Les Plizzlys, Jérémie Moreau, Éditions Delcourt

Il faut d’abord s’habituer au dessin un peu schématique de Jérémie Moreau. Un graphisme étrange qui est sérieusement compensé par des magnifiques couleurs. Pour faire comprendre le malaise de Nathan, prisonnier d’un destin tragique puis de Paris et sa banlieue.

Le jeune homme doit s’occuper de sa sœur et de son frère depuis la disparition de leur mère. Il a abandonné ses études pour faire le chauffeur uber sans arrêt. Les nuits sans sommeil lui donnent l’impression de perdre pied.

Un jour, il fait monter dans sa voiture, Annie, vieille dame qui s’apprête à rentrer en Alaska, son pays d’origine. Ils ont un accident. Il loge Annie dans son appartement pour la dépanner le temps de prendre son vol. Elle rencontre les deux autres enfants : elle propose à la fratrie de venir avec elle en Alaska, dans une cabane isolée, dans un trou paumé où il n’y a pas de wifi et même de l’électricité.

Le cauchemar pour ces jeunes personnes intoxiquées par Paris! Bien entendu, le temps fera son œuvre. Les trois vont apprendre à revivre. Ils déconnectent. Mais jusqu'où ?

La contrée est sauvage et surprend même Annie qui ne reconnaît pas le pays de son enfance. La pollution et le réchauffement sont passés par là. Le village s’est vidé. L’alcool fait des ravages sur les tribus du coin. Tout cela pourrait être d’une tristesse inouïe: chacun trouvera sa place.

Le dessin est spécial ou très épuré. Il nous invite à une infinie tendresse et une magnifique bienveillance que reflètent les couleurs de ce roman graphique. C’est d’abord intrigant. On devine bien le discours sur la nature et l’enfer de nos vies modernes. Mais on se fait totalement avoir.

Les personnages sont touchants et la forêt cache bien des secrets, de plus en plus captivants. Les Pizzlys sont un secret qui fait du bien à notre cœur… et nos yeux. Une invitation au voyage qui ne se refuse pas.

Éditions Delcourt collection Mirages - 200 pages   

Bad Bunny, Rosalia, <strong>The Weekend</strong>

Bon je suis officiellement un vieux con. J’ai du mal à m’intéresser au son mainstream trop synthétique et utilisé. L’autotune m’emmerde. Les petits rappeurs ont des pieds de plombs. La chanson française ne se renouvelle jamais. Si vous regardez les programmations des gros festivals ou des grandes salles parisiennes… eh bien, je ne connais plus personne.

Heureusement au boulot, je bosse avec des jeunes. Donc je les interroge sur leurs goûts et voilà les trois noms qui reviennent le plus. Et me voilà dans une contrée sauvage: les héros d’une génération qui se marre devant un CD en se demandant ce que c’est !

Je pars donc pour l’Amérique latine. Il a un look de minet de banlieue nonchalant. Superstar venue de Porto Rico, Bad Bunny vient d’un milieu modeste. Il a des lunettes fumées et des cheveux gominés. Il met en exergue sa virilité et la masculinité mais se reprend souvent avec son petit cœur qui saigne. En gros le type est une tête à claques du reggaeton.

Mais son quatrième album cartonne et on se déhanche langoureusement sur ses hits ! C’est même la danse du ventre devant le chanteur. Il est encensé par la presse. Il s’est passé quoi?

Son album pourrait ressembler à une grosse soirée en 2022. Il y a un fond de dépression et une envie d’échapper au réel après tout ce qu’on a vécu tous ensemble. Il y a du rythme et du lâcher prise. Il y a de la modernité (David Guetta se fait dépasser largement) et une envie de fête plus traditionnelle (les sons latinos bien chauds).

Bizarrement, il faut l’avouer, Bad Bunny réussit à créer des passerelles entre les époques et les styles. C’est bourré de vilains tics mais effectivement c’est la bande originale de la teuf épique, ringarde et salvatrice en même temps.

Beaucoup plus osé est le disque de l’Espagnole Rosalia. La chanteuse a commencé par du flamenco très sensible puis les lumières du succès scintillent dans des albums beaucoup plus contemporains. Elle semble avoir de l’ambition et met toutes ses forces dans ce massif Motomami.

Là encore, la fusion des genres impressionne. On devine l’ambition monstrueuse de la jeune femme mais elle glisse parfois vers de l’expérimentation qui une fois de plus a amené la presse à l’admirer. Serait elle la Bjork ibérique?

Franchement non. Elle ose certainement une production ultra moderne. Elle confond les styles sans être brouillonne. Son arrivisme est d’une rare habileté. Elle coche toutes les cases pour plaire au plus grand nombre. Elle dit admirer Basquiat mais aussi Daddy Yankee. Bref, elle fait le grand écart sur la pop culture avec une aisance déconcertante et il est tout à fait normal que le succès soit au rendez-vous.

Lui, le succès reste un vain mot pour expliquer sa notoriété sur tout le globe. Il va remplir le stade de france cet été deux soirs de suite. Tout ce qu’il fait se transforme en or: on lui souhaite tout sauf un destin à la Kanye West mais The Weekend est sur cette fine arête difficile à traverser entre la gloire et la décadence, entre le génie et la folie.

Le Canadien serait le pendant masculin de Beyoncé. Il semble inattaquable avec sa pop qui elle aussi absorbe toutes les tendances. C’est finalement le secret de tous ses artistes qui font hurler de joie la génération z et quelques vieux : ils rebondissent sur des bases connues et s'aventurent vers des sons plus récents.

Sur son cinquième album, il apparaît comme un vieux schnock mais c’est pour mieux signaler qu’il a une connaissance sur la soul et le R&B qui fait de lui, un vieux sage désormais. Il rigolait bien dans ses apparitions de la gloire et du succès, son album tournicote toujours autour d’une douce ironie, imaginant une bande FM assez eighties et fichtrement efficace (j’ai perdu un gage il faut que je passe le mot fichtrement dans un texte).

Ça pourrait être chanté par un autre. On pense beaucoup à Michael Jackson. L’artiste Canadien est désormais une énorme star et assume. Il y a donc du recyclage et des beats. Il y a des sons pour danser et d’autres pour intéresser les critiques. Le gars sait y faire. On ne s’étonne pas qu’il plaise à tant de personnes. En attendant, je crois que je vais continuer à jouer les vieux cons, moi. Je n’ai plus le bassin aussi solide pour supporter ces rythmes endiablés ! 

La traversée de Bondoufle, Jean Rolin, P.O.L

C’est normalement le paysage des polars et des séries B qui manquent un peu d’imagination : un parking de zone d’activités, sous un pont d’autoroute ou une déchetterie. On y imagine l’ennui sordide, le bitume violent et l’absurdité du monde moderne.

C’est ce que suggère, mais pas que, l’écrivain Jean Rolin, qui se promène encore après son livre Le Pont de Bezons. Ici, il suit un étrange parcours entre la campagne et la ville. Il suit avec précision une carte qui l’emmène dans des endroits isolés de toute façon.

Des lieux vraiment étranges qui forment une frontière. Il y croise des personnages tout aussi bizarres, entre lassitude et colère. Car nous sommes où exactement ?

La Traversée de Bondoufle pousse l’écrivain à glisser sur une ligne imaginaire, entre le moderne et l’ancien, entre le prétentieux et le désœuvré. Il y a des bâtiments modernes mais surtout des villages qui meurent et des immeubles, des parcs et des cités abandonnées.

C’est la France que l’on voit depuis nos voitures, quand on se dit que l’on est désormais à la campagne. Que fait l’auteur dans cette zone de quasi non existence ? On ne sait pas trop. C’est presque absurde. Il s’obstine à tout noter et cela rend la balade encore plus iconoclaste ou existentielle !

On ne connaît pas le but final de la randonnée mais on se plait bien à visiter des lieux inconnus ou saugrenus. Ou les deux. C’est baroque ou loufoque. Mais ça donne des fourmis dans les jambes et l’envie de découvrir par soi même son pays. C’est déjà ça.

paru en août 2022
208 pages / 19€
P.O.L éditeur

The Banshees of Inisherin, Martin McDonagh, 20th Century Fox

Colm aime la musique. Padraic apprécie les pintes. Sur leur île irlandaise, leur amitié suffisait à tuer l'ennui. Mais un beau jou, Colm, plus âgé et réservé, ne veut plus parler à son voisin !

C'en est fini des visites quotidiennes au pub. Adieu les promenades avec le poney de l'un et le chien de l'autre. Terminées les discussions sur le crottin ! Colm observe de son territoire isolé la guerre civile qui ravage l'autre rive et se dit que le temps passe trop vite.

Il se passionne pour son violon, cherche a écrire une chanson et invite des étudiants à jouer avec lui. Ce qui provoque le désarroi et la colère du pauvre Padraic.

Abandonné, consolé par une sœur ambitieuse, l'agriculteur vit une véritable peine de cœur.L'amitié est brisée et il ne sait pas quoi faire de ce trop plein d'émotions.

Scrutés par quelques habitants plus ou moins bienveillants, les deux hommes seront la grande attraction de la communauté. Jusqu'au drame?

C est la grande question : Martin McDonagh, brillant cinéaste, poussera-t-il ses deux personnages vers une falaise fatale ou un affrontement désespéré entre deux façons de voir l'existence ?

Les oppositions de visions du Monde ont fait l'originalité de Bons Baisers de Bruges et Three Billboards, les précédentes réalisations de Martin McDonagh. Il pousse l'idée un peu plus loin : sur une île perdue et froide, tout est appelé au dépouillement. Le film devient une étrange fable sur l'amitié et le temps qui l'use.

D'une beauté rugueuse, le film dépeint simplement une humanité en souffrance. C'est parfois drôle avec un Colin Farrell qui prouve qu'il peut être une excellent comédien. C'est aussi tragique avec le regard triste de Brendan Gleeson, masse fatiguée qui rêve de vivre enfin sa vie.

Les deux acteurs sont accompagnés par d'autres comédiens excellents. En 1920, les drames humains sont les mêmes et l'universalité a peut-être quelque chose a voir avec la désespérance. C'est un théâtre en plein air et le metteur en scène joue habilement avec le rire et les larmes.

Un peu austère et quasi ésotérique, ce film a une sorte d'intransigeance que l'on connaît peu au cinéma. Une chose est sûre : le grand air du large vous fera un bien fou. 

Au cinéma le 28 décembre 2022
avec Brendan Gleeson, Colin Farrell et Kerry Condon -
20th Century Fox - 1h50

Le parfum vert, Nicolas Pariser, Diaphana

Deux acteurs en roue libre s' amusent dans une intrigue libre de tout réalisme ! Du grand n'importe quoi qui fait pourtant du bien !

C'est un film inspiré par la bande dessinée ! Le méchant de l'histoire collectionne des planches en noir et blanc de vieilles bédés belges ! Plusieurs fois, le duo mis en scène pourrait rappeler les détectives que sont Spirou et Fantasio.

Les héros ont en effet une fausse candeur et aucun problème pour voyager d'un pays à un autre alors qu'ils sont au cœur d'un complot international avec espions troubles, policiers belges qui ressemblent aux Dupont et Dupond et assassins mutiques en prime !

Mais sur les deux héros, tout glisse ! Martin, pensionnaire de la Comédie Française voit l'un de ses camarades mourir sur scène. Il recueille ses derniers mots : il lui parle du parfum vert. Aussitôt le jeune homme se retrouve dans une étrange affaire qu'il arrivera à résoudre avec la complicité d'une dessinatrice (tiens tiens), Claire, un peu paumée elle aussi...

Face au danger, ces deux-là préfèrent batifoler et disserter sur leurs malheurs. L' intrigue est aussi volage que ce héros est désinvolte (ce qui va très bien à Vincent Lacoste). Avec Sandrine Kiberlain, ils semblent prendre un malin plaisir à sortir le récit de tout réalisme ou efficacité ! C' est de la comédie verbeuse, un peu tête à claques!

Comme dans une bonne bédé, on trouvera beaucoup d'esprit à tout cela. Comme son précédent film, Alice et le Maire, ce que veut Nicolas Pariser c'est trouver un peu d' humanité dans les stéréotypes qui régissent nos existences. Comme Hitchcock ou Hergé, il se sert de la fiction pour raconter son époque mais en conservant une fantaisie vieillotte qui correspond à d'anciennes références !

Cela donne un ton extrêmement décalé qui rappelle un peu la liberté d' un Pascal Thomas. Parfois c' est aussi un peu lâche. Les deux stars pourraient s'amuser sans nous mais si on adhère à leur bonne humeur, ce film se révèle une comédie de digestion... léger et parfait après les copieuses fêtes de fin d'année !

Au cinéma le 21 décembre 2022
Avec Sandrine Kiberlain, Vincent Lacoste, Léonie Simaga et Thomas Chabrol
Diaphana - 1h40

Première personne du singulier, Confessions passagères, Haruki Murakami, 10/18

On ne présente plus Haruki Mirakami, sans doute l’un des plus grands romancier japonais contemporain. Une bonne trentaine de romans traduits pour notre plus grand bonheur.

Ce dernier opus, un recueil de huit nouvelles d’abords parues dans différentes revues, ne fait pas exception à la règle, c’est un petit bijou.

On découvre, ou pas, cette incroyable capacité à conter des histoires à partir d’un rien, d’un évènement anodin, de ceux que nous traversons tous les jours.

C’est le résultat d’une combinaison enchanteresse : la culture japonaise, et l’imagination de l’auteur.

Une lettre, un souvenir, une rencontre, et nous voilà partis au travers des méandres de ses réflexions, de son analyse, de ses débordements fantasques.

Puis il y a l’autre côté, le plus fabuleux sans doute, la promenade de l’inimaginable, de l’improbable, de la magie suggestive. Toujours sur le fil du rasoir de la réalité, l’auteur nous embarque dans d’invraisemblables histoires, tantôt plausibles, d’autres fois abracadabrantes.

Et le plus fort, c’est qu’il n’y va pas seul, pour nous raconter ensuite. Non, il nous tire par la main. Comme témoin, on le suit, on l’écoute, on sent, on touche, et l'on en viendrait presque à douter de nos raisons, à le croire sans réserve, sur parole.

L’aura et le succès de Murakami  pourraient le rendre orgueilleux, un poil prétentieux, comme il se traduit parfois chez certains écrivains productifs. Il n’en est rien, l’homme est, et demeure, humble, s’excusant souvent de ne pas savoir, ou de douter.

Tactiques de romanciers pour certain, profonde nature pour d’autres, j’adhère sans réserve au deuxième groupe.

Parution en poche le 05 janvier 2023
chez 10/18

Traduction (Japon) Hélène Morita
192 pages / 7,10€

Georges le Dragon, Compagnie Les Nomadesques, Ranelagh

L’irrésistible livre de Geoffroy de Pennart par la Compagnie Les Nomadesques sur la scène du charmant Théâtre du Ranelagh, un savoureux moment à partager en famille.

Prenez une gentille princesse, maîtresse d'école. Mettez à ses côtés un vieux dragon ami de toujours. Et faites entrer au milieu de ce duo, un chevalier un peu gauche mais bien décidé à conquérir le cœur de sa dulcinée en robe meringue rose. Forcément, on a beau être dragon, on n’évite pas la jalousie. Rien que d’imaginer sa princesse Marie roucouler avec le chevalier, ça le rend grognon, le dragon.

Alors voilà. L’ami de toujours de la princesse va inventer un stratagème pour envoyer le preux chevalier à l’autre bout du royaume de Boum Boum Tralala. Au galop entre nos rangs de sièges, il part récolter des plantes médicinales pour concocter de l’arnica. D’aventure en aventure, gare aux attaques de bestioles sur le chemin!

Entre jeux de mots et autres calembours, dans un rythme cadencé de musiques de Joe Dassin, on rit et on s’amuse. La compagnie réussit toujours à incarner des personnages décalés auxquels s’identifier. L’univers de Geoffroy de Pennart, auteur jeunesse chouchou des petits et de leurs parents lecteurs, leur va à merveille.

Les quatre comédiens tirent le trait de notre humanité dans des costumes géniaux. Ils crieraient juste un peu moins, qu’on serait davantage charmés. Mais les enfants survoltés se mettent au diapason de leurs enviables énergie et créativité. A voir!

Jusqu'au 04 mars 2023
Le samedi à 16h30

Compagnie Les Nomadesques
Théâtre Le Ranelagh, Paris XVI

Adaptation : Karine Tabet
Mise en scène : Vincent Caire
Avec en alternance : Vincent Caire, Damien Coden, Gaël Colin, Alexandre Tourneur, Cyprien Pertzing, Karine Tabet, Claire Couture
Lumière Valentin Tosani; Décor Nicolas Cassonet; Costumes et Marionnettes Les Dés Cousus
En partenariat avec l’École des Loisirs

La buche dans la tronche ! Riot City, Megadeth, Nova Twins

On jette les grelots. On vomit le hit hivernal de Mariah Carey. On fuit les compilations de vieux crooners. On évite soigneusement les disques de Noël sortis par des chanteurs qui n’ont plus grand chose à dire…

On remplace cela par du gros chevelu qui a les bras tatoués. On affûte les guitares qui se font des rails de coke. On se prépare à pogoter un peu partout autour de la table festive avec les oncles racistes et les tantes qui sentent la naphtaline.

Cette année, les petits enfants de cœur ont des blousons en cuir, des écussons de leurs groupes préférés, des pantalons trop serrés et des cheveux gras. Ils ont la délicatesse d’un père Noël bourré à l’aquavit et ils arrivent à faire des albums assez réjouissants, qu’il ne faut jeter dans la cheminée.

C’est le cas par exemple de Electric Elite, un vrai disque de heavy metal à l’ancienne. Il suffit d’observer la pochette pour savoir que l’on va remonter le temps avec les Canadiens électriques de Riot City

Les références sont faciles à retrouver: Iron Maiden ou Judas Priest. La voix est hurlante et sentencieuse. Elle monte à se faire exploser le vibrato. Elle concurrence comme elle peut l’orgie de guitares.

A ce niveau, c’est la grosse débauche d’énergie. Les musiciens connaissent leurs classiques et les adaptent avec une fervente énergie. C’est un récital du heavy metal. Ce n’est pas pour autant de la parodie. Les musiciens sont en mission et cela se ressent. C’est touchant car ça peut paraitre kitsch mais ces nouveaux gardiens du temple on la foi! En période de Noël rien de plus normal que les saluer!

A Noël, on a le droit aussi de croire en la résurrection: on ne s’attendait pas à un si bel effort d’un vieux groupe comme Megadeth. Pour les novices, un résumé s’impose: Dave Mustaine, guitariste, se fait virer  en 1983 d’un petit groupe de metal californien, Metallica. Revanchard, il fonde Megadeth et fait la course après le succès avec un certain panache.

Mais après avoir rivalisé avec Metallica, et tout un tas de problèmes d’alcools, de neuropathie et de drogues, on avait un peu oublié ce mastodonte du genre. Qui se refait une belle santé après le covid.

Leur nouvel album au titre charmant, The sick, the dying and the dead est donc un bon disque énervé avec de gros morceaux de barbaques, des glissades trash des guitares, un Ice T qui vient faire coucou, de la batterie assassinée par un batteur surexcité par les malheurs du monde chanté par un Dave Mustraine qu’on imaginait diminué par la maladie. Il n’en est rien. 

Ça ne tremble pas une seule seconde. Ça exécute sans aucune retenue des cavalcades électriques. On devine même des nuances. C’est dire si Megadeth n’est pas un pouilleux cadavre: il y a de la vie là dedans et c’est franchement réussi… si on accepte les règles du genre, bien entendu.

Mais Noël est aussi une fête pour les enfants et on appréciera les jeunes pousses de Nova Twins, enfants de Rage against the Machine et de la pop music anglaise. Deux demoiselles de Londres se sont donc mises en tête de rivaliser avec les velus et les poilus du rock qui se joue en force.

Elles cassent donc les barrières entre les genres. Leur style est aussi furieux qu'abordable. Ne vous fiez pas à leur look de poupées sucrées pour consommation facile. Amy House et Georgia South sont de redoutables musiciennes. 

Effectivement, plus d’une fois on pense à Tom Morello, le guitariste de Rage. Comme lui, la guitare aspire les influences pour sortir quelque chose de vraiment nouveau et pas forcément confortable. Et les paroles sont bel et bien politiques.

Punk, métal, pop et hip hop se confondent et se répondent. C’est assez spectaculaire comme alliage et il est parfaitement défendu par les deux amazones, véritables petites stars de la bidouille!

Pour Noël, la buche vous allez en prendre une en pleine poire et puis vous verrez ça vous fera finalement bien rigoler.

Pinocchio, Thomas Bellorini, Montansier

Ici, on est au théâtre. On va faire marcher son imaginaire à fond ! Le Pinocchio proposé par Thomas Bellorini est une petite merveille à ne louper sous aucun prétexte.

Des tourets de câbles et des barils métalliques pour l'ambiance industrielle. Une échelle de corde et un trapèze qui descendent du ciel pour l'inspiration circassienne. Le décor est minimaliste mais le metteur en scène, Thomas Bellorini, n'a pas besoin de plus pour nous emporter dans une aventure extraordinaire. Du cordage et quelques bulles de savon suffisent à nous faire entrer dans le ventre de la baleine.

L'entrée en matière est musicale : une guitare basse, un piano et un accordéon. C'est doux. C'est beau. Puis, "Il y avait une fois..." arrive le conteur. Car ce Pinocchio est un conte, avec un narrateur qui ne quitte jamais la scène (quelle performance d'acteur!), qui donne voix à quasiment tous les personnages, y compris parfois Pinocchio qui-même. Cette histoire magnifique qui semble a priori prôner les vertus de l'obéissance pour les enfants mais qui, en filigrane, leur dit qu'il faut faire sa propre expérience pour devenir un Homme. Un conte qui, surtout, parle de l'amour incommensurable d'un père pour son fils.

Le traitement de l'histoire, la qualité de la scénographie, de la mise en scène, de l'interprétation m'ont ému presque aux larmes tellement le charme opère. C'est tellement émouvant quand Pinocchio fait ses premiers pas, pantin chancelant dont l'équilibre ne tient qu'à un fil (au sens propre, car Pinocchio est incarné par une trapéziste qui épatera même les plus blasés !)

" J'ai adoré la trapéziste !" (Norma, 9 ans)
"D'habitude, j'aime pas le théâtre, mais là c'était vraiment bien" m'a confié Abel (9 ans), en sortant de la représentation.

Les enfants sont emportés par le spectacle. Ils sont émerveillés par la neige qui surgit sur scène ; "C'est de la vraie ?" demande une petite fille à sa maman. Ils veulent tous renvoyer les ballons qui sont lancés dans la salle. Les gags fonctionnent, les rires fusent à l'unisson. C'est un très beau moment de vie et de théâtre. C'est magique.

Spectacle vu le 17 décembre 2022 au Théâtre Montansier Versailles
A partir de 5 ans
d’après le conte de Carlo Collodi
adaptation, musique et mise en scène Thomas Bellorini, Compagnie Gabbiano
lumières Jean-Philippe Morin, costumes Jean-Philippe Thomann, illustrations & animations Laure Laferrerie
avec François Pérache, Adrien Noblet ou Samy Azzabi, Zsuzsanna Varkonyi, Brenda Clark, Céline Ottria, Jo Zeugma ou Edouard Demanche
production Compagnie Gabbiano

Walter Richard Sickert, Peindre et transgresser, Petit Palais

Tour à tour suiveur et précurseur, Walter Richard Sickert (1860-1942) ne se laisse pas facilement résumer ! Le Petit Palais nous donne l'occasion de découvrir ce peintre étonnant jusqu'au 29 janvier 2023. Foncez-y !

Dans cette exposition, les œuvres sont présentées dans un ordre chronologique, tout simplement. La scénographie - signée Cécile Degos - est très soignée et belle. Les salles sont assez grandes pour qu'on puisse regarder les œuvres sans se bousculer, et les couleurs des murs créent une ambiance cosy très agréable. Je regrette juste que de la musique soit diffusée dans la salle consacrée à la période music-hall ; de mon point de vue, cela n'apporte rien et, au contraire, "pollue" la concentration.

Sickert tire parfois le diable par la queue financièrement, surtout lorsque sa femme - qui l'entretenait - décide de le quitter après avoir découvert son énième infidélité. Il se lance alors dans une peinture qu'il souhaite rémunératrice, se mettant dans la roue de Monet, Pissaro ou de Bonnard. Pour tenter de séduire une clientèle aisée, il se fait portraitiste et peint des lieux de villégiatures bourgeois. Les vues de Venise ou de Dieppe sont belles, certaines saisissantes d'intensité et de contraste dans les couleurs.

Cette période qu'on peut juger aujourd'hui relativement conventionnelle n'est pas du tout dénuée d'intérêt. Par exemple, quelle beauté et quelle force dans la toile "Rehearsal, The End of the Act. The Acting Manager." !

Après cette période d'apprentissage où il s'inspire notamment des impressionnistes, Docteur Jekyll-Sickert laisse place à Mister Sickert-Hyde, un homme fasciné par le théâtre, le cirque et les bas-fonds. Le peintre se fait avant-gardiste. Il signe une étonnante série sur les prostituées restituant la chair crument, sans recourir au prétexte des sujets mythologiques ni verser dans l'érotisme. Ces peintures inspireront Lucian Freud, l'un des plus grands peintres figuratifs du XXème siècle, excusez du peu.

Grinçant, Sickert peint aussi des scènes de la vie populaire et quotidienne, restituant sans filtre l'ennui conjugal. Ancien comédien, Sickert s'intéresse au théâtre et au music-hall. Par la singularité de ses sujets et de leur traitement, Sickert est résolument anticonformiste et moderne ; il est donc bien plus qu'un peintre de station balnéaire !

Enfin, dans la dernière partie de sa vie, dans sa période "Transposition", le peintre trouve "le meilleur moyen du monde de faire un tableau" en développant le procédé de la lanterne de projection. Concrètement, il projette des images d'actualité sur un toile et les peint. Il est alors précurseur d'Andy Warhol et préfigure carrément le Pop-art.

De l'impressionnisme au pop-art, on comprend en suivant les influences de Richard Sickert (qu'elles soient subies ou exercées) à quel point ce peintre était ancré dans le XXème siècle. Une belle découverte.

Jusqu'au 29 janvier 2023
Petit Palais, Paris VIII
Plein tarif : 15 euros
Tarif réduit : 13 euros
Gratuit : - 18 ans

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