Destroyer

Nicole Kidman est une grande actrice. C’est une vérité. Mais son talent est réduit à rien avec un polar très maladroit !
Elle est de tous les plans. Elle sait jouer la nana meurtrie par la vie. Elle pleure. Elle hurle. Elle masturbe un malfrat en fin de vie. Elle se bat comme un bonhomme. Elle picole. Tous ses pores sont tournés vers la performance d’une femme flic qui se fait rattraper par un passé douloureux.
On le sait : Nicole Kidman sait tout jouer. Elle est à l’aise dans tous les genres. Elle aime bien ces derniers temps, jouer les seconds rôles prestigieux. Mais voilà Destroyer ressemble effectivement à un défi pour comédienne ! Alors elle se donne !
Cela se voit beaucoup. On est un poil dans la surenchère. Et la production a bien du mal à suivre l’actrice australienne. Entre la perruque et le maquillage, pour enlaidir Kidman, les faux raccords sont constants et franchement rigolos. Pas sûr que ce soit voulu !
En réalité on devine à chaque instant quel bon polar aurait pu être le film de Karyn Kusama, découverte des années avec Girlfight et qui depuis se prend les pieds dans le tapis hollywoodien avec des nanars féminins comme Aeon Flux ou Jennifer’s Body.
Le coup du flic border line n’est pas nouveau mais il est vrai que la Californie porte bien le spleen du personnage central. C’est assez joli mais l’histoire ne s’incarne jamais au travers de personnages obligatoirement secondaires puisqu’il y a la star et sa performance.
D’ailleurs on sera plus intrigué par Toby Kebbell, l’acteur le plus poissard de la planète. Il faut absolument qu’il change d’agents. Si ce type est engagé dans un projet, vous pouvez être certain que ca ne va pas finir par un gros succès : les Quatre Fantastiques, Ben Hur, WarCraft, Cartel… une jolie collection de ratés qui ne profite pas vraiment de son charisme de cintre. Ce type a tous les « atouts » pour devenir le Christophe Lambert des années 2000. On l’adore.
Donc, lui a aussi une moumoute sur la tête pour montrer qu’il est détraqué, usé et complétement ouf ! Mais quand ca ne veut pas, ca ne veut pas ! Destroyer est une faute de goût, prétentieuse et exagérée. On oublie vite et on demande à Nicole Kidman que retrouver ses petits rôles bien payés ! Place aux jeunes. Toby par exemple !
Avec Nicole Kidman, Sebastian Stan, Toby kebbell et Tatania Maslany – Metropolitan filmexport – 20 février 2019 – 2h01
immigrance

Liberté et mouvement. Comment ne pas aimer Snarky Puppy?
Avec trois Grammy awards dans la poche, le célèbre collectif jazz pourrait faire dans la redite et gérer tranquillement son patrimoine sonore, déjà bien copieux, grace à la volonté d'un ensemble de musiciens ambitieux.
Michael League est plus ou moins à la tête du collectif Snarky Puppy mais il défend une écriture qui impressionne une fois de plus par sa liberté. Au Texas, certains ont les idées très larges.
Une fois de plus, les artistes ne se limitent pas au jazz mais s'enfuit vers le funk, le rock, l'electro et toutes les autres musiques populaires. A la différence de leur majeure réussite, Sylva, ce nouvel album a un coté impulsif, presque urgent!
Heureusement ca ne veut pas dire que c'est fait dans la précipitation. L'album profite une fois de plus de l'osmose entre les musiciens qui s'écoutent et se répondent avec une évidence qui impose de l'harmonie. Pour eux comme pour nous.
La diversité du collectif empêche le retour en arrière ou l'obligation de convaincre. Le groupe s'écarte toujours du disque précédent. Celui semble plus inquiet mais ne perd jamais en volupté réelle et en caresses mélodiques.
Ca rebondit à chaque coin. C'est comme un bon livre: il y a des rebondissements sans arrêt. Les fuites en avant sont des fausses pistes. Les apparences sont trompeuses. Les surprises et les révélations sont nombreuses.
C'est encore un régal d'entendre autant de liberté. Ce n'est plus de la musique à ce niveau là. Il y a tellement d'émotions et de prises de position que cela ressemble à de la politique. Le disque veut dire quelque chose. Dans cette époque crétine, l'ambition de Snarky Puppy semble tellement essentielle!
Ground up - 2019
Grey area

Je vous le dis mes frères (et mes soeurs): le rap a désormais une vraie nationalité. Tout se passe en Angleterre. La preuve avec une MC qui a de l'intelligence et des idées.
Les Américains bombent le torse. Ils en font des tonnes. Ils ont toutes les raisons de s'inquiéter. Le trop est bien souvent l'ennemi du bien et le rap américain devient de plus en plus caricatural, et ce n'est pas en France que cela se passe bien pour le genre.
Bien au contraire. Plus mélomane, l'Anglais assure la résistance aux conventions et au mauvais gout. Après Loyle Carner et son flow détendu, voici Little Simz, petite bonne femme qui a la bonne idée d'être mélomane.
Son rap va à l'essentiel. Il emprunte pas mal à ses ainés. Ceux qui furent nourris de funk et de groove. Sa musique cache une douce mélancolie que l'on ne connait plus.
On ne va pas mettre cela sur sa féminité, mais Little Simz caresse l'auditeur dans le sens du poil. Ca ne veut pas dire que c'est banal. Bien au contraire. L'urgence de son écriture peut s'accompagner de violons, de guitares et pas seulement de gros beats qui défoncent tout sur son passage.
Elle gagne en efficacité. Comme sa pochette en noir et blanc, la demoiselle soigne l'ambiance. Avec ses moyens, elle arrive à s'imposer et surtout surprendre. Ca faisait longtemps que ce n'était pas arriver dans la musique la plus industrielle de la planète! Cette petite Anglaise fait la leçon à ses compères, prouve que la mélodie a son importance et nous offre un très beau disque! Rien à dire: tout à écouter!
Catching bad temper

Les Suisses contre attaquent avec un album flamboyant.
Puts Marie est un groupe mystérieux. Il apparait puis disparait. Il fait sa renommée sur ses tournées. Il livre des albums imposants. Il semble insaisissable avec ses membres qui aiment prendre leur liberté.
Depuis bientot deux décennies, le groupe bouscule et ne laisse personne indifférent. Mené par Max Usata, Puts Marie ne fait rien comme les autres et c'est évidemment une bonne chose.
Pour donner une idée, on pourrait vous parler d'un fusion étrange entre Deus des débuts avec le coté punk des Beastie Boys. Le groupe aime piocher pour mieux heurter les styles.
On est loin de l'image de la Suisse proprette. Le groupe hache menu le hip hop, le rock ou le psyché. Il fait bouillir une marmite électrique qui fait des éclats dans tous les sens.
Puts Marie prend l'auditeur et le secoue dans tous les sens. Les moments calmes nous préparent aux tempêtes. Les rythmes binaires sont juste des repères dans un univers dense et farouches.
Ils cherchent une espèce de transe qui nous trouve facilement. On pourrait imaginer que Neil Young apprécie aujourd'hui cet aspect expérimental. En sept titres, le groupe livre sa vision très particulière de la musique. C'est impitoyable. Passionnant. Déroutant.
Yokanta - 2018
Belphegorz

A Marseille, on peut frémir avec les faits divers et les meurtres mafieux. Mais le frisson peut être aussi sympathique et agréable.
Car dans le sud, il y a encore des musiciens qui pensent que le rock a un coté malfaisant, jubilatoire ou grand guignol! Tallulah X défend avec sa voix solide, un rock déluré et diabolique jusqu'à l'ironie.
Dans le ville natale d'IAM, les rockeurs ont du mal à s'imposer mais ils défendent en tout cas un rock qui se respectent. Belphegorz rassemble des passionnés. Cela s'entend à chaque instant sur ce disque faussement gothique et clairement simple et joyeux.
C'est du rock à l'ancienne. Un rock un peu punk. Un son un peu vintage. On écoute à travers eux, les surfeurs mélodiques comme les gros barbus des pubs. On croise cette population marginale, bienfaisante et inspirante.
La chanteuse convoque les reines du genre comme Blondie ou les poupées des B-52's. C'est une poupée qui fait non, mais elle est tellement jolie, qu'on en rêve la nuit. Car elle incarne ses textes et cette ambiance populaire et fière.
Ce n'est pas un disque révolutionnaire mais c'es une oeuvre qui se nourrit de cette marge qui se refuse au mutisme et à la médiocrité. On est pris toujours par l'énergie. La luxure et l'exagération, ca du bon!
Differ-ant - closer records - 2019
The route to the harmonium

Un Ecossais et une guitare. Voilà ce qu'il faut pour être sûr d'écouter un bon album!
C'est le neuvième album de James Yorkston. Je l'avoue: cet artiste du Nord est passé sous mon radar. Ce n'est pas grave: quel plaisir de découvrir un song writer mature et sûr de ses forces. Il compose dans un petit port de pêche. Il a la rudesse de l'Ecossais avec le talent fin du musicien. Le story telling autour de Yorkston est trop beau pour être vrai.
La vérité, on la trouve dans la tendresse de ses chansons. Observez bien la généreuse pochette de The Route to the harmonium. Il y a des indices pour comprendre son style, ses envies et sa grace.
Effectivement, on navigue à mille lieues des modes et de l'avant gardisme. Quoique. C'est de la ballade élégante. Il y a de la fraicheur et de la douceur. La voix porte des instruments plus turbulents qu'on le pense. La folk est ici un travail d'artisan.
C'est évidemment boisé mais finement composé. L'auteur a l'envie d'en découdre avec un monde qui va trop vite. Il freine pour mieux nous montrer la beauté minutieuse, le travail bien fait. Pourtant il ne cherche pas à nous bercer. Il ne s'éloigne pas du Monde actuel.
C'est traditionnel mais il cache des belles surprises dans ses sereines compositions. C'est un poil soporifique. Mais il y a quelque chose de bien différent chez cet artiste apaisé et apaisant...
domino - 2019
Triple frontière

De la testostérone pour le réalisateur du feutré Margin Call. Pas illogique et un film d'action déroutant au final!
JC Chandor est un cinéaste pas facile à suivre. Fils d'un banquier d'affaires, il étudie la drole de vie de banquiers au bord du burn out dans le glacant, Margin Call. Ensuite il met Robert Redford dans un bateau pour le très simple All is Lost. Puis l'argent redevient le nerf de la guerre pour A most violent year. Triple frontière ramène encore l'argent au milieu de l'intrigue mais la nature a aussi sa place: le film rassemble toutes les obsessions du cinéaste. La petitesse des hommes et les grands espaces!
Santagio "Pope" Garcia a besoin de ses amis! Pour un coup facile qui va faire d'eux des hommes très riches! Pope recrute ses vieux potes pour jouer les mercenaires. Il y a le déprimé, le costaud, le pragmatique et le pilote d'hélicoptère.
JC Chandor nous referait L'agence tous risques risques avec un premier degré qui semble presque dépassé. Heureusement il a bien choisi ses comédiens. Oscar Isaac est un complice du cinéaste. Son ambiguité est naturelle. Ben Affleck joue parfaitement le type au bout du rouleau. Le réalisateur confirme les ressemblances saisissantes entre Garrett Hedlund et Charlie Hunnam. Enfin on ne peut qu'apprécier la bienveillance de Pedro Pascal. Le film regroupe des acteurs avec pleins de muscles... mais pas que.
Le film croque parfaitement ces loosers magnifiques, conscients de leurs limites. Le film va peu à peu s'échapper des sentiers battus. Alors, bien entendu, rien ne va se passer comme prévu mais le film va vraiment aller dans une direction bien perchée, au delà de la cordillière des Andes. Finalement on regarde des hommes tomber, pour paraphraser le film de Jacques Audiard.
Comme le cinéaste français, tout cela ressemble à une excuse musclée pour sonder la misère humaine, la dérisoire reconnaissance de quelques types qui se verraient bien tout puissants. Le film est produit par Kathryn Bigelow et on devine effectivement son ironie, cette façon particulière de décomposer ou décrypter les viriles attitudes.
L'action n'est plus le moteur du film. L'essentiel se trouve ailleurs et c'est ce qui déconcerte. Ca sent fort le film mal aimé (diffusé sur netflix, production houleuse) mais c'est surtout un bon film, une série b très intelligente et un vrai bonheur de direction d'acteurs. Etonnant!
Avec Oscar Isaac, Ben Affleck, Garett Hedlund et Charlie Hunnam - Netflix - 2h05





