4 Mois 3 Semaines 2 Jours

Un avortement clandestin en Roumanie durant la dictature de Ceaucescu : voilà de quoi traite la Palme d’or de Cannes. Avec un tel sujet, le réalisateur Cristian Mungiu enfonce le spectateur dans une réalité très sombre. Effrayant, son film fait l’effet d’une bonne paire de claques. Si le cœur vous en dit…

Nanni Moretti a remporté la Palme d’or avec La chambre du fils, film sensible sur le deuil d’une famille après le décès du fils de la maison. Plus tard, Gus Van Sant obtint le même prix avec Elephant, chronique éthérée d’un massacre d’adolescents par deux jeunes tueurs. Enfin l’année dernière, les frères Dardenne sont récompensés pour la seconde fois de la prestigieuse palme pour leur film, L’enfant où un marginal vend son bébé pour quelques billets.

Les histoires où la jeunesse est un enjeu, semblent toucher les jurys de Cannes et cette année cela se confirme avec 4 mois, 3 semaines et 2 jours. Le Roumain Cristian Mungiu va un peu plus loin puisque le sujet de son film s’articule autour d’un fœtus.

Etudiante, Gabita est enceinte. Elle partage sa chambre universitaire avec Ottila, une blonde énergique. Cette dernière s’occupe de son ami, inquiète à l’idée d’avorter. A l’époque des Ceaucescu, l’avortement est illégal et condamnable de 10 ans de prison. Mais Gabita ne peut pas garder l’enfant. Ca serait un coup à être nommée à la campagne à un poste sans valeur. Sonnée, Gabita laisse Ottila tout organiser. Elles sont toutes les deux maladroites et rapidement elles sont piégées par monsieur Bébé, faiseur d’anges malhonnête…

Cet été le film de Mungiu a créé la polémique avec des associations contre l’avortement. Pas la peine de revenir là-dessus : le film ne prend jamais parti. Le regard de Mungiu est clinique et froid. Mungiu a peut être une ambition politique. Cette triste histoire dépeint la Roumanie à la fin des années 80, figée, paranoïaque et désespérée.

Ce que montre l’avortement de Gabita, c’est l’inhumanité érigée en système politique et social. Ce que l’on voit, c’est la résignation et la violence que s’infligent les femmes pour exister. Au lieu de s’acharner sur Gabita, le réalisateur a raison d’observer la courageuse Ottiva.

Prudente mais obstinée, c’est elle qui va affronter cette société qui ne veut rien voir et qui abandonne des jeunes femmes à des types sordides. Elle rappelle les héroïnes des frères Dardenne, seules contre tous. La mise en scène colle à ses baskets et observe son mutisme.

Avec de longs plans séquences, le cinéaste parvient à nous faire sentir l’angoisse de ces deux femmes, leur isolement et leur fatalisme. Le film révèle un monde sans espoir, où même aimer provoque des craintes, où les mariages finissent en bagarre, où tout rapport amène à la suspicion.

Le film de Mungiu effraie par cette façon de présenter l’anecdotique et l’intime avec la même distance. La vision du fœtus rejeté n’est pas le scandale de ce film. C’est la sécheresse dans laquelle se déroule ce drame qui fait un choc. Cette peur sourde de l’autre, qui traverse tout le film, désespère.

Tendu, le film exige beaucoup du spectateur. Il peut émouvoir comme il peut agacer. Son contexte, son sujet et son récit ne permettent aucune respiration. Cannes a remis une Palme d’or pour la rigueur et la clairvoyance de son auteur. Cannes a la bonne idée de signaler une œuvre qui fait mal là où elle appuie.

Bush

On confirme: le rap va bien. Même Snoop Dogg semble aller mieux. Aidé par l'indispensable Pharell Williams, il signe son meilleur album depuis... Doggystyle en 1993, année de la fin de la présidence Bush justement!

Mais Bush restera comme le titre du renouveau de Snoop Dogg, grand dadais du rap plein de clichés. Après un magnifique premier album, il n'a fait que décevoir. Le bonhomme s'est un peu paumé dans le show business. Un jour il est comédien. Un autre, il produit du porno. Il a fait tous les métiers dans l'entertainment américain. Dans ses disques, il s'éparpillait dans tous les genres. On le croyait réincarner en fou de reggae. On avait un peu oublié qu'il était d'abord rappeur!

D'ailleurs son style n'a pas trop changé de ce coté là. Nonchalant au possible, il chante. Il ne rappe pas des masses sur son nouvel album. Il laisse son ami Pharrell Williams tout géré. Ensemble ils ont encore des amis pour mettre un peu de valeur ajoutée au flow. Williams profite de Snoop Dogg pour réaliser un disque pour les beaux jours, bien funky, un peu commercial mais toujours urbain.

Le Gansta rap est changé en Summer rap, avec des voix sautillantes, des guitares soul et des rythmes bien chauds. C'est programmé pour cartonner dans les soirées chaudes de cet été et avant cela, les Spring Break les plus délurés. Les paroles sont salaces mais l'ensemble est réjouissant. Franchement, ca ne se prend pas au sérieux. Depuis le début des années 90, Snoop Dogg trouve enfin une seconde jeunesse. Cabot un jour, cabot toujours.

Columbia - 2015

Bourlinguer, Blaise Cendrars

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Blaise Cendrars a 60 and quand il entreprend de rédiger une série de récits autobiographiques qu'il nommera "BOURLINGUER". Loin de sa Suisse natale, de la guerre de 14 et de la "Main coupée", il s'est retiré en Provence et obtenu la nationalité française. De ce corpus de textes, le metteur en scène Darius Peyamiras sélectionne celui intitulé "GENES" et retrouve un vieux compagnon de route, l'acteur Jean-Quentin Châtelain, qu'il avait mis en scène en 1986 dans "MARS" de Fritz Zorn (il avait d'ailleurs obtenu le prix du Syndicat de la Critique pour ce spectacle).

De voyage, il est très peu question ici. "Bourlinguer", c'est "rouler sa bosse", mais aussi "traîner sa misère". Blaise Cendrars est en fuite quand il retourne à 20 ans sur les traces de son enfance passée sur le "Voméro"*, sur les hauteurs de Naples. Il découvre une colline en proie à la spéculation immobilière: des lotissements ont poussé, le goudron a recouvert les anciens sentiers de mule. Les terrains ont été découpés, privatisés, clôturés, et le narrateur peine d'abord à s'extraire de ce labyrinthe de barbelés. Alors qu'il pense que les lieux de son enfance ont définitivement disparu, il découvre le lieu magique de ses plus belles heures perdues: le Tombeau de Virgile. Un jardin ceinturé d'un muret de pierres, abritant une maisonnette, un grand pin, et au pied de l'arbre millénaire, le Tombeau du poète. Cendrars, en fuite, loqueteux, perdu, s'y réfugie et tente de se refaire une santé au milieu des ruines. Mais les souvenirs ressurgissent, éclatants et sombres, et ne le laissent pas en paix, car "(...) Il ne fait pas bon revenir au Paradis perdu de son enfance."

C'est ce récit des premières amours que partage Jean-Quentin Châtelain (JQC), et plus encore: les pensées sur la vie et ses supposées leçons, le sens du mot "progrès", et surtout le souvenir du drame originel qui peine à se dire, qui travaille la langue du poète, le récitant mâchant et remâchant ses mots jusqu'à la délivrance, jusqu'au cri. Si l'on a vu JQC dans "EXECUTEUR 14" d'Adel Hakim, "PREMIER AMOUR" de Samuel Beckett ou dans "KADDISH POUR L'ENFANT QUI NE NAITRA PAS" d'Imre Kertesz, on connaît déjà son talent et sa maîtrise de l'art du comédien et du monologue en particulier. L'acteur répète ses textes comme un sportif son geste, jusqu'à l'épuisement, le sens n'apparaissant que tardivement dans ce processus de digestion. C'est ainsi qu'il s'approprie les mots d'un autre et nous les restitue dans une fraîcheur et une violence intactes, dans un bouleversement de tous les sens: avec son souffle, son léger accent, ses pieds nus ancrés dans la scène, son corps souple et sa tête vibrante, les yeux mi-clos, comme dans un rêve ou une longue réminiscence...

On le compare à un shaman et son jeu à une transe - et en effet le mot "jeu" paraît décalé, comme le mot "interprétation" paraît désuet et désincarné pour l'évoquer, car il s'agit bien de chair, de souffle et d'émotion ici, et de la voix d'un grand auteur à découvrir ou redécouvrir impérativement: Blaise Cendrars.**

 

Jusqu'au 31 mai 2015

les mercredi, jeudi vendredi samedi à 20h, le dimanche à 16h.

 A voir et à entendre au Théâtre du Grand Parquet, 35 rue d'Aubervilliers, 75018 Paris (métro Stalingrad ou Max Dormoy).

www.legrandparquet.net

* La colline qui surplombe Naples, et d'où l'on peut admirer le Vésuve et toute la baie de Naples, comme sur une carte postale bien connue
** "LA PROSE DU TRANSSIBERIEN", "LA MAIN COUPEE", "BOURLINGUER"...

Cannes Amnesia

Du domaine des murmures, Poche Montparnasse

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1187, le domaine des Murmures. Lothaire-le-brutal, le châtelain de ce domaine, a imposé à le mariage à sa fille Esclarmonde. Mais celle-ci, le jour de sa noce refuse et fait le choix de se trancher l’oreille et d’épouser le Christ. Protégée par l’Église, elle est emmurée vivante. Recluse. Neuf mois plus tard, elle donne naissance à un fils portant aux mains des stigmates.

Seule en scène, Valentine Krasnochok révèle toute la singularité et la force de son personnage, Esclarmonde. Ce monologue libère le poids et la violence des mots entre révolte et chuchotement. L’audace du personnage est muée par son désir de liberté qui se caractérise par son en-murement et la solitude plutôt que la contrainte et la soumission aux hommes. Elle est maîtresse de son destin, celui de l’enfermement. Cette radicalité forge son don de soi. La parole est essentielle et exprime toutes ses vérités et ses secrets, ses désirs et ses doutes dans la douleur, celle de son amour pour son fils et l’espoir d’une vie meilleure pour lui.

Cruauté de l’histoire, des sous-entendus, la voix est amplifiée, déformée. Le spectateur est confronté à cette violence, frontalement, plongé dans cette intimité.

Intimité du décor : mur de pierres, sol recouvert de cailloux. Intimité des lumières, entre ombres et lumières : à la fois dans le domaine des vivants et des morts. Le spectateur devient le témoin de la souffrance et la douleur de cette jeune femme, confiné avec elle dans sa quête absolue de spiritualité et de liberté.

Pari audacieux et réussi grâce au jeu, à l’énergie et à la justesse de Valentine Krasnochok. La mise en scène intimiste de José Pliya fait de ce spectacle, Du domaine des murmures une expérience mystique dotée d’une puissance poétique qui ne laisse pas le spectateur indifférent. La magie de cet univers singulier est à découvrir sans plus attendre ! Plongez sans retenue dans l’univers et la quête de liberté d’Esclarmonde !

 

 

Jusqu’au 12 juillet 2015

DU DOMAINE DES MURMURES

D’après le roman de Carole Martinez

Mise en scène de José Pliya

Avec Valentine Krasnochok

Théâtre de Poche-Montparnasse

 

Cannes Irrational Man

Mad Max Fury Road

Avec son casting métamorphosé haut en couleurs - Hardy, Theron, Hoult - ce nouveau Mad Max propose le plus grand défilé de Monster Truck de tous les temps: des décors impressionnants et presque iréels, des véhicules ahurissants d'ingéniosité et des effets spéciaux ultra chiadés.

Tout ca pour une mécanique très bien huilée. Quand Twisted Metal rencontre Prometheus, le film soigne son esthétique! Des costumes travaillés servent des personnages tout aussi particuliers les uns que les autres!

Quel reproche peut on bien faire à ce film qui a tout pour plaire? He bien malgré tout cela, je me suis ennuyée du début à la fin. C'est presque trop parfait. Tout est trop maîtrisé, convenu et finalement sans surprise. J'ai l'impression d'avoir assisté plus que participier à cette énorme bataille des sables.

Rien ne m'a fait décoller de mon siège. J'espère en vain. Les intermèdes où l'écran se fond dans le noir ne m'ont pas aidés à m'extirper d'un ennui évident., Mais mis à part "ce petit défaut de fabrication" que je suis peut être la seule à ressentir, il est incontestable que le film vaut le coup et rien que pour la perfection du détail, je vous invite aussi furieusement à tailler la route direction le cinéma.

Avis aux amateurs!

Avec Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult et Zoe Kravitz - Warner Bros - 14 mai 2015 - 2h

On Stage Tonight

Venus de Nantes, les petits gars de Malted Milk nous font vibrer comme dans le sud des Etats-Unis. Ils mettent la fièvre.

Leurs guitares ont le son brut de la Louisiane. Le groove pourrait gronder vers Atlanta. Les cuivres semblent s’échapper de la Nouvelle Orléans. Pourtant Malted Milk est un groupe made in France. Ca ferait plaisir au ministre du redressement productif.

Il y a presque vingt ans, un harmoniciste rencontre un guitariste chanteur. Emmanuel et Arnaud débute comme duo très roots et petit à petit, le groupe va évoluer pour être aujourd’hui une machine à funk teinté d’un blues implacable.

Leur passion pour la musique noire a fait d’eux, les têtes pensantes d’un groupe qui pique toutes leurs bonnes idées dans la soul, le jazz et les grandes références du genre. On Stage Tonight est leur premier album live. Un moment assez renversant.

On devine aisément la chaleur, le plaisir et le groove de Malted Milk. On pense à toute vitesse aux libertés électrisantes de Maceo Parker. En plus ils ont des amis sympas comme les gars de C2C et Nina Attal, chanteuse au timbre exotique.

La force de frappe du groupe prend tout son sens sur scène. On a la bougeotte en quelques notes. La guitare, omniprésente, s’accompagnent des meilleurs accords funky. Les trompettes sonnent avec excitation. La batterie est endiablée. Bref, le démon vous envahit durant toute l’écoute. Même si vous n’avez pas le rythme, vous aurez le groove et une envie folle de danser. Ca du bon le Made In France!

Dixiefrog - 2015

Cannes Amy

The Tree of Life

Des algues, des dinosaures et un drame familial! Malick n'a vraiment pas choisi la simplicité. Trip philosophique et Palme douteuse!

Une lumière évanescente et le bruit de la mer ! En voix off, on entend « Mon frère » puis c’est le grand déballage philosophique de Terrence Malick. Le cinéaste discret et mystérieux continue de suivre les traces de Stanley Kubrick et se laisse aller à une réflexion massive sur la vie, la mort, la religion et la famille !

Le film devait être à Cannes l'année dernière mais le réalisateur a préféré revoir et refaire son montage. On sait que Malick est pointilleux et qu'il est capable d'oser et innover! Le sujet de The tree of life est pourtant simple.

Un homme (Sean Penn) se souvient de la rude éducation de son père dans les années 60 et l’influence de la mort de son frère cadet. Pour raconter cela, l’auteur du Nouveau Monde déconstruit au maximum sa narration. Il va très loin : on assiste à la création du Monde. On croise des dinosaures et on danse avec des algues.

Terrence Malick réalise des images somptueuses, renversantes, qui veulent bien dire quelque chose. Il est aussi doué pour filmer l’usure d’un couple (Brad Pitt parfait en papa lourdaud et Jessica Chastain jolie révélation) et observer la fratrie qui se rebelle doucement contre l’autorité parentale.

Il nous promène avec une aisance déconcertante entre le passé et le présent, le songe et la réalité.

Pourtant on s’ennuie. La virtuosité finit par bercer. Le cours de philosophie agace. Depuis son premier film, Terrence Malick a une vision panthéiste de l’existence. "La nature ne cherche que son profit". L'homme porte en lui la faute et le pêché.

Dans Tree of life, il engoble sa philosophie connue dans des digressions répétitives. Les tics visuels se multiplient (Toutes les trois minutes, la caméra contemple un arbre et ses branches). La musique classique assomme.

Pire, le film se termine dans une esthétique de publicité avec un Sean Penn largué dans le désert, inquiet de passer une porte qui donne sur rien, heureux de retrouver toutes les personnes qui ont compté dans sa vie sur une plage déserte.

Depuis longtemps, on sait ce que pense Malick de l'homme et sa destinée. Jusqu'à présent, il se servait des genres (polars, films de guerre, film historique) pour suggérer ses pensées.

Ici, le drame familial est une petite excuse à une vaste divagation quasi mystique, parfois intense, parfois franchement risible. Famille, je te hais! Déception, je te hais aussi!

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