N’éteins pas la lumière

La troisième enquête de Martin Servaz nous plonge dans un thriller à l’atmosphère étouffante.  Après Glacé et Le Cercle, Bernard Minier nous montre une nouvelle fois qu’il sait manier la plume et nos angoisses.

Un jour de mai dernier, un livre me tombe entre les mains. L’auteur est Bernard Minier, le titre du roman Glacé. Dès les premières lignes, l’enfer est là, sous nos yeux. La blancheur du paysage enneigée contraste avec le rouge du sang des victimes.  Les crimes commis rivalisent d’ingéniosité et d’horreur. Ajouté à ça, l’ambiance d’un hôpital psychiatrique niché au cœur de la montagne et vous êtes pris,  car Minier ne vous épargne rien.

Dans N’éteins pas la lumière, Servaz reprend du service pour enquêter sur un suicide. Officieusement. Du fond de sa retraite, mis en arrêt de travail, le policier en pleine dépression reçoit des indices, des photos, une clé… Et si le suicide n’en était pas un ? Et s'il n’y en avait pas qu’un ? Servaz doit remonter le temps.

Parallèlement, Christine Steinmeyer, journaliste radio, voit sa vie basculer le soir de Noël en ouvrant sa boite aux lettres. Un courrier annonçant un suicide a été déposé là.  Une erreur de destinataire ? Une plaisanterie ? Mais pour Christine, l’arrivée de cette lettre est le début du cauchemar. Les incidents s’accumulent, la paranoïa l’emporte sur la raison. Christine sombre dans la folie et le lecteur avec. Qui croire ? A qui se fier ? Pourquoi elle ? Pourquoi, tout simplement ?

L’auteur nous livre une nouvelle fois un grand polar. Si vous en avez assez des romans dont l’action se passe aux Etats-Unis et où les analyses ADN l‘emportent sur la réflexion des enquêteurs, Minier est là.

Avant, le thriller français comptait quelques grands noms, comme ceux de Jean-Christophe Grangé et Maxime Chattam. Aujourd’hui, nous pouvons ajouter celui de Bernard Minier.

éditions XO, 616 pages

Une nuit à Rome

romeJim est un auteur complet qui écrit sur des thèmes intimistes et contemporains. Quand il ne dessine pas il scénarise pour d'autres. Les relations de couple, l'amitié, sont des sujets qu'il aborde de façon intelligente et moderne.

L'adultère est une de ses grandes préoccupations. Peut-être à l'approche de la quarantaine? En fait, on est toujours dans la lutte face au temps qui passe et ce qu'il fait de nous. On pourrait plagier Clémenceau et reprendre cette fameuse maxime: "celui qui n'est pas révolutionnaire à 20 ans, c'est qu'il n'a pas de coeur, celui qui l'est à 40, c'est qu'il n'a pas de tête". Jim se pose cette question au niveau des sentiments et ce que nous en faisons avec le temps.

Il se questionne sous le mode: "Et si..." Son inspiration démarre du quotidien, d'une situation vécue. Il s'en empare, grossit les traits et en fait une fiction toujours vivante.

Ainsi dans "L'nvitation", mis en image par Mermoux pour les éditions Vents d'Ouest, Jim commence par nous interroger: SI un ami vous appelle à 3h00 du matin parce qu'il est en panne. Est ce que vous l'aideriez? Que repondre à ce coup de fil? Pour qui est-on prêt à faire cet effort et pour qui ne le ferions-nous pas? Mais l'intérêt du récit de Jim et aussi que l'on en vient inévitablement à se questionner dans l'autre sens.

Et si c'est moi qui étais en panne, je pourrais compter sur qui? Intéressant, non?

Dans "Une nuit à Rome" (2 tomes de 100 pages Editions Bamboo, collection Grand Angle), Il ne s'agit ici pas même de passer un week-end comme nous y invitait Etienne Daho dans les années 80-90, mais seulement une nuit.

La question posée par Jim dans ce récit illustré par ses propres soins, est la suivante: Et si votre ex petite amie, a qui vous aviez fait une promesse il y a 20 ans vous demandait de l'honorer. Le feriez-vous?

En effet, Raphael et Marie  fêtent leur 20 ans ensemble et se font la promesse de passer la nuit de leur 40 ans ensemble à Rome. Les années passent, Raphael fête ajourd'hui ses 40 ans et voilà que Sophia lui ramène un cadeau arrivé par la poste. Il s'agit d'une cassette vidéo. Oui, vous avez bien lu...

Un objet disparu depuis longtemps de nos radars. La soirée se passe en compagnie de leurs amis. L'un d'eux, qui est aussi un voisin a pu lui retrouver un magnétoscope. Une fois tout le monde parti et son amie couchée, Raphael visionne la cassette et découvre le film réalisé avec sa copine de l'époque. Ils ont 20 ans, couchés sur un lit, ils se filment en se promettant de se retrouver à Rome pour leur 40 ans.
Le lendemain, Raphael doit partir passer le week-end chez les parents de Sophia. Que va-t-il faire? Répondre à l'appel de ses 20 ans ou poursuivre sa vie loin de cette Marie qui lui a fait tant de mal à l'époque.

Je vous laisse découvrir la suite de ce récit très humain, qui est bien mis en valeur par le dessin et les couleurs de Delphine et Jim. L'intrigue est d'autant bien menée qu'elle commence par l'apparition d'une jeune fille, en Italie, qui se jette du haut d'une falaise. Je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir tout ce qui se passe autour de cette nuit romaine où chacun retrouvera peut-être ses propres renoncements ou des souvenirs...

Le Lieu Perdu

Le lieu perdu, premier roman tendu et hypnotique de Norma Huidrobo, enferme le lecteur dans un village du nord de l'Argentine à l'époque de la dictature.

Villa del Carmen a toujours été de ces bourgades pauvres du nord de l'Argentine que ses habitants désertent pour aller trouver du travail à Buenos Aires. Au milieu des années 70, Marita se sent bien seule de son âge dans les petites rues poussiéreuses et brûlante de son village. Elle n'a pas trente ans, tient une petite auberge où quelques habitués viennent se rafraîchir et elle échange une correspondance régulière avec Matilde, sa meilleure amie, partie quelques années plus tôt tenter sa chance dans la capitale.

Mais en ces temps troublés de dictature, l'arrivée de Ferroni, un homme à la solde des militaires, et sa quête de renseignements sur Matilde fait planer sur Villa del Carmen et sur Marita une menace sourde, plus étouffante encore que la chaleur accablante et la poussière épaisse. Sa seule piste : une lettre de Marita retrouvée chez Matilde qui s'avère être la compagne d'un "élément subversif". Ferroni a en tête de récupérer la correspondance reçue par Marita en espérant y trouver des éléments lui permettant de retrouver la piste du couple en fuite. Marita refuse. Jour après jour, la tension monte...

Premier roman d'une auteure plus familière de la littérature jeunesse, Le lieu perdu plonge d'emblée le lecteur dans une atmosphère languide et oppressante, huis-clos à ciel ouvert mettant aux prises quelques femmes déterminées et un tortionnaire bien décidé à mener à bien sa mission.

Si l'issue fatale de ce duel au soleil semble inéluctable dès les premières pages, les personnages sont beaucoup moins monolithiques qu'il n'y paraît au premier abord. La vie et les rencontres de Matilde à Buenos Aires, l'absence de vie sentimentale de Marita à Villa del Carmen, la chaleur et l'ennui qui font remonter à la surface les souvenirs enfouis de Ferroni, la détermination farouche de la vieille Natividad… sont autant d'éléments "perturbateurs" qui contribuent à l'intensité du drame qui se joue sous nos yeux.

Le lieu perdu, remarqué par les plus grands auteurs latino-américains, a reçu le prix Clarin en 2007.

218 pages - Liana Levi

Joël Fompérie

Du goudron et des plumes

Comme Riad Sattouf ou Joann Sfarr, Pascal Rabaté est d'abord un dessinateur. Il a un style. Il a une plume. Il a de l'humour. Son premier essai au cinéma, Les Petits Ruisseaux, est une adaptation d'une de ses oeuvres. Parce que le cinéma est un art différent, on lui excusait ses maladresses.

Le scepticisme est de rigueur pour son second film, Du goudron et des Plumes. Il ne mérite pas cette punition mais Pascal Rabaté a du mal à échapper aux conventions de la comédie sociale et humaniste. Alors, on aimera son casting soigné avec le trop rare Sami Bouajila et la trop séduisante Isabelle Carré.

On appréciera sa vision drôle et un peu excentrique de la famille. Mais on a bien du mal avec une production un peu légère et une réalisation assez platounette. Le film aurait pu être un téléfilm régional. Le coté champêtre a des bons cotés mais tout est un peu lâche, mal maîtrisé, comme si tout le monde était en vacances du coté de Montauban!

Pourtant on devine la passion des petites gens de la part de Rabaté. L'humanisme est réel mais il est moins convaincant que sur le papier. Le changement de support est vraiment dur pour le dessinateur. L'histoire est beaucoup trop sage ou prévisible. La torpeur peut mener à l'ennui...

Avec Sami Bouajila, Isabelle Carré, Daniel Prevost et Zinedine Soualem - Ad Vitam - 9 juillet 2014 - 1h30

High Flying Birds

Depuis "Morning Glory", on l'attendait ! Oasis sort enfin son meilleur album ! Oups... c'est Noel qui l'a fait !

Oasis n'existe plus. Les deux frangins, Noel et Liam Gallagher, ont fini par se mettre sur la gueule, à quelques minutes d'un concert à Paris. Depuis, ils se haïssent comme ils détestaient ensemble Blur, à la grande époque où les deux groupes se prenaient pour les Beatles et les Rolling Stones !

A vrai dire, on s'en moquait un peu. Depuis "Standing on the shoulder of giants", Oasis gérait paresseusement son style, sa gouaille et son talent. Noel n'était plus le maître à bord. Les autres musiciens (interchangeables) voulaient participer. Le clash des egos était inévitable.

Après la fin du groupe, Liam et ses copains ont réalisé un disque sans conséquence sous le nom de Beady Eye. Noel, lui, tout seul comme un grand, déboule avec un disque sans fioriture, ressemblant à son entêtement et sa personnalité. On avait oublié que le lads de Manchester avait un sens de l'écriture spectaculaire !

Ce premier disque pourrait être le successeur de l'album "Morning Glory". On se doutait bien qu'il avait quelques démos de ces années là mais Noel Gallagher n'est pas un arriviste. Son disque est riche en mélodies imparables.

Il n'en fait pas des caisses (à la différence de son roi de la provoc' de frangin). Il se concentre sur sa musique sans se mettre en avant. La voix est posée. Paisible. Apaisée. Pas d'effort pour bander les muscles. Noel Gallagher connait ses limites et ses points forts. Il les maîtrise complètement.

Tête de mule de renommée mondiale, il ressort ses vieux trucs, mais ils fonctionnent encore, vingt ans plus tard. Seul, il profite d'une production soignée. C'est dans les détails que l'on retrouve le charme particulier d'une chanson d'Oas... de Noel Gallagher!

Quelques rythmes échappés de Madchester, un piano mal réglé, une guitare discrète (chose rare chez les Gallagher), des cuivres heureux, Gallagher a l'art d'utiliser un petit accessoire qui fera toute la différence.

Ceux qui ont connu les années fastes d'Oasis seront ravis. Les autres seront étonnés de découvrir le rock typically british d'un héros fatigué mais pas du tout résigné.

Un heureux retour !

Sour mash - 2011

Black Coal

Bizarrement, Ridley Scott pourrait être la référence de Black Coal, humble production chinoise. Des délires futuristes de l'auteur de Blade Runner, on retrouve cette ambiance urbaine et poisseuse. L'homme est écrasé par un décor massif, sombre, flippant ou les seules lumières sont artificielles.

L'inspecteur Zhang semble touché par cet environnement déprimant. En 1999, il enquête sur un meurtre ignoble dans un ville minière, balayé par la neige. Traumatisé par la mort de ses collègues durant l'opération, Zhang quitte la police pour devenir une ombre de la cité ouvrière. Cinq ans plus tard, de nouveaux meurtres similaires inquiètent la police qui fait appel de nouveau à Zhang. Les révélations vont toucher l'ex policier...

Black Coal nous plonge dans un quotidien affreux, sale et méchant. Yinan Diao, l'auteur du film, filme tout cela avec une virtuosité qui se confond avec de l'intelligence. Sans grand moyen, le réalisateur transcende son décor glauque pour le transformer en labyrinthe métaphysique. Les plans séquences, le découpage ou les ellipses servent cette prise de hauteur. Il fait du Ridley Scott avec le prix du fauteuil de tournage du réalisateur anglais.

Le film social, le polar froid et le drame amoureux se mélangent habilement. Il y a bien quelques longueurs dans le développement des personnages mais l'air de rien, avec une simplicité déconcertante, le film prend la tangente et se révèle subversif et imprévisible.

Bien entendu il est question de condition humaine, son abusrdité,  mais le réalisateur cherche aussi à faire du cinéma, à défendre l'humanité par une vision désespérée, naturaliste mais esthétique malgré tout. C'est beau, envoutant, un peu trop défaitiste mais rares sont les polars avec une telle profondeur.

Avec Lun Mei Gwei, Fan Liao, Xue Bing Wang et Jing Chun Wang - Memento - 11 juin 2014 - 1h46

Quelle est la jolie nana dans le clip d’Aerosmith?

Via Sophiatown

viaParis installe son quartier d’été en Afrique du Sud pour un spectacle de danse euphorisant! (suite…)

Le cercle des illusionnistes d’Alexis Michalik

cercleEntrez dans un monde d’inventeurs, de magiciens, d’horlogers et surtout de rêveurs. (suite…)

Strangefolk

C’était à l’époque où Oasis et Blur se faisaient la guerre. C’était au moment où Pulp faisait la paix ! C’était dans les années 90 et Kula Shaker semblait provenir des années 60. Ce décalage conserve aujourd’hui toute sa saveur !

Crispian Mills est un peu le Austin Powers de la pop anglaise. Ce type là est un anachronisme. Un musicien tombé dans une faille temporelle et qui n’arrive pas à en ressortir. Personne ne s’en plaindra : son groupe, Kula Shaker est un des meilleurs souvenirs des années si prisées des années 90.

En deux albums, Kula Shaker rappelaient toutes les vertus du psychédélisme dans la pop britannique. Entre métaphysique fumeuse et riffs périlleux, le groupe possédait un charme réel et un talent pour faire remuer sur des hits de trois minutes trente.

Deux albums puis le silence ! Mills n’a jamais disparu entre Pi et surtout The Jeevas, version plus rock de Kula Shaker. Et en 2007, revoilà le groupe. En pleine forme et aux petits soins pour soigner nos oreilles.

Huit années après Peasants, pigs & astronauts, le groupe revient avec son barnum habituel et si plaisant. Crispian Mills déverse ses tonnes de délires psychédéliques. Il s’en prend gentiment au monde qui l’entoure (l’enlevé "Great dictator of the free world"). Il mélange le bouddhisme et la chrétienté dans des paroles pleine d’utopie.

C’est caricatural mais d’une sincérité absolue. Le disque enchaîne les morceaux avec une envie certaine. De tous les retours, celui-ci a le mérite d’être contrôlé. En cinquante minutes, Kula Shaker ne fait pas dans l’emphase. Mills et ses amis se limitent à ce qu’ils savent faire : du psychédélisme sacrément rythmé !

Strangefolk rend alerte et joyeux. Fabriqué avec de l’adn de George Harrison, le disque monte ses titres sur des thèmes célestes, des guitares hirsutes, une voix exaltée et des cuivres toujours remuants. Ce disque est une machine à remonter dans le temps. Le voyage ne propose pas de grandes nouveautés mais sait nous faire aimer les plaisirs simples des chimères très 60’s.

 

fnac import - 2007

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