True Meanings

Le disque le plus classe de l'année... on le doit évidemment au plus mods des artistes anglais, le grand et génial Paul Weller qui sort encore un album sublime.
Le leader des Jam a tout vu, tout connu et surtout tout fait. Le guitariste virtuose est avant tout une tête chercheuse. Tous ses albums sont distincts les uns des autres. Ils sont tous fabriqués avec passion. Il y a à chaque fois de la nouveauté et du culot.
Il fait donc du rock un jour, de la soul un autre, de l'expérimentation le reste du temps. Il ne fait rien comme les autres. Il touche à tout et surtout continue de visiter la musique populaire avec son savoir faire si particulier. En plus, en vieillissant, sa voix est de plus en plus profonde. Papy de la pop, il reste un avant gardiste, un homme qui salue et encourage la curiosité. On a le droit de ne pas aimer tous les disques de Paul Weller mais la démarche du musicien est absolument admirable. Depuis 1990, il transcende dans son coin la pop music britannique.
Après le costaud A kind revolution l'année dernière, Paul Weller s'échappe encore une fois vers des contrées plus calmes. On le retrouve dans un joli fauteuil vintage, la cigarette distinguée. Le bonhomme se met un peu au vert. Et prend du bon temps.
True Meanings sent bon la chlorophylle, les petits oiseaux et la guitare sèche. Instrument qu'il maitrise à la perfection. Le disque est assez folk. Les cordes sont à l'honneur. Le rythme est détendu. La voix est troublante. Le lyrisme est boisé ici. C'est un grand bonheur, au coeur de l'automne puis de l'hiver.
Donc il y a beaucoup de cordes et peu d'énervement. Weller réunit ses camarades pour une session apaisée, une idée de la folk british. C'est souvent très (trop?) beau mais c'est surtout de la musique de chambre, habilement mis en forme, aux subtilités vibrantes. Une collection de chansons uniques et chaleureuses. Tout ce que l'on veut quand on attend la nouvelle fournée de Paul Weller, l'increvable héros de la pop!
Parlophone - 2018
Bird box

Après le film d'épouvante sans son, voici le film non voyant, ce qui explique en parti pourquoi c'est un affreux nanar à la gloire de sa comédienne.
Puisque Sandra Bullock sera de tous les plans. Elle rit. Elle pleure. Elle hurle. Elle aime ses enfants. Elle tire sans voir. Elle fonce dans des rapides toujours sans voir. Elle joue la cougar sans boire... voir. On se pince pour le croire. Après Pas un bruit du chouchou de Netflix, Mike Flanagan ou Sans un bruit, le succès surprise du sympathique John Krasinski, le sens est devenu le truc à la mode pour relancer le thriller fantastique!
Donc après le ouïe, avant le goût, l'odorat et le toucher, voici la vision! Et voir Sandra Bullock pendant deux heures, les bras en avant pour ne pas se vautrer, vous amuse, alors Bird box est le film qu'il vous faut. L'actrice, mauvaise comme tout, joue une survivante.
Sur la Terre, l'apocalypse nous tombe dessus. Il prend la forme d'un vent mauvais qui vous fait rappeler que la vie est bien triste. Soudain, vous avez l'envie de vous pendre et vous le faites. Donc la population mondiale s'élimine toute seule. Puisque c'est un vent, il faut se bander les yeux avant devenir un dépressif nihiliste... ne demandez pas, c'est ainsi. Une petite ombre, des feuilles mortes qui virevoltent, un oiseau qui piafe et hop, vous vous tuez.
Sandra, elle, résiste. Elle se cache dans une maison avec d'autres personnes et ils s'engueulent avant de faire des erreurs pour que le scénario avance. Comme elle est enceinte, elle est pleine de bon sens mais plus grand monde l'écoute. Elle agace durablement John Malkovich qui joue très bien monsieur Ronchon.
Le film est tourné en flash-backs mais n'explique pas grand chose à part les petites névroses de l'héroïne. Susanne Bier, spécialiste du mélo à grosses larmes, tient la barque mais n'arrive pas à boucher les trous. C'est un faux film d'épouvante et une vraie passoire pour bons sentiments. Un vilain et grossier véhicule pour star en mal de reconnaissance. Ouvrez ouvrez la cage aux oiseaux et fuyez!
Avec Sandra Bullock, John Malkovich, Trevante Rhodes et Tom Hollander - netflix - 2018
Aquaman

APRES L’INOMMABLE « JUSTICE LEAGUE » QUI A DÉFINITIVEMENT FLINGUÉ LA FRANCHISE DE SUPER HEROS, JE N’ATTENDAIS VRAIMENT PLUS RIEN DES STUDIOS DC ET DE LA WARNER A CE NIVEAU LA.
C’EST DONC SANS APPRÉHENSION QUE JE VOIS DONC CET AQUAMAN. CETTE CREATURE MI HUMAINE MI POISSON. CE DIEU DES MERS TEL UN POSEIDON QUI S’ECHOUE SUR LA TERRE AVEC SA MASSE DE MUSCLE, ET SON TRIDENT. VISUELLEMENT C’EST TRES REGARDABLE, MALGRÉ QUELQUES FONDS VERTS QUE L’ON VOIT, ET BIEN SUR DES SÉQUENCES DEGUEULASSE DONT ON A L’HABITUDE, (FAUT PAS DECONNER ET NOUS FAIRE OUBLIER QU’ON REGARDE UN DC!) L’ENSEMBLE EST TRAVAILLÉ ET TRES AGRÉABLE.
C’EST AVEC SURPRISE QUE J’APPRÉCIE CELUI LA. CERTAINS UNIVERS DONT L’ATLANTIDE, SONT MAGNIFIQUES ET RAPPELLENT « VALERIAN » A BIEN DES ÉGARDS (CE N’EST PAS LA CAME DE TOUS, JE SAIS) ET DU « THOR RAGNAROK ». MAIS ALORS DC VA T’IL UN JOUR TROUVER SA MARQUE DE FABRIQUE ? J’ENTENDS DEJA LE « DC C’EST PLUS SOMBRE » MOUAIS OK MAIS CE N’EST PAS MIEUX POUR AUTANT !
LE PROPOS PEUT L’ETRE MAIS CE N’EST PAS POUR CELA QU’ON NE DOIT RIEN VOIR. LA LUMIÈRE CA SE TRAVAILLE AUSSI DANS L’OBSCURITÉ ET LA ELLE EXISTE. LE BON HUMOUR, C’EST DEJA PRIS DEPUIS UN MOMENT PAR MARVEL, QUI LE TRAVAILLE A MERVEILLE, COMME TOUT LE RESTE AUSSI EN FAIT.
DÉSOLÉE MAIS FAUT ARRETER DE SE MENTIR QUANT A LA QUALITÉ D UN STUDIO PAR RAPPORT A L’AUTRE. MARVEL C’EST TELLEMENT MIEUX A TOUS LES NIVEAUX QUE REGARDER UN DC DEVIENT PRESQUE RISIBLE ET JUBILATOIRE MAINTENANT ET C’EST PEUT ETRE CA LEUR TOUCHE.
ASSUMER LE KITSCH COMME ILS LE FONT SI BIEN AVEC LEUR SERIE TV, « DC LEGENDS PF TOMORROW », OU MEME « SUPERGIRL ». C’EST PEUT ETRE LA DIRECTION QUE DOIT PRENDRE LE STUDIO AVANT DE COULER INDÉFINIMENT ET C’EST CONTRE TOUTE ATTENTE, CE QU’ON OBSERVE DANS AQUAMAN. ENFIN ! CE N’EST PAS UN CHEF D’OEUVRE MAIS APRES AUTANT DE NAVETS, (DANS LES DERNIERS FILMS SURTOUT) CELUI CI EST PLUS APPRECIABLE, QUE LES AUTRES.
C’EST DECALÉ, DROLE ET ABSURDE. IL YA DE BEAUX EFFORTS, DEJA, NICOLE KIDMAN EN BAD ASS QUI BASTONNE AU DÉBUT, C’EST INATTENDU ET J’AIME CA. (RAJEUNIE AUSSI LA NICOLE, HO WAIT), JASON MOMOA EST PARFAIT. IL A LA CARRURE QU’IL FAUT. IL EN IMPOSE GRAVE. RIEN A DIRE DE CE CÔTÉ LA. AMBER HEARD, ÉGALE A ELLE MEME ET PATRICK WILSON A RAISON DE FAIRE TREMPETTE, CA LE RAJEUNIT.
POUR UNE FOIS LA CHRONOLOGIE EST RESPECTÉE ET L’INTRIGUE TIENT LA ROUTE. C’EST BIEN ECRIT ET ENCORE UNE FOIS LE FILM ASSUME SON CÔTÉ GROS NANAR DES MERS. LA MUSIQUE AUSSI JOUE UN RÔLE IMPORTANT, BIEN QU’ABOMINABLEMENT MAUVAISE, LE MOT EST FAIBLE SURTOUT QU’ELLE EST NON STOP, MA FEMME LA COMPARE MÊME A ROSS DE FRIENDS QUI JOUE DU CLAVIER ! MAIS QUITTE A ALLER AU BOUT DU BOUT, ELLE ACCENTUE CETTE TOUCHE RIDICULE ET COLLE DONC TRES BIEN AVEC LE FILM.
LA CONSTRUCTION DES PERSONNAGES FONCTIONNE. LE TOUT EST TRES FLUIDE, ET BIEN CHORÉGRAPHIÉ. AVEC DE SUPER PLANS SÉQUENCES, LA PLUPART SE PASSANT SOUS L’EAU, C’EST ASSEZ BLUFFANT DE CRÉDIBILITÉ. JE SUIS LA PREMIÈRE SURPRISE D’AVOIR AIMÉ CE FILM, C’EST ASSUMÉ SANS PRÉTENTION ET CA CA EXACTEMENT LA OU CA DOIT ALLER. ON EST PLUS DANS LE FILM D’AVENTURE SURNATURELLE QUE DE SUPER HEROS. C’EST EN MODE JUSTICE GEEK UNDER WATER. UN PEU LONG MAIS QUI VA EN PROFONDEUR (PAS MAL HEIN?!). NON VRAIMENT, BEAU RATTRAPAGE DE DC, QUI VA ENFIN PEUT ETRE SE SORTIR LA TÊTE DE L’EAU. (CELLE LA AUSSI FALLAIT QUE JE LA FASSE!).
AVIS AUX AMATEURS
Avec Jason Momoa, Amber Heard, Nicole Kidman et Willem Dafoe - Warner bros - 19 decembre 2018 - 2h20
Rainier Dog

,Le disque le plus musclé de l'année... On ne parle pas assez metal dans nos pages mais on salue le retour spectaculaire d'un groupe qui résiste à tout. Lourd, puissant, monstrueux: Alice in Chains est un groupe survivant et juste pour cela, il mérite un petit prix!
Car le groupe de Seattle a payé cher, la rancon du succès. Groupe phare de la période grunge, Alice In Chains a connu un destin sacrément funeste. Ils ont perdu leur bassiste et leur chanteur, le très torturé Layne Staley. Mélange de metal et de rock plus classique, le groupe a aussi laissé peu d'albums mais des pièces maîtresses du heavy. Comme Nirvana, leur album Unplugged est une pure merveille, où la lumière musicale s'oppose à une ambiance spectrale, une fin de régne annoncée...
En 2009, les survivants reviennent sur le devant de la scène. Comme beaucoup de groupes meurtris, ils ont un nouveau chanteur. La comparaison est rarement flatteuse mais pour le cas d'Alice In Chains, le costaud William DuVall fait preuve de beaucoup de courage. Un second disque montre qu'il a de l'audace aussi. Ce troisième album l'impose! Comme ACDC, la cicatrisation finit par se faire...
Puisque Rainier Dog est sûrement l'un des meilleurs disques du groupe. Jerry Cantrell a retrouvé tout son savant talent pour écrire des chansons qui ne ressemblent à rien d'autres qu'à du Alice In Chains. Ca cogne dur mais le lyrisme est abordable par tous. Les mélodies sont complexes et révèlent doucement leurs secrets. Un pur plaisir pour amateurs de rock baroque, entre heavy sauvage et rock atmosphérique.
C'est en tout cas la renaissance d'un groupe précieux parce que original! Leur rock a vraiment une saveur unique. Le magma sonore se délite en petites pièces ultra mélodiques et mystérieuses. Nous ne sommes pas sur une carcasse: il y a toujours plus de sang, de sueur et de larmes sur cet album!
On n'est pas dans l'imitation. Cantrell entrainent ses collègues vers des pirouettes électriques absolument éblouissantes. Les rythmes lourds trouvent toujours une légèreté inattendue et une subtilité rare dans le genre. Comme leurs meilleurs albums, Rainier Dog est un labyrinthe où il est bon de se perdre.
Joyeux Noel à tous!
BMG - 2018
L’Odyssée

Le disque jazz de l'année! Mais en réalité ce n'est pas vraiment un disque de jazz. Juste une oeuvre de mordu mystique que l'on doit absolument encourager.
Car, dans le genre, il est un maître. On ne compte plus les artistes qui regardent dans le rétroviseur pour remettre au gout du jour des sons disparus. Cela pourrait presque définir la French touch de Air ou Daft Punk. Néanmoins, Fred Pallem fut un pionnier.
C'est sa démarche depuis les débuts. Au siècle dernier. Il a repêché la musique de Francois de Roubaix, les musiques de dessins animés ou les sons de la blaxploitation. En matière de vintage, on ne peut pas faire mieux que Fred Pallem à son groupe à forme variable, Le sacre du tympan.
L'odysée est une oeuvre originale. Il y recycle le psychédélisme très jazz des années 70. On a l'impression de tomber sur des oeuvres inédites de Lalo Shifrin ou Herbien Hancock. On a les rouflaquettes qui poussent, et les pantalons pattes d'ef qui réapparaissent. C'est groove à souhait et totalement réjouissant.
Comme l'oeuvre d'Homere, c'est dense, complexe et mythologique. Fantasque mais exigeant, l'Odyssée honore la mémoire d'un jazz libéré et utopique. Pallem sait en plus imposer une vision cinéphilique de son art. On a l'impression d'être dans une vieille série avec Roger Moore ou dans un film smart avec Steve McQueen.
Les ambiances ne datent pas d'aujourd'hui mais Fred Pallem et ses amis ne font jamais dans la nostalgie. Ils nous rappellent l'ivresse et la ferveur d'une telle musique. Merci pour la lecon d'histoire.
Train fantome - 2018
Socks!

L'album le plus... Noel de l'année. Il vient de Broken Arrow dans l'Oklahoma et il dépoussière le genre avec des idées antiques. Un joli tour de magie!
Non, cette année vous n'entendrez pas une énième chanson de Noël chantée par cette dinde de Mariah Carey. Non, non, cette année vous n'aurez pas à sortir le vieux vinyl de Frank Sinatra pour fêter le petit Jésus et le repas en famille qui dure toujours trop longtemps.
Nous, à Etat Critique, on vous a trouvés un chouette album original pour les fêtes d'année. D'une certaine manière, les traditions sont respectées: c'est du véritable rockabilly. Pas celui de vos parents. Mais de vos grands parents. JD McPherson n'a même pas du écouter Elvis Presley! Il s'est arrêté avant!
Il a les cheveux gominés et une belle et gros guitare boisée qui plaque des accords solides et efficaces. Depuis trois albums, le quadragénaire défend un rock de l'antiquité, avec des trompettes clinquantes, des choeurs innocents et des pianos qui rêveraient d'être détruits pas Jerry Lee Lewis. Ce sont des albums d'une trentaine de minutes: une décharge de mélancolie mais interprétée sans nostalgie. Le bonhomme écrit des chansons originales: il en a sous la banane!
La musique de JD McPherson est terriblement rétro mais surtout, elle est bien vivante! Impressionnante démonstration avec cette tradition du disque de Noel. Le musicien s'amuse comme un petit fou, avec un humour dévastateur (il envisage sur une chanson le divorce du petit papa noel) et des titres courts qui s'enfoncent directement dans votre mémoire.
C'est nouveau: à une époque où l'on regarde toujours derrière soi, où l'on fait des bilans dans tous les sens, ce disque est le meilleur compromis! Vieillot et neuf à la fois! Un beau cadeau en tout cas!
New west records - 2018
Roma

Puisque l'on vous dit que le noir et blanc est la valeur refuge de ces derniers temps. C'est surtout le signe d'une valeur sûre et d'un film maitrisé!
Et en matière de techniques et de technologies, le Mexicain Alfonso Cuaron est un champion. Cinéaste secondaire dans un premier temps (ses premiers films ne sont pas grandioses), il s'est imposé dans le sillage de Gillermo del Toro avec des oeuvres personnelles et des blockbusters culottés (on parle toujours de Gravity mais Les Fils de l'homme en impose un peu plus).
Cette fois ci, il revient avec un film qui le replonge dans ses souvenirs. Loin d'Hollywood, il filme son enfance au Mexique dans les années 70. Evidemment il le fait à sa manière. Si particulière. Totalement cadenassée par des idées de mise en scène qui se voient mais qui sont, il faut l'avouer, d'une belle élégance!
Des plans séquences. Des angles subtiles. Des cadres choisis pour ses nuances. Des mouvements répétitifs mais qui nous montre de quoi est capable le cinéma (diffusé sur Netflix certes). La photographie est absolument éblouissante. Le noir et blanc est celui des souvenirs enfouis, des fantasmes familiaux, d'une émotion délicate et universelle. Y a pas à dire, Cuaron est un grand cinéaste. Il se donne les moyens. Mais il faut reconnaitre que c'est un illustrateur, qu'il y a une certaine roublardise dans sa facon de montrer les choses. Heureusement il y a chez ce type une (fausse) candeur vis à vis du cinéma. C'est un amoureux du septième art.
On en oublierait un peu les personnages. C'est bien là le problème. Tellement c'est beau, les images sont nourris de détails et de sons qui nous écartent un peu de la vie de famille qu'elle met en scène. Ce sont des ombres. Peut être est ce voulu mais sur plus de deux heures de métrage, c'est un peu long. Il y a une trace de dérision qui finit par géner. Cuaron manque peut être d'humour ou de recul. Le film devient parfois mécanique puis magnifique. Il s'interdit toute folie, obsédé par un travail de mémoire du cinéaste. Faut pas bouder son plaisir: Roma est poignant, culotté et courageux.
Avec Yalitza Aparicio, Marina de Tavira, Fernando Grediaga et Jorge Antonio Guerrero - Netflix - 2h15
Leto

Après Cold War, on continue dans la romance en noir et blanc, avec un fort accent. Leto est une bonne décharge de cinéma électrique, passionné et rebelle!
Gilets jaunes ou la moumoute orange de Donald Trump, on ne sait pas trop, mais en ce moment la couleur refuge, c'est justement le noir et blanc. On pensait aujourd'hui que le meilleur film de l'année serait Cold War, raccourci esthétique et romantique qui nous arrachait littéralement au Monde. He bien, on a le droit de remettre le titre en jeu avec un film russe toujours en noir et blanc et enflammé.
En tout cas, derrière ses lunettes de soleil, Mike fait fondre les coeurs et hurler les jeunes filles dans un club de rock insalubre à Leningrad au début des années 80. Il aime le rock. Il le défend sur scène, dans une société qui n'a qu'un ennemi: les Etats Unis et tout ce qui va avec. Donc le rock'n'roll.
Mais Mike est la star locale. Il est surveillé mais il s'en moque. Il vit avec sa femme, Natacha et collectionne les bandes de Lou Reed, David Bowie et T. Rex dans une petite pièce d'un appartement collectif. Un beau jour, il rencontre Viktor, un grand dadais surdoué pour écrire des chansons. Les deux hommes vont évidemment s'apprécier avant de se redouter...
Mais nous ne sommes pas dans la démonstration. Kirill Serebrennikov offre une célébration de la liberté. Cela lui vaut d'être à son tour surveillé par les autorités russes. Car pour lui, la passion de quelques jeunes chevelus pour la musique est un tour de force. Un acte de foi. Un sens profond de la création.
L'air de rien, ils échappent au sinistre quotidien, à la morne existence, aux recommandations obligatoires d'un parti, d'un régime, d'un pays. Pour cela le cinéaste se permet toutes les audaces. Le noir et blanc est peut être le cadre le plus juste pour les heureuses folies narratrices du réalisateur. Inspiré par le destin deux figures du rock russe, le film démontre le pouvoir de création avec des idées réellement rock'n'roll et une histoire d'amour contrariée plus classique.
La musique est un combat. Sans la musique, la vie serait une erreur disait le philosophie. Sans le cinéma, la vérité pourrait ne pas sortir d'un monde sclerosé, corrompu et apeuré. Kirill Serebrennikov balance des vérités cruelles mais avec une infinie douceur, une incroyable poésie et une passion à pein cachée pour les musiciens de son film.
Leto veut dire l'été en russe. Il sort dans une période de grand froid: il vous réchauffera le coeur!
Avec Roman Bilyk, Teo Yoo, Irina Starshenbaum et Fillip Avdeyev - Kinovista bac films - 5 décembre 2018 - 2h06
La Magie lente, Denis Lachaud, Benoit Giros, Pierre Notte, Théâtre de la Reine Blanche


Situé dans une rue calme proche de la place de la Chapelle, le Théâtre de la Reine Blanche mérite en soi le déplacement: scène des arts et des sciences, sa programmation théâtre met à disposition de tous les publics (jeune, moins jeune, scientifique ou néophyte), des propositions originales autour de sujets de science et de société. Egalement lieu vivant de quartier, le Théâtre organise des événements réguliers: « Des savants sur les planches », « En chair et en textes », « Cinéma et cuisine du monde »...
De quoi se régaler et échanger avec des chercheurs (des sciences et du langage).
Pour la première fois, ce lieu s'intéresse à la psychanalyse et invite l'auteur Denis Lachaud (qui creusait déjà ce sillon avec « Mon mal en patience »).
Au départ, l'auteur souhaite développer le cas de l'erreur de diagnostic en psychanalyse. Il imagine un psychanalyste relatant un tel cas à une assemblée de pairs. C'est le cas Louvier. M. Louvier, 40 ans, marié, deux enfants, ingénieur en informatique, a été diagnostiqué schizophrène par un premier psychiatre, dix ans plus tôt. Il consulte un second psychiatre quand la relation avec le premier se dégrade. Or le second psychiatre - qui relate le cas à ses confrères - a presque immédiatement l'intuition que M. Louvier n'est pas schizophrène. Les « voix » qu'il entend dans le métro bondé aux heures de pointe, qui le menacent (je cite) de l' « enculer », ne sont pas des hallucinations, mais des pensées repoussantes, surgies de son inconscient malade. La maladie, les symptômes, constituent un langage que le patient et le second psychiatre vont parler, vont traduire à la conscience. Mais si Louvier n'est pas schizophrène, alors qu'il se définit comme tel depuis 10 ans: qui est-il? C'est cette énigme que la relation de soin va chercher à éclaircir. C'est une révélation et une mue qu'on accompagne.
On peut dire qu'il y a une double énigme ou enquête: celle du passé, qu'il faut reconstituer à partir d'indices, reconnaître, raconter alors qu'il est oublié. Et il y a l'énigme de l'identité en chantier. Dans le cas de la première énigme, les mots, leur polysémie et l'équivoque, sont un outil primordial. Comment, pourquoi le thérapeute rebondit sur tel mot, telle expression utilisée par le patient? Est-ce un hasard (parfois le thérapeute ne sait pas ce qu'il fait ni où il va) ou une extrême attention à une première occurrence d'un lieu ou d'une personne (la Normandie, l'oncle et la tante)? Dans le cas de la seconde énigme ou enquête, celle de l'identité en chantier, la mémoire retrouvée est une aide précieuse certes, mais l'expression des désirs, l'expérience tentée ou réitérée, et l'écoute de son ressenti sont des outils aussi puissants que les mots. Ainsi, à l'écoute de son inconscient, M. Louvier tout entier se rebelle, fait des infidélités à sa vie d'avant, malade mais tranquille. Il court le risque de se connaître.
LA MAGIE LENTE est une expression de Freud pour définir la psychanalyse. Ayant tous deux le langage comme outil, on voit bien le rapport entre la psychanalyse et le théâtre. La scène comme le cabinet de consultation, peuvent être le lieu d'une révélation et d'une catharsis. C'est donc doublement émouvant (comme expérience de spectateur) d'accueillir, comme un miroir vivant, les confidences, les coups de gueule, l'humour, l'éveil et la mue d'un personnage, jusqu'à la libération. Ce sont des échantillons d'une psychanalyse qui nous sont livrées, qui tiennent en un texte ciselé, implacable, et un spectacle d'un peu plus d'une heure.
L'espace intimiste de la Reine Blanche convient bien à notre échange pudique (qui rend possible le partage de la violence du sujet). L'acteur Benoit Giros est prodigieusement seul en scène. Il circonscrit le gouffre du traumatisme, saute dedans à pieds joints, nous le restitue. Il passe d'un personnage à l'autre sans perdre le fil de l'émotion (du personnage du psychiatre en situation de conférencier, à Louvier en consultation, au psychiatre en consultation, aux personnages de l'enfance de Louvier: l'oncle, la tante, le père, la mère...).
C'est l'harmonie de ce moment qui nous semble bel et bien magique.
Ne craignez pas les sortilèges, LA MAGIE LENTE lève l'envoûtement!
A voir (très vite) au Théâtre de la Reine Blanche, 2 bis passage Ruelle, 75018 Paris, jusqu'au 23 décembre 2018. Tournée à surveiller...
La Magie lente
de Denis Lachaud, avec Benoit Giros, dans une mise en scène de Pierre Notte, au Théâtre de la Reine Blanche à Paris jusqu'au 23 décembre 2018 (mercredi, vendredi et dimanche à 19h).
www.reineblanche.com et reservation@reineblanche.com
Alphonse Mucha – Musée du Luxembourg – Paris

Mucha ou la quête d’universalisme
Mucha est un universaliste. Convaincu que les différentes cultures ont un socle de valeurs communes, l’artiste n’aura de cesse tout au long de son parcours que de mettre en avant son art au service des progrès de l’humanité, de l’unité et de la paix. "L'objectif de mon travail n'a jamais été de détruire mais de construire, de relier, car nous devons tous garder espoir que les Hommes se rapprocheront, et cela sera d'autant plus facile qu'ils se comprendront."
L’exposition aborde la vie de l’artiste au travers de six thématiques : un bohémien à Paris, un inventeur d’images, Mucha le cosmopolite, Mucha le Mystique, Mucha le Patriote, Mucha artiste et philosophe. Chronologique, l’exposition met très rapidement en avant les grands panneaux verticaux dédiés à Sarah Bernhardt dont celui qui l’a rendu célèbre en 1895, Gismonda. Le parcours finit sur son triptyque en 1936, L’âge de la raison, l’âge de la sagesse, l’âge de l’amour, alors que se font entendre à grand pas les bruits de botte de la seconde guerre mondiale. En tant que personnalité tchèque et franc-maçon, Mucha est un des premiers artistes déportés en 1939, peu de temps avant sa mort.
Entre 1895 et la fin de sa vie, l’exposition met en valeur les aquarelles et lithographies qui ont rendu célèbre l’artiste et en ont fait un des représentants majeurs des arts décoratifs de l’art Nouveau : affiches publicitaires théâtrales, pour alcools, papier à cigarettes JOB, ou produits de beauté. "Je préfère être un illustrateur populaire qu'un défenseur de l'art pour l'art." disait-il. Plus inconnues du grand public, ses oeuvres mettent progressivement en avant les premiers pas d’un illustrateur symbolique dans ceux du peintre allégorique qu'il sera à la fin de sa vie.
Il ressort de l’ensemble un réel génie dans l’art de représenter les femmes, entourées de motifs ornementaux de différentes origines, japonaises, celtiques, islamiques, grecques, gothiques, byzantines, selon le fameux « style Mucha ». Avec en omniprésence, la lumière. Des femmes lumineuses, dans Les Saisons, La lune et les étoiles, ou pacifiques quand elles préservent dans leurs mains ce qu’il reste de lumière à l’aube de la première guerre mondiale, La lumière de l’espérance.
La femme est sans nul doute une muse inspiratrice – voir les études sur La Musique, La Danse, La Peinture, La Poésie- une vénus des temps modernes, figure protectrice mystique parfois. Une ode à l’amour de la beauté et de la paix. « Je recherchais des moyens de répandre la lumière jusque dans les coins les plus reculés. » Un message pictural pacifique qui fait du bien.
https://museeduluxembourg.fr/expositions/alphonse-mucha
12 septembre 2018 - 27 janvier 2019
Horaires d’ouverture
tous les jours de 10h30 à 19h
nocturne jusqu’à 22h tous les vendredis
nocturnes supplémentaires les lundis du 12 novembre au 17 décembre 2018
les 24 et 31 décembre de 10h30 à 18h - fermeture le 25 décembre
Ouvert le mardi 1er janvier de 10h30 à 19h
Billetterie
Plein tarif : 13 €
Tarif réduit : 9 € (16-25 ans inclus, demandeur d'emploi et famille nombreuse)
Tarif spécial jeunes :9 € pour 2 personnes de 16 à 25 ans inclus, du lundi au vendredi après 16h
Gratuit pour les moins de 16 ans, bénéficiaires des minima sociaux
Des audioguides (en 4 langues : français, anglais, espagnol et allemand et une version enfant) sont proposés sur place à la location au tarif de 5€ par appareil






