Le Conte de la princesse Kaguya

Telle une estampe japonaise animée, Kaguya transporte dans le monde des geishas, des cerisiers en fleurs et des kimonos. Superbe. Sauf la fin.
Un paysan découvre au cœur d’un bambou un petit être. Au fil du printemps bourgeonnant, il s’émerveille de la voir devenir une magnifique jeune femme. Il décide alors de faire d’elle une princesse et la conduit au palais impérial. Elle y apprend la musique, l’histoire mais étouffe dans un carcan de conventions sociales.
Elle qui jouissait, enfant, d’une vie au naturel à rire et goûter les fruits fraichement cueillis, elle n’aspire qu’à quitter ses habits d’apparat pour rejoindre sa terre natale. Mais son mystère attire les plus grands princes. Ceux-ci vont devoir relever d’impossibles défis dans l’espoir d’obtenir sa main.
Avec des dessins d’une fraicheur exquise, Le conte de la princesse Kaguya célèbre la vie au contact de la nature, son monde d’artisans, de paysans. On n’a jamais vu tant de beauté réunie devant les images d’explosion de sève des fleurs, des fruits. Les jeux de l’enfance sont dépeints avec charme. On s’émerveille de tant de raffinement, de douceur dans les tableaux animés.
Isao Takahata donne vie et couleurs au conte populaire japonais "Le coupeur de bambou". Il interroge à travers le destin de cette princesse le sens de l’élévation sociale au prix des joies de vivre à l’air libre. Le souvenir ému en tête de son Tombeau des lucioles, bouleversant récit d'enfance sur fond de guerre mondiale, on demeure subjugué par la poésie des images.
Seul bémol : la longueur : 2h14, et une fin ésotérique qui nous perd sur fond de Dieu de l’Olympe. Trop perchée. Et pas assez d’humour pour plaire aux petits enfants.
Walt disney company france - 25 juin 2014 - 2h17
Electric Warrior

« Electric warrior » est un album majeur dans l’histoire du rock des années 70. Je vous le dis comme ça, d’entrée et tout de go, au risque d’en surprendre quelques uns.
T-Rex, c’est principalement un type au destin à la fois fabuleux et tragique : Marc Bolan, auteur-compositeur-interprête-guitariste et homme de scène. Fan de BOb DyLAN (son pseudonyme est un hommage), Marc Feld entre en musique sur ses traces, imprégné d’un certain Folk qu’il conservera comme base tout au long de sa carrière. A la création de son groupe Tyrannosaurus Rex (heureusement rapidement contracté en T-Rex), Marc Bolan branche ce Folk là sur des amplis saturés, tout en préservant sa simplicité et sa richesse mélodique. Mais surtout, il le fait basculer dans un style scénique complètement débridé : attitudes équivoques, androgynes et libérées, maquillage outrancier, cheveux en crinière, fringues délirantes, boas en plumes, platform shoes ... Le Glam Rock est né. Bolan l’a créé.
Nous sommes en 1971, T-Rex a un succès phénoménal en Angleterre et l’album « Electric warrior » sort, produit par un certain Tony Visconti. C’est le sommet de la carrière du groupe. Les mélodies sont splendides et touchantes. La voix fragile, légèrement métallique de Marc Bolan ne nous lâche pas une seconde. Hormis l’imparable hit « Get it on », on reste scotché par l’émotion à l’écoute de « Girl », de « Cosmic dancer », on sautille de plaisir sous le « Mambo sun » et « The motivator », on plane avec « Planet queen » et « Life’s a gas » pour finalement exploser d’excitation sous les coups du précurseur « Rip off », sauvage et surprenante apothéose. Aucune faiblesse dans cet album : les morceaux s’enchaînent sans longueurs, sincères, spontanés. C’est tout simplement époustouflant.
Maintenant, avant que vous vous précipitiez chez votre disquaire pour vous procurer ce bijou qui manquait à votre discothèque, je voudrais terminer mon histoire..
La brèche du Glam Rock étant ouverte, de nombreux artistes vont s’y engouffrer. David Bowie, jeune Mod en costume sur mesures est fasciné par Marc Bolan. Il réussit à se produire en première partie de T-Rex et devient un ami très proche de son idole. Professionnellement, il puise sans retenue dans la Marc Bolan attitude, lui subtilise son producteur Tony Visconti, adopte son style, le pousse au paroxysme...et devient son principal concurrent. Bolan n’a ni le talent médiatique, ni le culot opportuniste de Bowie : l’élève efface le maître avec notamment l’épopée « Ziggy Stardust » (album et tournées mémorables) où le splendide morceau « Lady stardust » raconte Marc Bolan, ce qu’il a été et ce qu’il deviendra, c’est à dire presque rien.
Marc Bolan sombre dans l’oubli. Il voyage, il s’intéresse à la peinture, en particulier à Magritte, dont un de ses tableaux intitulé « 16 septembre » (qui représente un arbre dans le contre-jour d’un croissant de lune) le fascine au point qu’il en parle dans son journal intime. En 1977, il se voit confier la présentation d’une série de shows télévisés. Le 9 septembre, on l’y voit en duo avec David Bowie (leur amitié est restée intacte, malgré tout).
Le 16 septembre au petit matin brumeux, sa Mini-Cooper s’encastre dans un arbre. Marc Bolan est tué sur le coup. Il avait tout juste 30 ans.
A&M records - 1970
Tones of town

Tout le monde ne singe pas Franz Ferdinand en Angleterre. Field Music persiste dans la pop lumineuse et mélodique. Tones of town est une charmante promenade en ville !
Natifs de Sunderland, les frères Brewis, David et Peter semblent hermétiques aux modes. Le retour de la cold wave, les clones des Talking Heads, le rock prolétaire des Artic Monkeys, tout cela, ils l’ignorent.
Les deux frangins sont restés coincés dans les années 90, sous influence des Beatles ou des Kinks. Leur musique possède la qualité d’écriture que l’on retrouvait chez Pulp, Divine Comedy ou les méconnus Ben & Jason. Un sens de la mélodie, teinté d’humour et très musical !
Peu de dissonance ou de brutalité dans ce second album, Tones of town. C’est l’harmonie qui domine. Le disque s’écoute comme une bal(l)ade en ville. Field Music a un joli sens de la chronique musicale. On sent les remous de la cité et la vie qui grouille.
Les premières notes du disque font penser étrangement à Joe Hisaishi, responsable des musiques de film pour Miyazaki ou Kitano. Une référence étrange pour un disque de pop mais qui prouve l’ouverture d’esprit des musiciens. Il partage avec le musicien japonais, des refrains aérés, entêtants et assez libres.
Les onze chansons sentent la vadrouille décontractée dans l’univers de la pop anglaise. Il n’y a rien de nouveau mais les auteurs sont ravis de piquer des idées à de grands mélodistes. Leur disque est agréablement suranné. Il n’en est pas pour autant poussiéreux. Au contraire, leurs chansons sont joliment dissemblables.
Field Music compose avec un psychédélisme de dandy british : une sorte de musique de chambre ambitieuse, rythmée et passionnément élitiste. Tones of town, visite guidée et courte dans la musique anglaise fait franchement plaisir. On s’impatiente de découvrir leur prochaine excursion.
Cooperative music - 2007
Les Lieux Sombres

Noir c’est noir. Gillian Flynn s’impose comme l’écrivain majeur aux personnages fracassés.
Avec Les lieux sombres, son second roman, paru aux Editions Sonatine, Gillian Flynn allie un roman noir à la structure et au suspense sans faille à une profondeur de champ et une richesse thématique immense. Ou pour le dire plus simplement : on peut lire ce roman sans s’arrêter, on peut aussi se rendre compte que Gillian Flynn est une grande romancière qui bâtit une œuvre d’une réelle densité .
Lire Les lieux sombres, c’est accepter de plonger en apnée dans des atmosphères glauques et irrespirables. Alors, retenez votre souffle !
Libby Day est la seule rescapée d’une série de meurtres dont son frère a été reconnu coupable. Dans la nuit du 2 janvier 1985, sa mère et ses trois sœurs ont été assassinées. Libby avait sept ans. Elle en a réchappé par miracle mais a été amputée de plusieurs doigts qui ont gelé.
Peut-on réchapper d’un tel enfer ? Libby est devenue une adulte asociale. Quelqu’un mu par l’égoïsme et la conservation de son propre intérêt ; la preuve vivante qu’on peut survivre à une tragédie et ne pas se sentir transcendé. Un livre a été écrit sur ce qui est arrivé à Libby et les dividendes lui ont permis d’être à l’abri du besoin. Mais son banquier lui indique que ses ressources se sont taries.
C’est la raison pour laquelle elle répond au Kill Club, un club de personnes passionnées par les meurtres violents et qui est convaincu de l’innocence de son frère. De fil en aiguille, Libby va être obligée de faire ce qu’elle redoute le plus : se retourner sur son passé et sur cette nuit de 1985.
C’est peu dire que Gillian Flynn nous plonge – avec maestria – dans un univers sombre et dénué du moindre espoir , un monde peuplé de monstres, où les plus effrayants ne sont jamais ceux auxquels on pense.
Portrait au vitriol d’une Amérique peuplée d’êtres bornés, malsains et/ou malfaisants, cherchant la fuite dans les paradis artificiels. Une Amérique aux villes gangrénées par le chômage, où les agriculteurs se retrouvent le couteau sous la gorge.
Le précédent roman de Gillian Flynn faisait déjà preuve de maestria. Celui-çi nous secoue encore, longtemps après qu’on en ait terminé la lecture.
512 pages - Livre de Poche
Sur ma peau

Voilà un grand roman qui vous étouffera. Un roman poisseux, enfiévré et maléfique. Un roman sur le mal en chacun de nous et sur la violence que nous pouvons exerçer contre nous-mêmes.
Malgré les lames de rasoir qui parsèment la couverture de Sur ma peau de Gillian Flynn d’un goût douteux, son roman n’est pas un polar. Et même si Harlan Coben ou Stephen King en ont vanté l’écriture, Ce roman ne vous enivrera ni d’horreur ni de fantastique.
Il s’agit tout simplement d’un grand roman américain qui transcende les genres. Même si, avouons-le, au début, nous pensons entrer dans une chasse au serial killer, dont la banalité a quelque chose de rassurant.
En effet, Curry, le rédacteur en chef du Daily Post, basé à Chicago, demande à Camille Preaker de rentrer dans sa ville natale du Missouri, Wind Gap, où une fillette a été tuée et une autre portée disparue. Curry pense qu’avec un reportage de ce genre, son journal peut décrocher le prix Pulitzer.
Quand à Camille, elle n’est vraiment pas chaude pour retourner dans le patelin de son enfance, qui semble avoir été le théâtre de traumatismes nombreux et variés.
Voilà pour les premières pages qui introduisent le sujet. Par la suite, Camille rencontrera un détective de Kansas city venu préter main forte aux policiers locaux. Mais les apparences du polar s’arrêtent là et les deux-cent cinquante pages du roman nous entraînent sur un autre terrain.
Tout d’abord, comme dans le formidable Livre de Joe de Jonathan Tropper paru en 10/18, Camille apprend à refaire connaissance avec la petite ville provinciale qui l’a vu grandir. Et nous touchons du doig, combien la vie dans ces endroits peut être claustrophobe et oppressante. La description du tissu social fossilisé, qui innerve le récit, est d’une grande acuité.
Surtout, ce roman ausculte les rapports mère-fille et si vous avez eu des rapports désastreux avec vos géniteurs, ce livre vous rassurera et vous montrera qu’en cette matière, on peut toujours faire pire !
Enfin, par le biais d’Amma, la demi-sœur de Camille, une Lolita survoltée et enfièvrée de 13 ans, Gillian Flynn évoque ces enfants-femmes qui ne savent pas dans quel camp se situer et qui sont capables de beaucoup, du meilleur comme du pire.
Gillian Flyn est critique TV d’Entertainment Weekly. Elle vit à Chicago. Venant de Kansas City, on peut penser que son premier roman est gorgé de choses vécues et observées. Cependant, on peut lui souhaiter, comme elle vient de le faire, de continuer à écrire des œuvres qui cassent les barrières et de surtout ne pas se faire enfermer dans une petite case.
500 pages - Livre de Poche
An end has a Start

L’oeuvre au noir du groupe anglais se prolonge avec un second chapitre aussi inspiré que le précédent. Héritiers de Joy Division, Editors offre un album fort en émotion et déroutant grace à une écriture rageuse.
Depuis le succès de Franz Ferdinand, les sons de la cold wave sont revenus à la mode. Tout un tas d’ersatz de Joy Division ont surgi. Aucun ne supporte dignement la comparaison. Sauf Editors, groupe de Birmingham emmené par Tom Smith.
Leur premier disque réussissait un album ample et sombre, rappelant le groupe de Ian Curtis. Le second commence là où se finissait The back room : désormais Editors a de l’ambition et veut confirmer cette étrange atmosphère qui se dégage de leur musique.
Car ce qui frappe le plus dans ce nouvel opus c’est le lyrisme de l’écriture et la rage des guitares. Les nouvelles chansons sont élégantes, ingénieuses et servent idéalement des textes pas très joyeux mais jamais dépressifs. Souvent, les guitares sont énervés et vibrent à la moindre rupture de rythme. Cela permet d’éviter les clichés habituels de la cold wave.
La musique est moderne : si elle surprend, elle finit par séduire. Elle se met au service d’un chanteur à la voix chaude et hantée. Dans le style « du sang, de la sueur et des larmes », Tom Smith réussit à renouveler l’image du chanteur étranglé dans des angoisses existentielles. C’est l’énergie ici qui détone.
Bien sûr, certains pourront se lasser rapidement de ces chansons fortes, qui rappellent certaines compositions héroïques de U2 première période. C’est vrai que l’humilité ne semble pas être la première qualité du quatuor. Mais on sait aussi, depuis les Beatles, que la vanité cache des talents et une douce ironie typiquement britannique.
Sans être le groupe révolutionnaire, Editors semble avoir une idée précise et noble de la musique. En dix chansons, le disque parvient à nous plonger dans un univers obscur, fulgurant et loin d’être soporifique malgré le genre qu’il défend. Toute fin a un début : pour Editors, espérons que le début de la fin ne soit pas pour tout de suite
Pias - 2007
Under the Skin

Un nanar avec un joli petit boudin de l'espace, ca vous tente? En plus, une réflexion sur le corps, la star et le cinéma! Tout un programme!
Le film de Jonathan Glazer, réalisateur de clips et deux films un peu cultes, Sexy Beast et Birth, est prétentieux! Ca faisait bien longtemps qu'un auteur ne s'était pas mis en tête de faire un film à sensations, à l'atmosphère baroque, à la radicalité assumée, quelque part entre Stanley Kubrick et Ed Wood.
Le scénario est digne du cinéaste célébré par Tim Burton. Un extra-terrestre prend l'apparence d'une jeune femme pour séduire des hommes et les faire disparaître. La superstar Scarlett Johansson conduit donc un van dans les rues grises de Glasgow. Un étrange motard la suit. Elle séduit des pauvres types et effectivement ils disparaissent. Jusqu'au jour où...
Il y a du Kubrick dans la mise en scène car Glazer pratique un cinéma assez ambitieux, âpre et épuré. Le dépouillement et le naturalisme du film est marqué par des idées folles comme l'explication de la disparition des hommes ou quelques moments durs où l'abstraction est brutal.
C'est de la science fiction hautement philosophique. Il y a une réflexion sur l'humanité ou plutôt l'absence de sentiments ou la solitude contemporaine. C'est un objet étrange et quasi surréaliste. C'est un film au discours métaphysique. C'est aussi un parcours du combattant pour la star Scarlett Johansson, loin de tout confort hollywoodien. Le film pourrait être un miroir sur ses angoisses de superstar, objet de désir froid, femme obligée d'être seule...
C'est bien alors? Bah non! C'est surtout maniéré. C'est du cinéma qui se la pète. Et qui enfonce des portes ouvertes avec la prétention d'un premier de la classe qui sait mieux que les autres! Le vide inter sidéral s'invite dans des lenteurs trop sosphistiqués pour proposer au spectateur de partager le point de vue du cinéaste. L'effet de répétition est assommant. La pauvre Scarlett est transformée en petit boudin alien pour supporters de foot et lads à casquettes trop serrées!
Elle a beau rappeler une héroïne échappée d'un vieux film de Dario Argento, elle passe la plupart de son temps à conduire sa camionnette, demander sa route et écarquiller les yeux. Pendant une heure, malgré quelques fulgurances narratives, c'est un peu ennuyeux.
Certains peuvent trouver cela fortement original ou même culotté. Ca reste une fille dans un camion qui fait disparaître des pauvres types avant de connaître la compassion! Un chemin de croix pour l'actrice mais aussi pour le spectateur!
Avec Scarlett Johansson, Jeremy McWilliams, Lynsey Taylor Mackay et Dougie McConnell - MK2 - 25 Juin 2014 - 1h40
Dragons 2

De belles images, de l'émotion et des sensations, le dessin animé Dragons 2 fait le boulot d'un vrai film en live. Ce film a le feu sacré!
Celui du spectacle populaire élégant et jamais chichiteux! C'est une suite! C'est un dessin animé! Les préjugés sont nombreux à surmonter mais en quelques images fortes et quelques plans aériens, le film nous installe dans un univers fascinant, virevoltant et prenant!
Le secret de la réussite? Cette obsession de l'émotion qui semble inquiéter le metteur en scène Dean DeBlois, déjà responsable du premier épisode de Dragons mais aussi du malaimé Lilo & Stitch. Toujours produit par Dreamworks, à la différence de beaucoup de productions du studio, nous ne sommes pas sur les terres arides du produit de consommation avec humour de bas étage et virtuosité numérique!
Ici, Dean DeBlois et son équipe d'animateurs s'envolent pour un savant mélange exotique du spectacle à l'ancienne et la beauté que peut offrir la synthèse et toutes les nouveautés infographiques! Pours. tant tout reste au service des personnages.
Bien entendu il y a les dragons. Ils sont somptueux et spectaculaires. Il y a de l'action avec un méchant sombre comme on aime et des batailles gigantesques. Il y a des rires mais ils ne sont jamais forcés par des blagues scatologiques (juste un petit vomi de dragon). Il y a surtout des personnages qui transpirent d'émotions et de sincérité.
On peut déplorer l'état du cinéma populaire actuel, et spécialement hollywoodien: on est toujours bluffé quand des personnages artificiels réussissent à nous passionner. La technologie, ça peut avoir du bon! Surtout lorsque l'excuse est une sempiternelle guerre du bien et du mal! Notre jeune héros doit sauver les dragons mais aussi son peuple, d'un chasseur de dragon assez diabolique!
Mais l'auteur de Dragons 2 oblige l'action à se plier aux atermoiements du jeune dresseur de dragons. C'est la bonne idée du film. L'efficacité est là mais elle sert un propos, un développement et une fin, pas passoire du tout (même si un troisième numéro est inévitable).
Dean DeBlois comprend que l'évocation épique ne passe pas forcément par la démonstration de force. Il y a même de l'onirisme dans le voyage dans les airs de Harold. Un très beau passage dans les nuages où le héros rencontre un personnage clef! On dirait du Miyazaki!
Les paysages magnifiques soulignent l'histoire peu commune de Harold et de sa famille. Une vraie profondeur se creuse dans le sillon du film familial. Puissant produit d'appel de l'industrie cinématographique, Dragons cache un trésor unique: du coeur. Les Vikings sont vraiment surprenants!
Twentieth century fox - 2 juillet 2014 - 1h40
« Le prénom a été modifié » de Perrine LE QUERREC

« C’est tout noir et marche devant seule droite, avance en face debout ». Ce mantra lourd de sens encore caché, comme pour toute première fois, ouvre chaque paragraphe-confession du dernier livre de Perrine Le Querrec.
Car ici, tout est poids. Poids du corps saccagé, poids des corps qui saccagent, poids du souvenir, poids de la vie, poids du passé, du présent, de l’avenir.
« Le prénom a été modifié » raconte six mois de viol collectif d’une adolescente de 15/16 ans par une vingtaine de fous de banlieue sans visage, dans une cité dont on ne s’échappe pas.
Avec « la mort à la main », « ils ont décidé de grandir en remplissant une fille de sperme en la gavant de coups. C’est comme ça qu’ils sont devenus adultes puissants respectés dans le grand ensemble ». Et quinze ans plus tard des pères de famille que la narratrice croise au hasard de ses rares sorties... . « Le prénom a été modifié » raconte le pendant. L’après. L’inoubliable pendant. L’inoubliable après. L’avant, le bienheureux avant, reste en filigrane : lui aussi a été modifié.
A chaque rendu/déglutition de sa descente aux enfers terrestres, l’héroïne (sic) « s’assoit par terre étourdie » et le lecteur aussi. Au fil de soixante dix pages nerveuses, l’innommable est nommé, découpé, déchiqueté, mâché, ingéré, péniblement digéré. Il n’y a pas d’échappatoire. La douleur est si forte qu’elle obture quasiment l’idée de vengeance. Si le désir de mourir s’insinue, le désir de tuer est mort-né par trop plein d’horreur, anesthésié par les médicaments, bouffi par la bouffe, rien qu’une ligne sans illusion.
Vous avez dit « désir ? ». D’une écriture courte, sèche, serrée comme le coeur, Perrine le Querrec poursuit une œuvre de témoignage rare, à façon, sans concessions. Qui nous colle aux tripes l’outrance de l’outrage. Qui se fout du tabou. Ce court récit, littéralement Dantesque, plaira aux féministes, mettra mal à l’aise les bobos bien pensants, plongera dans l’épouvante les jeunes filles de bonne famille, fera pleurer les hommes comme moi. S’il pouvait briser les barrières du silence littéraire, ce serait merveilleux. « La guerre on pense toujours que c’est bruyant. La guerre c’est aussi un silence total. »
A la fin, arrive-t-elle trop tôt ou trop tard, il reste une grande lassitude et l’impérieux besoin d’aimer.
Jean Azarel
« Le prénom a été modifié » de Perrine Le Querrec,
éditions « Les doigts dans la prose », 13 € port compris.




