Still Current, Russel Maliphant Company, Champs Elysées

Alice, la comédie musicale, Vingtième théâtre

Une troupe de comédiens-chanteurs pleine de talent à découvrir au Vingtième Théâtre jusqu'au 14 juin.
Qui n'a pas frémi, enfant, au récit des aventures d'Alice au pays des Merveilles, de Lewis Carroll?
Enfant, je n'aimais pas ce conte, qui me dérangeait (trop d'absurdités? Absence de cadre rassurant, de repère?) et dont les illustrations m'effrayaient.
Étudiante, j'ai découvert que ce récit était encore une source d'inspiration pour des auteurs, en particulier pour deux motifs:
- l'expérience psychédélique: on avale une potion qui nous plonge dans un état modifié de conscience, les objets paraissant immenses ou minuscules, cette expérience pouvant entraîner un changement de regard profond et durable;
- l'ambiguïté du lien entre le narrateur (Lewis Carroll dont le goût pour les très jeunes filles n'était pas innocent) et l'héroïne Alice. L'ingestion de la potion la soumettant dans un état de suggestion, la leçon de vie du narrateur est "forcée".
Précisément, la cruauté, il en est très peu question dans la production actuellement à l'affiche au Vingtième Théâtre. C'est une version aseptisée, un peu trop "bon enfant" qu'on nous propose. Seules la scène de fête (chez le Chapelier fou) et la scène finale (chez la Reine de Cœur) nous mettent mal à l'aise, le rythme effréné confinant à la folie.
L'auteur-compositeur Julien Goetz le confirme: "Nous souhaitons donner à ce spectacle une couleur à mi-chemin entre le Disney et le Tim Burton, en ajoutant une quantité de musiques orchestrées façon Broadway". C'est ce qu'on peut regretter: une esthétique "à mi-chemin", l'absence d'un parti pris. D'autant que la musique fait plutôt pencher l'ensemble du côté Disney que vers Tim Burton...
Pour autant, il faut saluer la belle performance et la générosité des acteurs-chanteurs-danseurs que sont: Morgane L’Hostis Parisot dans Alice, Hervé Lewandowski dans le narrateur et le Chapelier fou, Véronique Hatat dans la chenille, Julie Lemas dans la Reine de Cœur, Vincent Gilliéron dans le Lapin blanc et Antonio Macipe dans le Chat du Cheshire.
Les costumes excentriques ajoutent également un bon point à ce spectacle. De belles voix, du talent, et le plaisir de faire découvrir le conte de Lewis Carroll aux plus jeunes, "en live".
Jusqu'au 14 juin 2015
Vingtième Théâtre - 7, rue des Plâtrières - 75020 Paris - Réservations: 01 48 65 97 90
Mise en scène: Marina Pangos
Musique: Julien Goetz
Textes: Nicolas Laustriat, Cécile Clavier
Avec: Vincent Gilliéron, Véronique Hatat, Julie Lemas, Hervé Lewandowski, Antonio Macipe, Morgane L’Hostis Parisot
4 Mois 3 Semaines 2 Jours

Un avortement clandestin en Roumanie durant la dictature de Ceaucescu : voilà de quoi traite la Palme d’or de Cannes. Avec un tel sujet, le réalisateur Cristian Mungiu enfonce le spectateur dans une réalité très sombre. Effrayant, son film fait l’effet d’une bonne paire de claques. Si le cœur vous en dit…
Nanni Moretti a remporté la Palme d’or avec La chambre du fils, film sensible sur le deuil d’une famille après le décès du fils de la maison. Plus tard, Gus Van Sant obtint le même prix avec Elephant, chronique éthérée d’un massacre d’adolescents par deux jeunes tueurs. Enfin l’année dernière, les frères Dardenne sont récompensés pour la seconde fois de la prestigieuse palme pour leur film, L’enfant où un marginal vend son bébé pour quelques billets.
Les histoires où la jeunesse est un enjeu, semblent toucher les jurys de Cannes et cette année cela se confirme avec 4 mois, 3 semaines et 2 jours. Le Roumain Cristian Mungiu va un peu plus loin puisque le sujet de son film s’articule autour d’un fœtus.
Etudiante, Gabita est enceinte. Elle partage sa chambre universitaire avec Ottila, une blonde énergique. Cette dernière s’occupe de son ami, inquiète à l’idée d’avorter. A l’époque des Ceaucescu, l’avortement est illégal et condamnable de 10 ans de prison. Mais Gabita ne peut pas garder l’enfant. Ca serait un coup à être nommée à la campagne à un poste sans valeur. Sonnée, Gabita laisse Ottila tout organiser. Elles sont toutes les deux maladroites et rapidement elles sont piégées par monsieur Bébé, faiseur d’anges malhonnête…
Cet été le film de Mungiu a créé la polémique avec des associations contre l’avortement. Pas la peine de revenir là-dessus : le film ne prend jamais parti. Le regard de Mungiu est clinique et froid. Mungiu a peut être une ambition politique. Cette triste histoire dépeint la Roumanie à la fin des années 80, figée, paranoïaque et désespérée.
Ce que montre l’avortement de Gabita, c’est l’inhumanité érigée en système politique et social. Ce que l’on voit, c’est la résignation et la violence que s’infligent les femmes pour exister. Au lieu de s’acharner sur Gabita, le réalisateur a raison d’observer la courageuse Ottiva.
Prudente mais obstinée, c’est elle qui va affronter cette société qui ne veut rien voir et qui abandonne des jeunes femmes à des types sordides. Elle rappelle les héroïnes des frères Dardenne, seules contre tous. La mise en scène colle à ses baskets et observe son mutisme.
Avec de longs plans séquences, le cinéaste parvient à nous faire sentir l’angoisse de ces deux femmes, leur isolement et leur fatalisme. Le film révèle un monde sans espoir, où même aimer provoque des craintes, où les mariages finissent en bagarre, où tout rapport amène à la suspicion.
Le film de Mungiu effraie par cette façon de présenter l’anecdotique et l’intime avec la même distance. La vision du fœtus rejeté n’est pas le scandale de ce film. C’est la sécheresse dans laquelle se déroule ce drame qui fait un choc. Cette peur sourde de l’autre, qui traverse tout le film, désespère.
Tendu, le film exige beaucoup du spectateur. Il peut émouvoir comme il peut agacer. Son contexte, son sujet et son récit ne permettent aucune respiration. Cannes a remis une Palme d’or pour la rigueur et la clairvoyance de son auteur. Cannes a la bonne idée de signaler une œuvre qui fait mal là où elle appuie.
Bush

On confirme: le rap va bien. Même Snoop Dogg semble aller mieux. Aidé par l'indispensable Pharell Williams, il signe son meilleur album depuis... Doggystyle en 1993, année de la fin de la présidence Bush justement!
Mais Bush restera comme le titre du renouveau de Snoop Dogg, grand dadais du rap plein de clichés. Après un magnifique premier album, il n'a fait que décevoir. Le bonhomme s'est un peu paumé dans le show business. Un jour il est comédien. Un autre, il produit du porno. Il a fait tous les métiers dans l'entertainment américain. Dans ses disques, il s'éparpillait dans tous les genres. On le croyait réincarner en fou de reggae. On avait un peu oublié qu'il était d'abord rappeur!
D'ailleurs son style n'a pas trop changé de ce coté là. Nonchalant au possible, il chante. Il ne rappe pas des masses sur son nouvel album. Il laisse son ami Pharrell Williams tout géré. Ensemble ils ont encore des amis pour mettre un peu de valeur ajoutée au flow. Williams profite de Snoop Dogg pour réaliser un disque pour les beaux jours, bien funky, un peu commercial mais toujours urbain.
Le Gansta rap est changé en Summer rap, avec des voix sautillantes, des guitares soul et des rythmes bien chauds. C'est programmé pour cartonner dans les soirées chaudes de cet été et avant cela, les Spring Break les plus délurés. Les paroles sont salaces mais l'ensemble est réjouissant. Franchement, ca ne se prend pas au sérieux. Depuis le début des années 90, Snoop Dogg trouve enfin une seconde jeunesse. Cabot un jour, cabot toujours.
Columbia - 2015
Du domaine des murmures, Poche Montparnasse

1187, le domaine des Murmures. Lothaire-le-brutal, le châtelain de ce domaine, a imposé à le mariage à sa fille Esclarmonde. Mais celle-ci, le jour de sa noce refuse et fait le choix de se trancher l’oreille et d’épouser le Christ. Protégée par l’Église, elle est emmurée vivante. Recluse. Neuf mois plus tard, elle donne naissance à un fils portant aux mains des stigmates.
Seule en scène, Valentine Krasnochok révèle toute la singularité et la force de son personnage, Esclarmonde. Ce monologue libère le poids et la violence des mots entre révolte et chuchotement. L’audace du personnage est muée par son désir de liberté qui se caractérise par son en-murement et la solitude plutôt que la contrainte et la soumission aux hommes. Elle est maîtresse de son destin, celui de l’enfermement. Cette radicalité forge son don de soi. La parole est essentielle et exprime toutes ses vérités et ses secrets, ses désirs et ses doutes dans la douleur, celle de son amour pour son fils et l’espoir d’une vie meilleure pour lui.
Cruauté de l’histoire, des sous-entendus, la voix est amplifiée, déformée. Le spectateur est confronté à cette violence, frontalement, plongé dans cette intimité.
Intimité du décor : mur de pierres, sol recouvert de cailloux. Intimité des lumières, entre ombres et lumières : à la fois dans le domaine des vivants et des morts. Le spectateur devient le témoin de la souffrance et la douleur de cette jeune femme, confiné avec elle dans sa quête absolue de spiritualité et de liberté.
Pari audacieux et réussi grâce au jeu, à l’énergie et à la justesse de Valentine Krasnochok. La mise en scène intimiste de José Pliya fait de ce spectacle, Du domaine des murmures une expérience mystique dotée d’une puissance poétique qui ne laisse pas le spectateur indifférent. La magie de cet univers singulier est à découvrir sans plus attendre ! Plongez sans retenue dans l’univers et la quête de liberté d’Esclarmonde !
Jusqu’au 12 juillet 2015
DU DOMAINE DES MURMURES
D’après le roman de Carole Martinez
Mise en scène de José Pliya
Avec Valentine Krasnochok
Mad Max Fury Road

Avec son casting métamorphosé haut en couleurs - Hardy, Theron, Hoult - ce nouveau Mad Max propose le plus grand défilé de Monster Truck de tous les temps: des décors impressionnants et presque iréels, des véhicules ahurissants d'ingéniosité et des effets spéciaux ultra chiadés.
Tout ca pour une mécanique très bien huilée. Quand Twisted Metal rencontre Prometheus, le film soigne son esthétique! Des costumes travaillés servent des personnages tout aussi particuliers les uns que les autres!
Quel reproche peut on bien faire à ce film qui a tout pour plaire? He bien malgré tout cela, je me suis ennuyée du début à la fin. C'est presque trop parfait. Tout est trop maîtrisé, convenu et finalement sans surprise. J'ai l'impression d'avoir assisté plus que participier à cette énorme bataille des sables.
Rien ne m'a fait décoller de mon siège. J'espère en vain. Les intermèdes où l'écran se fond dans le noir ne m'ont pas aidés à m'extirper d'un ennui évident., Mais mis à part "ce petit défaut de fabrication" que je suis peut être la seule à ressentir, il est incontestable que le film vaut le coup et rien que pour la perfection du détail, je vous invite aussi furieusement à tailler la route direction le cinéma.
Avis aux amateurs!
Avec Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult et Zoe Kravitz - Warner Bros - 14 mai 2015 - 2h
On Stage Tonight

Venus de Nantes, les petits gars de Malted Milk nous font vibrer comme dans le sud des Etats-Unis. Ils mettent la fièvre.
Leurs guitares ont le son brut de la Louisiane. Le groove pourrait gronder vers Atlanta. Les cuivres semblent s’échapper de la Nouvelle Orléans. Pourtant Malted Milk est un groupe made in France. Ca ferait plaisir au ministre du redressement productif.
Il y a presque vingt ans, un harmoniciste rencontre un guitariste chanteur. Emmanuel et Arnaud débute comme duo très roots et petit à petit, le groupe va évoluer pour être aujourd’hui une machine à funk teinté d’un blues implacable.
Leur passion pour la musique noire a fait d’eux, les têtes pensantes d’un groupe qui pique toutes leurs bonnes idées dans la soul, le jazz et les grandes références du genre. On Stage Tonight est leur premier album live. Un moment assez renversant.
On devine aisément la chaleur, le plaisir et le groove de Malted Milk. On pense à toute vitesse aux libertés électrisantes de Maceo Parker. En plus ils ont des amis sympas comme les gars de C2C et Nina Attal, chanteuse au timbre exotique.
La force de frappe du groupe prend tout son sens sur scène. On a la bougeotte en quelques notes. La guitare, omniprésente, s’accompagnent des meilleurs accords funky. Les trompettes sonnent avec excitation. La batterie est endiablée. Bref, le démon vous envahit durant toute l’écoute. Même si vous n’avez pas le rythme, vous aurez le groove et une envie folle de danser. Ca du bon le Made In France!
Dixiefrog - 2015






