Und, Howard Baker, Jacques Vincey, Natalie Dessay, Théâtre de la Ville
Mai08

Und, Howard Baker, Jacques Vincey, Natalie Dessay, Théâtre de la Ville

” En retard”; elle attend un homme en retard. Diva à la silhouette artificiellement allongée, elle va égrener un monologue acrobatique engoncée dans ses apprêts baroques. Autour d’elle, un environnement sonore fantastique et inquiétant réalisé par Alexandre Meyer. Au dessus d’elle, en guises de lustres étincelants, sont suspendues des lames de glace qui fondent inexorablement, forment des flaques qui progressivement mangent le sol sous ses pieds. Elle, Natalie Dessay, a une voix indescriptible, claire comme le cristal, vibrante, pleine. Sa diction est parfaite; une interprétation directe, face publique, certains mots suspendus en l’air comme figés dans un instant fulgurant, comme ce goutte à goutte de glace, comme des lames de couteau. Le propos évoque l’attente anxieuse d’une femme, l’attente d’un amant sombre; un homme qui enlève les juifs… Elle évoque ses manières à elle, elle tente de faire l’aristocrate, plus que les aristocrates eux-mêmes; mais elle est juive… Elle évoque une vie de simulacre. Elle se dévêt finalement pour que la vérité sorte. La cloche sonne quelque part. Le bruit des vitres qui se brisent rencontre bientôt le vacarme des lames de glace fondues qui tombent sur scène. Elle est toujours très digne et maniérée, cette voix toujours si extraordinaire tandis que l’environnement autour d’elle vole en éclat, et lui envoie les signes annonciateurs des derniers égards, de mort et de sépulture, et qu’elle entend les pleurs d’un amour désavoué… Dans ce théâtre beckettien, hors lieu, hors temps et pourtant si sensoriel, où l’on sent le froid, où le sonore nous éclabousse, Natalie Dessay est implacable, inoubliable. Cette pièce courte est un formidable exercice de mise en scène. Si l’on arrive tôt au théâtre des Abbesses, on entend Natalie Dessay faire ses vocalises de Soprane… Un enchantement. Jusqu’au 14 mai 2016 Und, de Howard Baker, mise en scène de Jacques Vincey, avec Natalie Dessay au Théâtre de la Ville aux...

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Il Sangue, Adesso Voglio Musica e basta, Pippo Delbono, Bouffes du Nord
Avr02

Il Sangue, Adesso Voglio Musica e basta, Pippo Delbono, Bouffes du Nord

On aime ou on déteste son théâtre, parce qu’on ne peut pas y échapper par l’ennui, les bâillements assoupis ou la distraction; on est toujours empoigné dans ses visions, martelé par ses mots: Pippo Delbono est notre démiurge.

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Nature Theater of Oklahoma – Life and times – Épisode 8
Mar22

Nature Theater of Oklahoma – Life and times – Épisode 8

Entre paysages industriels, rives de l’Hudson aux verdoiements de paradis perdu, promenades suspendues entre Manhattan et Brooklyn, Kristin Worrall a passé la vingtaine, a toujours les tics de langage de l’adolescence et son discours auto-centré s’englue dans les détails au point qu’on a l’impression que le temps ne s’écoule plus.

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Les grandes villes sous la lune, Odin Teatret, Eugenio Barba, Théâtre du Soleil du 8 au 20 mars
Mar19

Les grandes villes sous la lune, Odin Teatret, Eugenio Barba, Théâtre du Soleil du 8 au 20 mars

Crée en 1964 tout comme la compagnie d’Ariane Mnouchkine, l’Odin Teatret d’Holstebro est invité au Théâtre du Soleil, dans un “troc” de richesses cher aux principe du “Tiers-théâtre” selon Eugénio Barba. Les Grandes villes sous la Lune, deuxième pièce présentée par la troupe durant son séjour parisien, est une oeuvre jouée, chantée, dansée et virevoltante, malgré les sujets du traumatisme de guerre, et de la violence de l’altérité. Plusieurs figures défilent: un soldat écrivant à sa mère les paradoxes de ses “missions de paix” en zones de génocides, des exilés tricotant le fil de leur souvenir et leur conflit d’appartenance empêchant toute forme d’attachement pour le pays d’accueil, l’enfant muette sacrifiée de Mère Courage dans un hommage à Brecht; les voix, les chants sublimes, la danse de masques du théâtre asiatique…. Les interprètes sont très beaux, et musiciens émérites. On est les deux pieds dans le “Tiers-théâtre”: une forme théâtrale troubadour, avec le groupe au centre de tout et une dimension politique intense; le théâtre qui se loge à l’interstice du social pour le regarder face à face. Mais l’élégance et la poésie de la mise en scène sont telles qu’il ne se dégage nulle violence; au contraire une humanité superbe que chaque membre du groupe prolonge. Le corps est intensément engagé. On pourra songer au Tanztheater Wupperthal de Pina Bausch; d’ailleurs l’Odin Teatret, boudé par Oslo, s’est lui aussi implanté dans une petite ville du Danemark qu’il a métamorphosée pour toujours. Courez voir cet enchantement, le phénomène est rare, l’émotion...

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Mass B, Béatrice Massin, Théâtre national de Chaillot
Mar18

Mass B, Béatrice Massin, Théâtre national de Chaillot

On apprécie les farandoles planantes, les moments aériens; des interprètes sortent du lot, certains retrouvent dans cette parenthèse enchantée leur placement de danseur classique…

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La Musica, La Musica Deuxième, Marguerite Duras, Anatoli Vassiliev, Comédie française
Mar18

La Musica, La Musica Deuxième, Marguerite Duras, Anatoli Vassiliev, Comédie française

Les deux sociétaires Thierry Hancisse et Florence Viala forment un couple mal assorti, ce qui n’est pas inintéressant; il est maladroit et mélancolique, elle trop légère, trop vive… Cela pourrait marcher; mais les émotions sont vacillantes.

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Attends, Attends, Attends… Pour mon Père, Cédric Charron, Jan Fabre, Théâtre de la Bastille,
Mar11

Attends, Attends, Attends… Pour mon Père, Cédric Charron, Jan Fabre, Théâtre de la Bastille,

Les premières secondes de ce solo inaugural dans le triptyque Jan Fabre proposé au Théâtre de la Bastille, nous plongent d’emblée dans une expérience mystique, transparente à un Autre Monde, de l’Au-delà… Nimbée de fumée blanche qui déborde de la scène pour envelopper doucement le public, la pénombre devient diffuse, propre au visons magiques. S’en extrait Cédric Charron, vêtu d’un rouge cru. La scène est là-encore une composition picturale du plasticien Jan Fable, truffée de symboles gothiques. Cédric Charron danse le passage de vie à trépas de la figure du Père, dans la peau de Charon, le “nocher des enfers”, qui guide les mourants moyennant péage dans leur traversée du Styx. Charon est dans la mythologie grecque un vieillard malcommode, ce que le fantasque danseur mime très bien, dans un travail corporel évoquant la danse Buto, une autre danse des Ombres… Dans le texte qui se déploie, Cédric Charron s’exprime pourtant en homme encore jeune qui réclame au Père, d’Attendre, Attendre… Pour que le temps de danser puisse avoir lieu, le temps de la procrastination et de l’inutile pour le Fils, qui ouvre l’accès au monde la Création, libéré de l’interdit du Père. Il y a donc deux passages à opérer: du Père oedipien au Père mort, du Fils paralysé au fils artiste; pour que le temps, après l’Attente, se mette à passer de nouveau… Le texte est superbe, les effets visuels assez hypnotiques; on regrettera néanmoins un ensemble un peu hermétique et “en force”. Mais il en va de même dans d’autres solos précédents présentés par Yann Fabre, qui réussissaient peut-être mieux à donner au propos crûment biographique une résonance plus métaphysique, notamment par les références au monde médiéval. Si l’on retrouve ses codes obligatoires, comme le corps en croix -l’expérience même du “chemin de croix”-, on trouve moins facilement dans Attends le fil esthétique du rêve… On continuera néanmoins de suivre Jan Fabre, tant au musée qu’au théâtre, dans son traitement des corps, de Nature Morte à Transcendance, pour faire apparaître combien l’Art s’arrache dans l’effort à un temps où la Mort est sans cesse évoquée.   du 9 au 13 mars 2016 Solo pour Cédric Charron de Jan Fabre Théâtre de la...

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Nombrer Les Étoiles, Alban Richard, ensemble Alla francesca, Théâtre 71
Mar10

Nombrer Les Étoiles, Alban Richard, ensemble Alla francesca, Théâtre 71

Dans un entretien pour le numéro spécial de La Terrasse Shall we dance?, Alban Richard déclare:  « Les CCN peuvent travailler à la reconnaissance et à la nécessité de la danse dans une société. […] Le projet pour Caen est essentiellement une utopie.” Dans Nombrer Les Étoiles, l’utopie consiste à projeter sur scène une brèche spatio-temporelle pour plonger des artistes aux corps et habitus ultra-contemporains dans un environnement baignée de musique médiévale, et ce dans la plus grande fluidité, le plus grand naturel. Pourrait-on imaginer un voyage dans le temps plus doux et serein? Alban Richard, assisté pour le son par Félix Perdreau, a inséré une continuité minutieuse entre les ballades oniriques interprétées par l’ensemble Alla francesca et le souffle même des danseurs, réverbéré dans tout le public, intensifiant encore l’expérience de transport, intérieur autant que physique. Chaque geste de main, de pieds, inclinaison de tête… répond subtilement, note pour note, au chant. Ces arabesques lentes, ce tournoiement suspendu par instants en des poses symboliques, évoquent les sujets gracieux des enluminures médiévales où chaque geste est un langage. Il émane de l’ensemble un climat de grande détente; tour à tour le chant s’élève, à son diapason les corps s’envolent, puis tout revient à l’état neutre, à l’image d’une boîte à musique dont le mécanisme s’interrompt. On peut remarquer que les interprètes sont en blue jeans, comme Alban Richard lui-même dans la Suite Dansée présentée l’année dernière à la Philharmonie au son du claveciniste Christophe Rousset. Alban Richard est un chorégraphe qui recherche un traitement “métrique” de la danse, dans une réponse poignante et rigoureuse à la partition musicale. On se souvient du morceau de bravoure que fut Pléiades pour le festival Montpellier Danse en 2011 où les six danseurs de son ensemble l’Abrupt scandaient le tempo des Percussions de Strasbourg sur la musique de Iannis Xenakis dans une vitesse d’enfer… Il poursuit sa recherche amorcée à Chaillot en 2014 dans Et mon coeur a vu à foison, de plongée dans l’univers baroque/ médiévale. Il est question pour lui de travailler une nouvelle contrainte d’écriture chorégraphique, comme un compositeur se frotterait au genre dodécaphonique. Mais ce qui éclate avec Nombrer les Étoiles, illustre bien “la nécessité de la Danse” dans la cité. Avec la peinture classique, nous avions accès à la représentation du corps anatomique, à une certaine valorisation du corps dans une dimension presque sacralisée. Dans le monde contemporain, il ne reste que la danse pour nous rappeler l’importance du corps, du geste, du rythme, de la marche ou du souffle…; pour nous en montrer et faire entendre la beauté. En blue-jean du quotidien, cette beauté sereine éclate parfaitement grâce aux interprètes d’Alban Richard, en...

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ETHICA Natura e Origine della Mente, Romeo Castellucci, T2G
Mar08

ETHICA Natura e Origine della Mente, Romeo Castellucci, T2G

Après Le Metope del Partenone présenté à la Villette pour le Festival d’Automne dans une synchronicité terrifiante post-attentats parisiens, Castellucci a décidé de ne présenter au T2G que le premier tableau de son projet ETHICA inspiré de l’Ethique de Spinoza. ” J’ai senti que trop de spectacles ont été montrés, représentés, et que la quantité en était accablante. Je pense que le public parisien a vu suffisamment de mes spectacles. […]” Il est en effet important de réfléchir à inscrire le travail de Castellucci, entamé depuis la fin des années 1980, dans une perspective historique, dans l’évolution d’une société post-moderne accidentée par l’effacement du Sacré. “Revenir à la Tragédie” était l’objet du Portrait que lui a consacré sur deux années le Festival d’Automne. Revenir au Sacré, à la pensée du Religieux, pourrait être une autre manière de retracer le fil des projets de Castellucci. Artiste résistant à la catégorisation – plasticien au théâtre, performer, philosophe..- ce qu’il offre de façon unique, exigeante et géniale est la projection sur le dispositif théâtral de tous ces divers champs sémantiques. Aussi son travail ne peut-il que dérouter, tout comme le Nouveau Roman stupéfia ses premiers lecteurs. Si Castellucci propose un laboratoire de la Chose Tragique, il reste au plus près de l’esprit des Tragiques antiques: la recherche de la catharsis, la purgation des passions et l’élévation de l’âme. On sort toujours d’une de ses pièces avec le ressenti des effets d’une tache intellectuelle importante, il ne s’agit pas là d’un théâtre vain. Natura e Origine della Mente est une variation sur le livre 2 de Spinoza ” De la nature et de l’origine de l’âme”. Quand le livre 1 traitait De Dieu, il est question dans cette partie de l’Ethique, de l’intrication humaine de l’esprit et du corps; sa conclusion traite de l’intellect et la volonté. Castellucci projette ce questionnement sur le lieu du Théâtre. Il y a la Lumière, interprétée par une femme suspendue par un doigt à un câble, qui se distend et se tend à mesure qu’elle s’approche du sol avant de remonter et disparaître à nouveau dans les hauteurs; la Caméra incarnée par un chien qui miaule et parle; et l’Esprit, personnage protéiforme. Ces trois entités, se substituant peut-être aux catégories Spinozistes de la perception, l’imagination et la connaissance débattent de l’intérêt de chacune, de l’Être et de l’Avoir, de leur interdépendance tragique finalement. Le spectateur a laissé derrière lui le confort des fauteuils, a traversé la frontière de la scène et est entré dans un espace autre. Sorte de redite du mythe de la Caverne, les spectateurs observent par un orifice ouvert vers un ailleurs qu’on ne...

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Richard III, William Shakespeare,Thomas Jolly, Odéon
Fév13

Richard III, William Shakespeare,Thomas Jolly, Odéon

Ce qui restera remarquable quoique outrancier, c’est la métamorphose monstrueuse du corps de Thomas Jolly-Richard. Ses postures étranges touchent juste à rendre visible la perversion toujours plus triomphante de son monde intérieur, prospérant à mesure que ses costumes deviennent de plus en plus chargés.

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FLA-CO-MEN, Israel Galván, Théâtre de la Ville
Fév06
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CCN Ballet de Lorraine, Mathilde Monnier, Alban Richard, Cecilia Bengolea et François Chaignaud, Chaillot
Jan17

CCN Ballet de Lorraine, Mathilde Monnier, Alban Richard, Cecilia Bengolea et François Chaignaud, Chaillot

Il est réjouissant de suivre cette compagnie du Ballet de Lorraine comme on surveille une pépinière.

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From Black to Blue, Mats Ek,
Jan10

From Black to Blue, Mats Ek,

La danse de Mats Ek ne fera pas répertoire.

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deGeneration, Hofesh Shechter,  Abbesses
Mai26

deGeneration, Hofesh Shechter, Abbesses

On pourrait regretter les redondances du chorégraphe Hofesh Shechter… Ce serait omettre dans son travail la nécessité de faire Répertoire, pour inscrire ou retenir une mémoire qui échappe et revient toujours au présent… Dans le programme présenté au théâtre des Abbesses, il a transmis aux huit jeunes recrues de sa compagnie fondée en 2008 les pièces Cult et Fragments, écrites en 2004 et 2003. Suit la création Disappearing Act. On y repère la constance d’un vocabulaire gestuel: épaules en avant, dos rond-tête basse-bras ballants comme somnambules, travail au sol  qui glisse sans bruit comme les enfants la nuit… Pour décor principal, une lumière basse d’où s’échappent des ombres fantomatiques; et de la brume, comme l’air poussiéreux après des tirs de mortier. L’autre stéréotype de Shechter est l’environnement sonore, qu’en tant que batteur, il scande dans un rythme pleinement confondu aux pulsations du mouvement. N’est-ce pas lorsqu’un chorégraphe se reconnaît par ses tocs, obsessions monomanes, qu’il est devenu un Auteur? La danse de deGeneration évoque les danses guerrières. Ces jeunes interprètes à l’énergie débridée apparaissent dévoués à l’ensemble; Disappearing Act à la fin du propos semble conclure sur le Groupe comme seule forme de survie… La répétition formelle pourrait s’entendre ici comme un martèlement ou une démarche de conservation: dans quelque obscurité, on danse en avant-plan de la guerre… On retrouvera la compagnie d’Hofesh Shechter au festival d’Avignon. du 4 au 20 Mai 2015 Théâtre de la...

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Nelken (1982), Pina Bausch, Tanztheater Wuppertal Cie, Ville
Mai22

Nelken (1982), Pina Bausch, Tanztheater Wuppertal Cie, Ville

On ne pourrait pas voir trop souvent de pièces de l’éternelle Pina; ce serait trop d’émotion et de beauté d’un coup, ça déborderait sur la Vie. Il faut voir dans la rareté, une cérémonie du Wuppertal, puis retourner à sa vie les yeux pleins, et laisser venir la danse qui relie les deux dans des histoires et des rondes à l’infini… On souhaite que ça ne s’arrête jamais; on célèbre chaque année la conservation exemplaire d’un répertoire sans prix, né de la communauté profonde entre Pina Bausch et ses interprètes … Nelken, création phare de 1982, qui reparaît aujourd’hui au Châtelet comme si elle venait de fleurir, traite de la Mémoire intime. Très sensorielle, cette narration en mouvements associe librement pour dévoiler l’enfant dans l’adulte. On y retrouve le cocasse et les violences parfois des jeux d’enfants; l’absurde toujours des paroles des adultes adressées à l’enfant. Cette danse-théâtre est “un exercice d’enfance”: il ne s’agirait pas de vieillir en oubliant de jouer… Certains des interprètes historiques sont remplacés déjà, mais pas de tristesse: la marche inéluctable du temps, on la suit avec joie et nonchalance; et aussi avec cérémonie, en grande pompe et robes de bal… Pourquoi on a dansé au commencement, pourquoi ne peut-on plus danser de la même façon? Comment danse-t-on avec son corps de maintenant, tout en pensant et en parlant de ses souvenirs?… Sur scène, se succèdent de puissants rites de passage, des épreuves, des “grands sauts”. Après ces expériences, il apparaît que les interprètes ont retrouvé quelque chose qui a fait venir la joie: un langage simple et sensible, qui a rétabli le pont entre l’avant et l’après. Visuellement, les couleurs plantant le théâtre sont à couper le souffle. La salle entière est entraînée dans la ronde, symbole fétiche de la chorégraphe. “On ouvre le bras droit, le bras gauche; on ramène le bras droit vers sa poitrine, puis le bras gauche”… Sur cette invite, spectateurs et danseurs enlacent un même imaginaire; pour la plus longue des dernières danses… Du 12 au 17 Mai 2015 au Théâtre de la Ville, Paris Nelken, Tanztheater Wuppertal, Pina...

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Still Current, Russel Maliphant Company, Champs Elysées
Mai22

Still Current, Russel Maliphant Company, Champs Elysées

On retrouve, dans ce programme de cinq solos et duos, la très belle pièce Afterlight découverte à Chaillot en 2011 en hommage à Nijinsky. Un jeune danseur, à l’étrangeté chimérique du Faune, déroule un manège virtuose mêlant lascivement les vocabulaires gestuels du classique et du break-danse, dans une lumière crépusculaire et sur les Gnossiennes de Satie. Ainsi est la danse des interprètes de Russel Maliphant; hybride et graphique, sculptant l’espace et la lumière. Dans sa création Still Current, le très beau danseur Carys Staton (dont le morceau de bravoure Still en ouverture évoque la sortie d’enfermement) conduit un pas de deux saccadé entre apparition et effacement. Le travail de lumière est remarquable: autour des deux interprètes, un périmètre évanescent se rétracte puis se dilate semblant faire vaciller la scène en fonction de la célérité des danseurs. La qualité chorégraphique passe ainsi du puissant au fragile, témoignant du métissage de la technique. On s’étonne bien-sûr de cette nouvelle génération de chorégraphes à “formats courts”, comme Hofesh Shechter également… L’élégance du travail de Maliphant ne manque pas, néanmoins, d’être remarquable. du 19 au 20 mai 2015 Théâtre des Champs Élysées,...

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Pichet Klunchun and myself, Jérôme Bel, Théâtre de la Commune
Avr08

Pichet Klunchun and myself, Jérôme Bel, Théâtre de la Commune

Conversation en mouvements entre une étoile de la danse de masque thaïlandaise traditionnelle, le khon, et le trublion Jérôme Bel, inventeur de la non-danse… Au début, c’est l’esthétique du premier qui paraît assez impénétrable; répondant à l’interview béotienne de Jérôme Bel, il explicite dans un anglais approximatif les codes de cette pantomime où chaque geste est le fragment d’un long récit mythique. Danse-théâtre de doigts et de regards, pour quatre types de personnages (femme, homme, démon et singe), elle se déploie dans une fluidité extraordinaire selon un principe organisateur, le tracé d’un cercle puis le retour à des jonctions corporelles qui rassemblent et ramène l’énergie vers l’interprète. Ces spectacles, offrandes aux statues des temples, durent jusqu’à plusieurs semaines; la mort évoquée fréquemment au cours de ces longs récits ne peut être représentée directement sur scène… Au fil de cette causerie, hypnotisés par la beauté et la fluidité de Pichet Klunchun, nous voyons de plus en plus claires les formes tracées par son corps, nettement imprégné de ce vocabulaire. Nous entendons que Pichet a été destiné à cet art dès la naissance, et que son nom même est intimement connecté à cette pratique… Aujourd’hui le khon est en plein déclin en Thaïlande et se pastiche autour des piscines pour des touristes mis à l’écart de la société thaïlandaise… Pichet Klunchun explique son œuvre de reconnexion à la tradition, dans la nouvelle donne contemporaine.. Jusque-là Jérôme Bel, presque condescendant, semblait traiter cette Autre danse comme étrangère… Puis c’est au tour de Pichet de l’interroger, et le rapport de force bascule. Jérôme Bel n’est plus un danseur; il n’arrive plus à l’être reconnaît-il, il n’est pas un chorégraphe non plus… Jérôme Bel est un chercheur qui a posé son doute sur scène: “qu’est-ce que c’est être face public; pour y présenter quoi?” Alors il sidère Pichet, lui aussi dans un anglais approximatif, lorsqu’il tache d’expliquer que la non-danse est une rupture avec le spectacle classique, qu’elle vise à niveler la frontière entre le performeur et le spectateur… Qu’il y est question de la mort du corps, de comment s’arracher au rien pour devenir dansant… Que ce qui est bon à montrer c’est ce qui va amener le spectateur à penser; et que c’est un pari. Et Pichet Klunchun dit qu’il y a des choses qu’on ne veut pas voir dans son pays et que ces choses-là on les montre aux touristes dans des lieux où les thaïlandais ne vont pas… Cette confrontation questionne finalement les modes d’accès à la culture: quel sont les spectacles qui élèvent, ceux qui aliènent… Qui est ici le touriste sur la scène? Quel touriste de la danse...

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Vanishing Point, Marc Lainé, Chaillot
Avr07

Vanishing Point, Marc Lainé, Chaillot

    Le corps de Marie-Sophie Ferdane, ancienne de la Comédie française qui prend ici la place de la chanteuse Rosemary Stanley auprès des musiciens de Moriarty, évoque les créatures des films de David Lynch. Tentaculaire et musculeuse, tour à tour disparue, chamane ou sirène, elle se diffuse, erre vers un ailleurs qui fera peut-être céder le gel des émotions perdues. C’est une pièce sur l’appel du lointain, pour retrouver la part manquante et inscrire enfin un deuil suspendu dans le temps qui empêche l’hiver de finir… “Est-il possible d’être à la fois ici et ailleurs?”; coupé du réel… La scène théâtrale se dédouble au profit de la scène de concert, à laquelle Marc Lainé ajoute une troisième dimension, la perspective de l’écran cinématographique. Cette mise en scène permet de suivre en même temps un récit de l’immédiat: un road-trip à travers le grand nord canadien pour retrouver l’amour perdu; et le récit d’un temps indéfini, du souvenir, ou à venir, auquel on accèderait par transparence. L’écriture théâtrale, déjà affirmée dans Memories from the missing room en 2011, est figurative et sensorielle; le rythme y est scandé par la langue québécoise des acteurs Sylvie Léonard et Pierre-Yves Cardinal (vu chez Xavier Dolan), qui résonne autant que le chant de leur héroïne fantomatique est évanescent… On aime cette fusion des médiums dans un spectacle fluide, au dynamisme nord-américain et sans académisme.   du 28 Mars au 17 Avril 2015 au Grand foyer du Théâtre National de Chaillot Vanishing Point, de Marc Lainé, Durée...

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