Everybody Works

La première chanson va prolonger vos rêves d'été: un pur moment de détente où la musique devient un hamac et la voix féminine décide de vous bercer avec prudence. C'est d'une douceur incroyable et on se sent si bien en quelques secondes. Il faut dire que la chanteuse, Melina Duterte, vous invite dans sa chambre.
C'est là qu'elle a composé son premier album et qu'elle trouve l'inspiration. C'est une artiste de son temps. La technologie la rend un peu autiste mais ce n'est pas un mur bien au contraire! Elle est donc un groupe à elle toute seule! Et quel groupe: on ne devine jamais l'économie. Everybody works est d'une complexité impressionnante.
Les sonorités sont nombreuses. Dans le songwriting, l'auteur est entièrement dédié à un style et une application stricte d'une vision personnelle. Melina Duterte a laissé trainer ses oreilles partout et cela s'entend dans son écriture si vivace. La jeune femme emprunte au grunge, aux eighties et sait se faire intime comme un vieux loup de la folk music.
Cette façon de changer d'apparence lui permet de s'introduire dans tous les genres avec la même aisance qui fait sa particularité. On n'est pas surpris. De sa maison, elle fait tout de même entrer des influences heureuses et trouve des idées assez capricieuses et jubilatoires.
Sa musique est joyeuse. Elle a ses humeurs au fil des titres mais le résultat va vous donner le sourire. Car la jeune artiste ne prend pas la pose. Elle s'implique comme jamais dans une pop protéiforme qui ne relève du caprice d'une petite geek espiègle. Féminin, le disque est néanmoins spectaculaire. Melinda Duterte est un vrai chef d'orchestre prestigieux. Le disque est une vraie découverte qui vous fait penser que l'on n'écoute pas assez les jeunes.
La canicule est passée. Les vieux sont à l'abri. Place aux jeunes désormais!
Polyvinyl records - 2017
American assassin

Bon alors l'Amérique de Donald Trump peut aussi trouver des alliés à Hollywood avec ce nanar un peu honteux dont on a du mal à se remettre en 2017!
On est tous d'accord: le concours de celui qui a la plus grande entre le dictateur de la Corée du Nord et le président orange des Etats Unis est un peu inquiétant. Des deux cotés, on entend des discours caricaturaux. Trump a défini ses ennemis: les communistes et les terroristes. Les Coréens et les Iraniens.
Ce que confirme le film d'action, American Assassin où l'on découvre qu'il faut obligatoirement se méfier des politiciens iraniens, forcément fourbes et dangereux. Mais heureusement les services secrets savent leur répondre avec un super assassin, doué et intelligent mais toujours mené par la vengeance. Des odieux barbus ont tué sa fiancée lors d'un attentat sur une plage à Ibiza.
Depuis le jeune homme est devenu un chasseur de criminels islamistes. Et son profil intéresse un service ultra secret qui se fout des lois pour buter les tarés d'Allah et autres dangers pour l'Amérique de Trump.
Le jeune loup (transparent Dylan O'Brien) est donc coaché par un vieux dinosaure (Michael Keaton doit payer sa terrasse visiblement) qui va lui montrer une nouvelle façon d'appréhender le meurtre. Le film n'a pas vraiment de conscience. C'est une belle apologie du "Oeil pour oeil" avec une histoire totalement hypocrite et des rebondissements dépassés, assez ringards finalement. Les acteurs sont nuls. L'action est molle. Un film décevant, à l'image du président qu'il tente de légitimer.
Avec Dylan O'Brien, Michael Keaton, Sanaa Lathan et Taylor Kitsch - Metropolitan filmexport - 20 spetembre 2017 - 1h51
Ca

Il est revenu. Il est de retour. Une des figures les plus terrifiantes de l'univers de Stephen King nous refait son petit numéro. Avec une charmante pointe de nostalgie!
Adapter l'écrivain Stephen King n'est pas chose facile. Si tu t'appelles Kubrick ou Carpenter, l'exercice est plutot facile. Si tu as de la chance, tu peux réaliser des pépites rares comme The Mist. Si tu manques d'ambition, tu te ramasses et tu fais des petits nanars plus ou moins honteux.
L'effort est si périlleux que même le maître de l'horreur s'est planté dans les grandes largeurs en tentant de faire du cinéma avec le farfelu Maximum Overdrive dans les années 80. Le format télévision est de son coté une alternative intéressante car on peut dépasser la longueur d'un long métrage.
C'est ce qui est arrivé avec l'adaptation de Ca et son clown diabolique. Un téléfilm de Tommy Lee Wallace de trois heures où s'amusait Tim Curry en grippe sou en amateur de petits enfants. Le telefilm avait fait son petit effet, devenant une oeuvre culte, avec son coté bancal et son monstre emblématique.
Le revoici donc de retour pour martyriser une petite bande de gamins marginaux mais courageux. Nous sommes en 1989, les jeunes rêvent de voir Batman de Tim Burton mais font un vrai cauchemar éveillé avec la présence dans les égouts d'une créature affamée qui se réveille tous les 27 ans...
La structure du livre a été bousculé. Le film reprend l'histoire de manière linéaire et raconte donc le calvaire des gosses dans une Amérique rurale qui cache bien des horreurs, derrière une plaisante imagerie de l'Amérique. On reconnait bien tous les angoisses de King qui a toujours profité d'un élément fantastique pour observer les bizarreries de la société américaine.
Le réalisateur Andy Muschietti rend donc un bel hommage au cinéma des années 80, mis en forme par les productions Amblin de Spielberg. Les références à la pédophilie et la violence faite aux enfants est présente mais pas omniprésente. Il ne faut pas étouffer le spectateur non plus. Le film se dit d'horreur mais ne fait pas très peur.
Il plaira aux quadras avec sa nostalgie bien placée, dans l'air du temps (cf Stranger Things). Avec quelques scènes choc, il se rappelle à sa propre nature d'origine, mais on est étonné de ne pas être terrifié par le clown des égouts. On attendra peut être le chapitre deux, 27 ans plus tard, déjà en préparation...
Avec Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Finn Wolfhard et Jack Dylan Grazer - Warner Bros - 20 septembre 2017 - 2h15
Hineininterpretierung

Le cauchemar des journalistes et des mélomanes: Die Anarchistische abendunterhaltung! La grosse suée pour écrire le nom de ce groupe atypique et belge! L'autre pays du rock!
Le chemin de croix pour écrire le nom de ce groupe d'Anvers s'arrête à la rédaction. Musicalement c'est une surprise. De la Belgique, on voit arriver tous les ans, tout le temps en fait, des groupes incroyables, culottés, impétueux et ambitieux.
Là bas, ca respire le rock, la poussière et les riffs efficaces. Roel Van Camp sont des punks de l'accordéon et du violon. Leur musique est expérimentale mais ne renie pas le coté rock et l'envie jazz.
Le groupe connait comme tous les groupes des hauts et des bas! Il y a eu des départs importants et puis il y a une mise au point qui s'impose depuis la création de DAAU, en 1992. Pour l'occasion, c'est un ancien de Deus, référence du rock absolu en Belgique, qui produit ce disque de réinterprétations, qui rappellent pour l'occasion les anciens du groupe.
Ce n'est pas un best of comme les autres donc! Les gaillards viennent de nouveau transpirer sur des étranges compositions, baroques et passionnantes. Comme la Belgique, le son de DAAU est au coeur des influences: l'Angleterre, la vieille Europe ou même les Balkans. Sur des traditions, le disque montre une manipulation décompléxée des influences connues.
C'est baroque: ca fuse et ca groove même. Il faut passer le premier sentiment: on est déconcerté! Puis le labyrinthe se met en place et on aime se perdre dedans. Après des décennies d'existence, le groupe possède une vitalité incroyable. C'est toute la réussite de ce "best of" hors du commun! Vraiment, nos voisins ne font rien comme tout le monde
Radical duke - 2017
It comes at Night

Pour vous remettre du nanar de Darren Aronosky, Mother, je profite de cette page pour vous proposer un excellent petit film qui en dit dix fois plus que Mother et sa grande blonde obsédée par son intérieur AM/PM!
Car l'intérieur de la maison de It Comes at Night est beaucoup plus rustique. On n'est pas chez les bobos mais plutôt chez les petites gens, perdus en pleine campagne. Et pour cause: un terrible virus fait sa vendange mortelle sur la planète.
Un papa barbu protège donc sa femme et son fils dans une maison isolée, gardée par un chien courageux. L'équilibre est précaire. La mort est dans l'air. Le désespoir est omniprésent. La première scène est simple, dure mais a le grand mérite de résumer la situation.
Comme Aronofsky, le réalisateur Trey Edward Shults a de l'ambition mais sa vision, tout en économie, a une force incroyable. Au delà du postulat, ce que montre le réalisateur c'est bien l'importance et la fragilité de la famille.
Ce n'est pas un film d'horreur avec des jumpscare et des monstres. Ce n'est pas un film de virus avec des gros baveux qui courent le cent mètres en dix secondes. C'est une oeuvre sur l'inconnu et la modestie. Ce n'est pas philosophique. C'est de la bonne série B: le récit sert un propos.
Le réalisateur fait un bon survival où les hommes sont bien faibles et les ennuis s'accumulent jusqu'à un final évidemment peu joyeux! La parano et la contamination sont bien là mais la mise en scène transende l'ensemble vers un brillant exercice de style réfléchi.
Aidé par une chouette bande d'acteurs menée par le besogneux Joel Edgerton, film joue sur le minimalisme et l'aridité. Ca sera peut être dur pour certains mais le premier degré et l'atmosphère remplissent de joie les amateurs de séries B sans concession et qui ne prennent pas le spectateur pour un béni oui oui. Voilà une maison qui se visite... de nuit de préférence! Brr...
Joel Edgerton, Kelvin Harrison Jr., Carmen Ejogo et Christopher Abbott - 2017 - 1h30
The circle

Tom Hanks minaude presque tout autant que la charmante Emma Watson et dénoncent ensemble le monde moderne qui va tous nous aliéner ! Brr…
Bon bah ca y est ! Nous y voilà : nous allons tous vivre dans le Truman Show. 1984 c’est enfin arrivé. Et maintenant tout le monde va pouvoir vous suivre dans votre quotidien. The Circle montre donc l’enfer en mode 2.0 et on a intérêt à garder le sourire !
C’est la découverte que va faire une petite jeune brillante jouée par la jolie Emma Watson. Elle découvre donc un super campus où elle rencontre que des gars sympas, des geeks rigolos et un type mystérieux (John Boyega qui comble l'attente entre deux Star Wars). Y a même Beck qui vient chanter dans le jardin. Trop cool !
Elle vénère comme les autres, le créateur de The Circle, cette compagnie qui fait de la technologie, une arme de destruction massive de la vie privée. Tom Hanks joue le gourou milliardaire et fascinant. Il assure le service minimum et caricature la figure du roi des nouvelles technologies.
Les réseaux sociaux sont la source d’un mal qui pourrait faire flancher l’humanité ; heureusement notre héroïne n’est pas un mouton qui suit bêtement le troupeau. La critique est facile, à l’image du film.
Il y avait bien là, un film qui pouvait être sous tension. Les thèmes ont tout ce qu’il faut d’inquiétant pour proposer un thriller bien dans son époque. On reste en surface et on enfonce des portes ouvertes avec une narration paresseuse, qui nous promène dans le chouette campus.
Le seul intérêt c’est la dernière apparition de ce pauvre Bill Paxton qui est décédé il y a peu. Fidèle second couteau de James Cameron, Bill Paxton a empilé un grand nombre de seconds rôles dans les séries B de tout poil. Il avait eu l’occasion de mourir dans Aliens et Predator2, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Généreux, il était un solide acteur dont on peut revoir son très ambigu mais maitrisé Emprise, son seul film comme réalisateur. Le comédien joue le père malade d’Emma Watson. Une ironie que l’on aurait aimé voir dans le film, lisse comme un smartphone.
Avec Emma Watson, Tom Hanks, John Boyega et Bill Paxton - 12 juillet 2017 - mars film - 1h45
Serendipity

Un arbre en fleurs et de la musique en toute liberté. Une idée toute simple de serendipité!
Ce terme barbare suppose l'idée de découvrir quelque chose alors que l'on était à la recherche d'autre chose. C'est l'étrange concept de ce disque qui réunit des artistes venus d'horizons différents. Un gars des turbulents Zero, le compère de Chapelier fou, un musicien de Nadja et un autre de Pedro Soler. On est dans l'underground passionné et la farouche indépendance.
Ils forment donc Orchard, un quatuor qui ronge les genres et fabrique tout un univers très rock et très planant. D'abord on tombe de cheval mais la course devient assez sensationnelle par la suite. Ce n'est pas le disque le plus abordable!
Mais très vite, on devine l'aventure de quatre musiciens qui doivent travailler ensemble. Réunis par le directeur artistique du label Ici d'ailleurs, les musiciens doivent s'amadouer et trouver un terrain d'entente.
Sur des improvisations, s'assemblent des forces. On voit se fabriquer un univers libre et énergique. L'approche est un peu celle du free jazz. Il faut accepter les ruptures et les dissonances. Ils étirent le son. Ils accélèrent soudainement. Ils malmènent l'auditeur et ses habitudes.
C'est évidemment un résultat étrange mais il est osé et reflète l'intelligence et l'idée d'ouverture. On ne s'attendait pas à ça. On est ravi de découvrir autre chose: une vision émancipée de la musique, de sa fabrication, de son appréciation. Bref, un disque qui fait réfléchir. Etonnant, non?
Ici d'ailleurs - 2017
Franck Underwood et moi


A l’heure où les veinards, et j’en suis, possesseurs de Netflix viennent de se délecter devant les 13 épisodes d’une 5ème saison d’ « House of cards » qui a tenu une fois de plus toutes ces promesses, ou dans le pire des cas se délecteront de ladite saison d’ici 7 à 8 ans sur TF1 en 6ème partie de soirée, il était temps pour moi de mettre en lumière l’un des plus beaux enfoirés de sa génération, sans doute le pire enc***** depuis JR Ewing que les cerveaux déjantés des scénaristes américains aient pu accoucher depuis 40 ans, j’ai nommé Franck Underwood ! Bien sûr, sa femme, Claire Underwood, n’est pas en reste, et s’il aurait été de bons tons, parité oblige, de mettre en avant l’ignominie sans aucune turpitude de la belle et désormais Présidente des Etats-Unis (oui je spoile, fallait pas lire et puis c’est tout), mais non, à tout fumier tout honneur, restons sur Franck ; ce qui d’ailleurs ne serait pas pour lui déplaire, car oui, si Franck goes to Washington, il aime dans les coursives de la Maison Blanche jouer les Franck goes to Hollywood ! Relaxxxxxxxx durrexxxxxx etc !
Ne nous cachons pas derrière notre zapette, nous, vugum pecus télévores que nous sommes ; combien d’entre nous, secrètement, n’ont-ils pas rêvé d’avoir dans les veines le venin froid d’Underwood, le sublime esprit stratège et machiavélique quand, face à un ennemi ou du moins une petite frappe de passage dans un open space lumineux et austère un lundi matin d’automne, vous aviez eu vent que ledit lascar aimait à médire sur vous à la machine à café, pis au self ! L’envie de l’écraser et de lui ruiner sa life étant si forte que oui, avouez-le, vous vous dites que ferait Franck Underwood dans une telle situation, et là, en suivant les codes les plus honteux de la manigance, vous trouvez naturellement de suite les solutions pour lui pourrir la vie. Merci Franck.
Alors, si l’ami Vincent Delerm avait comingouté son amour secret pour Fanny Ardant dans une chanson qui a marqué toute une génération de désormais quarantenaires, à notre tour, nous, adorateurs secret de ce cafard de Franck Underwood, de poser en reprenant la trame de « Fanny Ardant et moi », les lignes d’une chanson à sa diabolique gloire !
1, 2, 3…1, 2
« Il fait peur à tous les ricains
Dans mon canap j’imagine bien
Avoir un président comme ça
Franck Underwood et moi
J’passe la soirée pas super bien
Pendant qu’il bute tous les crétins
Il me fout les boules si souvent
Franck Underwood t’es chiant
Limite facho limite pas clair
Il dézingue froid façon vénére
Ses ennemis et peu’être même toi
Pendant qu’je bouffe du chocolat
Il terrorise la maison blanche
T’évites de l’regarder l’dimanche
De peur qu’il ne tue tes parents
Franck Underwood évidemment
J’lui parle pas des meufs de mon n’veu
De peur qu’il ne dise nom de dieu
Tu vas les trucider comme ça
Franck Underwood et moi
Sous prétexte qu’elles soient toutes coiffeuses
Peut-être même pétasses boutonneuses
Il aime pas ça les filles les gens
Franck Underwood évidemment
Limite facho franchement pas clair
Il pulvérise façon vénére
Ses ennemis et peu’être même toi
Pendant qu’je bouffe du chocolat
Il terrorise la maison blanche
T’évite de l’regarder l’dimanche
De peur qu’il ne tue tes enfants
Franck Underwood évidemment
Mehari

Archimede revient. Mine de rien, les deux frangins sont devenus deux des artistes les plus abordables. Ecouter leur disque c'est un peu comme retrouver des copains bavards que l'on avait pas vu depuis longtemps!




