de détails amusants.
Cet album est surtout l’occasion de comprendre que dans la vie, chacun fait ses choix et tant mieux si les autres comprennent.
À lire dès 5 ans !
de Anne-Gaelle Balpe Olivier Daumas - Les p'tits bêrets
La fin de l’homme Rouge ou le temps du désenchantement

Le théâtre comme un vibrant porte-voix des oubliés de la Grande Histoire du Communisme: une chambre d'écho des confessions récentes des enfants du 20ème siècle russe.
C'est la quatrième fois que Stéphanie Loïk adapte et met en scène un roman de la Prix Nobel de Littérature 2015, Svetlana Alexeievitch. A chaque fois le même processus: Svetlana Alexeievitch est biélorusse, écrivain et journaliste. Elle crée des œuvres originales à partir de ses propres enquêtes: des recueils de témoignages de citoyens de toutes conditions sociales, sur des sujets historiques: la seconde guerre mondiale ("La Guerre n'a pas un visage de femme", 1985), la guerre d'Afghanistan ("Les cercueils de zinc", 1989), les vagues de suicides qui ont suivi la chute de l'URSS ("Ensorcelés par la mort", 1993), le monde post-Tchernobyl ("La Supplication", 1997), la fin brutale de l'utopie communiste ("La Fin de l'Homme rouge, ou le temps du désenchantement", 2013).
Stéphanie Loïk découpe l'œuvre, la remonte et l'adapte pour une troupe de jeunes acteurs issus de grandes écoles françaises (CNSAD, EPSAD, Académie de Limoges...) ou étrangères (Académie d'art de Saint Pétersbourg). L'adaptation n'en fait pas une pièce de théâtre classique, avec personnages, dialogues et péripéties, mais plutôt un discours fragmenté, restitué par un chœur de témoins anonymes, guidé par un coryphée et ponctué de chants russes*.
"La Fin de l'Homme rouge, ou le temps du désenchantement", c'est une somme de souvenirs intimes, certains joyeux, d'autres angoissants ou immensément tristes, d'hommes et de femmes qui ont vécu ou non sous l'ère soviétique. Ils témoignent du retentissement sur leurs vies des dangereux virages politiques qu'ont été la Révolution de 1917, la mise en place et le durcissement de la dictature, la pérestroïka , la chute de l'Union soviétique, jusqu'à la brutale introduction de l'économie de marché. Ces souvenirs sont portés haut et fort par des acteurs pénétrés, engagés et convaincants malgré leur jeune âge.
Trois grandes parties se distinguent: Svetlana Alexeievitch nous parle de son travail d'écrivain-journaliste: sa méthode, ses motivations, et par là, sa place et son identité. Une jeune femme à l'accent russe, pleine de ferveur, joue le coryphée.
En seconde partie, la voix d'une mère raconte l'éducation de son fils unique, et tente de comprendre ce qui l'a poussé au suicide. Sa voix est démultipliée à travers celles de quatre comédiennes vibrantes. En dernière partie, quatre camarades du jeune suicidé confient comment ils ont vécu, à la fois la disparition de leur ami et celle de leurs idéaux, dans la période qui a suivi 1991 et la chute du mur de Berlin.
En guise de conclusion, les voix disparates d'un chœur / peuple anonyme évoquent passé, présent et avenir. Un avenir avec ou sans Poutine, où gronde déjà la révolte des trahis du XXème siècle.
"LA FIN DE L'HOMME ROUGE ou LE TEMPS DU DÉSENCHANTEMENT" de Svetlana Alexeievitch, mis en scène par Stéphanie Loïk,
à l'Atalante, 10 place Charles Dullin, 75018 Paris.
Du 4 novembre au 7 décembre:
Lundi, mercredi et vendredi à 20h30
Jeudi et samedi à 19h
Dimanche à 17h
Réservations au: 01.46.06.11.90.
* Ce travail de chœur n'est pas sans rappeler celui de la polonaise Marta Gornicka, dont le spectacle REQUIEMACHINE était présenté la saison 2014-2015 au théâtre de Nanterre-Amandiers.
François de Roubaix

L'arrangeur des stars s'offre un hommage vintage à François de Roubaix, compositeur de musiques de films tragiquement disparu dans les années 70. Kitsch à souhait.
Il travaille pour les stars hexagonales. Il arrange de jolies et discrètes harmonies. C'est un touche à tout de génie: Fred Pallem écrit pour le cinéma, la danse, le cirque etc. Depuis une vingtaine d'années, il est à la tête de l'orchestre complet Le Sacre du Tympan.
Touche à tout, Fred Pallem rend ici hommage au compositeur François de Roubaix. On lui doit la musique du Vieux Fusil ou Le Samouraï. Dans les années 70, il ne faisait rien comme les autres, obsédé par les nouvelles sonorités. Jarre et toute la French Touch lui doivent beaucoup. Hélas, il meurt en 1975 lors d'un accident de plongée. A l'image de sa musique, il aimait l'aventure.
Cela s'entend dans les adaptations de Fred Pallem, heureux de plonger dans un univers électronique, tonique et sympathique. Les amateurs de sons vintage vont être aux anges. C'est drôle et particulièrement enlevé. Chapi Chapo repris avec la complicité de Katerine, ca vaut le détour, je vous assure.
Mais il y a chez Pallem, cette envie de bidouiller entre musique populaire et exigence artistique. Comme François de Roubaix. C'est donc très avant gardiste tout en se basant sur des bases assez classiques. Il y a ici des titres chantés et insouciants et des morceaux complexes, aux instruments débridés. C'est loufoque, chouette et enjoué. Ca mérite largement une musique attentive pour redécouvrir ces deux artistes trop méconnus!
Train fantome - 2015
Spectre

Et maintenant place à la musique. C'est toujours amusant de se perdre dans les variations du légendaire thème musical de 007.
Et le premier morceau du 24e épisode des aventures de James Bond glisse une ambiance de tacos dans l'élégance typiquement british. Une chaleureuse idée que l'on doit au sage Thomas Newman, fils du compositeur Alfred, frère de David qui écrit aussi des partitions pour le cinéma et cousin du fameux, Randy. Une belle famille qui légitime sa présence dans le générique de la prestigieuse saga.
Il avait déjà composé le sombre Skyfall. Il a donc le droit d'écrire à nouveau pour l'agent secret. Ce qui est finalement assez rare. Personne ne peut battre John Barry, créateur mythique du thème mais seul, le trop rare David Arnold avait eu droit de travailler sur plusieurs films. Ils sont trois désormais à pouvoir disserter sur le sujet: le film d'espionnage avec Vodka Martini et belles pépées!
Thomas Newman n'est pas vraiment un aventurier mais il respecte les traditions du genre. Il y a peut être un peu de facilité sur certains passages, gonflés par une ryhtmique presque eigthies mais il fait parler l'orchestre avec quelques coups d'éclat bien sentis.
C'est assez tendu mais peu acrobatique. On est dans une orchestration sans surprise mais pas du tout déplaisante. Comme on lui donne les moyens, des voix venus d'ailleurs hantent quelques titres musclés. Il y a de l'ampleur à l'ensemble et bizarrement ce n'est pas du tout prenant. Mais ce n'est pas médiocre non plus. Ce n'est pas marquant hélas. Purement illustratif!
On passera sous silence la chanson de Sam Smith qui ne devrait pas faire oublier le tube Skyfall d'Adele, mais on reste sur une impression de déjà vu, jamais désagréable. Au bout de 24 fois, ca semble en réalité une sensation totalement normale.
Decca - 2015
Sublime Ordinaire

Les champions de la pop "made in France" sont revenus en force cette année. Juste pour citer les plus fameux come back, on applaudira les retours des Innocents ou de William Sheller. Mais il ne faut pas oublier les petits jeunes qui débutent ou les musiciens adeptes de douces harmonies et paroles aigres douces. Il faut donc absolument faire la connaissance de l'élégant Alain Gibert.
Comme sur sa pochette, tout est question de sobriété et de raffinement. C'est cela le secret de la pop "à la française". Alain Gibert a l'air d'un type discret mais cela le rend assez précieux car effectivement il a l'art de piocher le sublime dans l'ordinaire.
On pensera a Daho mais pourtant il faut voir du coté de Dominique Dalcan, artiste maudit de la chanson française dans les années 90. Comme lui, le lyrisme est sourd et pourtant omniprésent car Alain Gibert joue avec une modestie rassurante et risquée de nos jours.
Ses paroles sont douces et n'ont pas peur d'être poétiques. Il disserte comme les autres de l'amour, la désillusion et tous les sujets propres à la chanson. Mais le classicisme a du bon. Aujourd'hui cela s'apparenterait à du culot. Tout semble baliser chez ce dandy parisien.
Pourtant ses chansons sont plus riches à chaque écoute. Les arrangements sont chaleureux. Une pointe de féminité fait la différence. Les instruments sont choisis avec intelligence. Au delà de la belle apparence, Alain Gibert séduit avec une belle aisance, soulignant son amour pour le cinéma.
Il donne effectivement à ses chansons des petits airs cinématographiques qui font du bien à entendre. Du cinéma d'auteur. Il nous fait sortir en dix titres, de l'ordinaire et son disque toucherait presque au sublime. La relève semble assurée.
Martingale L'autre distribution - 2015




