Ex Machina

Ce conte moderne sous forme de thriller, qui revisite le thème du créateur génial confronté à sa créature grâce à « Big data » et aux prodiges de l’intelligence artificielle, ne plaira pas qu’aux amateurs de science-fiction.

Un jeune programmeur talentueux, Caleb, est invité à passer une semaine dans la villa isolée du PDG d’une importante société d’informatique, Nathan. Il apprend alors que ce dernier l’a choisi pour interagir avec un magnifique robot féminin, Ava, et déterminer si l’intelligence artificielle dont il l’a dotée peut être assimilée à une conscience humaine.

Le thème est bien connu dans la littérature et le cinéma de science-fiction, c’est celui du créateur génial et mégalo qui tente d’égaler Dieu en s’efforçant d’insuffler la vie même à sa créature. Le titre, qui détourne l’expression latine « Deus ex Machina », pour évoquer sans doute à la fois l’aspect divin et l’aspect technologique de cette création, et les prénoms bibliques des personnages, « Ava » étant bien sûr « Eve », la première femme, indiquent clairement la portée symbolique du film. Cependant, ce topos est ici traité à la manière d’un thriller, dans un huis-clos angoissant.

L’expérience est vécue du point de vue de Caleb, qui se sent rapidement mal à l’aise en présence de Nathan et prisonnier de la villa. Son impression d’enfermement est accrue par l’absence de fenêtres dans ses appartements, le jeu des écrans de contrôle et les pannes de courant qui déclenchent l’émission d’une lumière rouge. Le jeu des acteurs est impeccable : Oscar Isaac est méconnaissable en ermite inquiétant à la longue barbe noire et Alicia Vikander fait un androïde très convaincant, à la démarche gracieuse et au regard troublant de sphinx. Subtilement, les regards et les non-dits installent un climat de manipulation psychologique plus complexe qu’il n’y paraît.

Tout cela dans un décor soigneusement élaboré : une superbe villa en partie minérale, camouflée dans la végétation, nichée dans un somptueux paysage de montagnes et de glaciers – la demeure de « Dieu » retirée du monde des hommes, à laquelle on n’accède que par la voie des airs (en hélicoptère). Un soin particulier a été mis dans la conception des accessoires technologiques : l’enveloppe féminine du robot au design élégant, qui semble inspiré des produits Apple, et les composants futuristes des divers spécimens, dans le laboratoire du centre de recherche ultra secret que recèle la villa, référence au Google X Lab.

On sent aussi que certaines prises de vue ont été particulièrement travaillées, à la fois pour leur effet esthétique et, à nouveau, pour leur portée symbolique : par exemple, quand Ava croise son propre masque, au bout d’une rangée de masques anthropomorphes, ou bien quand elle ouvre toutes les portes des placards ornées de glaces, créant un jeu de reflets démultipliés. On n’en attendait pas moins de la part d’un réalisateur formé à l’histoire de l’art. Sans être lui-même génial, Ex Machina est un film intelligent, l’œuvre d’un réalisateur méticuleux, une belle première pour Alex Garland.

avec Oscar Isaac, Domhnall Gleeson, Alicia Vikander et Sonoya Mizuno - Universal - 3 juin 2015 - 1h48

Jurassic World

Attention les dinos sont de retour et ils ne sont pas contents. Et nous alors? Rien de mieux qu’une chasse aux dinosaures pour commencer la saison des blockbusters

Spielberg a lâché la barre depuis le second volet mais produit encore les monstres de John Hammond, gentil milliardaire qui rêvait d'un parc avec des dinosaures inoffensifs. Plus de quinze ans après le numéro trois, les dinosaures sont donc encore sur une île et défie encore le bon sens du business américain!

Car le parc va ouvrir de nouveau ses portes. L'histoire le prouve: on refait toujours les mêmes erreurs. Même effet, même cause. Avec ses effets spéciaux en pagaille, on sacrifiait déjà le scénario et la mise en scène de ce nouveau Jurassic Park. Pourtant il faut bien l’avouer : il s’agit d’un excellent opus reprenant une belle idée du premier volet. Le parc comme métaphore de notre société de
consommation.

Le film s’amuse donc à fustiger « le toujours plus » qu’il va lui-même mettre en place. Une position schizophrène qui fait tout le sel de ce spectacle sacrément bien troussé, qui ne tombe pas forcément dans tous les pièges. Jurassic World rend hommage à tous les stéréotypes du film d’aventures (il suffit d’observer les looks étudiés du valeureux chasseur et de la belle scientifique)

Si la dernière partie est un peu trop proprette, le réalisateur Colin Trevorrow a le don de jouer avec les codes inventés par Crichton et Spielberg mais aussi avec les attentes du spectateur. Son film est une grande attraction, traitée comme telle. Cette humilité apparente rend la chose beaucoup plus digeste et distrayante.

Alors il y a des gentils et des méchants, chez les hommes comme chez les dinosaures. Il y a évidemment un rouage qui va sauter pour le parc devienne un véritable enfer. Mais le réalisateur maltraite les visiteurs avec une certaine gourmandise et réussit même l’exploit de
rendre les enfants sympathiques sans être de simples têtes à claques comme souvent dans les Jurassic Park. On est loin de l'univers de Spielberg mais voilà un blockbuster qui s'assume pleinement. Il y a finalement pas mal de bonnes surprises et on vous conseille de visiter ce park plus grand, plus beau, plus féroce qu’on ne l’imaginait.

Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, BD Wong et Vincent D'Onofrio - Universal - 2h05 - 10 juin 2015

Bright Lights

Tout petit disque mais maxi bonheur!

Ca y est nous rentrons dans les grandes chaleurs de l'été (c'est tout le mal que l'on vous souhaite si vous êtes en vacances). Voilà la petite réjouissance qui vous rafraîchira pour supporter le thermomètre, le sable dans la figure ou les bouchons. Pour les bouchons, ce n'est pas gagné: c'est un disque très court. Cinq titres. Cinq petites pépites pop!

Hello It's me. Voilà un premier titre qui appelle à la rencontre. De manière spontanée! Eliott Hosansky et ses potes parisiens ont visiblement un goût certain pour l'ouverture... vers l'Angleterre. Ils tirent avec ce premier morceau le meilleur du "spleen pop" qui a fait le succès de Coldplay, Editors et bien d'autres au début des années 2000. Un désenchantement mélodique et accrocheur.

Mais tout va mieux avec Wake up! Un piano sautille pour vous mettre de bonne humeur. La voix d'Eliott Hosansky impressionne. Elle se mêle facilement au tourbillon pop des instruments. Effectivement il y a chez ces Parisiens une vraie passion pour la musique qui vient se coller dans le fond de la mémoire et n'en tombe jamais! Pour des petits nouveaux, ils possèdent déjà toute l'efficacité anglaise!

Ce que confirme The Walk au tempo plus posé mais rempli de petites idées qui font la différence. Là encore, en se calmant, ils ne deviennent pas transparents. C'est même solide: les mélodies sont charpentées et on devine une belle osmose entre les Parisiens, celle qui peut faire de grands groupes. L'inspiration est là.

Fallin' montre aussi qu'ils maîtrisent les harmonies. La voix se perche assez haut mais elle est constamment soutenue par les copains. Un bel effort collectif, une fois de plus assez détendu mais jamais facile.

Enfin The Walk conclue de manière originale ce petit album décidément plein de surprises. Là, les quatre musiciens musclent légèrement le jeu avec une pointe de groove pour faire bouger la tête. Avec assez peu de moyens et de temps, Ness n'a aucun mal à convaincre de sa singularité et de sa spontanéité.

Si vous êtes coincés dans un bouchon sans fin, vous pourrez écouter ce EP en boucle.

Five Fishes - 2015

L’art du rire, Jos Houben, Rond Point

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« L'art du rire », de et par Jos Houben: conférence ou one-man show? Nommé aux Molières 2015 catégorie « seul en scène », « L'art du rire » est surtout un énorme succès qui tourne depuis des années.

« En réalité, ce spectacle n'a jamais eu l'intention d'en être un », c'est Jos Houben qui l'affirme. L'acteur de 56 ans, formé à l'Ecole Jacques Lecoq, membre original de la compagnie Complicité, a pendant dix ans enseigné « le mouvement, le théâtre gestuel et burlesque » dans des cadres divers (compagnies, écoles de théâtre, de danse, de cirque, ou à l'université...); peu à peu, le public a remplacé les élèves et « la première partition de l'Art du Rire est née ainsi en 1998 ».

Cours magistral basé sur des observations du quotidien, « L'art du rire » nous en dit long sur notre humanité:

  1. Comment réagit-on, par exemple, quand on trébuche? Si l'on évite de peu une chute, on fera certainement... comme si de rien n'était! On s'assure qu'il n'y a pas de témoin à notre ridicule moment d'indignité, et on passe à autre chose. Comment cela se traduit-il dans le corps? C'est là tout l'art de Jos Houben: il s'étonne du naturel et déconstruit les évidences. Avec lui, les réactions physiques sont décortiquées, puis jouées (avec parfois la complicité d'un spectateur averti). Le plus drôle est que, même prévenus, nous rions   de nous-mêmes...

  1. Le rire implique une prise de distance et/ou le relâchement d'une tension. Dans la moquerie, nous témoignons de notre cruauté face à la fragilité d'autrui, à moins que cela ne soit l'inverse: nous rions de notre propre fragilité, témoignant, soit de notre cruauté, soit de notre impuissance...

  1. Jos Houben a étudié cette société particulière que forme le public. Il nous observe, nous compare et relève des points communs entre tous les publics. Par exemple, il faut tout d'abord chauffer la salle, c'est-à-dire réchauffer physiquement les corps par de légers soubresauts. Ensuite, progressivement, amener le public vers le relâchement de ses tensions et garder pour la fin certains sujets (ou imitations improbables...) pour qu'enfin libre, chacun s'esclaffe sans plus se soucier du ridicule, riant à gorge déployée, ou recroquevillé, se tapant sur les cuisses, bref, complètement désaxé, dépassé ou terrassé par le rire.

 

 

Jusqu'au 28 juin 2015

Savoir faire rire, ce n'est pas une science exacte mais c'est un art parfaitement maîtrisé par Jos Houben: démonstration tous les soirs sauf le lundi, à 18h30 au Théâtre du Rond-Point,

 

 

 

 

Banditos

Affreux, sales et méchants, les Banditos sont des gens fréquentables! Ils organisent en tout cas un premier hold up en couleurs!

The Breeze est un morceau plein d'héroisme. On devine que les barbus qui se cachent derrière le doux nom évocateur de Banditos se sont bien défouler sur ce gros titre costaud, tout en riffs et en muscles, rassemblant tout ce qui peut ressembler à la culture white trash et des choses plus respectables.

Waitin' se la joue bluegrass et on commence à deviner la promenade que nous propose ces Californiens tatoués et amateurs de musiques variées mais toujours un peu rétro. Un banjo vient souligner ce goût pour le passer sur Golden Grease. Le ton se calme mais la personnalité du groupe s'affirme.

No Good laisse la place à une pointe bienvenue de féminisme. Mais ca reste viril. Un slow cabossé et résolument sexy.Mary Beth Richardson donne de la voix et surtout apporte une belle âme aux Banditos, exilés pour l'occasion de cet album du coté de Nashville. Cela s'entend!

Ain't it hard calme le jeu avec une belle attitude. Ils se font le look de Lynyrd Skynyrd mais se révèlent beaucoup plus romantiques ou sentimentalistes. On ne va pas s'en plaindre. Heureusement Still Sober reprend cette bonne vieille tradition du rock déglingué ou d'une country un peu crade.

Long Gone Anyway remet au goût du jour le solo de kazoo et le boogie du groupe devient un peu plus vieillot mais toujours aussi rigolo. Comme le souligne le titre suivant, Old Ways, le groupe suit de vieilles traces du rock mais l'herbe y est toujours verte. La jeunesse des musiciens y est peut être pour beaucoup. Ils ne répondent pas aux critères modernes mais réussissent à s'affirmer comme le montre la fin de l'album: quatre chansons où les chanteurs se succèdent naturellement et balaient un champs assez large de la musique populaire américaine. Le rock est viscéral chez eux. Les bandits ont un grand chemin qui s'ouvrent devant eux!

Bloodshot records - 2015

Le Gourmet Solitaire

Le génial dessinateur du Sommet des dieux s’éloigne des grands espaces et s’intéresse aux petits plats. Au lendemain du réveillon, du repas de Noel ou d'une grosse bouffe entre potes, ne lisez pas ce court récit qui vous fera saliver.

C’est un commercial. Il a une petite affaire d’import-export. Il vadrouille dans Tokyo et sa lointaine banlieue. Rien ne le différencie de tous les hommes pressés en costard. Il a juste un petit sourire narquois. Car sous ses airs de travailleur, le héros est un estomac sur pattes. Il cache bien son jeu. Mais dès qu’il a un peu de temps, il tente des restaurants typiques ou intrigants. Le gourmet solitaire retrouve dans ces endroits un peu d’humanité.

Impressionnant dessinateur, Jîro Taniguchi, a un trait d’une précision hallucinante. Ses descriptions de la ville sont d’un réalisme affolant. La tentaculaire Tokyo réserve des surprises, cachées par le gigantisme urbain que souligne le style du dessinateur habitué aux grands espaces (la saga Le sommet des dieux). Il dépeint au fil des promenades de monsieur Inogashira, des petites gargotes où des petits miracles culinaires sont réalisés.

Les auteurs observent ce court moment où l’homme se fait plaisir et partage avec d’autres des recettes culottées et raffinées. Un peu comme le cinéma d’Ozu, la bédé donne à voir une humanité résignée mais pleine d’espoir. A travers un acte inconséquent, manger, se dessine une étrange condition humaine.

Sous les plats, que l’on aimerait vraiment goûter, apparaît un constat aigre doux sur la société japonaise. L’absence même d’événements permet une grande clairvoyance et l’écriture se révèle d’une nuance assez rare dans le neuvième art.

Des anguilles grillées aux nouilles de blé tendre udon en passant par la portion géante de raviolis frits, l’anecdotique console, à sa plus grande surprise, le lecteur. Il lui donne envie de s’installer autour d’une table. Réunir des amis. Goûter à des mets exotiques. Et surtout partager.

198 pages - Casterman

Trois Souvenirs de ma Jeunesse

Entre Proust et Truffaut, Arnaud Desplechin filme sa jeunesse avec son style romanesque, si français, si charmant!

Le cinéaste de La Sentinelle est donc allé puiser dans son passé, la matière émotionnelle qu'il va mettre en scène avec son originalité habituelle. Rarement une image a collé autant à une pensée ou une émotion. Entre simplicité évidente et quelques plaisirs maniérés, Desplechin est maître de son sujet, profitant d'un geste à la François Truffaut, rappelant son double Paul Dedalus, héros de Comment je me suis disputé (Ma vie sexuelle), et son acteur fétiche, Mathieu Almaric.

Ensemble, ils plongent dans la jeunesse troublante de ce professeur d'anthropologie, toujours un peu à coté de la plaque, perdu entre son travail et ses sentiments amoureux. On pourrait ainsi comprendre le pourquoi du comment. Eclairer les zones d'ombres ou plutôt les observer, les magnifier, les assumer!

Comme d'habitude, c'est le foutoir: Paul Dedalus se retrouve appeler par les services secrets (André Dussolier narquois) pour s'expliquer sur certains de ses voyages dans les pays de l'Est mais aussi sa mort en Australie! Voilà les excuses pour fouiller dans les souvenirs de Paul!

Il y a l'enfance et les parents difficiles de Paul. Il y a les frères et soeurs, bizarres, si proches et si différents aussi. Il y a les copains qui jouent à des jeux dangereux et seraient même capables de jouer les espions durant la Guerre Froide. Il y a les études à Paris, qui font penser à Paul qu'il est bien pauvre, le petit bourgeois de Roubaix.

Enfin il y a Esther. Il y a trois souvenirs mais Esther est envahissante et les deux premiers sont rapidement éliminés. Bientôt on ne verra que cette jeune fille fofolle, ravissante idiote avec un coeur gros comme ça! Un premier amour avec toute la violence que cela apporte.

Desplechin va donc scruter avec une minutie et une virtuosité les émotions de Paul, celles qui vont façonner l'homme. Il filme l'expérience qui va sculpter un personnage alter ego. A la recherche du temps perdu, Desplechin nous touche par sa vision romanesque de l'adolescence.

Voilà une période qui va très bien à cet auteur. Avec des héros en souffrance, des familles abîmés, il a bien l'habitude de filmer les doutes et les espérances de personnages ambigus perdus dans des intrigues qui les dépasse. Ce qui est un peu la définition de l'adolescence. Le passage à l'âge adulte n'empêche pas la perte de sens. Paul grandit mais voit des transformations de son existence comme des contraintes et des opportunités. Plus il avance dans sa vie professionnelle, plus il se perd dans ses amours.

Comme d'habitude c'est verbeux. Il y a des fêtes,du rap et du sexe mais ce n'est pas American Pie. C'est du cinéma bavard mais le réalisateur filme cela comme un western et soigne ses images, diablement iconiques autour de cette bande de jeunes, ordinaires mais aussi sublimés par les idées de Desplechin. La photographie du film semble s'adapter aux émotions défendus par l'auteur. Sensible, le film est à fleur de peau.

Servi par des comédiens parfaits, Trois souvenirs de Jeunesse emprunte à la littérature un lyrisme fou et un romantisme daté mais Desplechin fait du cinéma, du vrai, du bon, celui qui laisse des traces indélébiles dans nos mémoires.

Avec Quentin Delmaire, Lou Roy LeCollinet, Mathieu Almaric et Olivier Rabourdin - Le Pacte - 20 mai 2015 - 2h

Vache ! Revoilà l’amour est dans le pré…

pré

Avant, il y a fort fort longtemps, limite jadis c’est dire, genre dans les années 80-90, quand tu étais célibataire, endurci, de passage, juste pour le fun, juste parce que t’étais moche, juste parce que t’étais invivable ou psychopathe ou que tu adorais lâché des caisses tranquille dans ton lit sans entendre « ahhhhh mais t’as un raton laveur dans le fondement ma parole » ou mettre des caleçons sales partout dans l’appart sans avoir une voix féminine te rappelant à l’ordre ou encore parce que tu cumulais le tout, oui mais là tu le faisais un peu exprès quand même dis donc mon cochon…tu avais le choix pour trouver une chaussure à ton pied (même une tong à cheveux longs) entre les supers soirées communales loto accordéon oh bal masqué oé oé, les agences matrimoniales avec book des plus beaux laiderons de ta région, reçu comme un prince par la Mme Claude locale, mettre une annonce sur le Chasseur Français genre « JH, éleveur de bêtes, la trentaine bien tassée au presse purée, d’ailleurs en parlant de purée, oui bah non, corps moyen bof mais bon y’a pire, poilu un peu surtout sous le slip, recherche JF, bombe atomique, genre Samantha Fox mais qui parle français, au pire la même en brune, intelligente au niveau du slip, plutôt timide j’aime pas trop parler le soir devant la télé. »…oui, dans de nombreux cas, tu passais tes soirées à te toucher la nouille devant des animations faites de pixels en noir et blanc sur minitel à 5 francs la minutes, et ton salaire d’ouvrier agricole y passait…même plus de quoi s’acheter une bonne Valstar, la bière des soiffards ! Avec un peu de bol, tu te faisais Tournez Manège une fois, mais bon, Charly Oleg, c’était irritant comme chauffeur de salle.

Heureusement, maintenant, temps moderne, digital, 3.0, quand tu es célibataire, bien durci, pas de passage, pas franchement pour le fun, juste parce que t’es moche grave, juste parce que t’es un vrai psychopathe ou que tu adores lâcher des caisses tranquille dans ton studio de 22 m² en pleine Seine Saint Denis, sans entendre « ahhhhh mais t’as un ragondin dans l’anu ma parole » ou mettre des boxer-short sales partout dans l’appart sans avoir une voix féminine -que tu as peut-être même payé d’ailleurs- te rappelant à l’ordre, bah t’as l’embarras du choix pour trouver une sandale à cheveux gras  à ton pied!

Oui !!! Aujourd’hui, être célibataire, c’est l’eldorado, y’a de la meuf partout sur le web, sur des appli où tu montres ton kiki, sur des sites où tu peux acheter le modèle que tu veux, où tu veux dans le monde, rhooooo, t’es t’y pas veinard mon affutiot !!!

Oui, si cette dernière phrase se ponctue avec une touche d’accent mi-normand mi-sarthois, c’est qu’aussi, si t’es un gars de la terre, en zone non couverte pas les moyens modernes à base de fibre (digitalisée pas celle qui anime ton transit si tu en manges tous les matins avec ton lait de vache), de 4G ou encore d’asdl+ numérique smartphone option 8Go pour seulement 78€/mois, et bien, tu peux aussi faire de la TV pour trouver ta meuf ! Ouais mon gars ! C’essssstttttttt « L’amourrrrr est dans le pré » !

Attention quand même, t’es pas le seul à vouloir te rouler dans l’herbe avec Karine Lemarchand et faire semblant de passer un moment en one to one trop cool schhhuuuttt on parle pas trop fort car y’a les moutons nains qui font dodo alors que t’as juste 56 caméramans, perchmans, ingé du son et autre assistant de prod qui sont à 10m de toi à te mater et en attendant la boulette pour te sélectionner dans les meilleurs moments au montage et que tous les urbains bobos dans leur canap se foutent de toi avec le mépris gentil mais bienveillant des gens de la ville comme tu dirais !

Oui, chaque année, c’est plusieurs milliers de candidatures, casting à la serpe pour trouver le bon mélange avec obligation d’en avoir un qui est fan de chemise de bucheron avec des trous, un fan de C Jérôme mais qui chante comme Johnny, un fan de Jésus Christ mais qui a tendance à en prendre pour l’apéro, un poète avec option bide qui dépasse taille xxl, dents en moins, phrase incomplète, mots pas connus dans le Larousse…bref, t’es pas seul mon canard.

En face de toi, idem, t’as de tout, de la vorace, de l’intéressée, de la pas épilée de la moustache, de la pas facile facile à vivre tous les jours à mon avis, de la teigneuse, de la carnivore, de la pas finie finie finie, de la fille de la ville, mais qui doit faire semblant d’aimer les chèvres et l’odeur du foin…bref…t’as intérêt d’être sélectif mon garenne !

Voilà, t’as le choix, pour rappel ah non non non, tu pourras pas repartir avec Karine Lemarchand, c’est pas dans le package, tu feras le zapping puis les bêtisiers de fin d’année parce qu’après 15 jours de tournage non stop, tu seras tellement à l’aise que tu te seras gratter les testiboules face caméra sans t’en apercevoir…c’est moche, mais c’est ça la télé d’aujourd’hui mon pote !

Enjoy ta nouvelle vie, moi j’vais te regarder, j’aime bien t’as une bonne tête.

J’vous embrasse,

Full Tramp

De Brooklyn, quatre garçons dans le vent se moquent de tout et du punk en particulier. Savoureux!

Le quatuor de Dirty Fences réunit quelques rigolos. Des banlieusards de New York qui se foutent du rock et tout son business. Pour eux ca ressemble à un échappatoire bruyant, une belle blague où l'on peut se déguiser, une bonne grosse cuite entre potes. Il suffit de voir la pochette de leur disque pour comprendre ce qu'ils aiment dans la grande histoire du rock'n'roll.

On est bien plus près des Sex Pistols ou des New York Dolls! Ce sont peut être les lendemains de fête qui inspirent les chansons percutantes de Dirty Fences. Il y a quelque chose de touchant dans ce monde connecté et très fier de sa technologie de poche, d'observer des joyeux drilles qui croient encore aux vertus d'un bon gros riff entre copains dans un garage,  poursuivant le rêve d'une éternelle adolescence!

Ca transpire donc sur les quelques chansons de Full Tramp. Les vauriens se dépêchent de plaquer des accords à un rythme assez infernal avec une volonté masturbatoire d'en découdre avec le rock de papy, lorsque ce dernier avait une crête et un jean déchiré. Leur imitation est parfaite. On s'y croirait.

Ce n'est pas nouveau mais c'est un bon moment régressif car l'agressivité et l'énergie nous transportent dans un univers à part, où les hommes suent à grosses gouttes pour des plaisirs futiles mais réels. Sales mais bons!

Slovenly - 2015

The Art of the Brick – L’incroyable art du Lego de Nathan Sawaya

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L’exposition est étonnante et spectaculaire. Étonnante parce qu’elle montre l’inimaginable à partir de Lego, spectaculaire parce que les sujets sculptés ont des dimensions humaines qui troublent l’œil du spectateur et sa perception. Le changement d'échelle joue en faveur de l'oeuvre comme chez Ron Mueck ou Jeff Koons.

Nathan Sawaya est sans soute un brin mégalomane, un brin fêlé et à coup sûr très rusé. L’homme se présente à travers une vidéo dès l’entrée de l’exposition, avec l’assurance du self-made-man américain qu’il est, puis il continue à vous parler sur les cartels en s'adressant à votre conscience. Cela en énervera certains ou en amusera d'autres. L’homme a débuté par des études de droit et finit avocat. Mais voilà, le soir, l’homme crée avec des Lego. Il est employé par Lego qui voit le filon s’ouvrir à lui. Nathan Sawaya ouvre alors son propre cabinet pour voler de ses propres ailes… de Lego.

Les œuvres exposées sont à voir. Qu’on y voie ou non de l’art contemporain ou un geste marketing savamment dosé à partir de produits dérivés, il y a dans les œuvres montrées une continuité autour de la condition humaine et des limites de la matière que l’artiste lie aux limites de l’existence dans une société mondialisée ou l’entreprise impose ses lois. Il y est question de tensions entre le monde intérieur de l’homme et son environnement.

Si le pouvoir expressif de la matière Lego est limité -l’art est essentiellement figuratif- les jeux de lumières créent en revanche des effets intéressants sur le relief des visages représentés. Au-delà des concepts ou des symboles, la matière Lego est utilisée par Nathan Sawaya comme un pixel numérique. Notre œil de spectateur est beaucoup moins efficace que l’objectif de nos smartphones pour saisir la réussite réaliste de ses œuvres planes. Prenez une photo d’une œuvre, le constat est saisissant : l’œuvre photographiée est plus réaliste que ce que nous voyons. L'appareil voit ce que nous ne voyons pas. La dernière salle joue de cette ambiguïté. Les œuvres en Lego sont intégrées à des photographies numériques de synthèse avec des couleurs pastels type cartes postales américaines des années 50.

Les sujets représentés sont suffisamment simples pour que chacun puisse s’y identifier. Les métaphores sont récurrentes, amusent parfois ou font grincer. La solitude est probablement le personnage qui apparaît le plus dans cette exposition, cette solitude partenaire idéale du joueur de Lego. "Un jeu terrible, cruel, captivant... comme un légo avec du vent..."

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http://www.theartofthebrick.fr/
Paris Expo, Porte de Versailles, Pavillon 8/A
1 Place de la Porte de Versailles – 75015 PARIS
Métro : ligne 12, station Porte de Versailles
Tramway : Ligne T2 et T3 – Bus : Lignes 39 – 80
Parkings sur place

Du 14 mai 2015 au 30 août 2015
Ouvert tous les jours de 10H à 18H en mai et juin
De 10H à 19H en juillet et août
Fermeture exceptionnelle les mardis, en mai et juin

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