Avatar, la voie de l’eau – James Cameron

Alors oui, Avatar 2 la Voie de l’eau, est une orgie technologique. James Cameron, de plus en plus chercheur et de moins en moins cinéaste, se plait à réaliser des films complexes où il devient le Dieu d’un monde imaginaire dont il maîtrise le moindre nuage, la plus petite des nuances, le plus beau des paysages.
Oui, les Na’vi sont des créatures kitsch. Des Schtroumpfs qui auraient avalé des hormones de croissance et pris quelques cours de tirs à l’arc. Il faut quelques minutes pour les prendre au sérieux. James Cameron en fait des indiens, toujours harcelés par des humains qui veulent se faire tout un tas de dollars sur leur jolie planète, Pandora.
Oui, le héros est un bon gros stéréotype presque ringard. Jake Sully a choisi d’abandonner sa vie d’humain pour devenir un Na’vi et fonder une famille avec la guerrière Neytiri. Il est donc obsédé par sa descendance, au point de fuir son monde de la forêt pour celui de la mer, loin des humains revanchards…
La première heure fait un peu peur. Les raccourcis narratifs sont nombreux. On confond un peu tout. Le guide touristique va trop vite en besogne. Heureusement la 3D happe rapidement nos rétines. Les profondeurs de champs. Les détails incroyables. La découverte de la nature.
On ne voit pas le piège tendu par Cameron. L’air de rien, l’émotion se glisse entre les scènes spectaculaires et les pirouettes techniques. Cameron fait l’éloge de la famille.
Comme un forcené. On pourrait l’accuser d’être réactionnaire. Mais il parle aussi de transhumanisme et de mixité culturelle. Son western interstellaire devient une intime réflexion sur la place de chacun dans une famille. Un discours très doux qui jure avec la guerre et la violence.
Cette façon de profiter du maximum d’artifices pour révéler un vrai sentiment chez le spectateur est assez unique. Depuis treize ans, Cameron, technicien de génie, ne veut que sonder notre humanité avec un miroir déformant inventé par lui et qu’il mènera là où il le souhaite (les suites sont en route).
Il y a de la nunucherie et de la tendresse dans son cinéma. Il y a aussi toutes ses obsessions (les militaires, la mer, les machines) et ses ambiguïtés. Question générosité, on est servis !
Ça peut agacer ! Ça peut éblouir ! Mais ça ne laisse pas de marbre et on doit avouer que ce blockbuster colossal nous console de la tiédeur des paresseuses productions hollywoodiennes.
Au cinéma le 14 décembre 2022 avec des Na'vi, et des humains pas cools du tout,
20th Century Fox - 3h12
Pour Noël, on se la pète à table avec Mitski, Steve Lacy & Alex G

Soyons à la pointe ! Vous voulez épater vos amis à table ou autour d’un apéro ? Le temps est à la famille et aux amis : il faut leur en mettre plein les mirettes ! Vous vous devez de leur donner du bonheur. Exprimez votre passion pour la musique avec de la nouveauté. Voici donc trois disques totalement indé qui pourraient faire la différence dans les mois à venir et qui peut être feront de vous un gourou de la mélomanie et des découvertes musicales !

Pour vous la péter sans trop vous tromper, nous vous conseillons donc de dire tout le bien de Mitski, musicienne nippo-américaine qui a très bien réussi son nouvel album, Laurel Hell. Pas de risque, toutes les références pop du moment y sont.
C’est donc dans une ambiance ouatée que vous serez reçus par cette délicate chanteuse qui, il faut l’avouer, donne du cœur à ses synthétiseurs. Cela plane et cela danse avec une véritable délicatesse.
La voix est assez prenante et il est vrai qu’elle nous fait un peu rêver : on se retrouve dans un film des années 80, entre John Hughes et Wim Wenders. Un grand écart inédit qui fait donc la différence pour célébrer cet artiste qui pourrait être capable de bien plus dans les années à venir.

Steve Lacy, lui, c’est le chouchou des stars. Bien entendu vous ne le savez pas mais il s’agit d’un musicien qui fréquente Kendrick Lamar ou Tyler the Creator (si vous ne connaissez pas ces deux artistes vous sortez de cette chronique, pas par pédantisme mais vous allez vous ennuyer). Hé ouais : il a toutes les raisons d’être prétentieux.
Il peut s’habiller comme il veut. Il peut faire ce qu’il veut : on le trouvera toujours cool. Discret, Steve Lacy est le mec le plus hype de la planète en ce moment. Il fréquente des rappeurs, mais le guitariste préfère les sons alternatifs.
Son disque, Gemini Rights, est super convaincant. Il est à l’aise dans tous les genres. En trente-cinq minutes il nous promène dans des univers différents : bossa, rock, soul et des choses plus contemporaines… il nous fait la totale avec une humilité qui surprend.
Car finalement on voit ce qu’aurait pu être chaque titre avec plus d’emphase et de démonstration. Steve Lacy reste à hauteur d’homme pour défendre un album très humain, qui montre que la funk peut être un peu plus aventurière que les standards de saison. Il y a du Prince chez ce type-là !

Mais le roi de la scène indé, c’est sûrement Alex G et son très libre album, God save the Animals. On ne peut pas se planter avec ce disque. Les jeunes comme les vieux peuvent être sensibles à ce complice de Frank Ocean. Hé oui, comme Steve Lacy, il a des stars comme potes et collègues. Il est au sommet l’air de rien, en défendant un style à la Sufjan Stevens.
Comme lui, on aime la très grande liberté de ton qu’il s’offre. Il fait bel et bien dans une musique indé mais il y a un sens de l’harmonie qui sort du cadre. Le piano dirige donc des chansons délicates mais écrites avec une douce folie assez maîtrisée. On devine un type curieux qui joue avec les clichés du genre et d’autres genres plus sophistiqués.
Il parvient à un équilibre parfait. Son disque est assez ahurissant et offre beaucoup de surprises au fil des écoutes. On ne s’ennuie jamais. On dit que l’artiste fait dans le lo-fi mais God save the Animals est d’une densité inouïe. Franchement, avec ce disque, vous allez passer pour un prétentieux qui ne peut pas se contenter d’un Freed from Desire scandé par la France entière. C’est vrai ! Mais soyez en sûr : vous défendrez ce qu’il se fait de mieux cette année ! Parole de faux savant suffisant !
Opération Barbarossa, Julian Semenov, 10/18


Julian Semenov est un auteur russe. Dans son pays, sa réputation n’est plus à faire. Mort en 1993, il a même droit à un musée. L’écrivain est respecté et apprécié dans son pays. Pourtant ce n’est pas un héros de la propagande. C’est juste un romancier passionné par l’histoire de son pays.
Opération Barbarossa est la troisième traduction en France d’un roman d’espionnage de Semenov. En quelques lignes on comprend l’importance de l’écrivain: son ouvrage parle de l’Ukraine et ses relations ambiguës avec la Russie mais aussi l’Allemagne nazie.
Le romancier a un vrai talent pour décrire un sac de crabes! Et ça pince fort entre les aristos fascinés par le Führer, les nationalistes ukrainiens et les logisticiens d’une guerre qui s’annonce affreuse. Au milieu de tout cela il y a Stierlitz, espion russe qui copine avec des nazis assoiffés de conquêtes et qui vont tenter l’invasion de la Russie en passant par l’Ukraine…
Le récit est touffu et très moderne. C’est un livre choral avec des points de vue différents et parfois déconcertants. L’écriture de Semenov va à l’essentiel. Il a une grande efficacité pour nous montrer les arcanes d’un pouvoir discret mais omniprésent.
Il passe des bourreaux aux victimes avec une grande aisance. Il aime les descriptions du quotidien comme les détails historiques. La fiction se mêle habilement à l’histoire. On comprend pourquoi l’auteur est adulé dans son pays: il comprend les zones d’ombres. Il cache derrière le récit, une envie d’authenticité. C’est du bel ouvrage comme on dit chez nous…
Opération Barbarossa
Paru le 20 octobre 2022
chez 10/18 Collectin Polar
378 pages / 8,80€
traduit du russe par Monique Slodzian
Petaouchnok, Edouard Deluc, Apollo films


Ludo aime les chevaux. Il ne vit que pour ça et sa fille de trois ans. Hélas, cette passion n’est pas très rentable et il partage son appartement avec son vieux copain, Richard. Lui aussi a du mal avec la réalité. Il n’a qu’un diplôme de magie!
Ces deux pieds nickelés des Pyrénées refusent leur destin de loosers et tentent de mener un projet professionnel: emmener des touristes dans la montagne comme si l’on était dans la pampa sud américaine…
Fauchés, mal préparés et complètement largués, nos deux larrons vont donc embarquer toute une petite bande de touristes plus ou moins hystériques. Il y a la parisienne trop connectée, le papa qui essaie de reconnecter avec le fiston, la famille en souffrance ou le délinquant en stage de réinsertion.
Les clichés pleuvent sur la forêt des Pyrénées mais étrangement ça passe. Ce sont sûrement les grands espaces et le duo totalement barré que composent Ludo et Richard. Pio Marmai et Philippe Rebbot forment un vrai duo comique avec un gros costaud tendre et un lunaire plein de poésie. Depardieu et Pierre Richard? On y pense de temps en temps.
Car il y a de nombreux moments réussis dans cette épopée aux petits pieds dans la nature. Les Randonneurs est la référence la plus récente (1997 tout de même) sur ce genre de périple burlesque un poil franchouillard.
Mais Petaouchnok se défend bien avec ses personnages simples et décrits avec une certaine élégance. C’est très humain. Ce petit groupe est un reflet de nous-mêmes et de notre société. Les auteurs auraient pu un peu plus creuser certains caractères ou certaines situations mais ne nous plaignons pas: il s’agit d’une bonne comédie française. On adore les bronzés mais ces petits rednecks français savent aussi nous divertir avec moins de lourdeur et quelques panchos du plus bel effet!
On est contents de se promener avec eux et de galérer dans un nature assez cinématographique. La musique d’Herman Dune est plaisante et montre les bonnes intentions de ce film: respirer du bon air et des bons sentiments.
Au cinéma le 09 novembre 2022
Avec Pio Marmai, Philippe Rebbot, Camille Chamoux et Olivia Cote
Apollo films - 1h35
Ernest et Célestine, voyage en Charabie, StudioCanal


Offrez à vos enfants (de 3 à 9 ans) un magnifique séjour en Charabie, en compagnie des irrésistibles
Ernest & Célestine. Un voyage d'autant plus beau qu'il se fait sur grand écran et avec un public qui vibre à l'unisson !
Ernest, l'ours mal-léché vit avec son amie la petite souris Célestine, qui est pratiquement sa fille adoptive. Dans ce nouvel épisode de leurs aventures, ce duo tendre et bienveillant part dans le pays natal d'Ernest : la Charabie. Un pays dont tous les habitants aiment et pratiquent la musique. Sauf qu'après un voyage épique, ils découvrent que ce n'est pas la joie au pays !
Dans cette nation dont la devise est "C'est comme ça et pas autrement" et dont le symbole est le Marteau, des juges aussi bornés que sinistres dictent la loi. Et ils ont décrété que seule la note do était autorisée dans le pays. Consternation.
Face à cet autoritarisme manifeste, la résistance s'organise, menée par le musicien masqué Mifasol. Violoniste émérite, Ernest jouera bien sûr un rôle déterminant pour faire ressusciter la musique.
Servi par une jolie bande-son acoustique, ce film restitue toute l'élégante des célèbres albums de Gabrielle Vincent. C'est à la fois émouvant et comique. La douceur "aquarellée" du trait de dessin est respectée, c'est visuellement très réussi et ça nous change des horribles couleurs de certains dessins animés ("les Chiens Mousquetaires, par exemple). Et je parie que vous ne résisterez pas à la tendresse infinie qui lie Célestine et Ernest.
Un tout petit avertissement cependant : le précédent opus (Ernest et Célestine en hiver, sorti à l'hiver 2016) me paraissait mieux adapté aux tout-petits. L'histoire du nouveau film est un tout petit peu longue, et puis le rythme effréné des poursuites pourra parfois impressionner les plus jeunes, même s'il faut dire que l'ensemble est tout de même beaucoup moins speed que les films pour enfants habituels.
"Ça m'a fait peur parce que j'ai eu peur des policiers qui voulaient les mettre en prison." (Ethel, 3 ans 1/2)
Au cinéma le 14 décembre 2022
De Julien Chheng & Jean-Christophe Roger
Par Guillaume Mautalent & Gabrielle Vincent
Avec Lambert Wilson, Pauline Brunner, Michel Lerousseau
1h 19min
La servante de Proust, Arnaud Bertrand, Poche-Montparnasse


Proust est mort il y a cent ans et les commémorations se succèdent, en particulier à Paris. Après le remarquable hommage du musée Carnavalet (où l’on peut découvrir sa chambre), il faut se rendre à celui de la BNF autour d’A la recherche du temps perdu. Sans oublier les lectures d’extraits de son œuvre, par Anny Duperey et Marie Drucker entre autres. La liste est longue : hôtel à son nom, dégustation de madeleines, spectacles, plaque commémorative, dictées géantes. L’un des plus grands écrivains du XXe siècle, qui fut obligé à ses débuts de publier à compte d’auteur, serait probablement surpris… mais flatté.
Le théâtre de Poche-Montparnasse a, comme souvent, opté pour un angle original. La Servante de Proust, c’est l’histoire incroyable de Céleste Albaret, la servante et gouvernante du très grand écrivain durant les huit dernières années de sa vie. Elle entre au service de Proust un peu par hasard en 1914 et y demeurera jusqu’à la mort de ce dernier en 1922. La femme refusera longtemps d’évoquer cette période avant de se laisser convaincre dans les années 1970 par Georges Belmont. La parution de Monsieur Proust en 1973 suscitera de nombreuses polémiques. A-t-elle menti ? Enjolivé ? Peu importe pour le grand public, qui s’arrache le livre. La critique, en revanche, alliée à certains écrivains, fait la moue et ne se prive pas de la mépriser. Mais comment donc ? Une servante illettrée, amie de ce très grand auteur ? Ne leur en déplaise, l’ouvrage devient vite culte et est traduit. Car cette histoire d’admiration, de dévouement mais aussi d’amitié réciproque, n’est pas commune.
La mise en scène d’Arnaud Bertrand est parfaitement adaptée à cette agréable petite salle du Théâtre de Poche. Lumières douces, voire (très) tamisées, cadre réduit à une chaise et une table, pouvait-on entrer dans l’univers de cet homme autrement ? Lui qui vivait dans une quasi obscurité...
Surtout, outre la scène, il y a les deux actrices. Une véritable trouvaille. L’une (Clémence Boisnard) est la jeunesse, les débuts de la provinciale auprès de Monsieur, l’autre, Annick Le Goff, est le présent. Ce qui interpelle, c’est qu’il existe une réelle continuité dans l’évocation des moments passés avec cet homme, dans les souvenirs souvent précis, même dans les moindres détails. Clémence Boisnard est jeune et souriante, et interprète avec vivacité et sincérité la jeune Céleste. Elle parvient à incarner sans effort cette jeune femme qu’on imagine intimidée puis plus bourrue. Tout en elle semble à la fois naïf et affirmatif.
Annick Le Goff, quant à elle, elle est tout simplement stupéfiante. Céleste est là, devant nous, loin de sa jeunesse, elle esquive, et soudain, elle commence à parler avec retenue. Annick Le Goff est là, tout à la fois comédienne et servante d’autrefois. Ses expressions changeantes, ce visage qu’elle parvient à nous faire imaginer très ridé soudain puis qu’elle adouci ensuite. Et les mains parfois serrées, elle se déplace, et soudain l’on s’interroge : qui est- ce ? La vieille dame à la diction encore précise ou la jeune servante bienveillante ?
Grâce à ces artistes, durant un peu plus d’une heure, ce fut Le Temps retrouvé.
La servante de Proust
Théâtre de Poche-Montparnasse
D’après Monsieur Proust, de Céleste Albaret, souvenirs recueillis par Georges Belmont
avec Annick Le Goff et Clémence Boisnard
Tous les lundis à 21h
Renseignements et réservations au 01 45 44 50 21
Falcon Lake, Charlotte Le Bon, Memento


L’adolescent, Bastien, est presque fade dans la forêt profonde du Canada. La réalisatrice appuie malgré tout son regard sur ce jeune homme qui se voit grandir, et ça semble un peu l’embêter. On est encore plus dubitatifs devant la jeune fille qui va éveiller bien des choses chez Bastien. Chloé est fuyante. Pourtant la réalisatrice s’obstine à la suivre derrière sa capuche rouge et ses bêtises d’adolescente qui s’émancipe.
Ce couple est étrange tout comme la mise en scène de Charlotte Le Bon. On est très loin de la miss météo qui disait des gros mots ou de l’actrice qui voulait être autre chose qu’une jolie poupée. Formellement on pense souvent à Gus Van Sant avec un sens du cadre assez stupéfiant. Elle accroche en quelques plans le spectateur. Le trouble s’installe dans une nature pourtant hospitalière et… normale.
Elle semble avoir une technique pour cela : le rythme est lent. Très souvent, les images suggèrent. Elles interrogent. Charlotte Le Bon se refuse à la démonstration. Elle fait peut-être un peu trop dans l’évanescence mais son adaptation d’une bédé de Bastien Vivès est un spectacle de cinéma. L’émotion se cache bel et bien dans ces scènes que l’on a l’habitude de voir. Et pourtant.
Sa direction d’acteurs, la photo et la musique amènent un doux décalage à ce récit initiatique qui pourrait avoir des airs de déjà-vu. Les deux ados se rapprochent. Ils se domptent. Ils gomment leurs différences au fil des vacances au bord d’un lac sauvage.
Lui n’aime pas l’eau. Elle ne sait pas trop comment s’intéresser aux garçons. Le film par moments atteint cette poésie que savait capter un cinéaste comme Jacques Doillon dans son film Le Jeune Werther !
Le Bon cherche à filmer des états d’âme. Elle y arrive. Sans que ce soit chichiteux ou poseur. Film d’atmosphère, film sans adultes, on sent une grande liberté dans la réalisation qui vient suggérer la confusion d’un âge, la présence d’un sentiment…
Étonnant, Falcon Lake mérite une visite !
Au cinéma le 07 décembre 2022
Un film de Charlotte Le Bon
Avec Joseph Engel, Sarah Monpetit, Anthony Therrien et Monia Chokri
Memento International
1h40
Stupeflip, Naudin, Lent

Merci à ceux qui nous vengent de la musique tiède. Je n’ai rien contre Clara Luciani ou Juliette Armanet mais ça nous lasse un peu d'entendre la même chanson, de France Inter à RTL2. Le rap avec ce vodocode est devenu la norme, d’une banalité beauf totalement insolente. Les ondes continuent de se gargariser d’une playlist assez réduite et les idées deviennent alors étroites.

Heureusement il y a forcément ceux qui ne sont pas dans la liste ! Et certains font preuve d’une ironie et d’une énergie qu’on aurait presque oubliée. C’est le cas par exemple de Stupeflip, rappeur masqué et révolté permanent.
Il sonne la charge avec ce cinquième album où son flow criard prend une fois de plus de l’ampleur. Le rappeur continue de fabriquer un véritable univers, totalement décalé mais plus que fascinant.
Les samples ne sont pas faciles. Le hip hop pogote avec les autres genres de musique. Et les structures des titres sont totalement variés. Stupeflip se rêve en personnage fictionnel pour mieux décrire un réel pas très joyeux. Le lot habituel du rap. Mais le groupe ne cherche pas à choquer le bourgeois ou conforter le spleen post adolescent des cités. Il continue de jouer les anarchos mélodistes. Vingt ans après leurs débuts, Stupeflip continuent de faire autrement. Et c’est excellent.

Dans le premier album du rappeur Naudin, une chanson est nommée Retour vers le Passé. C’est peut être ce qui fait le charme de Chant Contrechamp, passionnante variation sur le son des sixties et des vieux films policiers. Naudin a l’impression de venir du passé. Il aime la vie sans internet. Il adore évidemment le vintage. Il joue avec aisance avec la nostalgie.
Cela ne fait pas de son premier essai un rap réactionnaire. Si vous voulez de la beauferie, vous devez plutôt écouter les stars du genre. Naudin, lui, ferait plutôt du rap de brocante. Un truc infiniment chaleureux. Bien sûr il joue les durs mais Naudin est un dur au cœur tendre.
Il cite Chabrol et Mocky. Il apprécie les sons de François de Roubaix. Son style est cinématographique mais cela sert parfaitement ses paroles qui ne sont pas sans rappeler le charme de comptoir du vieux groupe Java. Pas besoin de s’énerver, Naudin raconte calmement ses angoisses et ses plaisirs avec un humour et une mise en scène rétro mais très attachants. Les moins de 20 ans ne vont peut être pas tout piger, mais ce premier disque, par sa passion, mérite une écoute attentive. C’est salvateur.

En cadence et en tempo, mais en ruptures aussi, les petits rigolos de Lent se lancent eux dans une folle course complètement déjanté. Leur second album se nomme Au Galop et c’est vrai que les idées mélodiques se succèdent à toute vitesse, parfois dans la même chanson.
Ils sourient sur la pochette de leur album comme à un bal de fin d’année mais ils fêtent réellement la musique… mais aussi la liberté. On est ici entre un délire à la Zappa ou du free jazz. Là, clairement, vous n’êtes pas dans la tiédeur ou le schéma sage d’une chanson pour grandes ondes.
La dissonance a toute sa place dans le monde fou de Lent. Ça ne les empêche pas de décrire eux aussi la folie qui se cache dans nos vies. On adore leur chanson flashée Selfie de toi. Venus du jazz, les musiciens de Lent bidouillent des chansons hirsutes mais artistiques.
Ils ne ménagent pas l’auditeur mais Au Galop est un album qui se découvre doucement et se réécoute avec curiosité. Les arrangements ne découlent pas sur des chansons douces: ils nous interpellent. Ce n’est pas de la musique tiède: l’exigence subsiste et s’affirme pour le meilleur!
Adrian Quesada, Tim Bernardes, Meridian Brothers

On va tenter aujourd’hui de se réchauffer avec trois disques qui nous font voyager vers des terres exotiques et des sons chaleureux.

Adrian Quesada est connu pour être la moitié de Black Pumas, un groupe de rock plutôt sec et sévère. Pourtant, avec Boleros Psicodelicos, le musicien s’offre une échappée vers l’Amérique latine.
On y trouve des flûtes heureuses, des cordes luxuriantes et des guitares vintage. C’est totalement rétro: OSS 117 et Austin Powers pourraient se battre pour une fille sur une musique aussi suave et colorée. Jamais nostalgique, il invite des chanteuses du continent sud américain, des stars du R&B et même un ancien Beastie Boys.
Le rythme est cool et lancinant. Il n’est jamais terne et ennuyeux. Il y a du caractère dans chaque titre de cet album qui ferait plaisir à Sergio Mendes ou Burt Bacharach. Et qui donne l’envie d’une pinacolada au bord d’une piscine…

Tim Bernardes est brésilien et il semble lui aussi être coincé dans les années 60 et 70. Il a un beau pantalon blanc et large, un petit col roulé bien taillé, des petites lunettes rondes et des cheveux romantiques puisqu’ils prennent très bien le vent. Pourquoi pas l’inscrire à un concours de sosies de John Lennon?
Parce qu’en plus, il a un talent d’écriture assez impressionnant. Son second disque dispose d’arguments pour qu’il gagne d’autres concours plus prestigieux. Son album s’appelle Mil cosas invisiveis (mille choses invisibles en français) et c’est vrai que sa créativité nous permet de toucher des sentiments doux, pas évidents à définir.
Voilà le genre de disque qui cherche à vous attendrir. Bernardes n’en fait jamais trop et trouve souvent une délicatesse que l’on ne connaît plus trop ces derniers temps. En imaginant une bossa nova acoustique, de la folk tropical, il soigne bien nos esprits en nous emportant dans son monde d’une infinie amabilité. Ce disque est une thérapie élégante et un doux voyage.

Plus houleuse est la musique des Meridian Brothers, adeptes de l’expérimentation dans leur pays natal, la Colombie. Il y a bien chez eux tous les sons sud américains. Ils savent faire mais ils adorent ajouter autre chose dans la tradition. Ainsi ils la font vivre à leur manière: joyeuse et bordélique!
Leur vision de la cumbia est assez baroque mais toujours entraînante. Il faut s’attendre à tout avec ce groupe.
Cette fois-ci, ils font comme Ry Cooder avec le Buena Vista Social Club : ils partent à la recherche d’un groupe de légende et reviennent avec eux pour un album aux rythmes vibrants et politisés! Sauf que le groupe rebelle est imaginaire. Le groupe a toujours aimé dérouter et cela continue avec cette “association” d’El Grupo Renacimiento.
C’est le moyen qu’a trouvé le fantaisiste leader des Meridian Brothers, Eblis Alvarez, pour mélanger le vieux et nouveau, le politique et l’anecdotique, pour continuer son renouveau de la salsa et autres plaisirs gourmands de l’Amérique du sud.
Ça sent le Sapin (au cinéma), Claude Gaillard, Omake Books


Avec la sortie de Violent Night, parodie de films d’action avec un Père Noël très efficace pour dégommer du méchant ricanant, voilà la lecture parfaite pour se faire une autre idée des fêtes de fin d’année. Hilarant !
Saint Nicolas pourrait nous ramener des jouets par milliers. Il peut aussi grâce au cinéma nous offrir de beaux frissons. Finalement avec son look de bucheron scandinave, cette façon de s’introduire chez les gens et ses fausses gentillesses, il a tout du serial killer le petit Papa Noël.
Désolé les enfants mais derrière les légendes, c’est rarement reluisant. Et le cinéma s’est employé très rapidement à pervertir cette fête de la haute consommation. Claude Gaillard aime beaucoup les nanars et multiplie les anthologies sur des sujets divers et variés. L’auteur a le don pour trouver des pépites et il le fait une nouvelle fois avec ce petit guide des films d’horreur de Noël.
Avec lui, nous allons donc retrouver de grands classiques : les Gremlins, Black Christmas ou Krampus. Noël devient donc un moment sordide et sanglant. La magie de Noël n’est plus un moment familial, convivial et chaleureux. La neige n’est qu’un rideau à l’horreur et masque les pas de créatures criminelles.
Il y en a un sacré paquet dans cet ouvrage. Dans des films plus ou moins avouables. Des psychopathes déguisés, des pères fouettards, des monstres enneigés et même un requin de Noël ! C’est une vraie fête du scénario surgelé et des récits abracadabrantesques. En terme de respectabilité, nous avons rarement à voir des films honorables et vertueux. Mais en matière de plaisirs déviants, le bouquin de Claude Gaillard nous fait rougir ! A mettre sous le sapin le 24 décembre !
Paru le 17 novembre 2022
189 pages | 19,95€




