Victor et Célia

La petite entreprise de Pierre Jolivet ne connait pas la crise: humble et humain, son cinéma est toujours aussi plaisant!

Car il faut peu de minutes pour que le spectateur s'attache à Victor, qui vient de perdre son copain, Ben. Ensemble ils devaient ouvrir un salon de coiffure. Désormais, seul le comptable excentrique de Victor semble y croire. Quand Victor se souvient d'une ancienne petite amie, elle aussi dans le métier, la possibilité d'ouvrir sa propre boutique revient...

Avec l'allure presque lunaire de Arthur Dupont, Victor est charmant et on a l'envie certaine qu'il s'en sorte, entre les frustrations professionnelles et une vie personnelle instable!

Pierre Jolivet, vieux complice de Vincent Lindon et défenseur de la comédie sociale, a le chic pour nous faire aimer en quelques plans des gens ordinaires qui se dépatouillent avec la réalité. Et il a la bonne idée donner le rôle féminin à la rayonnante Alice Belaïdi qui forme alors un joli couple avec l'enthousiaste Arthur Dupont.

Il y a alors une vitalité qui gommera tous les défauts de cette comédie qui se veut un feel good movie. Jolivet filme sagement mais il est sûr ainsi de mettre en avant des dialogues croustillants, les situations parfois absurdes et le coté social de son nouveau long métrage.

D'ailleurs on appréciera la rapidité d'éxécution. Ce n'est plus dans nos habitudes, une production modeste et un cinéaste loyal. Jolivet ne veut pas être dans la complaisance avec le spectateur. Il s'exécute pour offrir un film honnête. Son humanité en fait un réjouissante spectacle, très amusant.

Avec Alice Belaïdi, Arthur Dupont, Bénabar et Bérengère Krief - Apollo films - 24 avril 2019 - 1h30

Glory days

Human touch

copain de la semaine: Bruce Springsteen

No Geography

Ils étaient les stars des dance floors dans les années 90. L'équivalent techno de Blur ou Oasis. Aujourd'hui ils remettent une fois de plus leur titre en jeu... et bon courage aux prétendants!

Il est vrai que ca explose de partout. Plus de géographie. Plus de frontière. Plus rien. Plus de limite pour les frères chimiques. La potion était plus ou moins amère depuis quelques années.

Elle reprend une belle saveur cette année avec ce neuvième disque qui montre surtout la vitalité d'un duo discret mais redoutable. Ils sont la bande son des années 90 et les voilà, en 2019, en passe de bien comprendre leur époque avec des morceaux bouillants qui vont vous retourner.

Tom Rowlands et Ed Simons ont les mains dans le cambouis. A la violence suggérée sur leur pochette, ils dépensent une énergie folle à combiner les rythmiques, les beats, les voix et les textes!

Les deux dj de Manchester se moquent de tout, de la politique, des guerres ou du succès. No Geography est une oeuvre féroce qui vous cherche constamment. Sans vous agresser. Mais les suggestions sont nombreuses dans ce disque: notre esprit divague sur des hymnes imparables.

C'est un disque qui aide à refaire le monde. Il ne va pas le transformer. Mais on se surprend à y revenir souvent. L'electronique laisse pas l'humain et une vraie démarche artistique.

Les deux hommes font bien le lien entre l'histoire de leur musique (ce sont un peu des dinosaures tout de même) et le monde d'aujourd'hui. Leur présence impressionne. Leurs titres nous enchainent à une qualité incroyable. Les papys font de la résistance et c'est tant mieux!

Virgin EMI - 2019

Jive Me

De l'electro swing... du savoir faire à la française!

De Caravan Palace à C2C, l'influence du vieux jazz, des sons datés et des guitares libres a tout de même une place de choix dans l'electro, fer de lance de la création made in France.

Dernier exemple en date: Jive Me. La petite fille de Pierre Henry, spécialiste vénérable de l'expérimentation musicale, pousse donc la chansonnette avec un trio d'artistes qui aiment les beats et les guinguettes! La liberté musicale, c'est une tradition familiale visiblement!

Il y a donc une voix soul, qui rappelle un peu l'espièglerie de la Belge Selah Sue. Et du joli groove tout autour d'elle. On se sent chez soi en écoutant ce premier effort. On a peut être l'impression d'avoir déjà visité l'endroit mais on est à l'aise.

On a rapidement l'envie de danser et de chanter. On profite de rythmes trépidants. La guitare apaise les bidouilles et les boucles qui apportent un décor moderne à un jazz aux origines manouches.

On entend surtout la belle voix chaude et capricieuse de Tara. Le groupe fait lui aussi ce lien entre l'ancien et le récent! Leur musique est modeste mais s'écoute avec un plaisir certain. Une bande son idéal pour accompagner la renaissance de la nature, ce doux printemps que l'on attend tous!

L'autre distribution - 2019

El Reino

Corruption. Fraude. Malversations. Tout ce qu'on aime dans ce thriller palpitant et terriblement réaliste.

Pas besoin d'avoir beaucoup d'imagination pour penser El Reino, chronique d'un politicien véreux, pris la main dans le sac. Il suffit de penser à quelques faits divers pour se rappeler que le pouvoir donne des suées à certaines personnes qui oublient très vite le sens de la politique...

Bref, on ne va pas refaire le monde mais ici, on va le découvrir de l'intérieur, ce monde opaque où les pratiques douteuses se cachent derrière de jolis mots.

Que dios nos perdone, le précédent film de Rodrigo Sorogoyen, était un polar. Un vrai. Un couillu. Un noir de chez noir. Un film vraiment trouble où brillait déjà le comédien Antonio de la Torre en policier aussi borderline que l'assassin qu'il recherchait.

Cette fois ci il joue (avec une énergie passionnante) un conseiller régional promis à un grand avenir dans une Espagne qui ne connait pas la crise! Bien sous tout rapport, son image se ternit lorsqu'une discussion louche entre lui et un employé sort dans la presse.

Il devient le plomb que le parti veut faire sauter. L'homme se révolte et se rend compte que l'amitié en politique, ca n'existe pas. Petit à petit, son monde s'écroule et le désespoir le mène à accomplir des actes de plus en plus dangereux.

Et le film partira d'un triste constat à un nouveau polar angoissant et désespérant. Filmant au plus près de son (anti) héros, le réalisateur nous étouffe entre les infos et l'immédiateté. C'est voulu. C'est très bien fait.

Ca ressemble beaucoup à de la virtuosité. On se demande si le cinéaste n'en fait pas un peu beaucoup mais il fait discrétement un détournement de style, plongeant notre véreux personnage central dans des eaux de plus en plus sombres.

L'air de rien, le discours politique et dénonciateur sert un projet narratif plus intéressant car les apparences sont évidemment trompeuses. Parce qu'un film noir aujourd'hui, ce n'est plus une femme fatale que l'on croise ou désire mais une journaliste élégante.

Le film de genre réinterpréte une certaine réalité que l'on déplore. Le regard devient différent. On se met à aimer un vrai ripou sans scrupule. La morale disparait petit à petit. Le piège n'est pas qu'à l'écran mais le cinéaste nous met en face de notre propre ambiguité. C'est captivant. Un peu long. Mais il ne faut pas louper ce polar qui rappelle la nécessité d'un art pour appréhender le réel!

Avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, Barbara Lennie et Nacho Fresneda - Le pacte - 17 avril 2019 - 2h11

Close

Noomi Rapace est un mystère. Ses choix artistiques sont dignes d'un Christophe Lambert ou un Steven Seagal. Femme à poigne, elle casse du vilain moustachu avec panache dans son dernier film!

Découverte dans la saga Millenium, Noomi Rapace n'est pas une actrice comme les autres. Spectaculaire et fascinante, la comédienne suédoise a évidemment surfé sur le succès des films noirs pour arriver à Hollywood et faire des choix de plus en plus étonnants.

Les films d'action, elle adore cela! Alors elle les accumule. Au début cela avait un peu de classe comme le Prometheus de Ridley Scott puis c'est parti un peu vers le grand n'importe quoi. Mais ce n'est pas grave: du moment qu'elle donne et prend des coups, la comédienne s'éclate!

Elle est donc très à l'aise dans Close, production Netflix, où elle joue la garde du corps d'une peste milliardaire. Au début, elles ne peuvent pas se blairer. Après des tirs et des bastons, elles s'adorent!

Cette thérapie musclée se passe au Maroc. Jolis paysages et vilains poilus sont au programme. Noomi, elle, se prend pour un Expendable de Sylvester Stallone. Elle y aurait tout à fait sa place. Elle se bat comme un lion et n'a pas peur des puissants ou des terroristes. Bref, elle pique le boulot de tous les gros bras d'Hollywood et ce n'est pas si mal.

Ce style MeToo ne sauve pas l'ensemble du nanar d'action. Ca défouraille un peu dans le vide. L'égo de l'actrice lui gonfle au film des rebondissements. Mais il y a toujours quelque chose de fascinant à voir une carrière de saborder!

En attendant son prochain film!!

Avec Noomi Rapace, Sophie Nelisse, Indira Varma et Eoin Macken - 2019 - Netflix.

V

Des rockeurs qui font dans le jazz... ou l'inverse. Perdez vous avec The Budos Band!

Quand on les voit, on a bel et bien l'impression d'être en face de gros vikings qui ne rêvent que de gratter très fort sur des six cordes en faisant un maximum de bruit.

Pourtant cette bande de poilus fait plutôt dans le jazz. Pas celui qui se joue dans les cadres feutrés des clubs new yorkais. Pas celui qui se joue en costumes. Non, le jazz de The Budos Band est plutôt libre.

Il court sur les crétes de tous les genres. On les imaginerait bien jouer un bout de musique avec Frank Zappa, plus grande tête chercheuse de l'histoire du rock'n'roll.

Ils ont dévié vers quelque chose de plus psychédélique et les pochettes de leurs oeuvres témoignent effectivement d'un amour pour les sons mystiques et les titres barrés.

Ce cinquième album n'échappe pas à la règle. On est dans un style qui pratique joyeusement la fusion. Le rock le plus brut vient se confronter à des textures jazzy. Le saxophone se prend pour une guitare électrique du Grateful dead. Les ambiances empruntent aux premiers Genesis.

C'est cinématographique en diable. On voyage avec The Budos Band. Etrangement, on reconnait trop souvent les contrées visitées mais elles ne sont pas désagréables pour autant. On vous les recommande même, si vous cherchez un peu d'originalité...

Daptone records - 2019

L’été suivant

Nous sommes pour des combats justes et forts, c'est pourquoi il est important aujourd'hui de soutenir la musique d'ambiance!

Finalement la musique peut être un parapluie aux petites misères, aux grands titres de la presse qui nous engueulent, aux angoisses qui collent à nos baskets!

La musique peut nous consoler de tout et nous plonger dans une autre atmosphère, un ailleurs bienveillant ou tout simplement différent. C'est un souffle de liberté!

Les membres de Limousine sont très libres: ils osent la musique d'ambiance. Musiciens parisiens, très demandés, ils s'échappent sur des plages instrumentales, décalées ou d'un autre temps.

L'été suivant, c'est donc l'éloge de l'évocation. On s'imagine dans un polar lumineux et poisseux. Ils prennent l'air au bord de la mer au fil de chansons étranges et suggestive.

Le quatuor parisien organise un détournement d'easy listening et de jazz. Il est chaleureux. Effectivement, on ressent le farniente et le doux ennui de l'été. Il pointe alors une sorte de spleen, assez agréable à découvrir.

On entend effectivement la bande son idéal pour s'évader. Limousine a une classe discrète mais folle. Imaginons un hommage au guitariste jazz Bill Frisell par des popeux aventureux. Cet été promet d'être chaud. Avec eux, il est beau en plus! Et finalement Limousine nous conduit vers cet ailleurs si agréable!

EOS Records - 2019

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