Notre Rotation: Royal Foundry

Arthus et les nuages

Arthus ne réussit pas à dire le mot « météorologiste ». C'est pourtant le métier de son père et celui qu'il fera, ses parents en ont décidé ainsi. Malgré des heures et des heures de rééducations chez des spécialistes, rien n'y fait.

Arthus est exténué, et profite de chaque moment de  liberté pour s'isoler et aller observer les nuages, eux qui ont aussi des noms si compliqués.  Il décide d'ailleurs de les renommer à sa manière et se lance dans l’écriture d’un dictionnaire ....

Voilà un ouvrage drôle et tendre qui se moque gentiment du vocabulaire un peu trop scientifique, tout comme de tous ces spécialistes chez lesquels de nombreux enfants passent une partie de leur « temps libre » !

En revanche, aucune moquerie pour les enfants qui ont du mal à articuler ou qui zozotent joliment. Ah ça non ! Au contraire.Les illustrations sont franchement à la hauteur et regorgent de détails amusants.

Cet album est surtout l’occasion de comprendre que dans la vie, chacun fait ses choix et tant mieux si les autres comprennent.

À lire dès 5 ans !

de Anne-Gaelle Balpe Olivier Daumas - Les p'tits bêrets

La fin de l’homme Rouge ou le temps du désenchantement

Le théâtre comme un vibrant porte-voix des oubliés de la Grande Histoire du Communisme: une chambre d'écho des confessions récentes des enfants du 20ème siècle russe.

C'est la quatrième fois que Stéphanie Loïk adapte et met en scène un roman de la Prix Nobel de Littérature 2015, Svetlana Alexeievitch. A chaque fois le même processus: Svetlana Alexeievitch est biélorusse, écrivain et journaliste. Elle crée des œuvres originales à partir de ses propres enquêtes: des recueils de témoignages de citoyens de toutes conditions sociales, sur des sujets historiques: la seconde guerre mondiale ("La Guerre n'a pas un visage de femme", 1985), la guerre d'Afghanistan ("Les cercueils de zinc", 1989), les vagues de suicides qui ont suivi la chute de l'URSS ("Ensorcelés par la mort", 1993), le monde post-Tchernobyl ("La Supplication", 1997), la fin brutale de l'utopie communiste ("La Fin de l'Homme rouge, ou le temps du désenchantement", 2013).

Stéphanie Loïk découpe l'œuvre, la remonte et l'adapte pour une troupe de jeunes acteurs issus de grandes écoles françaises (CNSAD, EPSAD, Académie de Limoges...) ou étrangères (Académie d'art de Saint Pétersbourg). L'adaptation n'en fait pas une pièce de théâtre classique, avec personnages, dialogues et péripéties, mais plutôt un discours fragmenté, restitué par un chœur de témoins anonymes, guidé par un coryphée et ponctué de chants russes*.

"La Fin de l'Homme rouge, ou le temps du désenchantement", c'est une somme de souvenirs intimes, certains joyeux, d'autres angoissants ou immensément tristes, d'hommes et de femmes qui ont vécu ou non sous l'ère soviétique. Ils témoignent du retentissement sur leurs vies des dangereux virages politiques qu'ont été la Révolution de 1917, la mise en place et le durcissement de la dictature, la pérestroïka , la chute de l'Union soviétique, jusqu'à la brutale introduction de l'économie de marché. Ces souvenirs sont portés haut et fort par des acteurs pénétrés, engagés et convaincants malgré leur jeune âge.

Trois grandes parties se distinguent: Svetlana Alexeievitch nous parle de son travail d'écrivain-journaliste: sa méthode, ses motivations, et par là, sa place et son identité. Une jeune femme à l'accent russe, pleine de ferveur, joue le coryphée.

En seconde partie, la voix d'une mère raconte l'éducation de son fils unique, et tente de comprendre ce qui l'a poussé au suicide. Sa voix est démultipliée à travers celles de quatre comédiennes vibrantes. En dernière partie, quatre camarades du jeune suicidé confient comment ils ont vécu, à la fois la disparition de leur ami et celle de leurs idéaux, dans la période qui a suivi 1991 et la chute du mur de Berlin.

En guise de conclusion, les voix disparates d'un chœur / peuple anonyme évoquent passé, présent et avenir. Un avenir avec ou sans Poutine, où gronde déjà la révolte des trahis du XXème siècle.

"LA FIN DE L'HOMME ROUGE ou LE TEMPS DU DÉSENCHANTEMENT" de Svetlana Alexeievitch, mis en scène par Stéphanie Loïk,
à l'Atalante, 10 place Charles Dullin, 75018 Paris.
Du 4 novembre au 7 décembre:
Lundi, mercredi et vendredi à 20h30
Jeudi et samedi à 19h
Dimanche à 17h
Réservations au: 01.46.06.11.90.

* Ce travail de chœur n'est pas sans rappeler celui de la polonaise Marta Gornicka, dont le spectacle REQUIEMACHINE était présenté la saison 2014-2015 au théâtre de Nanterre-Amandiers.

François de Roubaix

L'arrangeur des stars s'offre un hommage vintage à François de Roubaix, compositeur de musiques de films tragiquement disparu dans les années 70. Kitsch à souhait.

Il travaille pour les stars hexagonales. Il arrange de jolies et discrètes harmonies. C'est un touche à tout de génie: Fred Pallem écrit pour le cinéma, la danse, le cirque etc. Depuis une vingtaine d'années, il est à la tête de l'orchestre complet Le Sacre du Tympan.

Touche à tout, Fred Pallem rend ici hommage au compositeur François de Roubaix. On lui doit la musique du Vieux Fusil ou Le Samouraï. Dans les années 70, il ne faisait rien comme les autres, obsédé par les nouvelles sonorités. Jarre et toute la French Touch lui doivent beaucoup. Hélas, il meurt en 1975 lors d'un accident de plongée. A l'image de sa musique, il aimait l'aventure.

Cela s'entend dans les adaptations de Fred Pallem, heureux de plonger dans un univers électronique, tonique et sympathique. Les amateurs de sons vintage vont être aux anges. C'est drôle et particulièrement enlevé. Chapi Chapo repris avec la complicité de Katerine, ca vaut le détour, je vous assure.

Mais il y a chez Pallem, cette envie de bidouiller entre musique populaire et exigence artistique. Comme François de Roubaix. C'est donc très avant gardiste tout en se basant sur des bases assez classiques. Il y a ici des titres chantés et insouciants et des morceaux complexes, aux instruments débridés. C'est loufoque, chouette et enjoué. Ca mérite largement une musique attentive pour redécouvrir ces deux artistes trop méconnus!

Train fantome - 2015

Notre rotation: Steven A Clark

Spectre

Et maintenant place à la musique. C'est toujours amusant de se perdre dans les variations du légendaire thème musical de 007.

Et le premier morceau du 24e épisode des aventures de James Bond glisse une ambiance de tacos dans l'élégance typiquement british. Une chaleureuse idée que l'on doit au sage Thomas Newman, fils du compositeur Alfred, frère de David qui écrit aussi des partitions pour le cinéma et cousin du fameux, Randy. Une belle famille qui légitime sa présence dans le générique de la prestigieuse saga.

Il avait déjà composé le sombre Skyfall. Il a donc le droit d'écrire à nouveau pour l'agent secret. Ce qui est finalement assez rare. Personne ne peut battre John Barry, créateur mythique du thème mais seul, le trop rare David Arnold avait eu droit de travailler sur plusieurs films. Ils sont trois désormais à pouvoir disserter sur le sujet: le film d'espionnage avec Vodka Martini et belles pépées!

Thomas Newman n'est pas vraiment un aventurier mais il respecte les traditions du genre. Il y a peut être un peu de facilité sur certains passages, gonflés par une ryhtmique presque eigthies mais il fait parler l'orchestre avec quelques coups d'éclat bien sentis.

C'est assez tendu mais peu acrobatique. On est dans une orchestration sans surprise mais pas du tout déplaisante. Comme on lui donne les moyens, des voix venus d'ailleurs hantent quelques titres musclés. Il y a de l'ampleur à l'ensemble et bizarrement ce n'est pas du tout prenant. Mais ce n'est pas médiocre non plus. Ce n'est pas marquant hélas. Purement illustratif!

On passera sous silence la chanson de Sam Smith qui ne devrait pas faire oublier le tube Skyfall d'Adele, mais on reste sur une impression de déjà vu, jamais désagréable. Au bout de 24 fois, ca semble en réalité une sensation totalement normale.

Decca - 2015

Sublime Ordinaire

Les champions de la pop "made in France" sont revenus en force cette année. Juste pour citer les plus fameux come back, on applaudira les retours des Innocents ou de William Sheller. Mais il ne faut pas oublier les petits jeunes qui débutent ou les musiciens adeptes de douces harmonies et paroles aigres douces. Il faut donc absolument faire la connaissance de l'élégant Alain Gibert.

Comme sur sa pochette, tout est question de sobriété et de raffinement. C'est cela le secret de la pop "à la française". Alain Gibert a l'air d'un type discret mais cela le rend assez précieux car effectivement il a l'art de piocher le sublime dans l'ordinaire.

On pensera a Daho mais pourtant il faut voir du coté de Dominique Dalcan, artiste maudit de la chanson française dans les années 90. Comme lui, le lyrisme est sourd et pourtant omniprésent car Alain Gibert joue avec une modestie rassurante et risquée de nos jours.

Ses paroles sont douces et n'ont pas peur d'être poétiques. Il disserte comme les autres de l'amour, la désillusion et tous les sujets propres à la chanson. Mais le classicisme a du bon. Aujourd'hui cela s'apparenterait à du culot. Tout semble baliser chez ce dandy parisien.

Pourtant ses chansons sont plus riches à chaque écoute. Les arrangements sont chaleureux. Une pointe de féminité fait la différence. Les instruments sont choisis avec intelligence. Au delà de la belle apparence, Alain Gibert séduit avec une belle aisance, soulignant son amour pour le cinéma.

Il donne effectivement à ses chansons des petits airs cinématographiques qui font du bien à entendre. Du cinéma d'auteur. Il nous fait sortir en dix titres, de l'ordinaire et son disque toucherait presque au sublime. La relève semble assurée.

Martingale L'autre distribution - 2015

007 Spectre

Casino Royale était un film très réussi. Quantum of Solace ce fut un désastre. Skyfall fut à l'inverse un carton planétaire. Que sera ce Spectre de Sam Mendès? Est ce que notre James Bond a réglé ses problèmes avec le passé pour mieux courir après les vilains de tout poil?

Skyfall fut un monstrueux succès mais tout de même, en y repensant, on se demande s'il n'y avait pas un peu trop de psychologie. James Bond pleurnichait sur son passé et s'énervait bien trop peu pour attraper les méchants. Le film était une énorme thérapie pour l'agent secret. On en demandait pas tant: L'agent 007 est un gros bourrin, qui drague tout ce qui bouge et qui aime bien se battre avec les pires mafieux du Monde entier.

C'est ainsi qu'on l'aime, James Bond. Daniel Craig réussit à humaniser le mythe avec un vrai charisme et pas mal de talent. Mais 007 ne peut pas être un simple métrosexuel! Il a quand même le permis de tuer le gaillard. Et ca fait vingt quatre films qui sauvent le film.

On douterait de lui avec le temps. Dans cette période trouble, le gouvernement anglais préfère les drônes aux agents sur le terrain. La crise, tout le monde la traverse. Bond pourrait donc être envoyé aux oubliettes de l'espionnage mais le bonhomme a encore de la ressource.

Il semble avoir retrouvé toute son efficacité. La scène d'ouverture est spectaculaire et montre un héros déterminé, moins enclin à se regarder le nombril. Il arrive même à mener une enquête sur une organisation mondiale de malfaiteurs. Moins d'enquête et plus d'action. Toute l'équipe de Skyfall s'est réunie à nouveau mais ne fait pas le même film.

Plus cher, plus long mais aussi plus rigolo. Une fois de plus, le scénario veut nous faire le coup de l'ennemi intime et de l'introspection douloureuse mais heureusement une touche d'humour intervient et rappelle tout le coté iconique du personnage. S'il reste aussi longtemps dans nos esprits, c'est parce que 007 est irréel, au delà de toute morale, de toute contrainte et de toute réalité. Tout glisse sur ce personnage, obligé d'affronter son double ricanant, joué par un Christoph Waltz en roue libre.

Bond ne dévie pas de sa mission même si la deuxième partie du film déçoit: il dézingue des malfrats puis se met au lit avec de jolies nanas (ici Monica Bellucci et Léa Seydoux). dans des décors exotiques et des costumes bien taillés. Il reste un panneau publicitaire très élégant. Il conduit de belles voitures et apprécie les gadgets. Le film de Mendes regarde clairement dans le rétroviseur et jouerait la carte vintage, très à la mode ces derniers temps. En tout cas, c'est ce que dit clairement la toute dernière scène du film: c'est dans les vieux pots...

Avec Daniel Craig, Lea Seydoux, Christoph Waltz et Monica Bellucci - Sony Pictures - 11 novembre 2015 - 2h30

Merlin l’apprenti enchanteur

Une comédie jeune public comme un plaidoyer pour une éducation bienveillante: la seule capable de donner à l'enfant confiance en lui et en la vie.

A l'école de la vie et de la magie, Merlin, encore jeune et plein de doute, fuit son Maître et part à la recherche de l'Oracle, seul capable, pense-t-il alors, de le faire progresser dans son art. Il part en taxi-trottinette dans la forêt de Brocéliande, se perd dans une grotte, mal aiguillée par un lutin espiègle, séduit un dragon par la ruse, rencontre finalement l'Oracle et retrouvera son Maître. Après toutes ces épreuves, il saura lui parler d'égal à égal pour bientôt, peut-être, le dépasser.

Le décor est simple, astucieux et élégant, composé de paravents peints représentant tout à tour des scènes d'intérieur et d'extérieur. L'univers est sympathique, mélange d'objets anciens et de high-tech: exemple, Merlin reçoit des messages instantanés, mais sans téléphone, car des rubans colorés volent ou sont dissimulés dans le décor, rubans que Merlin déroule et lit comme des télégrammes du futur...

Même si le jeu des 2 jeunes interprètes est un peu stéréotypé (Guillaume Garnaud en taxi speedé, équivalent du lièvre de mars d'Alice au pays des merveilles, est un peu linéaire et Adrien Deschamps en Merlin un peu gauche, piétine beaucoup la petite scène de la Comédie Nation...), il faut emmener les enfants écouter cette histoire où adulte et enfant parlent finalement d'égal à égal: Merlin avoue qu'il a peur de son Maître qui le dévalorise; le Maître avoue qu'il n'a en effet pas la meilleure méthode.

A l'avenir, le Maître grondera moins et l'encouragera davantage; en contrepartie, l'élève confiera ses doutes et questionnera l'adulte sans crainte d'être jugé.

Finalement, cette comédie rend hommage au pouvoir des mots, faisant écho à la phrase de Dolto: "Ce n'est pas grave: ça passe avec le langage..."

"MERLIN, L'APPRENTI ENCHANTEUR" de Sandrine GAUVIN à la Comédie Nation jusqu'au 31 décembre 2015,
les mercredis et samedis à 14h30; dates supplémentaires pendant les vacances scolaires.
Texte et mise en scène: Sandrine GAUVIN
Avec: Adrien DESCHAMPS et Guillaume GARNAUD

Père

On en frissonne!

Quoi de mieux que le thriller psychologique d'August Strindberg et la Comédie Française pour garantir à Arnaud Desplechin un début théâtral réussi?

Car le texte de "Père", tout d’abord, est une merveille de justesse sur la complexité et la fragilité des relations amoureuses et familiales. L’histoire de ces parents divisés au sujet de l'éducation de leur fille et prêts à tout pour arriver à leurs fins, sonne si vrai et si puissamment qu’on en frissonne.

On est tellement affecté par cette mère, complètement démunie puisque la loi la prive de tout pouvoir de décider pour son enfant, qu’on se surprend à comprendre et à justifier sa malice et sa perversité, quand elle decide d’insinuer le doute de la paternité. Et une fois la machine infernale du doute lancée, on assiste effrayés à la chute du père, qui semble irréversible.

On admire ensuite l'immense attention portée par Arnaud Desplechin à préserver de la douceur et de la tendresse entre ses personnages, surtout dans leurs moments les plus cruels. Car on est d’autant plus glacés par la violence, la cruauté des échanges, qu'ils sont calmement et amoureusement exprimés.

Entre les mots, d’une violence inouïe, de la mère (Anne Kessler) et la fragilité que tout son être exprime, le contraste est saisissant, effrayant. Le père (Michel Vuillermoz) est tout aussi touchant, admirable. Lui qui devrait détenir tous les pouvoirs en tant que père et maître de maison, se révèle rapidement le plus faible, usé par la puissance des femmes et leur ténacité.

Emporté par le souffle criminel du doute, il chavire progressivement vers la folie et ceci à une vitesse folle, comme une fatalité, et on a froid dans le dos de voir la spirale avancer, la paranoïa s’installer, la rapidité, la facilité ou l'esprit et la raison sont dévorés.

Enfin, le décor, sobre et pesant, d’une bibliothèque, dans ce qu’on imagine une immense maison de campagne et où chaque âme semble porter son lot de névroses, accompagne parfaitement le drame.

Père d'August Strindberg
Mis en scène par Arnaud Desplechin
Jusqu’au 4 janvier 2016 à la Comédie Française

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