Du bonheur de donner – Bertolt Brecht- Ariane Ascaride – David Venitucci – Théâtre du Lucernaire

Brecht tout simplement.

Bertolt Brecht est souvent mis en avant comme un grand théoricien du théâtre épique, le penseur de l’anti-aristotélisme, de la distanciation, ou comme le célèbre auteur d’en ensemble de pièces, la Résistible ascension d’Arturo Ui, L’opéra de Quat’sous, la Vie de Galilée. Sa production littéraire va bien au-delà : textes en prose, écrits politiques, poésie. C’est sur cette mosaïque de textes qu’Ariane Ascaride, accompagnée par l’accordéoniste David Venitucci, a choisi de s’appuyer pour mettre en lumière le Brecht poète résolument humaniste.

Tous deux sont assis sur un tabouret haut face public. Elle devant un pupitre de textes, lui devant un pupitre de partitions musicales aux accents de rêverie. L’écart et les dissonances sont recherchées plus que la simplicité des accords majeurs, phrasés de tango jazzy, musiques analogiques pour illustrer le propos. La musique originale orchestrée par David Venitucci finit d’élever des textes qui emportent la comédienne et le spectateur dans des mondes bien singuliers, touchants, humoristiques et sombres parfois.

Du bonheur de donner, traduit par Guillevic, La légende de la putain Evlyn Roe, La Médée de Looz, L’homme est bon mais le veau est meilleur, mais aussi des textes qui résonnent plus que jamais avec notre actualité comme Sur le sens du mot émigrant. Des textes qui questionnent le droit, la morale, la condition de l’homme, l’exil : A ceux qui s’occupent de morale, A ceux qui naitront après nous. Des textes qui engagent et encouragent.

Les variations de textes, de musiques, d’interprétations passant du texte lu au texte joué et chanté par une Ariane Ascaride aussi tonique qu’émouvante emmènent le spectateur dans une forme théâtrale simple mais d’une redoutable efficacité. Les mots, le jeu et les notes font mouche. Le trio Ascaride-Brecht-Venitucci sonne juste. Et on prend plaisir à découvrir autrement les écrits d’un homme d’une étonnante modernité. Une belle évasion. 

DU BONHEUR DE DONNER – Lucernaire

Le spectacle sera joué cet été à la Scala durant le Festival d’Avignon durant cet été 2023.

Accueil - David Venitucci, accordéoniste

Extrait :
A ceux qui naitront après nous

I

Vraiment, je vis en de sombre temps !
Un langage sans malice est signe
De sottise, un front lisse
D’insensibilité. Celui qui rit
N’a pas encore reçu la terrible nouvelle.

Que sont donc ces temps, où
Parler des arbres est presque un crime
Puisque c’est faire silence sur tant de forfaits !
Celui qui là-bas traverse tranquillement la rue
N’est-il donc plus accessible à ses amis
Qui sont dans la détresse ?

C’est vrai : je gagne encore de quoi vivre.
Mais croyez-moi : c’est pur hasard. Manger à ma faim,
Rien de ce que je fais ne m’en donne le droit.
Par hasard je suis épargné. (Que ma chance me quitte et je suis perdu.)

On me dit : mange, toi, et bois ! Sois heureux d’avoir ce que tu as !
Mais comment puis-je manger et boire, alors
Que j’enlève ce que je mange à l’affamé,
Que mon verre d’eau manque à celui qui meurt de soif ?
Et pourtant je mange et je bois.

J’aimerais aussi être un sage.
Dans les livres anciens il est dit ce qu’est la sagesse :
Se tenir à l’écart des querelles du monde
Et sans crainte passer son peu de temps sur terre.
Aller son chemin sans violence
Rendre le bien pour le mal
Ne pas satisfaire ses désirs mais les oublier
Est aussi tenu pour sage.
Tout cela m’est impossible :
Vraiment, je vis en de sombre temps !

II

Je vins dans les villes au temps du désordre
Quand la famine y régnait.
Je vins parmi les hommes au temps de l’émeute
Et je m’insurgeai avec eux.
Ainsi se passa le temps
Qui me fut donné sur terre.

Mon pain, je le mangeais entre les batailles,
Pour dormir je m’étendais parmi les assassins.
L’amour, je m’y adonnais sans plus d’égards
Et devant la nature j’étais sans indulgence.
Ainsi se passa le temps
Qui me fut donné sur terre.

De mon temps, les rues menaient au marécage.
Le langage me dénonçait au bourreau.
Je n’avais que peu de pouvoir. Mais celui des maîtres
Etait sans moi plus assuré, du moins je l’espérais.
Ainsi se passa le temps
Qui me fut donné sur terre.

Les forces étaient limitées. Le but
Restait dans le lointain.
Nettement visible, bien que pour moi
Presque hors d’atteinte.
Ainsi se passa le temps
Qui me fut donné sur terre.

III

Vous, qui émergerez du flot
Où nous avons sombré
Pensez
Quand vous parlez de nos faiblesses
Au sombre temps aussi
Dont vous êtes saufs.

Nous allions, changeant de pays plus souvent que de souliers,
A travers les guerres de classes, désespérés
Là où il n’y avait qu’injustice et pas de révolte.

Nous le savons :
La haine contre la bassesse, elle aussi
Tord les traits.
La colère contre l’injustice
Rend rauque la voix. Hélas, nous
Qui voulions préparer le terrain à l’amitié
Nous ne pouvions être nous-mêmes amicaux.

Mais vous, quand le temps sera venu
Où l’homme aide l’homme,
Pensez à nous
Avec indulgence.

Bertolt Brecht

Ma sœur est morte à Chicago, Naomi Hirahara, 10/18

Sur la couverture il est écrit que de grands journaux américains recommandent ce livre.

Je ne peux qu’aller dans leur sens.

Veuillez m’excuser pour l’anglicisme : ce roman est un véritable « page turner ».

Je l’ai lu d’une traite et ce pour deux raisons :
·       le récit détaillé d’une page d’histoire américaine assez peu connue (je n’en avais jamais entendu parler) ;
·       une enquête à rebondissements menée par une femme lambda que rien ne prédestinait à une telle action.

L’action se déroule dans la communauté nippo-américaine lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Nous apprenons que les membres de cette communauté qui résidaient dans certaines régions des États-Unis, notamment sur la côte Ouest, ont été dépossédés de tous leurs biens et ont été parqués dans des camps de concentration sur le sol américain.

Passé cette période en camps, parfois après plusieurs années, ces citoyens américains étaient « réinstallés » par des services de l’État, le plus souvent dans des villes bien loin de leur ville d’origine… Chicago, par exemple.

Les Ito avaient une vie plus que confortable avant la spoliation de leurs biens.

La « réinstallation » des Nippo-Américains se faisaient dans des quartiers populaires peuplés majoritairement de personnes issues de l’immigration.

C’est dans ce cadre que Rose, l’ainée des filles Ito s’est installée à Chicago après avoir quitté un camp situé dans un désert de la côte Ouest.

Très vite, Rose a organisé le rapatriement de ses parents et de sa sœur Aki à Chicago.

A leur arrivée à Chicago, pas de Rose pour les recevoir ; uniquement un ami de la famille et une mauvaise nouvelle : Rose est morte, elle se serait suicidée.

Aki, qui avait une relation fusionnelle avec Rose ne peut pas se résoudre à ce verdict.

Face à l’absence d’action de la police, Ike décide d’enquêter pour comprendre ce qui est arrivé à sa sœur.

Dès lors, Aki pérégrine dans les bas-fonds de Chicago et sa communauté nippo-américaine.

Au fil de rebondissements successifs, Aki découvrira les secrets qui tourmentaient sa sœur bien-aimée et ira bien au-delà des apparences pour déterminer comment un tel drame a-t-il pu advenir.

Ce livre est plaisant, se lit rapidement et est difficile à reposer.

La postface du livre comprend une bibliographie exhaustive sur le traitement de la communauté nippo-américaine lors de Seconde Guerre Mondiale ; l’autrice donne envie de se plonger plus avant dans les livres d’histoire relatant cette période.  

Parution le 06 octobre 2022
Pascale Haas (traduit par)
360 pages / 15,90€ (broché)

Une déchirure dans le ciel, Jeanine Cummins, 10/18

Jeanine Cummins, l'autrice de l'impeccable American Dirt, écrit le récit d'un drame qui a frappé sa famille en 1991. Voilà qui promet un bon moment de lecture !

La famille de Jeanine Cummins a été frappée de plein fouet par l'horreur, à la fin des vacances d'été 1991, quand ses deux cousines, Julie et Robin, furent violés par quatre jeunes inconnus avant d'être balancées du haut d'un pont, avec leur cousin Tom (le frère de Jeanine), dans les eaux tumultueuses du Mississippi.

"Je les ai balancés sans mollir", annonça joyeusement Richardson, quêtant du regard un geste de félicitations de la part de Gray. Celui-ci hocha la tête en souriant, puis lui donna une tape dans le dos comme s'il venait d'accomplir une sorte de rite de passage" (page 94)

J'avais été impressionné par American Dirt qui décrivait avec acuité et sensibilité le sort des migrants mexicains (bien que l'autrice ne soit pas elle-même latino, ce qui valut à l'époque de faire l'objet d'une pathétique polémique sur le thème de l'appropriation culturelle, mais passons...). Peut-être attendais-je donc trop de ce nouveau récit ?

En tout cas je n'ai pas été convaincu. Certes, l'histoire est bouleversante et les faits relatés sont insoutenables. Mais littérairement parlant, le compte n'y est pas. Jeanine Cummins se lance dans des descriptions minutieuses mais laborieuses. Ainsi, page 120 : "Elle tira sur la cordelette pendue au mur pour allumer l'ampoule électrique au dessus du reflet de son visage malheureux dans le miroir propre. Cette pièce était si grande que Tink pensait qu'il devait s'agir d'une ancienne chambre d'amis transformée en salle de bains, et que, dans une vie antérieure, la douche avait été un dressing."
Et page 129: "Ghrist et Tom empruntèrent côte à côte le long couloir en linoléum, et l'un d'entre eux appuya sur le bouton 4 du vieil ascenseur déglingué." Tant qu'elle y est, pourquoi Jeanine Cummins ne nous précise pas qui des deux a appelé l'ascenseur ? Et pourquoi ne pas en préciser la marque ?! Thyssen-Krupp ? Koné ? Otis, peut-être ?

Je m'interroge aussi sur la traduction. Est-il pertinent de traduire "I am drowning" par "Je suis en train de me noyer" (page 87) ? N'aurait-il pas été plus simple, et plus efficace, de dire tout simplement "Je me noie !" ?

A mon goût, Jeanine Cummins donne trop de détails inutiles, sans doute pour apporter de la crédibilité à son récit. Elle prétend se tenir à distance en parlant d'elle-même à la troisième personne et en se désignant par son surnom, Tink. Mais dans le même temps, elle désigne les autres protagonistes par des sobriquets familiers ("Tante Ginna", "Grand-père Art" etc). De la même manière, elle se livre à une description très américaine (c'est-à-dire aussi lyrique que mièvre...) de ses deux cousines, tout en reprochant aux médias de les présenter sous leur meilleur jour. On a en définitive l'impression que l'autrice ne sait pas si elle doit parler d'abord en tant que cousine et sœur des victimes, ou comme une narratrice objective.

On conçoit bien que les sentiments de l'autrice envers les victimes, sa proximité avec elles, puisse perturber le processus d'écriture. C'est dommage car, avec ces quatre jeunes types qui franchisent brutalement la frontière du crime, cette histoire recelait un potentiel narratif explosif !

Paru le 02 février 2023
chez 10/18

Éditions Philippe Rey
Traduit de l'anglais (américain) par Christine Auché

408 pages / 8,90 €

Heï Maï Li et ses ciseaux d’argent, Cie du Chameau, Funambule Montmartre

Un conte chinois tout en ombres et en papier, avec Sophie Piégelin et Béatrice Vincent.

Les spectacles pour enfants jouent souvent sur le côté vitaminé, comme s'il fallait pour intéresser les petits dynamiser l'action jusqu'à l'outrance. Ce n'est pas le cas du spectacle Haï Maï Li ! Ici, pas d'acteurs qui dansent chantent ou font des vannes ; tout est calme et paisible.

Un drap blanc en arc de cercle où sont projetées des ombres chinoises, une narratrice avec un carillon et un petit gong, il n'en faut pas plus pour transporter les enfants dans une lointaine province chinoise. C'est tout simple et assez poétique.

(c) Franck Harscouet

Une narratrice installée en front de scène nous raconte l'histoire de Haï Maï Li. Avec ses ciseaux d'argent et du papier, on raconte que cette jeune chinoise sait tout faire. La rumeur enfle jusqu'à parvenir aux oreilles de l'empereur, "cupide et cruel", qui lui ordonne de lui fabriquer des diamants.

Sur l'écran apparaissent des figures de papier dont certaines sont découpées en direct. Petit-à-petit apparaissent ainsi des formes que les enfants ont plaisir à reconnaître: "un escargot !", "un papillon!", "un nuage !", "un mouton !".

Ce spectacle, court et calme, conviendra aux tout-petits et pourrait même presque les endormir, si les représentations n'avaient pas lieu à 10h30 du matin !

Jusqu'au 19 mars 2023
les mercredis à 16h et les samedis et dimanches à 11h jusqu’au 19 février. A partir du 21 février, du mardi au vendredi à 10h30 et les samedis et dimanches à 11h.
Au Funambule Montmartre, Paris XVIIIème

Jeune public, de 3 à 6 ans (Durée 35 minutes)

Happy fucking Christmas chère Janet, Lucie Britsch, 10/18

Cette chronique aurait été de meilleur aloi si elle avait été publiée avant les fêtes. Il est vrai que ce roman doit être lu durant l’Avent pour en tirer tout le sel, mais… Mea culpa : je ne suis pas parvenu à lire ce livre dans les temps !

En lisant la quatrième de couverture, on salive du caractère subversif du point de départ choisi par l’autrice : Janet est triste ; cela lui convient et elle ne souhaite rien faire pour qu’il en soit autrement.

Janet ne compte surtout pas faire d’effort pour partager la joie ambiante en cette période de fêtes.

Janet est seule, misanthrope et ne se sent bien qu’en compagnie des chiens vivant au refuge (cf. la couverture du livre) où elle travaille en compagnie de deux collègues tout aussi peu socialement adaptées qu’elle.

Janet a une mère ; celle-ci estime que tout peut s’arranger en gobant des pilules et aimerait que sa fille partage cette vision.

Cette mère procède à un lobbying très important pour que sa fille médicalise sa recherche de bonheur.

Problème : Janet ne souhaite pas être heureuse !

En cette période de fêtes, la mère est rejointe par d’ingénieux marketeurs qui promeuvent la nouvelle création d’un laboratoire pharmaceutique : La pilule de Noël.

Janet se laisse convaincre par son médecin de prendre ce traitement et dès lors, passée cette grande introduction, le roman devient très long…

Trois actions par chapitre :
1- Janet va au travail ;
2- Janet rentre chez elle après le travail et glande ;
3- Janet va à la réunion de groupe de consommateurs de la pilule de Noël.

L’action du livre est très redondante et assez peu passionnante… L’auteur a-t-il souhaité que nous traversions son œuvre comme Janet traverse sa vie ?

Le livre est une critique du recours systématisé aux traitements psychotropes dans la société britannique.

La charge n’a pas eu sur moi le résultat escompté.

Si vous souhaitez être renversés par les ravages causés par les recherches de profit de l’industrie pharmaceutique, privilégiez la série DopSick sur Disney+.

Enfin, le contre-pied « anti-Noël » annoncé n’est pas vraiment développé dans le livre et était, à mon sens, traité de manière plus drôle et cynique par Micheal Crichton dans « Pas de Noël cette année".

Parution le 22 octobre 2022
chez 10/18 Littérature étrangère
Traduction (anglais britannique) : Karine Lalechère
312 pages / 8,90€

The Fabelmans, Steven Spielberg, Amblin Entertainment

Il y a peu, le vénérable Steven Spielberg s’inquiétait du sort d’Hollywood. Comme tous les vieux briscards du Nouvel Hollywood, il en avait marre des super héros en collants et surtout se méfiait de la consommation de films sur les plateformes.

Pour convaincre le public, Spielberg se met donc en tête de raconter le choc que fut le cinéma dans sa vie. Le cinéaste, que l’on devine dans chacune de ses œuvres, livre ici un film très intime, une biographie à peine voilée et d’un dévouement que l’on voit désormais qu’au cinéma et surtout pas dans un poste de télévision.

Le pouvoir du 7e art ! Les mystères de la fiction qui éclaire nos réalités. La vie dans l’art ou l’inverse. Avec The Fabelmans, il se donne totalement au spectateur et réalise sûrement l’un de ses plus beaux films. En tout cas, il s’adresse directement au cœur.

Au début se devine un classicisme peut-être gênant. Le petit garçon qui s’émeut devant Sous le plus grand chapiteau du Monde de Cecil B de Mille, a les yeux un peu trop mouillés et bleus pour nous convaincre. La description des années 50 est proprette. La famille semble parfaite avec le père ingénieur et la mère artiste. Les petits sœurs sont des pestouilles comme on en voit tant…

Puis le vernis craque au fil des ans. La passion pour le cinéma du jeune Sam va le dévorer. L’apprentissage de l’art se confond soudain avec l’existence du jeune homme. Le miroir qu’offre le cinéma n’est pas des plus glorieux. Mais tous les clichés sur l’importance de l’art dans la vie retrouvent une clarté incroyable dans ce drame familial qui ne peut pas s’empêcher de sourire.

Comme d’habitude, le réalisateur des Dents de la Mer est aidé par une partition subtile de John Williams et la lumière délicate de Janusz Kaminski. Les comédiens forment une petite troupe qui n’a pas peur d’une mise en scène qui prend son temps.

Steven Spielberg, le wonder boy d’Hollywood, défie les valeurs actuelles avec un éloge de la lenteur et de la bienveillance. Ce film résume toute sa carrière mais ne cherche pas à l’expliquer. Il continue de développer ce sentiment entre innocence et résilience sur une histoire limpide, touchante, universelle. Et pourtant c’est la sienne.

Délice rétro, introspection délicate, spectacle de cinéma (grande idée : David Lynch dans le rôle de John Ford), The Fabelmans est à voir dans une salle obscure, loin de tout, pour profiter de ces confidences cinématographiques !

Sortie le 17 février 2023
De Steven Spielberg
Avec Gabriel LaBelle, Michelle Williams, Paul Dano
Biopic/Drame / 2h31

Bienvenue à Jurassic Park, la science du cinéma, Nicolas Deneschau, Third Éditions

Nicolas Deneschau aime bien les grosses bêtes. Il sortait il y a peu un très beau livre sur Godzilla, symbole du Japon et de toutes nos peurs. Le revoici avec des animaux plus petits mais qui en imposent tout autant.

L’auteur va nous raconter tout ce qu’il faut savoir sur Jurassic Park. Le film bien entendu, mais pas que. Son livre est un essai passionnant sur cette passion qu’est le dinosaure.

Il va remonter loin dans les origines du mythe. Puis il va petit-à-petit imposer la trace indélébile que laisse le dinosaure, dans notre imaginaire. Puis au cinéma. Puis Steven Spielberg. Puis la saga inégale mais fascinante.

Le style est passionné et son récit sur la fabrication du film est festif et enlevé. C’est une lecture rythmée avec de très nombreuses informations. On voit s’opérer progressivement la révolution imaginaire et technologique qu’allait imposer Spielberg, grand faiseur de mythes au cinéma.

Le papa d’Indiana Jones a du panache. Mais il n'est pas le seul. Tous les participants à l'aventure seront amené à faire de Jurassic Park, une vraie date de cinéma dans son ensemble. Et c'est ce que l'on découvre avec minutie. De l'invention du concept dans l’esprit de l’écrivain scénariste Michael Crichton jusqu’à la consommation à outrance de la franchise, en passant par la révolution des effets spéciaux.

La production est périlleuse et les anecdotes deviennent de vrais rebondissements. C’est la grande force de cet ouvrage : il se lit comme un page turner. On appréciera aussi les détails fouillés découverts par Nicolas Deneschau. C’est d’un enthousiasme assez étourdissant. Même si vous n’avez pas aimé les derniers films, retournez avec ce livre sur Isla Nublar et découvrez tous ses véritables secrets !

Parution le 31 mai 2022
258 pages / 24,90 €
Thirds editions

Big mother, Mélody Mourey, Béliers Parisien

Journalistes d’investigation d’un grand titre de presse américain, le New York Investigation, Julia, Owen, Kate et Alex nous plongent au cœur d’une enquête à rebondissements. Alors qu’un scandale sexuel impliquant un candidat à la présidentielle éclabousse la maison blanche, on les suit traquer la vérité avec méticulosité. La petite équipe de rédaction lève alors le voile sur un programme de manipulation de masse d’une ampleur inédite.

Dans la veine du film Spotlight révélant les vices des personnalités religieuses, juridiques et politiques les plus en vue de Boston, la pièce révèle l’emprise des fake news et de tout ce qui prend sournoisement le contrôle de nos vies. Sur scène, six comédiens incarnent l’ensemble des personnages de cette histoire en jouant, dansant, chantant, se défiant. Mention spéciale à Karina Marimon en mama juive et secrétaire amante désopilante.

J’avais une grande impatience de découvrir cette troisième pièce de Mélody Mourey après Les crapauds fous et la Course des géants, mes coups de cœur des dernières saisons théâtrales. J’ai retrouvé ses ingrédients savamment dosés : l’évènement historique romancé, la petite histoire imbriquée dans la grande, la sphère publique dans la sphère privée, la mise en scène rythmée et numérique digne d’un film au cinéma, dès son générique de début très réussi.

Mais j’ai cette fois regretté le rythme un peu trop haletant du format thriller transposé sur les planches, le débit de parole trop rapide des comédiens, le téléphone qui vibre constamment, ne nous permettant pas de couper avec le stress de nos réalités quotidiennes.

Ceci dit, la pièce a le grand mérite de poser des questions de fond sur la loyauté, l'utilité des médias pour changer le monde, la manipulation de masse et cette vertigineuse menace du détournement de nos données personnelles. Les personnages féminins sont forts, courageux, déterminés. Et on en sort comme avertis et vigilants sur les risques actuels pour nos démocraties et nos libertés chéries. A voir !

A partir du 7 février 2023
Du mardi au samedi à 21h00 matinée dimanche à 15h00
Théâtre des Béliers Parisiens
Avec Patrick Blandin, Pierre-Yves Bon, Ariane Brousse, Guillaume Ducreux, Marine Llado et Karina Marimon

 

Ant Man et la guêpe: Quantumania, Marvel Studios

Le super héros de poche peut visiter de minuscules dimensions: il vient de rentrer dans celle du nanar magistral !

Car les deux précédents épisodes étaient assez réussis : L'homme fourmi était une version californienne de Spider-Man, star de New York et des comics. La nonchalance et l'humour supplantaient l'action et le magma scientifique pour justifier les aventures de Scott Lang, voleur devenu un Avenger. !

Cette fois-ci c'est un volcan d'énergie quantique qui va justifier un nouvel opus qui se passe entièrement dans l'infiniment petit. Tout comme l'ambition du film : dans une molécule d'une amibe on peut donc se retrouver dans un royaume avec un vilain tyran, des sbires stupides et toute la famille du super héros pour apporter la liberté et la justice.

Pour défendre les qualités du film, on vous dit tout de suite que ses concepteurs se sont bien amusés à créer des créatures bizarres et nous vengent des derniers Star Wars et leurs bestiaires peu surprenants. Ici, il y a du poil, de la gélatine et toutes les matières visqueuses qui font le charme de monstres extravagants. Un vrai bal costumé !

Après avoir dit cela, il n'y a pas grand chose à sauver. Le scénario est débile. Les acteurs s'ennuient derrière un fond vert. Le méchant de service est aussi charismatique qu'une bombe anti moustique. La musique s'ennuie plus que les acteurs. Peyton Reed, le réalisateur n'a aucune idée pour pimenter son récit riquiqui. Des erreurs de production font penser à une vaste blague. Bill Murray, le clown triste d'Hollywood, vient faire coucou mais s'ennuie lui aussi.

Chez Marvel, on parle de phases pour souligner les liens les films et les super héros : après Les Éternels, le dernier Thor et maintenant ce nouvel Ant Man, il semblerait que l'on soit en phase régression et foutage de gueule !

Sortie le 15 février 2023
Avec Paul Rudd, Evangeline Lily, Michelle Pfeiffer et Michael Douglas
Marvel studios - 1h59

1803, La nuit de la sage-femme, Anne Villemin-Sicherman, 10/18

Une découverte pour moi que cette auteure, Anne Villemin-Sicherman, qui écrit là son neuvième roman.

1803, Nuit de la femme, semble le point de départ d’une nouvelle série policière dont la principale protagoniste est Victoire Monfort, sage-femme sous le Consulat, épouse d’un commissaire de police dans la région de Metz, ville natale et de fonction de l’auteure.

On sent immédiatement que la fonction de sage-femme n’est pas inconnue de l’auteure, et pour cause, elle a traversée toute sa carrière comme gynécologue. A cette expérience s’ajoute l’historienne grâce à laquelle ses romans foisonnent d’informations propres à positionner le lecteur en contemporain de l’action, dans ces temps perturbés d’après la Révolution et les années terribles de la Terreur.

On apprend tout au long des pages la volonté de Bonaparte de redresser un pays blessé en opérant un tri dans les décrets promulgués pendant la période troublée, de séparer le bon grain de l’ivraie pour faire de la France un pays moderne, sûr, besogneux, industriel. Pour autant, les ennemis sont nombreux, à commencer par les royalistes fidèles de l’Ancien Régime.

L’inquiétude règne toutefois, le chef de l’État est un chef de guerre.

Au-delà de l’enquête policière elle-même, assez bien ficelée, c’est le quotidien des personnages à l’aube du dix-huitième siècle qui retient véritablement l’attention. Il fourmille de mille détails parfois amusants, d’autres surprenants, en tous les cas passionnants, propres à nous prendre par la main pour battre le pavé aux côtés des acteurs.

Un seul bémol, une écriture trop léchée, peut-être pour coller au phrasé de l’époque, ce qui ne m’empêchera pas de m’intéresser aux autres volumes.

Paru le 02 février 2023
chez 10/18
306 pages / 14,90 €

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