Riots in the Jungle

Pour les vacances, on visite le Monde en musique avec quelques disques à mettre dans ses bagages. Today, l'Afrique du Sud.Gros patchwork mondialiste, Riots in the Jungle est un album qui capte son époque, ses problèmes et ses joies musicales...
Ca parle toutes les langues dans cet album. Visiblement les membres du groupe Skip & Die se sont promenés dans toutes les jungles du Monde. Ils ont ramené des paroles de révolution en espagnol, portugais, zulu ou encore en anglais... tout simplement.
La musique, elle, se nourrit de toutes les régions et de tous les styles. La chanteuse du groupe, la pétaradante Catarina Aimée Dahms (surnommée Cata.Pirata), vient d'Afrique du sud donc il y a pas mal d'influences africaines, entre beats tribaux et afro funk. Récupérés par l'Hollandais Jori Collington, d'autres styles se greffent et donnent naissance à un truc hybride, terriblement exotique!
Car Skip & Die développe une personnalité schizophrène. Certaines chansons sont pétries dans la colère. D'autres font preuve d'une sagesse tout simplement extraordinaire (le morceau Killing Aid). Suite à un long voyage à travers l'Afrique du Sud, le groupe a ramené des idées protéiques, des souvenirs collés et soudés par leur talent pour les bidouillages.
C'est festif et en même temps, cela semble très réfléchi. Ca bouillonne mais ça ne déborde jamais. C'est peut être un peu trop programmé. Mais c'est d'une générosité assez touchante. Skip & Die est un groupe populaire, qui place l'art au coeur de la société, pauvre ou riche, démunie ou exigeante.
Leur disque est vraiment dans l'air du temps. Dépaysante, leur musique s'adresse à tous et rappelle que les révoltes peuvent se partager, partout où l'on est.
Une déclinaison moderne et rebelle de l'Internationale en quelque sorte... ans les bagages. Today, l'Afrique du Sud!
Crammed discs - 2012
Ville Noire Ville Blanche

Sur fond de fait divers banal, Richard Price entreprend de démonter les mécanismes de tension raciale qui rendent explosives les banlieues américaines. Passionnant.
Richard Price fait partie de ces auteurs qui, d'un roman à l'autre, inscrivent leur œuvre dans un univers immuable. Depuis toujours, ses héros habitent Dempsy, une banlieue déshéritée (et imaginaire) de New York.
Dans cet environnement dur, fait de ghettos et de discrimination raciale, de chômage, de misère, de drogue et de violence "ordinaire", Richard Price installe ses histoires et ses personnages avec le naturel de celui qui a vécu dans ces quartiers, qui a connu la dèche et la toxicomanie.
Et même si cette époque est révolue pour lui (il publie depuis vingt ans des romans à succès et il scénarise à tour de bras pour Hollywood), l'homme reste marqué à jamais par cette jeunesse difficile.
Dans Ville noire, ville blanche, il met en scène les tensions interraciales entre deux communautés totalement hermétiques l'une à l'autre.
Pourquoi cette explosion soudaine dans les quartiers noirs de Dempsy ? Parce que Brenda Martin, une habitante blanche de Gannon, la petite ville résidentielle voisine pousse, une nuit, la porte du Centre Médical, hagarde et les mains en sang, et déclare avoir été agressée par un noir qui lui a volé sa voiture… dans laquelle dormait son jeune fils de 5 ans ! Et comme Brenda Martin est la sœur de Danny Martin, un inspecteur du commissariat de Gannon, la riposte policière est brutale et immédiate.
Avec la minutie et le souci du détail d'un sociologue qui aurait décidé de passionner ses lecteurs, Richard Price décrit, minute par minute, l'alchimie mystérieuse, impalpable et pourtant irrésistible qui transforme un fait divers banal en fait de société explosif.
Par les yeux (et les actes) de quelques personnages clés superbement brossés, il transforme le lecteur en témoin privilégié de cette réaction en chaîne inéluctable.
On adopte d'emblée les points de vue et les objectifs, pas forcément contradictoires d'ailleurs, de Lorenzo "big daddy" Council, le flic noir (plus travailleur social qu'agent de répression) à qui est confiée l'enquête, et de Jesse Haus, la jeune journaliste blanche (mais "enfant du pays") du quotidien local.
On souffre avec Brenda, la jeune mère complètement déboussolée par son drame et plongée dans une sorte d'autisme traumatique dont il faudra la tirer pour faire avancer l'enquête. On bouillonne avec les jeunes de la cité Armstrong ("strong arms" - bras forts - en verlan)…
Bref, on ne lâche pas ce pavé avant le dénouement du drame personnel de la mère et collectif d'une communauté montrée du doigt. Ville noire, ville blanche est un roman intense à l'ampleur sociale urbaine universelle.
10/18 628 pages
En Inde

Baisse du pouvoir d’achat ? Prix du billet d’avion en augmentation ? Pas de problème. Un DJ français se charge de raconter de manière originale sa découverte de l’Inde. Le meilleur voyage qui soit !
Tout commence par les bruits ouatés d’un avion. On entend un enfant puis une voix indienne. Elle va prendre de plus en plus d’importance et introduire la chanson Lake of Udaipur. C’est la première visite du Tone en Inde et c’est une excellente introduction au projet de l’artiste.
Ce dernier a voulu un vrai carnet de voyage à l’intérieur de l’Inde. Connu pour sa passion du hip hop et son électro minimaliste et facétieuse, Le tone surprend par une étonnante générosité. Il invite l’Inde sur ses morceaux et se plie à ce qu’elle apporte.
On retrouve donc tous les instruments locaux. Il apporte une chaleur particulière. Il convoque aussi des voix féminines, qui amènent une touche de Bollywood dans l’album. Il y a donc une délicieuse dramatisation et l’on devine la progression du voyage.
Les premiers titres sont totalement maîtrisés par Le Tone. Il se permet des bidouillages assez audacieux. Ce n’est plus un son froid mais une vraie réunions de musiciens où l’on retrouve l’indispensable Albin de la Simone.
Ces musiciens laissent aussi la place à des sons de la rue, des bruits de l’Inde et on explore en même temps qu’eux ce pays déroutant. Le disque lui aussi aime faire des surprises. On pensait une œuvre un peu trop glacé et on se retrouve avec une porte ouverte sur une autre culture. Une vraie visite sonore et sensible d’un monde à part.
Le disque finit sur une longue plage de musique traditionnelle. Derrière tous les samples, Le ton fait preuve d’un infini respect pour la musique indienne. Ce respect pour l’autre devrait être écouté par certains qui veulent se barricader derrière leurs frontières.
PIAS - 2008
Star Trek Retour sur Terre

Ca y est! Nous y sommes. Bienvenue dans la dimension bis de la grande et longue saga Star Trek. Désormais, Spock et son équipage sont bel et bien arrivés dans une galaxie étrange et hilarante, celle du nanar cosmique!
A la fin du troisième épisode, Kirk et ses potes ont tout détruit sur leur passage. Même l'Enterprise, le mythique vaisseau est totalement parti en miettes. Ils vont être traduits en justice. Rien ne va plus. Mais heureusement pour les aventuriers, ils vont découvrir qu'une sonde extraterrestre qui va avaler l'énergie de la Terre a des points communs avec des baleines à bosse.
Pour sauver la Terre de cette sonde, il va falloir visiter l'époque où les fameuses baleines nageaient paisiblement. En 1986! La Comète de Halley! L'explosion de Challenger! Le drame de Tchernobyl! Nos héros voyagent donc dans le temps et découvrent la Terre durant l'ère Reagan. Comme ça, ils découvrent que le nucléaire est facile d'accès, que le Punk est drôle, que construire un aquarium à baleines c'est faisable, que les écologistes sont toujours des jolies nanas!
Leonard Nimoy toujours réalisateur joue résolument la carte de l'humour. De la bonne grosse blague eighties: Eddie Murphy aurait même été intéressé pour apparaître dans le film. Crocodile Dundee ou le nouveau Star Trek, c'est le même combat: de sympathiques et atypiques étrangers découvrent l'Amérique!
Au milieu de cela, les dialogues s'éternisent sur les mystères des chants des baleines et défendent un message écologique assez simplet! Comme des poissons hors de l'eau, les personnages de Star Trek ne sont plus traités avec respect. Les acteurs n'y sont plus: ils se parodient (prix spécial à William Shatner). Avec une joie évidente mais cela dessert le projet.
Paramount au même moment développait une série parallèle au film avec un nouvel équipage. Parce que le salaires des stars des films furent revus la hausse (Shatner voulait se tirer), le budget de cette dernière fut abaissé. Star Trek Next Generation aura bien du mal à convaincre à ses débuts. Ils mettront du temps à ringardiser les vieux de la vieille. Ces derniers y arrivent tout seuls. Et on leur offre une fortune pour cela.
Au delà de ce changement de cap, le film permet à ILM, les studios d'effets spéciaux de George Lucas, de développer de nouvelles technologies. Au fil du temps, la série devient un passionnant laboratoire pour les techniciens et les bricoleurs qui imaginent des techniques qui feront la révolution quelques années plus tard.
Pendant ce temps, Spock se déguise. Nimoy se vautre dans la rigolade bon marché. Et William Shatner, James T.Kirk himself négocie pour la réalisation du prochain volet. On rigole déjà comme des baleines!
L’Enigme des Blancs Manteaux

Sous la plume de Jean-François Parot naît un nouvel enquêteur dans le Paris de Louis XV, Nicolas Le Floch. Chaussez vos lunettes, amoureux de la langue du XVIIIe, vous allez vous délecter !
Premier roman d’une série policière, L’énigme des Blancs-Manteaux donne naissance à Nicolas Le Floch, un jeune plébéien du pays guérandais. Recommandé par le Marquis de Ranreuil et le Chanoine qui l’a élevé, Nicolas pose ses valises à Paris pour être employé par le lieutenant général de police de Sartine, également chef des affaires secrètes auprès du roi. Fraîchement arrivé dans la capitale, de Sartine le fait loger chez le commissaire Lardin, rue des Blancs Manteaux.
Sartine entend par l’entremise de Nicolas en savoir un peu plus sur les usages de Lardin qui côtoie d’étranges personnes réputées pour avoir des liens avec le milieu criminel. Lardin est suspecté par ailleurs d’être lié à la disparition de lettres diplomatiquement compromettantes pour le souverain. Mais voilà que Lardin disparaît subitement, qu’un cadavre est découvert à l’équarrissage de Montfaucon, et que le valet du chirurgien Semacgus ne donne plus signe de vie…
Nicolas, chargé d’enquêter sur ses événements et de faire ses preuves devant l’étrange confiance qui lui est faite, va devoir rencontrer dans un cadre carnavalesque des habitants aux passions et aux mœurs pour le moins surprenantes. Pour cela, il va se faire épauler de Bourdeau, inspecteur de police, de mouches et de mouchards ainsi que de personnages historiques comme le célèbre bourreau Sanson, employé à la Basse-Geôle…
Historien de formation, Jean-François Parot a le souci du détail et de la vérité historique, les nombreuses notes présentes tout au long du récit avec les sources en témoignent largement. En "humble chroniqueur des aventures de Nicolas Le Floch", Jean-François Parot inonde l’enquête de scrupuleuses descriptions du Paris du XVIIIe siècle qui donnent au livre un degré de vraisemblance tout à fait remarquable. L’entreprise est d’autant plus intéressante qu’un vrai travail d’écriture est réalisé, empruntant un lexique et des expressions propres au siècle des lumières qui reflètent un réel amour de la langue et de son histoire. S’appuyant sur des ouvrages de l’époque, le plus étonnant est sans doute la description faite par Jean-François Parot des mets consommés par les personnages ou encore la description de la terrible scène de torture faite par Sanson, sueurs froides garanties…
Alors, même si scénaristiquement, quelques maladresses existent sur la description un peu trop insistante de ficelles qui serviront au dénouement final, ce livre mérite une attention toute particulière par son érudition et son choix délibérément historique. La finesse et la qualité de l’écriture l’emportent largement sur les déficiences techniques de compositions, souvent présentes quant il s’agit de présenter de nombreux personnages, une époque et un réseau relationnel complexe. Les dialogues prennent souvent l’apparence de joutes verbales délicieuses d’ironie. Un très bon polar historique. A lire sans hésiter.
L.S.T

Pour les vacances, on visite le Monde en musique avec quelques disques à mettre dans les bagages. Aujourd’hui le Japon. Refrains pour supermarché. Gamines en jupes. Musicalité minimaliste. On réduit la pop japonaise à quelques clichés peu glorieux. Heureusement, voici une exception qui ne confirme pas du tout la règle.
Jeune musicien de Tokyo, Shugo Tokumaru chante en japonais. Il susurre plus qu’il ne s’égosille. La voix est douce et lointaine. Malgré une langue peu habituelle dans nos oreilles, la voix rappelle les héros de la folk américaine comme Sufjan Stevens.
C’est une qualité car l’univers du japonais nous apparaît tout de suite plus accessible. Vieux de deux ans (un nouvel album, "Exit", vient de sortir), le disque trouve un étrange écho avec les succès de cette année : Vampire Week-end ou Foals.
Shugo Tokumaru semble aussi plus intéressé par la musique que par les paroles. Il sait jouer de tous les instruments. Il a la réputation d’en inventer et d’utiliser des jouets. Il touche un peu à l’électronique et l’album "L.S.T" possède cette modernité dans la production que l’on retrouve chez les héros spécialistes du bidouillage acrobatique.
Les chansons de Tokumaru sont souvent courtes, espiègles et s’inscrivent dans un univers quasi enfantin. Mais c’est loin d’être simpliste. Les sonorités sont agréables, parfois exotiques mais parfaitement pop. Il emprunte à l’ambient de Brian Eno. Bien entendu, l’origine japonaise éveille la curiosité mais en deux ou trois chansons (spécialement Mushina), le musicien nous embarque vers des destinations surprenantes et introspectives.
Même si les chansons viennent de l’autre bout de la planète, on se sent proche de cet album étrange, bricolé et tendre. On voyage et on n'en attendait pas tant !
Lil chief records - 2006



