Everest

Désolé,ne comptez pas sur moi pour émettre une critique à l'égard d'Everest, film très classique qui se passe sur le toît du Monde! Moi, dès que ca se passe dans la montagne, je suis séduit!

C'est pourquoi j'aime en particulier Cliffhanger, nanar alpin qui a relancé la carrière de Stallone dans les années 90 ou Vertical Limit, grand n'importe quoi pétaradant dans l'Himalaya. Même Les Bronzés font du ski garde tout mon estime malgré ses multiples diffusions. Quelques sommets, et zou, c'est fini pour moi: je suis incapable de juger ou critiquer.

Imaginez le problème que me pose Everest: il s'agit de l'endroit le plus dangereux et haut du Monde. Entouré d'une chaîne de montagnes hallucinantes et vertigineuses. Avec du vent, des cailloux, de la neige et des sherpas! Et pour une fois la 3D fait son boulot: on a vraiment des sensations de vide. Et pas à cause d'un scénario pourrave!

Non, Everest est l'adaptation du livre Tragédie à l'Everest de Jon Krakauer, auteur d'Into the Wild, témoin d'une véritable tragédie à plus de 8000 mètres d'altitude en 1996. C'est donc un film plutôt sobre par sa nature. On voit beaucoup de types en doudounes marchés au ralenti, entourés de glace et de pierre sombres, communiqués avec des vieux talkie walkies.

L'Islandais Baltasar Kormakur filme cela avec une gourmandise évidente. Le lieu est filmé sous toutes les coutures. Les effets spéciaux permettent les angles les plus affolants et en toute discrétion, ils disposent une douce terreur au milieu des alpinistes, conscients au fil des camps qu'ils se mettent en danger, surtout pour une question d'ego. Quand ils ont froids, nous aussi.

Le film suppose que le drame est dû à la rude concurrence commerciale entre quelques aventuriers mais le film arrive surtout à nous isoler dans le drame humain. Le film n'en fait pas trop dans la démesure et les effets gratuits. C'est classique mais c'est très beau et on est souvent scotché par les décors gigantesques et les performances tout en humilité de comédiens confirmés comme Jake Gillenhaal ou Josh Brolin.

Dans leurs grosses doudounes, on devine la fragilité et la grandeur de l'homme. Ou on voit juste des gars galérer dans les montagnes. Moi, je ne sais pas trop: la montagne ca me gagne!

Avec Jason Clarke, Josh Brolin, John Hawkes et Emily Watson - Universal - 23 septembre 2015 - 1h59

La Face Cachée de Margo

John Green écrit des histoires tristes pour les adolescents. Il intéresse Hollywood qui fait par hasard renaître le charme (très) discret des premiers succès John Hughes.

Le monde adolescent se limite au cinéma à des êtres frustrés, obsédés ou innocents. Il peut être un affreux queutard (la série des American Pie) comme le gardien de cette Amérique qui rêve et croit aux miracles (les héros de Spielberg). C’est un animal complexe qui fascine les auteurs comme les producteurs qui veulent leur faire les poches !

John Green est un écrivain qui s’est spécialisé dans le mélodrame pour adolescents. Il comprend le jeune et parle de lui avec une vraie affection et une certaine humilité. Il a visiblement gardé des souvenirs émus des films de John Hughes qui a su raconter la jeunesse américaine avec une douce amertume dans des films cultes comme Breakfast Club ou La folle journée de Ferris Bueller.

Dans cette adaptation de John Green, la musique rappelle ce souffle nouveau que fut les premières réalisations de Hughes dans les années 80. Même le look des jeunes héros pourrait être celui des personnages de 16 Bougies pour Sam !

On reconnait cette même banlieue où la jeunesse s’ennuie. Quentin est un geek poli et sage. Sa voisine Margo est une jolie peste au sourcil épais (le mannequin Cara Delevingne imite très bien Elle Fanning). Elle est un mystère pour son voisin transi d’amour. Lorsqu’elle fugue, il décide de la retrouver…

C’est donc une douce romance contrariée entre deux lycéens qui se demandent bien ce qu’ils vont faire de leur existence. Deux choix se dessinent au fil d’une enquête lente mais sympathique, aidée par des seconds rôles stéréotypés mais bien assumés. Le réalisateur filme très bien cette Amérique endormie mais ne s’échappe jamais d’un romantisme un peu niais malgré quelques volontés de révolte. Les angoisses des bambins américains n’ont pas beaucoup changé en 30 ans. Si le film se regarde, derrière l’humour et l’aventure, le constat est amer.

Avec Cara Delevigne, Nate Wolff, Halston Sage et Austin Abrams – 20th century fox – 12 août 2015 – 1h45

Gauthier Fourcade, Essaïon

fourcade

Un one-man show intelligent sur la place de l'enfance et de la poésie dans une vie d'homme.

Si vous attendiez une révélation sur le Saint Graal, vous êtes mal tombés car le "seul-en-scène" de Gauthier Fourcade ne nous emmène pas du tout dans la Grande Histoire des Templiers, mais dans les méandres de la petite histoire d'un homme que sa femme vient de quitter. Le temps d'une nuit blanche, tout en veillant sur le sommeil de son fils, il se livre à des élucubrations poético-magiques sur le sens de la vie et de l'amour.

Gauthier Fourcade évoque un clown triste qui cherche à comprendre "qu'est-ce-que l'amour?", "Comment ça marche?", "A quoi ça sert dans l'univers?", tout en répondant à la question plus urgente: "Comment reconquérir ma femme?"...

Cela donne une sorte de conférence burlesque, avec détours par les souvenirs d'enfance, emprunts à la physique quantique, mais surtout à la pataphysique, car si les bases du raisonnement sont fondées, les conclusions sont elles, complètement fantaisistes!

Amateurs de jeux de mots et de délires physico-magiques, vous serez servis! Vous pourrez même en redemander car Gauthier Fourcade joue 2 spectacles en alternance à l'Essaïon à 19h30 :

Les lundis : "Le secret du temps plié"

Les mardis : "Le bonheur est à l'intérieur de l'extérieur de l'extérieur de l'intérieur, ou l'inverse"
Il est également possible de relire ses textes en les commandant via son site officiel: http://www.gauthier-fourcade.com/

Un bémol: à l'oral, les traits d'esprit fusent parfois si vite que le spectateur, bien qu'averti, peine à suivre...

A voir du 7 Septembre 2015 au 30 Novembre 2015
6, rue Pierre au lard (à l'angle du 24 rue du Renard)
75004 Paris 
 
 

Quand Canal rime (presque) avec napalm

canal+

Avant d’attaquer en règle la nouvelle ère de Canal+ et partir tête baissée façon raffut fidjien sur 50m (c’est Coupe du Monde de Rugby hein, on y a va de sa petite métaphore) sur un Bolloré bashing, dès l’été, comme bon nombre de bloggers ou autres influenceurs de la toile digitalo-numérique, j’avais dessiné, sur le sable, son doux visage…

…Non, c’est pas ça, ça c’est Aline, aucun rapport, enfin si, si on parle d’Adeline, presque comme Aline hein, (ex) Halliday qui accuse le gars Johnny de viol durant leurs années de mariage, lui répond que c’est « sans fondement » (sic), autant dire viol ok mais pas dans l’anu’…bon, bref, c’est pas ça non plus.

…Bolloré bashing, donc, car depuis la reprise en main de Canal+ par le roi d’Havas, des auto-lib, et fut un temps des différents Direct (8, matin, 17…) le petit monde médiatique s’outre, à raison, au final, je pense, de la stratégie de Rambo, warrior, ils sont où les viets qu’on leur pète la gueule, j’en voulais pas de cette guerre, de Vincent Bolloré.

Rappel des faits: par un subtil tour de passe passe, genre oui cher Canal+ je veux bien te vendre Direct 8 et Direct 17 en échange de quoi tu me payes en actions Vivendi, mais pense à prendre de la vaseline au passage car dans quelques mois je vais te racheter tout entier en mode sens inverse baisse ton slip demande pas pourquoi mais non ça fera pas mal, mais si vas-y allez, rhoooo t’es pas cool tu verras c’est juste la première fois que c’est douloureux, Bolloré a pris le contrôle du tout Canal (+, Canalsat, I-télé, D8, D17…autrement dit avait vendu ses enfants pour les racheter moins chers une fois l’adolescence arrivée, pratique afghano-pakistanaise très courante) et à entamer un vaste programme de « c’est qui le patron ?! toi, ta gueule me plaîs pas tu dégages ».

En gros, au vu des coups de pieds au cul pris par une majorité d’artisans de Canal+, on peut sans nul doute voir d’ici quelques morceaux choisis de la philosophie du nouveau boss : « de toute façon l’humour c’est pour les cons, je préfère KTO à Groland, les Guignols c’est ringard, le bébête show ça au moins c’était plus marrant, Les Nuls ils parlaient trop de zizi et le zizi c’est mal sauf pour faire des enfants, comment ça y’a des mecs de gauche dans ma boîte, les syndicats c’est pour les feignasses, Antoine de Caunes n’a plus trente ans de toute façon il parle trop vite les vieux le comprennent pas, le foot c’est pour les beaufs, le rugby c’est pour les brutes, le basket c’est pour les blacks, le Canal Football Club c’est pour les mauvais catholiques qui ne vont pas aux vêpres le dimanche soir, I-Télé si on pouvait en faire un Fox News à la française ça serait quand même super cool, tiens d’ailleurs si on faisait une soirée spéciale Thanks Giving, on est américain nous aussi »…bref, on efface tout et on recommence.

A ce jeu, à la con, sur le thème de « j’écoute personne je fais ce que je veux et si ça te plaît pas tu vires », le Directeur Général, le Directeur des Programmes, les producteurs historiques du Grand Journal, les auteurs émérites des Guignols, le patron des sports, la patronne d’i-Télé, le patron des magazines sport…tout le monde a foutu le camps (de concentration) ou a surtout été sommé de.

Bolloré, lui, continue sa purge, joue avec les programmes comme on joue au rubix-cube un lendemain de cuite, y’a pas les carrés de la bonne couleur sur la même face, ça ressemble pas à grand-chose mais on joue ça passe le temps et si on te fait une remarque, bah t’es gentil c’est mon rubis cube à moi je fais ce que je veux avec.

Oui mais voilà, le problème, c’est qu’en regardant les précédentes aventures télévisuelles du camarade Vincent, on a déjà vu ou entrevu (faute d’audience) le talent et le pif du gars pour bâtir des programmes et trouver un public. Preuve en est le lancement de Direct 8 lors des débuts de la TNT avec une chaîne qui, tout en direct, était juste pas regardable, sentait bon la télé faite par des roumains bourrés à l’alcool de patate, le tout avec une mascotte oiseau nommée Thui-thui (huit à l’envers x2 pour ceux du fond, merci de pas toucher au radiateur, c’est sympa) qui aurait même fait honte aux créateurs de Nicolas et Pimprenelle dans les 50’s. Autant le dire, quand Bolloré vire Le Van Kim (ex producteur du Grand Journal ou encore des Césars) en le traitant d’has been c’est un peu comme si un teckel disait à un doberman qu’il avait une plus grosse kékette…pas crédible et à un moment tu risques gros.

Bah oui, mais justement, à force de virer à tour de bras des mecs et des filles qui savent faire de la télé ou des programmes, t’as beau avoir de la tune plein les poches, bah t’es vite en slip, et les téléspectateurs te regardent amusés pour se foutre de toi avec les tâches de pisses qui ressortent de ton slibard et vont vite voir les mecs habillés, c’est plus propre.

Sans doute dans une idée cachée d’espérer lui voir un bout de soutif aux détours d’un couloir, Bolloré s’est précipité à mettre Maïtena Biraben à la tête du Grand Journal, ne nous trompons pas, Maïtena est une grande pro, s’est levée des années à 3h du mat pour animer la matinale, se parfume à la bobotitude parisienne mais connait le job et le fait bien. Problème, c’est qu’un talk show quotidien c’est lourd à porter, le mélange des genres politiques+justin bieber+on a aimé les livres que personne ne lit…forcément, bah tu vas voir « C à vous » parce que plus frais, Money Drop parce que plus con mais que ça détend, voire « Les Chtis chez les nudistes » ou un truc dans le genre parce que plus… là j’avoue faut pas déconner (mais, oui, ils font désormais plus que le Grand Journal…c’est la plaie).

De plus, le mec a de la classe, en annonçant, par exemple, la probable suppression des Guignols le jour où De Greef, leur fondateur, meurt…oui, Bolloré, y’a pas à dire, c’est mettre Staline maire de San Francisco en pleine Gay Pride, c’est demander à Barbelivien d’écrire un titre aux Daft Punk, c’est exiger à Nana Mouskouri de tailler une pipe à Rocco Siffredi (non non vous n’êtes pas obligé d’imaginer…) ou encore de mettre Le Pen à la tête de Touche pas à mon pote…ça troue l’oreiller, y’a un truc qui fait masse…en plus de faire du bashing, voyez, je cite du Bashung.

Allez, j vous embrasse, j’ai rugby.

Dog Man Star 20th anniversary Live – Royal Albert Hall

Vestige encore vivace de la brit-pop des années 90, Suede prouve qu'il reste un groupe de scène et qu'il conserve toute sa verve. Un putain de live.

Avec sa mèche bien étudiée sur le front, Brett Anderson avait tout de la tête à claque. En 1993, cette endive prétentieuse montre qu'il a quand même du talent avec le premier disque de Suede qui coup sur coup lance la période glorieuse de la brit-pop et remert au goût du jour le glam-rock, jouant avec les ambiguïtés sexuelles si chères à David Bowie.

Fondé en 1989 à Londres, le groupe était promis à un destin funeste rapide avec un turbulent chanteur dépendant aux drogues et surtout un guitariste inspiré qui claque trop vite la porte, Bernard Butler. Juste avant de partir, les deux hommes et leurs camarades discrets mais solides, réalisent un second disque qui reflètent beaucoup cette partie sombre de leur rock, Dog Man Star.

Un petit bijou, décrié à son époque (Blur sautillait déjà au sommet du hit parade, talonné par ces gros lads d'Oasis qui voulaient leur botter le cul) et qu'il faut réévaluer aujourd'hui. Le groupe nous aide avec ce live anniversaire au Royal Albert Hall, édité en peu d'exemplaires.

Depuis 2010, le groupe s'est reformé. Butler fait toujours la tronche mais le remplaçant Richard Oakes (embauché à 17 ans en 1996) assure toujours aussi bien derrière les guitares alertes du groupe et les riffs flamboyants de quelques uns de leurs hits. Ils font une série de concerts et reprennent goût au travail collectif. En 2013, sort un nouvel et bon album, Bloodsports. Pour la fin de l'année, un nouvel effort est prévu. Suede est un revenant inattendu.

D'autant que sur scène, Brett Anderson n'a plus sa jeunesse mais un sacré coffre et une envie d'en découdre quasi intacte. La guitare virevolte tout autour et les copains discrets qui assurent la rythmique, continuent de rester à l'ombre tout en conservant leur efficacité. Suede rejoue l'intégralité de ce disque mal aimé (pour la bonne cause puisque les recettes sont reversées pour la lutte contre le cancer), les faces B inédites et quelques succès incontournables.

La nostalgie fonctionne à fond: la débauche d'énergie est spectaculaire. Ils avaient tellement sombré dans nos mémoires, que les petits gars de Suede impressionnent, loin du star system. Une résurrection comme on n'en fait plus! L'endive n'est plus là: un vrai dandy (et un bon groupe) est de retour!

Import - 2015

Pageant Material

Elle s'appelle Kacey. Elle est belle. Elle a des jambes sans fin. Elle a un sourire désarmant. Elle fut élevé dans le Texas, à Golden (ça ne s'invente pas). Elle fait de la country. Si l'amour est dans le pré, elle est à coup sûr la belle des champs!

Voilà une jolie chanteuse de country, Kacey Musgraves. Je sais que beaucoup d'entre vous résument le genre à des cow boys républicains et des cow girls avec des fringues pas possibles sortis d'une comédie musicale des années 70. Cette musique sert à faire danser les ploucs, les fachos et autres rednecks!

Mais on sait aussi depuis Johnny Cash que la country a un courant alternatif et souffre des clichés les plus éculés. Kacey Musgraves est étiquetée: charmante bimbo du Texas. La pochette de son disque se moque de cette vilain raccourci.

On tombe sous le charme car ça sonne d'abord juste. Les plus virils voudraient bien jouer au cow-boys et aux indiens avec elle, mais elle calme facilement les ardeurs. Son talent est une bouffée de chaleur.

La chanteuse coquette de Golden nous séduit. Parce que son style est abordable, plutôt simple. On est très loin d'un rock indépendant: à l'exact opposé. C'est bien produit. Le son est léché. Les orchestrations sont agréables à l'oreille. Ca sonne américain avec Slide guitar et banjo. Mais un peu comme dans un rêve! On passe de Dusty Springfield à Allison Krauss avec une aisance déconcertante. Une touche de pop rend la country accessible sans jamais être ridicule.

C'est frais et léger. Ca lave la tête. On se voit bien dans un pickup truck au milieu d'un champs de maïs, avec une vieille maison en bois et un soda dans la main (une Bud pour les plus costauds). De la bonne valeur conservatrice mais gentiment détournée par la chanteuse. Là encore c'est un gros stéréotype que je viens d'imaginer mais avec Kacey Musgraves, cela devient un doux idéal. Cette jeune fille peut vous rendre chèvre! Je vous laisse: je vais faire du taureau mécanique!

Mercury Nashville - 2015

The Program

Une enquête bien documentée mais un film qui pédale un peu dans la choucroute!

La performance de Ben Foster est incroyable. Tout le monde va vous le dire. C’est vrai qu’il est troublant dans son imitation du plus célèbre tricheur du cyclisme. C’est mérité pour ce comédien, habitué aux seconds rôles, découvert par Barry Levinson en 1999 dans Liberty Heights, remarqué et remarquable dans quelques séries B.

Comme un bon vieux briscard adepte des techniques de l’Actor’s Studio, Foster a du se transformer pour être cet athlète ambigu qui a fasciné puis déçu la planète. Car on croyait en ce héros magnifique, qui après la maladie, a décidé de transformer son expérience en moteur pour multiplier les victoires au Tour de France.

A n’importe quel prix ! Stephen Frears, après The Queen, semble apprécier les destins contemporains : Lance Armstrong est un personnage passionnant qui hélas n’inspire pas le scénario le plus dingue que l’on est vu. Au contraire.

De la part d’un cinéaste confirmé, on aurait pu attendre quelques prises de risques. Frears reste très sage dans sa réalisation. C’est avoué par un panneau à la fin du film : ce dernier doit beaucoup au rapport à charges qui a détaillé la fraude monstrueuse et dangereuse du sportif et de ses complices.

Le film dépeint sagement le parcours du cycliste, avide de reconnaissance et de performances. Il y a bien l’ironie anglaise, aidé par le personnage du journaliste qui a osé mettre les pieds dans le plat mais la reconstitution du milieu est faible, entre images d’archives, reconstitutions tristes et un personnage central qui vire au groteque : le bon docteur Ferrari. Le pauvre Guillaume Canet est ridicule avec sa moumoute.

Il y avait matière pour un grand film mafieux (Armstrong se comporte comme un parrain de la pègre) et Stephen Frears réalise une petite épopée, intéressante par sa documentation précise mais tristounette dans sa réalisation. Comme si la désillusion autour du héros déchu avait envahi tout le long métrage. Si peu d’énergie dans un film sur le dopage, c’est franchement bizarre !

Avec Ben Foster, Chris O'Dowd, Jesse Plemons et Guillaume Canet - Studio Canal - 16 septembre 2015 - 1h40

Algiers

Voilà un groupe américain qui a un grand mérite: inventer un genre à part entière. Le Gospel 2.0 vient de naître grâce à un trio très inspiré.

Le Gospel ça vous évoque l'église, les choeurs endimanchés, les chants d'esclave et le film O'Brother peut être! La musique d'Algiers propose une nouvelle version. A l'heure d'internet et des bidouillages électroniques. L'histoire veut que le chanteur du groupe, le charismatique Franklin James Fisher, a écrit ses chansons avec ses deux comparses en s'échangeant des fichiers sur le web.

Le jeune homme étudiait en Europe et ses deux copains étaient restés à Atlanta. Ils se sont retrouvés pour composer un album assez unique en son genre. Loin des standards, leur premier disque a tout de l'ovni sonore qui va vous secouer sérieusement.

L'intensité de la voix est impressionnante. Les musiques froides qui l'accompagnent fabriquent un étrange et délicieux paradoxe: cela renforce toute l'humanité du chant, puissant et sensible. Malgré les machines, Fisher chante avec ses tripes et marque son gospel d'une noirceur étonnante rappelant le corbeau le plus connu du rock: Nick Cave.

Comme lui, il s'enracine autour de paroles sombres et d'une musique habitée. C'est un style assez déroutant, exigeant mais réellement exalté. Il y a une force inouïe qui s'échappe de ces morceaux hantés. On devine la croyance des musiciens pour la musique. Ce drôle de gospel respecte cette tradition d'intensité et même de combats. Ces prières d'un nouveau genre doivent être entendus!

Matador - 2015

Youth

Youth, un regard neuf, perçant mais tendre sur le grand âge, ses désagréments et ses illusions, ses doutes et ses accomplissements. Une œuvre foisonnante et énergisante pour tous les âges de la vie.

Deux vieux bonshommes barbotant dans une piscine, fascinés par une superbe naïade qui occupe presque toute l’affiche : on croirait une référence inversée à l’épisode biblique de Suzanne et les vieillards – une Suzanne fière et délibérément impudique qui nargue les deux vieillards affaiblis. À cet instant, il semble que sa beauté et sa jeunesse triomphantes aient plus de valeur que tous les talents et toutes les distinctions reçues par les éminents personnages qui la contemplent, l’un, Fred Ballinger, compositeur et chef d’orchestre célèbre à la retraite, l’autre, Mick Boyle, réalisateur pour le cinéma qui travaille à son dernier scénario.

Youth aborde avec subtilité et un humour doux-amer le thème de la vieillesse/la jeunesse, de la perception de soi comme « vieux », du passé et de l’avenir selon notre position sur le curseur du temps. Dans le vénérable hôtel thermal au pied des Alpes suisses où les deux vieux amis sont en villégiature, il ne se passe pas grand chose. Les animations des soirées succèdent aux calmes journées ensoleillées ponctuées de bains et de massages… Une succession de courtes scènes, parfois presque des sketches, et de plans mis bout à bout comme pour un reportage composent en pointillés un tableau de la vie de l’hôtel, de ses résidents et de son personnel. Elles font doucement évoluer les deux amis dans leur manière d’envisager la vieillesse – la refuser et vouloir rester actif ou l’accepter comme une période de la vie singulière destinée à la méditation et non plus à l’action. Un autre personnage, jeune acteur venu s’imprégner de son prochain rôle, se pose en spectateur narquois de cette comédie humaine.

Comme dans son précédent film, La Grande Bellezza (2013), le réalisateur s’amuse à montrer les classes aisées sous un jour décadent. D’où une ambiance étrange de purgatoire : dans les couloirs de l’hôtel défilent les patients apathiques en peignoirs blancs, livrés aux mains expertes des aimables soignants ; sur un autre plan, leurs corps sont sagement alignés comme des sardines ou des morceaux de viande. Toujours d’une grande beauté plastique, certaines prises de vue sont osées, par exemple quand d’invisibles projecteurs révèlent les corps flasques ruisselant de sueur dans la pénombre du sauna.

De brusques épisodes viennent parfois rompre ce rythme tranquille, accompagnés d’une musique pop qui détonne bruyamment avec la bande son plus classique, très recherchée, de l’ensemble du film. Un cauchemar de la fille de Fred se transforme ainsi en un clip sauvage de la chanteuse Paloma Faith.

En observateur perspicace et en réalisateur virtuose, Paolo Sorrentino fait de son film un florilège de scènes et de répliques mythiques : Miss Univers – « Dieu » – dans la piscine, le vieux couple guindé épié dans la forêt par les deux amis, un Maradona obèse retrouvant miraculeusement sa souplesse pour jongler avec une balle de tennis… Et une scène extraordinaire : le vieux chef d’orchestre heureux comme un enfant, dirigeant un improbable concert de clarines carillonnant au cou de vaches laitières ! Certaines séquences un peu brèves auraient pu être prolongées, quitte à ne pas retenir toutes les propositions. Le film est presque trop riche, du coup un peu long, et gagnerait peut-être en intensité à être légèrement épuré. Mais son foisonnement d’émotions et de réflexions sur l’âge et la vanité font l’effet revitalisant d’un bain de jouvence.

avec Michael Caine, Harvey Keitel, Rachel Weisz et Paul Dano - Pathé - 9 septembre 2015 - 1h55

Valse 333

Du Québec, on reçoit des nouvelles étranges! Là bas, la musique se réalise en toute liberté et sans contrainte. La preuve avec cette valse d'un nouveau genre!

Attention à Avion, le premier titre du nouvel album de Julien Sagot. C'est un patchwork de sons qui vont vous décoiffer. Vous aérer les écoutilles! Vous faire voyager vers une zone sombre de la chanson française.

Français exilé au Québec, Julien Sagot s'est fait connaître comme l'un des membres du groupe Karkwa avant de décoller pour des aventures plus solitaires et beaucoup plus inattendues. Le premier titre est résolument rock. La suite s'adoucit pour que l'on puisse suivre ce drôle de musicien qui aime bien les collages ou les bidouillages!

Il y a bien un coté avant gardiste: Comme une peinture, on devine l'élan, la colère et l'envie de surprendre. De ne pas coller avec les codes. Son disque est un voyage inconfortable mais souvent intéressant car tout en équilibre, il maintient une logique qui se laisse découvrir au fil des morceaux.

L'adjectif "bruitiste" pourrait bien aller à ce second disque mais il y a surtout une grande sensibilité qui apparaît derrière le bricolage. Il n'a pas peur des dissonances mais il a tout de même le sens de la mélodie. Il sait capter l'attention.

Comme Alain Bashung, il sait nous entraîner dans des rêveries musicales. Comme Tom Waits, il joue la carte artisanale pour sonder une musique atypique. Il aime visiblement les corbeaux du rock, ceux qui prennent de la hauteur, qui ne voit pas leur art comme les autres.

Valse 333 nous emporte vers une contrée rarement visitée. L'avion supersonique du tout début du disque laisse la place à un voyage plus doux et poétique. Comme une valse, on a la tête qui tourne de plaisir!

Ici d'ailleurs -2015

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