La princesse au petit pois, Comédie Française

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Du swing dans l'air du Studio-théâtre pour cette réinterprétation irrévérencieuse du conte d'Andersen.

Qui ne connaît pas la trame du conte d'Andersen « LA PRINCESSE AU PETIT POIS »? Un couple royal cherche une épouse pour leur fils héritier; comme dans d'autres contes populaires « Cendrillon » ou « Peau d’Âne », les jeunes prétendantes au trône se succèdent pour passer une sorte de test, une épreuve qui permettra de distinguer l'heureuse élue. Dans le conte d'Andersen, la Reine imagine ce stratagème: la jeune fille dormira sur un lit composé de 20 matelas et de 20 édredons, parmi lesquels sera glissé un vulgaire petit pois. Seule une Princesse est assez sensible pour voir son sommeil gâché par la présence d'un petit pois, tel un minuscule caillou dans la chaussure. C'est certes un principe tout à fait absurde qui préside à cette histoire. D'ailleurs, pour le metteur en scène Édouard Signolet (remarqué entre autres pour ses mises en scène de textes de Sofia Freden à Théâtre Ouvert et ses nombreuses collaborations à l'opéra avec Jeanne Roth « La cenerentola » de Rossini et « La servante maîtresse » de Pergolèse, par exemple), le conte d'Andersen est une parfaite parodie de conte.Alors pourquoi ne pas en rajouter dans l'absurde et le plaisir de la moquerie?

Dans cette version écrite par Édouard Signolet himself, Antoine Guémy et Elsa Tauveron, c'est le Prince qui va parcourir le monde à la recherche d'une Princesse, encouragé par ses parents d'un royal coup de pied au derrière. Car il est bien innocent ce Prince qui réclame une présence à ses côtés, sans savoir ce qu'est l'amour. Et les parents de s'exclamer en chœur: « On aurait dû lui parler plus tôt! » Le Prince, malhabile et mal conseillé, part donc à la recherche d'une Princesse, oui mais, selon le précepte royal, d'une « vraie Princesse »! Et il est bien pauvre ce précepte! Aucune définition, aucune description, ni des valeurs de cette caste, ni des qualités à attendre d'une « vraie Princesse »! Encore un principe absurde, celle de la sauvegarde de la caste par son auto-suffisance et son auto-reproduction. Le hasard du conte faisant bien les choses, une Princesse qui n'avait pas l'air d'une Princesse déboule au château du Prince, revenu de son tour du monde. La Reine la soumet à la terrible épreuve du petit pois et...vous connaissez la suite. Quoique cette suite et fin orchestrée par Édouard Signolet réserve une belle surprise de grâce et de jeunesse.

Bravo à Édouard Signolet et à son quatuor d'acteurs: Elsa Lepoivre, Elliot Jenicot, Georgia Scalliet et Jérémy Lopez (qui interprètent en tout 16 personnages). La mise en scène sobre met en valeur les corps et visages expressifs des comédiens, les dirige avec entrain, leur autorisant toutes sortes de fantaisie, de la danse au mime, avec légèreté. Rien de pesant mais du swing dans l'air du Studio-théâtre pour cette reprise qui affiche presque complet et ravira petits et grands spectateurs.

du 29 mai au 28 juin 2015

à la Comédie française

durée: 1h

 La princesse au petit pois

d'après le conte d'Andersen, adaptation de Antoine Guémy, Edouard Signolet et Elsa Tauveron

mise en scène d’Édouard Signolet

Reprise au Studio-théâtre de la Comédie française

avec Elsa Lepoivre, Georgia Scalliet, Jérémy Lopez, Elliot Jenicot

FIFA : Finalement Sepp c’est bien !

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Rhoooo mais on peut jamais être tranquille nom de dla ! Alors que je m’affalais une nouvelle fois sur mon canapé aux alentours de 23h17 un soir de semaine, l’œil avide de résultats sportifs, dans un enchainement pas chassés triple lutz piqué 1,2,3 Mickey Donald et moi, Equipe21, Infosport+, Eurosport, Sport365, MCS, Infoquipe21sportnewsuncafél’addition ah oui quand même 8euros50 le café gourmand faut pas se faire chier les mecs et bah bordel elle est belle la France, tout particulièrement pour m’imbiber de terre battue french open grand chelem revers à deux mains oui parce qu’à deux pieds j’ai essayé c’est super moins pratique, boum patatra scandale à la FIFA, corruption frics pot de vin, en mode cubis familial 50L, tout le monde trempé jusqu’aux coudes, oui j’ai dit coudes.

Ca fait un moment que ça couvait, la bande à Sepp, ennemie de la bande à Michel (non pas Jackie et Michel, merci qui ? mais celle de Platini), on le savait, avant d’attribuer une Coupe du Monde dans des pays démocratiques comme la Russie ou le Qatar, pays du football s’il en est, aime bien demander des petites étrennes, ohhhhh étrennes étrennes étrennes ohhhhh tiens le bien ! D’ailleurs 30 ans plus tard on ne sait toujours pas où Guesh est pattie !

Sepp, donc, Blatter, c’est son nom, se retrouvait à la veille de sa potentielle réélection, au cœur d’un scandale qui alimentait les breaking news des chaines sports, avec le débat qui va bien, tralali tralala.

Là tu te dis, le mec, vue l’ampleur du bordel, vues les accusations graves sa mère de sous sous dans la popoche, il va démissionner direct, il va prendre sa valise et se tirer au Bahamas pour faire bronzer son corps d’athlète de sportif de 79 ans version le nombril qui se détache de la colonne vertébrale avec 120kg à la pesée pour 1m22…bah non, Sepp il a peur de rien, il reste, il monte à la tribune, il explique que bah rhoooo tout ça ça lui ressemble pas, pas de sa faute, pas pris pas puni.

Bon, bah du coup tu te dis que tous les mecs qui vont voter le lendemain, ils vont quand même pas le réélire, pas possible, ah non non non, surtout que Jackie&Michel Platini, merci qui, a appelé à voter pour le Prince Ali, pas Badou, pas Baba, le Prince Ali, c’est son nom au gars, vachement crédible un mec qu’a un nom de personnage dans la Reine des Neiges au sahara…et bien non…les gars en costard du ballon rond, ils prennent leur petit bulletin tagada tsoin tsoin et hop, vas y que je te vote Sepp !

Mais comment ont-ils pu ? Ok le type a percé dans l’électro ménager soit ! Foutu slogan « Sepp c’est bien » qui colle encore au corps et au cœur, c’est que le début d’accord d’accord ; il a écrit la plus belle page de la musique moderne avec ses neveux les New Kids on the Block et leur chanson Sepp by Sepp ouhhhhhh baby baby, give me up to the suunnnnn wowowowow (oui j’écris comme je chante en yaourt bulgare), soit ; il est l’inventeur des plans cul dans les hôtels minables avec les fameux 5 à Sepp, soit ; il a lancé Anne Sinclair et son émission Sepp sur Sepp, soit ; mais bon, ça fait pas tout (pas tout run run rho pas tout run run) !

Vendredi soir, le Prince Ali dit stop, j’m’en vais, z’êtes pas mes copains, et mon Sepp bah le voilà réélu pour 4 ans, 5ème mandat, de quoi donner des regrets aux familles Ceausescu, Franco et Kadhafi, ils auraient fait foot, ils seraient toujours là, c’est cooonnnnn hein !

Allez, j’vais regarder Rolland Garros à la cool en mode panda,

J’vous embrasse,

Saturn’s Pattern

Paul Weller est il à la pop anglaise, ce que Neil Young est au rock américain?

L'ex leader des Jam n'a jamais eu peur de changer de style, d'essayer de nouveaux effets, de troubler son auditoire avec des expériences sonores qui pourraient venir effectivement de l'imaginaire ouvert et débridé du Canadien Neil Young. Les deux hommes sont traverser par un courant électrique qui les libère de tous les stéréotypes.

Depuis son premier album solo au début des années 90, Paul Weller a trituré la pop typiquement anglaise. Il a souvent glisser vers des choses assez soul et ensoleillées ou des bidouillages urbains toujours au service de sa guitare protéiforme. Son douzième album continue d'explorer la culture britannique de manière aventureuse!

Car tout cela est typiquement anglais mais c'est aussi parfaitement Paul Weller. Qu'est ce que l'on trouve ici? Des collages. Des ambiances. Des styles différents. Tous liés par l'élégance désormais naturel du Modfather, toujours classe avec sa guitare capricieuse qui n'en fait jamais trop et sa voix vieillissante mais si classe.

Un riff pour donner le ton et on se promène sur un large éventail de la pop, imbibée de funk ou de punk, avec une jolie influence blues et soul, selon les humeurs du musicien, toujours heureux d'échapper à une étiquette, voulant finalement toutes les cumuler. La remise en question est permanente avec Paul Weller. C'est une grande qualité qui fait tout le charme de Saturn Pattern.

C'est un peu un extraterrestre! C'est un disque qui fait dans la simplicité mais on retrouve à chaque nouvelle écoute des petits touches qu'on ignorait. Weller renaît constamment de ses cendres pour extrapoler l'un des meilleurs morceaux de l'album (Phoenix) mais, en explorateur de la musique, il n'est pas étonnant de le voir se projeter jusqu'à la planète Saturne! Neil Young ne voyait pas si loin!

Warner Bros - 2015

Girls Only

On fait un gros hug a l'équipe marketing et on les fout à la porte. Si le film ne fonctionne pas, ca sera de leur faute! Ce film est une bonne surprise.

Car il y a bel et bien tromperie sur la marchandise. Le titre lui même est scandaleux et réducteur. L'affiche pique les yeux avec son rose bonbon alors que le film observe plutôt le coté gris de l'existence. Bref, on s'attend à un truc mielleux, cucul et exubérant. On a une chronique tendre, acerbe et drôle. On est tout de même plus proche du film indé que de la comédie sentimentale. Tout faux pour la vente de Girls Only (Laggies en anglais: toujours amusant de changer un titre en anglais par un titre en anglais mais nul)!

Les premières minutes font un peu peur avec une satire un peu forcée et désormais connue de la vie en banlieue dans l'Amérique de l'ennui. Là bas la vulgarité est la normalité et attention si vous ne rentrez pas dans le moule! C'est le cas de Megan, une trentenaire qui se pose des questions sur son quotidien, entre un fiancé barré, un papa gâteau et des copines un peu niaises.

Elle rencontre alors Annika, une jeune fille de 16 ans, tout aussi paumée. Ensemble, elles ne vont pas faire les 400 coups et d'autres bétises à la American Pie. Loin de là, la réalisatrice va se concentrer sur les doutes de l'héroïne, parfaitement jouée Keira Knightley, que l'on n'avait pas vu aussi bonne depuis un paquet d'années!

Le scénario est très classique. Une adulescente prend conscience de ses petites misères, ses grandes faiblesses et finalement, découvre au contact de sa nouvelle amie, de nouveaux espoirs. Mais c'est bien fichu. La différence entre le film et sa campagne de pub est telle que l'on est agréablement surpris. Sans l'emphase, on pense parfois à l'oeil affuté et passionné d'un Robert Altman, référence trop rare dans le cinéma américain.

Il y a aussi de l'émotion. Quelques idées de cinéma marrantes et une réinterprétation habile des codes du film de filles. Il y a aussi Sam Rockwell, incroyable en papa poule. Bref, on se fait avoir par le charme discret de cette petite production: on signerait presque pour une pyjama party.

Avec Keira Knightley, Chloe Grace Moretz, Sam Rockwell et Mark Webber - Version Originale Condor - 13 mai 2015 - 1h41

Sound & Color

Deuxième album d'un groupe déconcertant,qui tourne autour du southern rock mais célèbre la soul music. Tout en trompe l'oeil, Sound & Color est un disque passionnant.

Brittany Howard, Heath Fogg, Zac Cockrell, Steve Johnson et Ben Tanner. Voilà des noms qui logiquement composent Alabama Shakes, groupe de rock qui rappelle logiquement les prestigieux Lynyrd Skynyrd et tout un genre très sudiste, très rock, très électrique! Ca sent bon le sud des Etats Unis. On devine la poussière, la sueur et tous les mythes musicaux de cette contrée fascinante.

Première surprise: Sound & Color est un disque mid tempo. Pas d'hymne patriotique. Pas de guitare qui s'emballe. Pas de batterie qui cogne brutalement. Tout d'abord la voix de Brittany Howard, ambiguë et étonnante, aspire toute l'attention. La jeune femme n'aime pas trop la comparaison avec Janis Joplin. Elle n'a pas tort: elle a plutôt une voix masculine, qui gronde et qui lorgne sur la soul.

Deuxième surprise: c'est un disque assez suave et groovy. L'héritage du sud américain est nettement plus maîtrisé. On devine désormais une vraie personnalité dans ce groupe. Il joue habilement avec les faux semblants. C'est funky en diable même si les apparences sont tranquilles.

La première écoute peut décevoir. La seconde commence à révéler ses secrets. Le revival de surface est rapidement égratigné pour libérer un style libre, décontracté mais s'appuyant sur la performance vocale de Brittany Howard, révélation incroyable. Très vite, ce disque rend accro. On l'imaginait lisse: il devient labyrinthique et passionnant. Les musiciens ont caché des mystères dans toutes leurs chansons.

Comme le dit le titre de l'album, les goûts et les couleurs ça ne se discute pas. La qualité de ce disque est discrète et vous pète à la gueule. C'est un plaisir rare dans la musique: c'est indiscutable!

ATO - 2015

Les Chiens ne font pas de Danse

Voilà un chien un peu rondouillard peu commun

Quand on lui lance un bâton sa jeune maîtresse est obligée d’aller le rechercher elle- même ! En fait Boléro ne fait rien comme tous les autres chiens !

Ce qu’il préfère au Monde – après sa maîtresse bien sûr – c’est « écouter de la musique, admirer le clair de lune et faire des pointes » !

Et comme c’est un chien il est têtu et obstiné ! Sa jeune maîtresse va bien essayer de l’aider à réaliser son rêve de danseur, mais les adultes ne comprennent rien et vont lui barrer la route : les chiens ne font pas de la danse, un point c’est tout !

C’est sans compter sur la ténacité de ce chien …

Drôle et rondement mené, cet album est une vraie bulle de légèreté ! Et ça fait du bien ! Et en même temps ce chien est exemplaire : il va au bout de ses ambitions, ce que peu de gens ont le courage de faire « dans la vraie vie » !

Les illustrations sont franchement réussies, leurs détails drôles et parfois un peu grotesques égratignent gentiment les « Zhumains ». Qui est le moins malin au final ?!

Un album à lire dès 5 ans dans la joie et la bonne humeur !

Ce n’est pas si grave d’être un être humain … On peut se soigner !

De Anna Kemp et Sara Ogilvie - Milan

La Tête Haute

Catherine Deneuve et Rod Paradot font de ce film engagé, qui rappelle les mérites de l’éducation, un émouvant duo d’acteurs.

Le festival de Cannes 2015 s’est ouvert sur un film engagé, « un film sur l’éducation » et ses vertus, d’après la réalisatrice, Emmanuelle Bercot (interview du Figaro), qui rend hommage aux travailleurs sociaux et au personnel de l’administration judiciaire française pour leur dévouement en faveur de la réinsertion sociale des jeunes délinquants.

On suit le parcours chaotique de Malony, un enfant élevé par une mère célibataire trop jeune et immature, de sept à dix-sept ans, un parcours marqué par des rencontres régulières avec la juge qui le suit, une formidable Catherine Deneuve, figure de l’autorité à la fois ferme et (grand)-maternante, et de fréquents séjours en centres de rééducation. « La tête haute », c’est à la fois l’attitude de Malony, qui tient tête aux adultes, fait la « forte tête » plutôt que de trahir ses secrets, mais c’est aussi la dignité de tous ceux qui l’accompagnent, lui et ses compagnons de galère, qui croient en eux, les traitent avec respect et ne baissent pas les bras.

Comme Polisse, dont Emmanuelle Bercot était la coscénariste, (mais dans une moindre mesure), le film prend parfois des allures de documentaire, en particulier lors des scènes de groupe dans les nombreux centres de réinsertion pour mineurs que fréquente Malony. On y perçoit alors le climat de violence latente et la vigilance des éducateurs, prêts à intervenir à la moindre altercation. Les rechutes et récidives de Malony et ses entretiens répétés avec la juge, s’ils peuvent lasser, sont pourtant tout à fait réalistes. On sent là un film bien documenté, soucieux de montrer avec exactitude le quotidien de ces jeunes et de leurs accompagnateurs, dont la principale qualité est la patience.

Le parti pris de montrer le système social français sous son meilleur jour – tous les travailleurs sociaux, jusqu’au directeur de la prison, ont un comportement exemplaire et font un travail remarquable, à l’exception peut-être d’un proviseur de collège qui commet une maladresse – est quant à lui discutable. Il est bien possible que de nombreuses mains soient tendues à ces jeunes en difficulté, mais des dysfonctionnements existent sûrement et il serait plus honnête de les évoquer

Contrairement à Polisse, qui mêlait les histoires personnelles des policiers à leur vie professionnelle, La Tête haute se concentre sur l’adolescent, dont le visage et les mains, nerveux, sont filmés de très près, et son parcours – pas d’incursion dans la vie privée de sa juge et de son éducateur. Cette sobriété bienvenue permet de mieux ressentir la tension de Malony lors de ses confrontations avec les différents adultes et offre quelques scènes marquantes, comme celle de sa première expérience amoureuse. Rod Paradot, révélé par le rôle, incarne avec une grande sensibilité cet adolescent farouche et hypertendu, incapable de maîtriser sa violence, à la fois exaspérant et attachant.

Le personnage de sa mère, en revanche, (interprété par Sara Forestier) immature et vulgaire à outrance, affublé d’une dentition gâtée, est caricatural et du coup moins crédible. C’est dommage, car ce manque de finesse fait pencher le film du côté de la démonstration, alors qu’il gagne à être vu comme une belle histoire singulière, celle d’un adolescent en manque de repères et de la relation privilégiée qu’il a nouée avec « sa » juge.

avec Catherine Deneuve, Rod Paradot, Benoît Magimel, Sara Forestier - 13/05/2015 - Wild Bunch Distribution - 2h

La maison de Bernarda Alba, Comédie française

© Brigitte Enguerand, Comédie Française

 

Une pièce de femmes éprises de liberté et de passion, ployant sous le poids des traditions. Une ambitieuse entrée au répertoire de la Comédie française.

Cinq sœurs viennent de perdre leur père. Comme le veut la tradition andalouse, leur mère leur impose huit années de deuil. Huit années isolées, enfermées, frustrées.

Au milieu des querelles familiales, Adela, la plus jeune sœur incarne une soif de liberté, d’amour et de jouissance. Dans sa robe d’un vert éclatant, elle offre de l’air à l’oppressante tension de l’histoire. Ses nuits avec Pepe le Romano offrent un splendide tableau d’amour sur un air de violoncelle. Et le passage dans la blanchisserie, une merveille.

Par une mise en scène intelligente, Lilo Baur illustre la violence de la société espagnole à l’aube de l’arrivée de Franco. Elle nous plonge dans son carcan catholique pudibond. Sa morale implacable et son effroyable austérité s’illustrent dans une ambiance cloitrée. Dans l’ombre, on ne manque pas d’applaudir le travail remarquable de la lumière de Fabrice Kebour qui perce à travers les moucharabiehs d’Andrew D Edward ainsi que la beauté de la musique de Mich Oscowiak.

On salue enfin et surtout la performance des comédiennes. Cecile Brune en matrone acariâtre et Elsa Lepoivre en servante exubérante sont criantes d’une humanité complexe. Adeline d’Hermy en cadette espiègle et excitée attendrit, comme Anne Kessler en aînée enlaidie fait rire. Félicitations à elle de s’être si bien appropriée le rôle d’Augustias en quelques jours.

Dans cette pièce huis-clos de femmes écrite en 1936, l’auteur espagnol Federico Garcia Lorca puise dans ses souvenirs d’enfance, entouré de femmes, et ses années de jeunesse, marqué par l’annonce de son homosexualité, vécue comme une transgression de l’ordre social de l’époque.

Du grand art. A voir avec audace.

Jusqu'au 25 juillet 2015

Comédie Française, Paris

The Waterfall

A la première écoute, on ne sait pas si le septième album de My Morning Jacket sera grand, on sait juste qu'il est de saison avec sa pochette qui fait respirer le bon air et sent bon la nature. Un disque chlorophylle?

Le disque 100% bio, c'est une oeuvre acoustique, centré sur la nature, celle qui nous entoure et celle de nos sentiments les plus mélancoliques, les plus romanesques, les plus efficaces lorsqu'il faut plaquer quelques accords et travailler le regard triste. En ce moment il y en a beaucoup.

Avec une pochette et un titre aussi écologique, on pouvait croire que les barbus de My Morning Jacket plantaient désormais des choux et vivaient dans une communauté isolée et joyeusement baba! Heureusement il n'en est rien. My Morning Jacket reste un pur groupe de rock, avec des guitares salaces et des harmonies vocales qui ne sont pas angéliques!

Ils alternent les humeurs mais ca plane pour eux. Et pour nous. Jim James et ses amis du Kentucky. S'ils naviguent sur plusieurs genres, il y a chez eux, un fond roots captivant qui aspire toutes leurs idées pour en faire ressortir une vision philosophique et un peu vaporeuse du rock'n'roll!

Au bord de la rivière, leur inspiration ne se limite pas aux ritournelles de bardes! Visiblement elle déborde en ce moment leur inspiration: The Waterfall sera suivi par un autre disque dans quelques mois. En attendant ce premier disque peut faire des vagues. On est immergé par la diversité intelligente des styles du groupe et la richesse de leurs compositions.

Il y a bien entendu des jolies plages de calme avec une voix élevée et douce. Et quand les musiciens s'énervent un peu, ils restent généreux en soignant l'aspect mystique de chacun de leurs titres ensoleillés. Le passé s'invite dans le présent. Les utopies des vieux routards du rock (Neil Young en tête) se retrouvent ici, à nouveau, scintillantes et convaincantes. On a bien envie d'y croire!

ATO - 2015

deGeneration, Hofesh Shechter, Abbesses

DeGeneration
On pourrait regretter les redondances du chorégraphe Hofesh Shechter...
Ce serait omettre dans son travail la nécessité de faire Répertoire, pour inscrire ou retenir une mémoire qui échappe et revient toujours au présent...
Dans le programme présenté au théâtre des Abbesses, il a transmis aux huit jeunes recrues de sa compagnie fondée en 2008 les pièces Cult et Fragments, écrites en 2004 et 2003. Suit la création Disappearing Act.
On y repère la constance d'un vocabulaire gestuel: épaules en avant, dos rond-tête basse-bras ballants comme somnambules, travail au sol  qui glisse sans bruit comme les enfants la nuit...
Pour décor principal, une lumière basse d'où s'échappent des ombres fantomatiques; et de la brume, comme l'air poussiéreux après des tirs de mortier.
L'autre stéréotype de Shechter est l'environnement sonore, qu'en tant que batteur, il scande dans un rythme pleinement confondu aux pulsations du mouvement.
N'est-ce pas lorsqu'un chorégraphe se reconnaît par ses tocs, obsessions monomanes, qu'il est devenu un Auteur?
La danse de deGeneration évoque les danses guerrières. Ces jeunes interprètes à l'énergie débridée apparaissent dévoués à l'ensemble; Disappearing Act à la fin du propos semble conclure sur le Groupe comme seule forme de survie...
La répétition formelle pourrait s'entendre ici comme un martèlement ou une démarche de conservation:
dans quelque obscurité, on danse en avant-plan de la guerre...
On retrouvera la compagnie d'Hofesh Shechter au festival d'Avignon.
du 4 au 20 Mai 2015

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