The Monsanto Years

A peine on termine une chronique sur lui qu'il faut déjà penser à la suivante. Le troisième âge va très bien au Canadien Neil Young, toujours aussi engagé et enragé.
Ca commence lourdement. Une batterie cogne fort pour suivre une guitare qui fait monter la colère. Neil Young, 70 ans cette année, ne lâche rien. Il a tout connu. Il est l'un des survivants des utopies des années 60. Il est la source du grunge. Il défend l'Amérique et son humanisme. Il a grimpé au sommet des charts. Il a affronté l'industrie américaine du disque. Il est de tous les combats.
Il ne semble avoir peur de rien. Son âge de doyen le rend plus fort. Il multiplie les projets et les disques. Aidé cette fois ci par les fistons de Willie Nelson, il milite farouchement contre Monsanto, l'entreprise qui fait constamment polémique!
Il sort donc des riffs pétaradants sur des musiques farouches, franches et parfois formidables. Il déclare la guerre avec une envie d'en découdre qui fait plaisir évidemment à entendre. Les précédents albums étaient plus ou moins inspirés. Ici, avec ses petits jeunes, comme il y a vingt ans avec Pearl Jam, il retrouve une seconde jeunesse pour dire tout le mal qu'il pense de la pollution, de l'irresponsabilité de certains et des OGM en tout genre.
Comme il est foncièrement gentil, il soigne les mélomanes avec des arrêts plus bucoliques, proches de son chef d'oeuvre Harvest. Et il continue de fêter l'amour et les petites gens qui veulent vivre en toute liberté. C'est un rêveur qui se refuse au cynisme. Ce qui explique la liberté de ce disque, toujours loin de contraintes commerciales.
La voix est moins sûre mais il met les pieds dans le plat et assure des morceaux costauds, en colère et convaincants. La production est radicale car pas du tout génétiquement modifiée. Les enfants de Willie Nelson sont beaucoup moins vaporeux que le papa: ils s'appliquent à rivaliser avec les grandes heures électriques du Crazy Horse. Ils font idéalement illusion!
The Monsanto Years est un bon cru pour le Loner. Un album concept et miroir à Harvest, si calme, si apaisé. Ici, c'est la défense d'une idée de l'agriculture qui met le musicien en pétard. Puissant, son disque est dans l'air du temps et montre l'éternel talent de Neil Young. Il sème des petites graines de rock'n'roll engagé. Espèrons qu'elles vont bien grandir.
Reprise - 2015
Tunisie, Isère, taxi…Uber ton sang froid !!!

Bon, on va finir cette 10ème saison de « Vu à la TV » sur etat-critique.com by ma gueule et ma plume acide et numérique, un peu comme on a commencé l’année, par des tirs nourris, de la baston, de l’effroi, du bordel de monde qui brule, bref retour à la kamikaze départ !
J’avoue, mes chroniques au fil des mois deviennent beaucoup plus des billets (pas roses ni bleus ni verts car je ne gagne pas une tune à les faire mais je suis sous mécénat de Liliane Betancourt toujours tu m’intéresses) que réellement des chroniques pur jus de télé mais bon, puisque nous sommes inondés de chaines infos et d’infos en chaines de plus en plus déchainées, soyons donc sur le billet pour l’été quitte à nous habiller pour l’hiver !
Bien sûr, j’aurai pu faire, comme il fut un temps, une chronique un peu préparatoire de futurs programmes estivaux, de Fort Boyard au Tour de France en passant par les jokers de l’été (déjà fait) ; faire un revival nostalgique à Intervilles, chalalananana chalananana, Guy je ne vous entends plus, joker bilto et vachette entre deux apéricubes, mais non, pas le cœur à ça.
Bien sûr, j’aurai pu faire une chronique mi-musicale, mi-mollette (cette vanne vient de me venir car ma souris vient d’avoir un problème de mollette), mi-tv, mi-caline (oui j’ai acheté des croissants ce matin) et évoquer les tubes et clips de l’été, sorte d’anthologie aux adorateurs de la Lambada et de la Socca Dance, voir de Francky Vincent, quitte à montrer son zizi, après tout c’est l’été, mais non, pas le cœur à ça.
En 1989 et 1990, je suis parti en Tunisie avec mes parents, tout juste jeune collégien, j’en ai gardé des photos façon Club Med, des trucs de bord de piscine, une mer limpide, des danses d’été, des droits à se coucher super tard, mes premières odeurs et parfums de souk, d’épices. Je me souviens des mots de mon père dans les rue d’Hammamet « t’as vue, c’est dingue comme les femmes sont libres et jolies, pas de voiles, des jupes, on dirait nos rues de Paris, ça respire la liberté ». Mon père avait connu la Tunisie sous cet angle dès les années 70 et me rappelait à quel point elle contrebalançait avec le franquisme froid, dur et tyrannique de notre Espagne d’origine par ma grand-mère à la même époque. Tunisie, un pays de liberté…en ce mois de juin 2015, un taré fanatique façon Kouachi a tiré dans le tas, sur une plage, a buté, moi et mes parents, les mêmes, ou presque, nous, nous sommes vivants.
Pauvre con.
Pendant ce temps là, un gars décrit comme « un bon père de famille sans problème », vaguement fiché il y a quelques années histoire de voir s’il n’avait pas quelques tendances de foufou façon « danse toi aussi la Daesh danse, danse, Daesh danse ! », tranquille chauffeur livreur en Isère, probablement vexé de ne pas avoir eu suffisamment de chèques vacances pour son retour au bled cet été a décidé de couper des têtes ! Allez hop, celle de son patron, oui, pour de vrai, façon 9ème siècle à la Viking, pour dire comme le monde avance bien bien, à pas de géant même. Puis, pour jouer surement, a fighté des bombonnes de gaz dans une usine, juste histoire de tout faire péter, comme ça, un 14 juillet avant l’heure, le ramadan peut-être, quand la faim guette la fin guette, un manque de barbecue, j’sais pas, plus de charbon peut-être, tant pis, on passe au gaz ! J’me fais même pas rire putain. Un mec de 50 ans, patron de deux boîtes, aimé de ses salariés, père de famille, impliqué dans son quartier pour aider les jeunes à s’en sortir, décapité, au nom de quoi bordel, c’est qui ton dieu à toi, c’est quoi l’idée, elle est où ton idée du monde, pourquoi on t’a pas payé un cerveau, au moins quelques neurones…tu fais chier.
Enfin, fait marquant de cet avant été, entre le bac philo et les coups de rosé bien frais, la belle guerre civile entre nos amis joyeux rigolos les taxis et nos amis chauffeurs de VTC (non, pas la petite sœur du VTT mais bien la voiture qui fait taxi mais qu’est pas un taxi). Au départ, en regardant BFM TV un soir de canicule, comment veux-tu comment veux-tu, je me suis mis à rêver d’une nouvelle pub pour portable « Fan de zik, de taxi et de baston ? Du nouveau pour ton smartphone ! Télécharge vite toute la collection d'appli UberPop UberRock UberRap Ubermcsportpremiersurlefoot UberNatus UberBoireQuoiPourLapero ! Envoi fight au 7 13 13 »…mais non…un Taxi en colère ça envoie du bois, ça en fait du petit aussi avec des clients braves gars de VTC, ça pète des gueules, ça la joue aussi façon Viking, ça boit du plomb en fusion et ça en pète aussi, des plombs. Bien sûr Uber Fournier, entraineur de l’OL, Uber Vedrinne, diplomate, Uber Rives, astronome, les usines de margarine Saint Uber 41 et les usages de la station Uber sur la ligne A ont tous demandé l’asile politique au Pakistan, plus sûr, moins dangereux. Les Taxis trustent l’actu, anti-social uber ton sang froid.
Bref, il était de bon ton cette semaine de faire n’importe quoi, de foutre de bordel, de péter des vies et des gueules, faisait trop chaud sûrement, c’est dimanche, j’suis dans mon jardin, j’écoute le dernier album des Innocents, leur titre « Les philharmonies martiennes », c’est peut-être mieux là-bas que sur Terre, après tout, je vais y partir en vacances cet été tiens, et je ne sais pas si je reviendrai, vu que c’est la grosse Daesh sur le globe.
J’vous embrasse,
Sol Invictus

Après 18 ans de silence, le groupe hurlant et barré Faith No More revient. Un retour rapide et d'une efficacité radicale. Le temps n'a pas de prise sur eux visiblement!
Au début des années 90, la vie des metaleux etait magnifique. Axl Rose et Slash s'entendaient bien: Guns'n'Roses sortaient Use Your Illusion 1 et 2. Metallica sortait son album black. Nirvana entraînait dans son sillage Soundgarden, Pearl Jam ou Alice In Chains. Le Grunge faisait bouillir des riffs ébouriffants. Sonic Youth signait chez Geffen. La fusion explosait avec les Red Hot Chili Peppers. C'est cette étiquette que l'on avait scotché à la bande de Mike Patton, Faith No More!
Le funk était dilué dans son rock brutal et déroutant. l'excentrique Mike Patton prend alors les commandes du groupe avec l'album Angel Dust en 1992, chef d'oeuvre qui défie tous les styles, tous les genres, toutes les dissonances. Encore aujourd'hui, il reste un monument de cette glorieuse période pour le rock musclé.
Faith No More essaie toutes les expérimentations. Ca lui vaut une existence chaotique qui semblait se terminer en 1998. Dix ans plus tard, ils se reforment pour quelques concerts. Et puis les revoilà, 18 ans après leur dernier opus pour un nouvel essai qui montre que le groupe a conservé son goût de l'aventure et de quelques folies.
Avec deux décennies de plus, ils composent un disque court (37 minutes) pour mieux concentrer toute l'énergie si particulière de Faith No More. Visisbelement ils aiment toujours autant surprendre et dérouter. Une fois de plus, ca ne ressemble à rien de connu, une sorte de patchwork enragé et spectaculaire.
Mike Patton et ses copains se sont retrouvés après d'autres projets et de nombreux groupes. Le chanteur le plus fou de la planète a traversé tous les styles (excellent album de reprises italiennes) durant toutes ses années. Il avait besoin de retrouver Faith No More pour une nouvelle rasade de riffs hardcore et d'idées délirantes. On n'est pas déçu de ce retour. Les fans vont apprécier le patchwork sonore qui est la marque de fabrique du groupe de San Francisco.
Les autres seront peut être un peu hermétiques aux étranges délires du groupe, un peu plus dark, un peu moins funk mais profondément sincère. Ca ne sent pas (trop) l'opération commerciale. Au contraire, on avait oublié leur exigence et le génie vocal qu'est Patton tout comme les autres musiciens, héros discrets, révoltés de la musique et joyeux drilles du metal.
Ipecac - 2015
Villa avec Piscine

Le livre qui pourrait gâcher vos vacances!
Attention, il faut s'accrocher à la lecture du roman de Herman Koch, auteur néerlandais déjà auréolé du succès du livre Le Dîner! Le romancier aime bien dépeindre les noirceurs de l'âme humaine. Il le fait sans concession et son roman solaire est finalement sombre et déprimant.
Si vous emmenez ce livre en vacances, vous allez peut être avoir de drôles de sensations et des doutes sur la nature même du repos au soleil. Car le triste héros de Villa avec Piscine, va vivre un calvaire au bord de la mer. Marc Schlosser est médecin. Il rencontre un comédien célèbre et sa femme. Lui et son épouse sont séduits par le duo au point de se retrouver en vacances ensemble. En famille. En danger. Car les adultes sont d'un cynisme absolu qui va finalement nous rapprocher inexorablement d'un triste drame...
Et il faut donc constater que la bêtise, la faiblesse et le désir sont les plus caractéristiques qui habitent les malheureux vacanciers, d'un médecin sans scrupule et aucune compassion à un comédien lubrique et un peu bête. Au fil des pages, l'humour est d'une noirceur quasi déprimante. Herman Koch nous met dans un état assez cafardeux.
Le décor est paradisiaque. Mais les hommes et les femmes sont des êtres désespérants que Koch observe avec une gourmandise qui file la nausée. D'ailleurs un rebondissement narratif est franchement gênant, car démonstratif et sans nuance. On est mal à l'aise et surtout on se sent pris au piège, que l'on voyait d'ailleurs se tendre depuis quelques pages. C'est dommage d'autant que l'écrivain a un style assez réjouissant.
Villa avec Piscine est un livre d'une misanthropie stéréotypée. Ce n'est vraiment pas le bouquin à mettre dans son sac de plage. Il pourrait vous donner des frissons pas forcément bienvenus.
10/18 - 430 pages
Nous vieillirons Ensemble – Live à La Gaîté Lyrique

"Transformer cette rage en énergie"! C'est ce qui habite le rock primitif et passionnant de Michel Cloup!
C'est un héros ardent mais trop discret du rock made in France. Michel Cloup n'a besoin que de sa guitare et de sa voix scandée pour vous happer dans un rock raide, dingue et radicale! Il n'est pas glamour. Il ne prend pas de pincette. Michel Cloup aime les choses claires et saisissantes.
La musique est l'expression de l'émotion. Elles sont chez lui vives. Heureusement cela se ressent à chaque note dans ses compositions qui peuvent dérouter. La force de son duo explose sur scène: c'est une très bonne idée que de sortir un live. Effectivement on y entend son énergie rock et rocailleuse! Il sort en édition limitée. On s'interroge souvent sur la nécessité des Live. Ici, c'est justifié: on redécouvre le style de Michel Cloup.
En gros il a une démarche très indépendante comme Fauve ou Saez. Sa sauvagerie et sa vision écorchée de l'existence se canalisent dans une musique sans concession, entre trip primaire et démarche sophistiquée. Le duo guitare batterie est à la mode (et rentable) depuis les White Stripes. Avec Patrice Cartier, Michel Cloup ne joue pas de la production bidouilleuse mais de l'échange des sonorités.
Cela ne donne pas un truc hyper avant gardiste. Au contraire, on plonge dans le rock passionné et passionnant. Celui qui s'écrit avec du sang, de la sueur et des larmes. Quelques riffs et on se love dans une ambiance particulière, souvent désenchantée où pointe toujours une lueur d'espoir. Atypique, digne et hypnotique, ce duo ne peut pas vous laisser indifférent. Plus qu'un live, c'est une vraie expérience! Unique en son genre!
Ici d'ailleurs - 2015
Kiddo

Une petite voix suave. Quelques beats. Pas mal d'inspiration. Et voilà un disque pop, dans l'air du temps, qui pourrait même plaire aux vieux cons!
Vous n'aimez pas la musique de David Guetta. La techno vous hérisse les poils. Les chansons que vous entendez dans les commerces, celles qui sont mises à fond pour que vous achetiez, vous rendent fous. Vous désespérez de l'industrie musicale, de moins en mois mélomane, accro aux succès faciles et aux bas instincts.
Ce qu'il y a de pire ce sont les jolies jeunes filles qui glacent les magazines en couvertures et qui ensuite veulent se lancer dans une carrière musicale. En France, on se remet mal du cas Carla Bruni Sarkozy. La belle et jeune Tove Styrke aurait donc de quoi vous donner des boutons.
Sa nationalité suédoise a de quoi susciter votre curiosité. En plus elle est copine avec Lykke Li. Elle a posé pour des magazines et elle a participé a un télé crochet suédois. Mais son deuxième album est tout de même exotique. Il n'est pas révolutionnaire. La jeune femme au regard triste cache une belle inspiration.
Le disque est joliment produit autour d'un style électro lounge, qui pourrait agacer mais qui n'oublie pas d'accompagner la voix fêlée de Tove Styrke. Pour une teen pop idol, on est très loin des vulgarités américaines. Pour une adepte du son électro, on est très loin de la démonstration pompeuse avec du gros beat, de la provocation avec du poil sous les bras et les hormones en guise de muse!
Comme la pochette le souligne, c'est bien la simplicité de la chanteuse qui plait. Loin du chaos de l'adolescence, elle réussit quelques morceaux franchement envoûtants ou entraînants. On y revient volontiers sur ses petites chansons faussement légères. Les vieux cons peuvent donc croire en une jeunesse pas si abrutie par la société de consommation, la peur de l'autre, les médias, les ordis et les vieux cons!
RCA records - 2015
J’vous ai apporté des bonbons, Brel, Saramango, Lucernaire

Les chansons de Jacques Brel rythment et retracent, ici, l’histoire de trois amis d’enfance : Jef, Pierre et Jacky. A chacun son caractère, ses révoltes, ses peines, ses joies et ses déboires amoureux.
(Re)découvrez les grands classiques de Jacques Brel mais aussi les chansons du répertoire moins connues du grand public, mis en scène par Sébastien Saramango, rendant un bel hommage à l’artiste mêlant à la fois, humour et poésie.
L’originalité de la mise en scène de J’vous ai apporté des bonbons provient de sa forme : trois personnages issus du répertoire de Jacques Brel, croisant les femmes qui l’ont rendu si populaire : Mathilde, Madeleine et Frida. Trois destins racontés ici à travers les âges, de l’enfance à la vieillesse. Des tranches de vie en chanson, des chansons mises en scène, des textes qui prennent corps et vie le temps d’un délire festif et jouissif.
Le public est convié à cette comédie musicale à la fois spectateur, personnage furtif participant le temps d’un instant à une valse ou simple témoin de ce que ressentent et vivent Jef, Pierre et Jacky. L’interactivité de la mise en scène renforce son originalité et ne laisse personne indifférent. Dans un décor intimiste, l’énergie et la passion débordantes des personnages occupent tout l’espace, faisant la part belle aux textes de Brel et au jeu des comédiens. La sobriété et la justesse de l’accompagnement révèle toute la puissance des chansons. Le spectateur ne peut qu’embarquer dans ce tourbillon musical et poétique.
Venez découvrir ce trio chantant, vous en serez enchantés !
Jusqu’au 9 août 2015
Chansons : Jacques Brel
Mise en scène : Sébastien Saramango
Avec : Sébastien Saramango, Guillaume Fortineau, Jean-Baptiste Schmitt
Accompagnement : Clément Simon
Contes Italiens

Les frères Taviani ont mis dans ces contes italiens ce qu'il y a de plus beau en Italie - collines et palais de Toscane, fresques du Trecento, séduisantes jeunes femmes, vertueuses ou délurées... pour le plaisir des yeux. Passée la première demi-heure au ton un peu trop dramatique, les cinq nouvelles du Decameron sont mises en scène avec verve, alternant humour et passion.
Les dix personnages de Boccace, un peu affectés au début de l’histoire, se révèlent ensuite d’excellents conteurs. Alternent alors assemblées de demoiselles et damoiseaux dans la nature formant de lumineux tableaux vivants et récits courts rondement menés et bien joués, plein d’humour ou de passion.
Voici un film résolument esthétique – l’affiche, qui évoque une chorégraphie, donne le ton –, mais au charme désuet, dont on peine à ressentir la modernité. Les réalisateurs, âgés, prétendent pourtant avec ce film adapté du Decameron de Boccace, essayer de se « rapprocher des jeunes d’aujourd’hui et du présent difficile qui est le leur » (dans l’entretien du dossier de presse). Cependant, peu importe si les émotions des jeunes gens, fuyant la peste qui sévit à Florence au XIVe siècle, semblent factices, on se laisse séduire par la beauté de la campagne et des palais toscans, la perfection des images rappelant des œuvres peintes et la vivacité des récits que content les jeunes Florentins pour passer le temps et se distraire de leurs chagrins.
Les frères Taviani proposent une version du Decameron empreinte de poésie courtoise, dans laquelle sexualité et vulgarité sont gommées au profit d’un romantisme un peu mièvre. D’autant plus que tous ces jeunes gens éplorés sont anormalement beaux… Ce manque de profondeur fait craindre, au début du film, une adaptation de médiocre qualité.
Heureusement, une fois les dix personnages arrivés dans la villa champêtre où ils ont trouvé refuge, le décor devient enchanteur et la beauté des jeunes femmes prend tout son sens quand elles composent dans la nature, vêtues de robes chatoyantes, leurs longues chevelures dénouées, de superbes tableaux vivants.
Le jeu théâtral, un peu outré, des acteurs se prête mieux à l’interprétation des cinq nouvelles (choisies parmi les cent que compte le Decameron) racontées par les fugitifs. Pour le plaisir de leur auditoire et pour notre plaisir, les conteurs usent alors de tous les procédés de la narration pour rendre ces récits captivants, variant les tonalités de la farce à la tragédie en passant par la satire et le conte moral, ménageant le suspense jusqu’à la chute.
Commence alors un voyage dans la Toscane ensoleillée, de Pistoia à Montepulciano, dont les palais révèlent parfois furtivement de somptueuses tapisseries et des peintures murales rappelant l’art de Giotto. De nombreuses images évoquent en outre des peintures célèbres, par exemple la belle amante nue de dos prenant la pose de la Vénus au miroir de Velazquez.
Le titre italien, « Maraviglioso Boccaccio » (« le merveilleux Boccace ») tient finalement sa promesse : comme Boccace a accompli le prodige de divertir ses contemporains en temps de crise grâce à son imagination et son art de la narration, ce film des frères Taviani est une merveille pour les yeux et fait merveille sur l’humeur.
Avec Riccardo Scamarcio, Kim Rossi Stuart, Jasmine Trinca et Paola Cortellesi - Bellissima films - 10 juin 215 - 1h55
Zombis enquête sur les morts vivants

Ils sont partout. La contre culture n'a pas vu l'invasion se répandre dans les médias. Un scientifique décide de revenir aux sources d'un mythe contemporain. Dépaysant et inquiétant.
Médecin légiste, spécialisé dans l'étude des restes humains, Philippe Charlier se pose des questions d'ordre historique et scientifique sur un sujet très à la mode: le mort vivant. Il a toujours donné son point de vue sur des questions un peu éloignés de sa spécialité néanmoins ce médecin sait écrire et la première chose que l'on apprécie dans son enquête, c'est son voyage.
Il est parti à Haïti. C'est là bas que commence l'aventure ténébreuse des zombis. Entre le vaudou béninois et le catholicisme, les hommes conjuguent leur religion avec la mort et la peur. Sur l'île, les morts ont une place à part, au milieu des vivants. La mort n'est pas une fin. Le vrai drame c'est perdre son libre arbitre, assister à sa mort sans pouvoir profiter de la paix éternelle. Le zombi est une peine finalement pire que la mort!
On peut donc être la victime de sectes secrètes qui vous condamne à devenir zombi. Philippe Charlier fait des rencontres mystérieuses lors de son séjour. C'est franchement étrange. Il parvient à nous faire sentir les souffrances d'un peuple, traumatisé par l'Histoire mais aussi le récent tremblement de terre qui a rasé la capitale.
Philippe Charlier va bien entendu s'interroger de manière logique sur le mythe. Il va découvrir l'importance d'un poisson hautement toxique. Il va se confronter à des sorciers, garants d'obscurs rituels. Dans ce dédale d'émotions et de violences, le zombi est une sentence sans appel. Le scientifique nous fait bien sentir le poids de la tradition qui pèse sur le peuple et raconte les faits qui sont à la base de ce mythe qui a inspiré Hollywood puis un certain George Romero qui va démocratiser le mort vivant, loin d'Haïti.
Ce qui est amusant dans son récit, c'est bien l'impression que l'auteur se fait aspirer par les croyances locales. Il nous perd entre deux mondes. C'est parfois un peu confus mais on devine l'émotion, première chose qu'il manque à un zombi.
Tallandier - 224 pages
Beneath the Skin

Retour de la révélation de l'année 2012. Que peut on faire après un disque consacré comme l'un des meilleurs de la décennie? Les Islandais de Of Monsters of Men n'ont pas froid aux oreilles et s'offrent encore un moment folk!
Après le succès international de My Head is an Animal, le groupe islandais aurait pu se disloquer par une longue tournée et cet intérêt soudain qui parfois gèle vos inspirations. Leur projet ne devait pas dépasser le succès sur l'île. Ils se sont retrouvés au coeur d'une tempête médiatique.
Première sensation sur ce deuxième effort: l'aspect folk refait surface. Nous ne sommes plus trop dans cette tendance dans l'industrie et pourtant le groupe ose encore les croisements harmoniques, les rythmes acoustiques et les voix hantées comme des bois humides. Amusant.
Dans le sillage d'Arcade Fire, le groupe construit donc un mur de son beaucoup plus nuancé et rustique que les amateurs de guitares électriques et de rythmes binaires. Hélas, de temps en temps on est plus proche des Corrs et quelques gloires irlandaises que de musiques farouchement indépendantes.
Les trompettes de la gloire ont sonné. Le groupe est peut être un peu plus sourd à l'innovation et l'originalité. Ils se font un disque d'une propreté étonnante et un peu lisse. L'économie de moyens de la première session a laissé la place à une confortable production, supervisé par Rich Costley (Muse, Interpol... tiens tiens Sigur Ros). La prise de risque est nulle mais le résultat n'est pas désagréable.
Il n'y a rien de déshonorant. Mais c'est nettement moins prenant que le précédent disque, assez étourdissant, rivalisant avec les meilleurs titres de Arcade Fire. Finalement nos Vikings sont des grands tendres. On est un peu déçu mais comment leur en vouloir?
Island - 2015





