Leto

Après Cold War, on continue dans la romance en noir et blanc, avec un fort accent. Leto est une bonne décharge de cinéma électrique, passionné et rebelle!

Gilets jaunes ou la moumoute orange de Donald Trump, on ne sait pas trop, mais en ce moment la couleur refuge, c’est justement le noir et blanc. On pensait aujourd’hui que le meilleur film de l’année serait Cold War, raccourci esthétique et romantique qui nous arrachait littéralement au Monde. He bien, on a le droit de remettre le titre en jeu avec un film russe toujours en noir et blanc et enflammé.

En tout cas, derrière ses lunettes de soleil, Mike fait fondre les coeurs et hurler les jeunes filles dans un club de rock insalubre à Leningrad au début des années 80. Il aime le rock. Il le défend sur scène, dans une société qui n’a qu’un ennemi: les Etats Unis et tout ce qui va avec. Donc le rock’n’roll.

Mais Mike est la star locale. Il est surveillé mais il s’en moque. Il vit avec sa femme, Natacha et collectionne les bandes de Lou Reed, David Bowie et T. Rex dans une petite pièce d’un appartement collectif. Un beau jour, il rencontre Viktor, un grand dadais surdoué pour écrire des chansons. Les deux hommes vont évidemment s’apprécier avant de se redouter…

Mais nous ne sommes pas dans la démonstration. Kirill Serebrennikov offre une célébration de la liberté. Cela lui vaut d’être à son tour surveillé par les autorités russes. Car pour lui, la passion de quelques jeunes chevelus pour la musique est un tour de force. Un acte de foi. Un sens profond de la création.

L’air de rien, ils échappent au sinistre quotidien, à la morne existence, aux recommandations obligatoires d’un parti, d’un régime, d’un pays. Pour cela le cinéaste se permet toutes les audaces. Le noir et blanc est peut être le cadre le plus juste pour les heureuses folies narratrices du réalisateur. Inspiré par le destin deux figures du rock russe, le film démontre le pouvoir de création avec des idées réellement rock’n’roll et une histoire d’amour contrariée plus classique.

La musique est un combat. Sans la musique, la vie serait une erreur disait le philosophie. Sans le cinéma, la vérité pourrait ne pas sortir d’un monde sclerosé, corrompu et apeuré. Kirill Serebrennikov balance des vérités cruelles mais avec une infinie douceur, une incroyable poésie et une passion à pein cachée pour les musiciens de son film.

Leto veut dire l’été en russe. Il sort dans une période de grand froid: il vous réchauffera le coeur!

Avec Roman Bilyk, Teo Yoo, Irina Starshenbaum et Fillip Avdeyev – Kinovista bac films – 5 décembre 2018 – 2h06

Auteur: Pierre Loosdregt

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