Le monte-plats, Harold Pinter, Poche Montparnasse

monteplats

 

A Birmingham, Ben et Gus deux tueurs à gages, attendent leur prochain contrat et le nom de leur future victime. Mais cette attente est longue et oppressante. Pour « tuer » le temps, ils parlent sans communiquer, de tout et de rien. L’inattendu survient alors : la descente d’un monte-plats avec à l’intérieur, des commandes exotiques et absurdes.

Le duo, incarné par des comédiens d’âge mûr, dévoilent au fur et à mesure leurs petites habitudes, leurs failles, leurs angoisses et leurs engueulades. Jacques Boudet et Maxime Lombard forment un couple à la fois inquiétant et touchant. La complicité de ces deux personnages atypiques révèle toute l’absurdité et l’effroi de ce huis-clos, mêlant le rire et le tragique. La mise en scène, sobre et intime les confine dans cette promiscuité. Les jeux de lumière magnifient les dialogues et met en valeur la puissance des mots.

Ici, le pouvoir est au cœur de l’action avec un chef invisible qui délivre des ordres implacables, matérialisé spatialement par le monte-plats. Ce troisième personnage qui n’a pas de visage, incarne une présence déshumanisée. Ce pouvoir est aussi symbolisé par le son omniprésent qui brise inexorablement la complicité du duo. Chaque commande ponctue le récit, interpelle les personnages, les sort de leurs silences. La tension va crescendo jusqu’à la fin inéluctable des personnages…

Laissez-vous surprendre par cette farce métaphysique entre burlesque et tragique.

Jusqu’au 10 janvier 2016
Le Théâtre de Poche-Montparnasse
Le Monte-plats

 

Traduction : Eric Kahane
Mise en scène : Christophe Gand
Avec : Jacques Boudet ; Maxime Lombard

Notre Rotation: Tallows

Didn’t he Ramble

Le disque qui va chauffer vos fraîches soirées à venir. Simple, carré et parfaitement irlandais.

Petit rouquin guitariste et timoré dans le film d'Alan Parker, The Commitments, Glen Hansard a pas mal galéré dans le milieu musical irlandais. Après avoir porté le film fauché mais délicieux, Once, sa carrière décolle réellement et nous permet d'entendre un vrai songwriter venu du froid, à l'élégance perpétuelle.

Car ses chansons sont composées autour de ses humeurs. Elles sont parfois bonnes. Elles entraînent parfois une tempête. En tout cas, le bonhomme est sensible et cela s'écoute sur ce second disque perso, entre blues et folk, entre joie et tristesse, entre tendresse et clairvoyance.

La musique est un faire valoir à la voix de Glen Hansard, disciple assagi d'un Van Morrison. Les paroles sont touchantes mais sa voix est spectaculaire, vibrante sur chaque mot, jouant avec un timbre si champêtre. Certains trouveront qu'il en fait trop mais d'une manière générale, c'est une qualité plus rare qu'on ne le pense ou ne l'entend.

En bon chanteur Irlandais, il y a dans ses nouveaux morceaux, de la mélancolie et du spleen. Mais Hansard rivalise avec tous ses hurleurs qui racontent le quotidien et les petites misères comme John Mellencamp ou même le Boss, Bruce Springsteen. Les gros bras ont le droit d'avoir des sentiments. Hansard bande les muscles sur une chanson comme My Little Ruin mais autrement il fait plutôt dans l'humilité et l'écriture assez finaude.

Dans les saisons froides qui s'annoncent, le disque réchauffe le coeur. C'est d'une simplicité déconcertante et d'une beauté quasi élémentaire. Un piano triste. Un violon discret. Une guitare polyvalente. Il ne faut pas grand chose pour que l'émotion passe. C'est parfois le forcing mais Glen Hansard réussit à s'imposer comme un excellent songwriter irlandais!

Anti - 2015

Notre Rotation: Ana Egge & the Sentimentals

Internation Blackjazz Society

Attention cela commence comme si l'orchestre du Splendid se mettait à dérailler vers le metal puis ce disque s'emporte vers un son unique en son genre, du free jazz avec des vrais morceaux hardcore à l'intérieur! Vous êtes prévenus.

Voici un chronique qui pique. Les oreilles vont être mises à rude épreuve. Une pluie de décibels va s'abattre sur le pauvre auditeur qui se fera peut être avoir par la signature sur le titre "Blackjazz". La saturation ne fait pas peur à Shining, groupe norvégien qui se réchauffe avec ses propres moyens: bruyants et particulièrement alternatifs.

Shining fut une formation de jazz qui a découvert visiblement les vertus du metal. Le "Blackjazz" doit vouloir dire en réalité: je vais faire suer ma guitare jusqu'à ce qu'elle demande pitié! Ca matraque sévère.

Un bon gros Metal qui claque, cogne et rugit. Le gros riff bien lourd avec la voix hurlante et une batterie sous stéroïde. Des rythmes speed et des élans électriques furibards qui pourraient faire fuir pas mal de mélomanes. Mais le chanteur et leader du groupe, Jorgen Munkeby aime sur ses gentilles compositions, poser un saxophone.

Il joue de cet instrument mais fait intervenir d'autres instruments qui citent rarement sur les disques apocalyptiques du speed metal trash punk qui sent fort de dessous de ras. Munkeby aime aussi les synthétiseurs: avec ses petits compagnons, il adore visiblement déconcerter. On est très loin des bases classiques du jazz. On se promène sur le territoire peu visité de Nine Inch Nails avec son magma sonore, qui emprunte à tous les genres, sans aucune limite.

Ecouter ce septième album n'est pas une promenade bucolique dans un fjord. C'est une vraie aventure extrême. Pour amateurs de sensations fortes.

Spinefarm records - 2015

Notre Rotation: Grace Love

Early Risers

Et si le rock n'était qu'une histoire de camaraderie? Voilà un disque qui devrait brûler les oreilles des terroristes lessivés du ciboulot!

Soldiers of Fortune réunit des musiciens de la scène indépendante new-yorkaise. Celle qui a vu naître le Velvet ou Sonic Youth. Ce sont des copains du chanteur de Pavement, Stephen Malkmus, et de Cass McCombs, nomade alternatif connu aux Etats Unis. Ils n'ont pas peur des dissonances et des excès. C'est une bande de potes qui aime le rock, la bière et peut être les matchs de football.

Ils sont de toute manière très heureux de gratter sur leurs guitares et cogner des rythmiques sèches et efficaces. Ils n'ont pas le look de soldats: ce sont des grands adolescents attardés mais ils aiment jouer ensemble. C'est certain: cela s'entend. C'est du rock brut de décoffrage! La production est limitée: ce qui compte c'est la voix, les instruments qui transpirent et les riffs déchirants.

On les sent libres sur leurs chansons: il le revendique. Au moment d'enregistrer leurs titres, ils improvisent beaucoup. C'est donc assez foutraque mais assez réjouissant aussi. On dirait du Neil Young déchaîné et rajeuni. Ca bidouille mais ca ne s'accorde aucune contrainte. C'est du rock qui s'autorise tout et s'affirme comme un acte libre.

C'est cette énergie qu'on aime dans cet album (on doit l'avouer) assez brouillon avec des copains qui passent et surtout de chouettes guitares et des envies de punk pour tous! C'est un gros boeuf entre joyeux drilles, une réunion d'amoureux des décibels et du "jouer ensemble". Les pisse-froids vont crier au blasphème. Mais ce joyeux bordel a désormais des airs d'acte de révolte et de courage.

Mexican Summer - 2015

Notre Rotation: !!!

Les Fautes de nos Pères

Suite de Seul l'avenir nous le dira, Les Fautes de nos Pères continue de promener dans une saga familiale, invraisemblable et jubilatoire.

En Angleterre, le baron Archer de Weston alias Jeffrey Archer, est un personnage controversé. En politique, il se place du coté des conservateurs mais aussi des scandales. Il a même fait de la prison. Il est nettement plus doué pour l'écriture. Il narre ici les aventures tumultueuses d'une famille secoué par les scandales, les Clifton. Ils doivent affronter la puissante famille Barrington, industriels et riches.

Après un premier tome épique qui posait les bases d'une intrigue multiple, nous voici dans le coeur de l'action avec deux amoureux séparés, Harry Clifton et Emma Barrington. Au nom de leur union, tout a explosé en mille morceaux et le jeune homme se retrouve aux Etats Unis sous une autre identité et son amoureuse est restée sur le vieux continent.

Mais le destin continue de leur jouer des tours et parfois ca va dans leur sens. Autour d'eux, il y a des comploteurs, des malins et des redoutables adversaires. Ils sont la vie. Mais certains sont mornes ou machiavéliques. Jeffrey Archer ne fait pas dans la nuance: au sein des familles Clifton et Barrington, il y a de bonnes personnes et de véritables enfoirés.

Ils servent en tout cas un récit captivant, au classicisme rassurant mais vraiment jouissif. Il y a des rebondissements à chaque fin de chapitre. Les personnages sont stéréotypés mais sympathiques. On adore détester les salauds, capables du pire.

Il y a aura d'autres romans sur ce clan mais celui ci est vraiment dépaysant car il se déroule entre les Etats Unis des années 40, l'Angleterre pluvieuse et l'Afrique du Nord rongée par la guerre. Les fautes de nos Pères est un roman vif, respectueux du genre et assez brillant. Même si vous n'avez pas lu le premier tome, vous pourrez beaucoup vous amuser avec cette saga exaltée et vous attendrez avec impatience la suite...

Le livre de Poche - 500 pages

Tenderly

Album au nom si simple et délicat qu'il en devient nécessaire en cette période de deuil et de colère.

Dans les moments cruels, la musique a obligatoirement une place à jouer, une valeur à ajouter, un effet bénéfique ou rassurant dans nos vies torturées. A l'heure où la barbarie s'en prend à la musique, ceux qui en jouent et ceux qui l'aiment, un disque qui s'appelle Tenderly, rappelle la saveur si particulière du jazz vocal féminin.

Stacey Kent aime en plus la France. Son disque Raconte moi est une déclaration d'amour à la culture française. Tenderly vous permettra d'oublier quelques instants les douleurs nationales, les angoisses du Monde et les actualités qui veut nous inquiéter. Avec un jazz humain et subtile.

Stacey Kent a une voix dense et chaleureuse. Elle se love sur des airs de jazz et bien plus. Elle voyage un peu partout avec une douceur et une sensibilité qui ne peuvent que toucher et plaire. Sa musique est gracieuse et respectueuse. Chansons courtes mais le souvenir ne fait que durer. C'est une grande dame du jazz. C'est une chose sûre sur laquelle on peut bâtir notre petite chapelle ardente.

Car elle soigne les maux avec sa voix si belle et son élégance naturelle. Après la bossa, elle continue de s'acoquiner avec des grands noms d'Amérique du sud. Ici, elle s'allie à Roberto Menescal, un champion de la bossa nova. Ces deux là remontent en Amérique du Nord, en ouvrant le fameux Great American Songbook, répertoire célèbre de tous les standards de la musique américaine.

Ce nouvel album devient donc un moment de passion et de plaisir. Tout ce que déplaît aux fanatiques de tout bord. Tout ce qu'il faut aimer pour que la vie vaut le coup d'être vécue. Il y a donc la voix mais aussi un saxo chaloupé et une orchestration blanche et espiègle. Le choix se porte sur des chansons peu connus mais très belles. On se sent mieux. On se sent bien. En période de crise, Kent est la meilleure réponse à la morosité. Voici notre conseil: écoutez là!

Sony Classical - 2015

Trending

Most Discussed

F.A.I. 2009 / BERTRAND BELIN et TATIANA MLADENOVICH

Et la laïcité bordel !

Diamond Dogs / David BOWIE / (EMI – 1974/ Rééd.2004)

Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu?