Nightscape

So 2014! Vite, vous devez faire quelques cadeaux! En voici un qui fera certainement plaisir. Le meilleur disque de jazz de l'année est français. Le Made in France dans ce qu'il y a de moins nombriliste ou de plus classieux!
Le précédent et premier album du guitariste Paul Abirached était un peu exigeant mais Dream Steps était une magnifique déambulation dans le monde protéiforme du jazz. Le second est nettement plus libéré. Pourtant le guitariste est moins entouré.
Nightscape est d'abord un bel album de dialogues. Découvert dans un quartet, Paul Abirached n'a conservé que le pianiste Alain Jean Marie. L'équilibre entre la six ou douze cordes et le piano amène un apaisement aux compositions originales mais aussi aux reprises peu connues comme Down From Antigua de Jim Hall ou Limbo de Wayne Shorter.
Nighscape est peut être inspiré pour et par la nuit, il en découle surtout une belle tranquillité et une sérénité rarement appelé à devenir une qualité sonore. Les deux hommes jubilent et cela s'entend à chaque note. C'est peut être le disque de l'amitié et de l'échange.
Il n'y a pas d'effets démonstratifs. La surenchère est totalement absente. Ils se sont abandonnés à la nuit: c 'est un dépouillement salvateur que l'on découvre sur ce disque. Il n'y a que de l'élégance: la beauté de la nuit, ses secrets et ses mystères retrouvent un écho dans la guitare sérieuse de Paul Abirached et le piano capricieux d'Alain Jean Marie.
Les deux oiseaux de nuit sont des artistes délicats. Nighscape est une sortie nocturne de grande classe. Avec ces deux là, les nuits blanches ne sont plus fatigantes. On vous conseille de vous laisser bercer par ce disque aussi discret que très important!
Harmonia Mundi Archie Ball - 2014
Noel Blanc, Noel Noir

Moussa était forgeron lorsqu'il vivait en Afrique. Aujourd’hui, en France il ramasse les poubelles. Et comme il le dit avec philosophie : "Le pire n'est jamais certain !"
Son métier lui permet de trouver de nombreux trésors et son passe-temps favori est de les bricoler et de leur donner une nouvelle vie. Il s'est d’ailleurs fait un atelier dans sa cave.
Cette année, c'est le premier Noël en France des enfants de l'immeuble. Ils se demandent bien de quelle couleur peut bien être le père Noël ! Réussiront-ils à offrir une réponse à cette grande question en cette nuit du 24 décembre ? Moussa et ses complices se chargent s'organiser les festivités pour les enfants.
De très belles illustrations mêlant les couleurs hivernales européennes aux couleurs flamboyantes africaines. Cela donne vraiment une belle impression féerique en cette nuit de Noël. Que de lumières !
Le texte un peu long fait baigner le lecteur dans cette chaleureuse ambiance des communautés africaines. Il permet avec tact et douceur de ré préciser que Noël est une fête de famille, une fête d'amitiés, ou l'essentiel reste le partage et l'attention aux autres.
À partir de 7 ans
De Béatrice Fontanel et Tom Schamp - Albin Michel Jeunesse
It’s allright with me

Le jazz féminin truste les sommets des ventes tandis que le jazz manouche connaît une reconnaissance importante. Il est étonnant que l’album de Sara Lazarus reste aussi discret ! Idéal pour Noel.
Les chanteuses de jazz se multiplient depuis le succès de Norah Jones et Diana Krall. Elles sont partout. Omniprésentes. Talentueuses. Difficiles pour les petites nouvelles de se faire une place au soleil.
La discrète Sara Lazarus a heureusement une arme secrète : Biréli Lagrène. Guitariste depuis l’âge de 4 ans, ce fan de Wes Montgomery s’est fait une spécialité du jazz gitan. Sa guitare est l’une des plus impressionnantes en ce moment dans l’univers du jazz. Même le fils de Django a reconnu son incroyable talent. Aventureux, il accepte de donner la parole à Sara Lazarus.
Le duo donne des versions survitaminées de quelques standards. La guitare et la voix révèlent une complicité rare. Suave, Sara Lazarus régale les oreilles. Lancinante, elle n’est jamais molle. "Embreceable you" est un pur délice à ce niveau !
D’ailleurs c’est la fraîcheur des chansons qui surprend. Si le disque de reprises est commun dans le jazz, il a, ici, une saveur toute particulière. Les deux interprètes apportent une vraie nouveauté, due à leurs différences. La guitare et le chant s’imposent sur des classiques comme s’ils avaient été écrits pour eux. Spectaculaire, le duo s’invente des réponses à l’intérieur de compositions ultra célèbres.
Le disque possède alors un charme assez irrésistible, glissant habilement sur deux sensibilités et un amour sincère pour le jazz. Puisqu'il est question d'amour et de chaleur humaine à Noel, cet album est parfaitement de saison
Francois Dreyfus Music - 2006
Love

So 2014! Bon d'accord, ce disque est sorti en 2013 mais c'est bel et bien en 2014 que l'on a entendu un bon disque et un chouette artiste qui s'épanouit sur scène. Un disque d'une rare élégance.
Julien Doré a une image de crooner désinvolte. Depuis son succès dans l'émission de télé crochet, La Nouvelle Star, il a su échapper aux conventions et aux codes de l'industrie commerciale, sans pour autant couper les ponts avec le public. Il a trouvé le sens du mot "populaire".
Après deux albums plaisants, Julien Doré s'affirme définitivement avec Love et son O barré. C'est vrai qu'il est un peu barré le garçon. Il n'a plus besoin de le montrer avec sa barrette dans les cheveux. Doré se raconte désormais en chansons en captant des lieux et des sensations. Cela donne un disque d'abord discret.
C'est un peu lent. Le rythme n'est pas toujours exaltant. Il y a une certaine langueur. Pourtant il y a bel et bien une ambiance étrange dans ce disque qui voudrait venir du Nord. Julien Doré réchauffe ses fans et ses auditeurs avec des paroles très personnelles comme la chanson sur Michel Platini, le titre sur le foot le plus intelligent de toute l'histoire de la musique!
Il y a d'autres choses. Des sombres émotions. Julien Doré se livre sans fard: la détresse autour de l'amour. C'est un disque assez cruel mais profondément humain. Un peu de folk et d'électro accompagnent parfaitement les sentiments du chanteur, qui devient un personnage attachant au fil des écoutes.
Sorte de clown triste, Julien Doré profite de tous les artifices à sa disposition pour dire ses vérités. Il assume ses bizarreries et son talent explose doucement mais sûrement sur ce disque, réjouissant, qui cache bien des secrets et propose une vraie beauté étrange et subtile. Love, qui veut dire Lion en danois, fait rugir de plaisir. C'est facile mais tellement vrai.
Columbia - 2013
BD de Noel!!!

En 2004, les Editions Theloma qui se sont éteintes depuis publiaient un magnifique album d'aventures réalisé par le brillant italien Alfonso Font: John Rohner. John Rohner c'est la rencontre d'un marin à la Corto Maltese avec l'auteur de l'Ile au Trésor. Mon érudition ne va pas jusqu'à savoir si le procédé est purement narratif où s'il s'agit d'un ouvrage de Stevenson. Toujours est-il que l'on se retrouve plongé en Polynésie au côté d'un personnage haut en couleur qui n'a pas froid aux yeux bravant tous les dangers qui lui font face.
Fabien Nury et Eric Henninot nous plongent dans le même univers merveilleux en adaptant une nouvelle de Jack London : Fils du Soleil ( Editions Dagaud - 78 pages). Le héros s'appelle David Greif et lui non plus n'a pas peur de grand chose, prêt à en découdre pour 1200 livres afin de garder sa réputation dans le Pacifique.
Comme Rohner, Greif a le cheveux blanc de l'homme occidental qui a vécu trop longtemps sous un soleil trop puissant pour lui. Mais le surnom dont l'affublent les autochtones, prouvent qu'il a pu braver même le soleil puisqu'il en devient le fils. Il correspond à tous les canons du héros: costaud, sans faille, sûr de lui, droit et intransigeant. Ce qui fait l'intérêt de l'album, c'est à la fois la construction du récit mais aussi les planches superbes d'un Henninot au sommet de son art.
Quant au précédé narratif, Fabien Nury a l'intelligence dans les 2 premières planches de nous envoyer tant de questions, que l'on a forcément envie d'aller plus loin afin de trouver les réponses.
Une grande vente aux enchères va bientôt être organisée. Pourquoi celui qui en est à l'origine refuse catégoriquement que Greif y soit convié? Quel est l'objet de la vente? Quels sont ceux qui pourront venir? Et pourquoi eux et non Greif? Qui est la "douce Armande" dont le vieux Parlay, auteur de la vente, effleure le portait?
Une fois toutes ces interrogations posées, on découvre Greif qui vient recouvrir une créance auprès de l'un de ses débiteurs. Et autant les 2 planches d'introduction étaient sombres, autant celles autour de Greif sont lumineuses. Ce n'est pas la seule prouesse graphique de Henninot. Tout l'album est superbe, les scènes de mer en particulier sans compter les déchaînements des éléments qui sont magnifiquement représentés.
Henninot se rapproche d'un Gillon ou d'un Lepage, c'est magnifique.
Il nous avait gratifié de quelques belles planches dans les 2 épisodes de Carthago, BD d'anticipation avec la complicité de Christophe Bec. Il avait réalisé un épisode tout à fait honorable de la série des XIII Mystery. Il revient ici au sommet de son art avec les couleur de Alluard qui complètement adaptées aux ambiances désirées.
La conjonction des talents est au rendez-vous. Nury sait choisir ses sujets et ceux qui vont les mettre en scène. Un bon moment d'aventure dans une facture classique mais ô combien réussie!
Le Temps des Aveux

Régis Wargnier a bel et bien une qualité indéniable qui fait du cinéaste, un auteur assez attachant: il aime ses sujets. Il les embrasse. Il les pousse dans leur singularité avec une volonté qui va au delà de toute responsabilité commerciale. En gros si un scénario lui plait: il l'assumera en se moquant de toute industrie ou de ventes internationales.
Quand il filme Indochine pas de souci. Le film restera le sommet de son oeuvre. Son succès mondial. Mais en racontant, au choix, les tromperies d'une femme durant la Seconde Guerre Mondiale, les déboires d'un Soviétique, le combat de deux anthropologues pour faire des pygmées des hommes ou une fiction sur l'athlétisme handisport, Régis Wargnier s'est perdu dans des choix très personnels.
Pourtant il fait toujours correctement le travail. Il défend un classicisme élégant. Soporifique pour certains. Régis Wargnier ne fait pas la révolution. Loin de là. Il n'en fait qu'à sa tête. C'est son défaut et sa qualité. Son cinéma correspond à ses envies. Le voici donc investi d'une mission intéressante: il raconte le sort d'un Français durant l'arrivée des Khmers Rouges au pouvoir.
François Bizot est pris pour un espion et des mois de calvaire débutent pour cette homme, mariée à une cambodgienne et qui va rencontrer un étrange géolier, Douch, connu pour avoir dirigé l'un des plus monstrueux centres de torture durant ce règne de terreur.
C'est une histoire vraie. Avec beaucoup de retenue (un peu trop), Régis Wargnier va filmer ce lent duel entre les deux hommes. Dans une forêt luxuriante, le captif et le bourreau vont découvrir que tout n'est pas blanc ou noir. Que l'humanité se cache chez la pire des personnes. Joués avec subtilité, les deux personnages sont passionnants.
Hélas la fiction est un peu moins réussie, poussive et démonstrative. L'air cambodgien et sa douceur de vivre ont éteint les vertueuses intentions de Wargnier, qui réalise tout de même une oeuvre à saluer, qui soulève des questions intimes et politiques.
C'est donc le film d'utilité publique dans toute sa splendeur. Son aspect classique le glace un peu mais Wargnier propose quelque chose de différent une fois de plus, une réflexion forte, un rappel historique. Une histoire vraie, difficile à oublier!
Avec Raphael Personnaz, Kompheak Phoeung, Olivier Gourmet et Thanet Thorn - Gaumont - 17 Décembre 2014 - 1h34
Lux 2.0

Lux 2.0 la nouvelle scène nationale de Valence
La danse et les musiques rencontrent le numérique sur la scène nationale rénovée de Valence. Petits et grands, institutionnels et artistes, venant de Valence comme des villes voisines vont découvrir le 20-21 décembre la scène nationale embellie. Longtemps dotée d’une identité cinéma, Lux s’agrémente dans sa génération 2.0 d’un plateau scénique, pour accueillir des spectacles d’arts
Lieu phare du cœur de Valence, Lux cultive un esprit novateur. Pas peu fier d’avoir accueilli Johnny Hallyday dans ses premières tournées, elle faisait rêver sous son seul nom de la Provence. Le public venait s’évader dans ses salles obscures. La rénovation ambitieuse a accordé un soin particulier à diversifier l’accueil des disciplines artistiques.
Très attentive à relier les arts, Lux demeure une plateforme de rencontre d’univers singuliers :
le théâtre d’ombre comme le hip hop, les innovations visuelles ou la musique. A la pointe de la création, Lux interroge les artistes. Comment s’approprient-ils le numérique dans leur imaginaire?
Comment faire interagir par ce biais le public? Comment revisiter une œuvre cinématographique avec une nouvelle musique ?
Une nouvelle création de José Montalvo lance la saison de Lux 2.0. La programmation mérite notre attention. Des spectacles, ateliers, cinémas sur scène attendent les adultes, les enfants et les jeunes.
De Lubitsch, à Hitchcock, de l’enfant lion à Edward aux mains d’argent en passant par Cyril Teste, Daniel Larrieu et Wim Wenders, les images vont prendre un coup de jeune.
Grâce au soutien de financements publics, la direction a mis un point d’honneur à faciliter l’accueil d’un public varié notamment avec une accessibilité handicap. Jusqu’en mars, le public curieux va pouvoir admirer une exposition originale de photographies de Jean Pierre Bos, en hommage aux ouvrier, artisans, équipes administratives ayant œuvré à la réouverture du lieu.
Les coulisses comme le devant de la Scène nationale vous attendent ici http://www.lux-valence.com
Chat par-ci Chat par là

5 étoiles … voire 6 !
Connaissez-vous la collection « Boomerang » des Éditions du Rouergue ? Ce sont de petits romans qui se lisent « resto/verso ». Vous pouvez commencer votre lecture d’un côté comme de l’autre ! Les récits se complètent, s’ajustent, s’imbriquent pour former un tout.
Voilà un exercice qui n’est pas simple mais là, avec ces deux histoires de Stéphane Servant – devrais-je dire cette histoire ? – c’est brillant, intelligent et parfaitement réussi.
D’un côté, vous écoutez Lorette, une vieille dame assez aigrie qui n’apprécie ni les copines du club, leur scrabble, leurs conversations ; ni le rire de la kiné trop souriante et trop joyeuse (et oui, Lorette est plâtrée encore quelques jours) ; ni les lundis ; encore moins les chats – des êtres visqueux et sales - ; ou les enfants bruyants et faussement aimables !
Pourtant, lorsqu’un chat entre chez elle et s’installe sur ses genoux, elle le trouve bien doux. Elle ne peut s’empêcher de le nommer Lundi car je vous rappelle qu’elle n’aime ni les lundis, ni les chats !
Mais pourquoi donc va-t-elle attendre impatiemment ses prochaines visites ? De l’autre côté, vous écoutez Sofiane, un jeune garçon qui rêve de la visite de ses camarades, qui attend le retour de la kiné si souriante et si joyeuse (et oui, Sofiane est plâtré encore quelques jours), qui adore les lundis, les chats et qui est un enfant trop timide, mais toujours très aimable. Lorsqu’un chat entre chez lui et s’installe sur ses genoux, il le nomme immédiatement Lunes et décide d’en faire un « chat voyageur ».
Très vite, lui aussi va attendre avec impatience ses prochaines visites … Ce roman « boomerang » est un petit bijou d’émotion, de tendresse et d’humour. Il fait avec tact un pied de nez à la solitude, prenant le parti de croire en l’avenir. Cette histoire qui paraît si simple ne l’est pas du tout ! Elle surprend le lecteur qui se laisse faire avec délice ! Impossible de décrocher ! Comment cela va-t-il finir ?
Allez, parce que c’est vous, je vous dévoile un morceau du secret : rebondissements, quiproquos, hasards heureux vont favoriser les bonnes étoiles de Lorette et Sofiane. Mais pas question que je vous explique là, les véritables desseins de nos deux personnages ! Ah non ! Pas question !
Dès 7 ans
De Stéphane Servant et Marta Orzel - Collection « Boomerang » Rouergue




