Arcadie

Les frangins de Archimède pousse toujours autant leur public à rire face aux petits misères de l'existence avec un rock décontracté. Une saine attitude!

Frédéric et Nicolas Boisnard ont d'abord imité Oasis avec une attitude désinvolte et un rock très british et déconnant. Les Têtes à claques ont tout de même de têtes bien remplies et on s'est attaché pour ce duo qui ne veut pas être trop français ou trop pop.

Pourtant ils soutiennent une tradition bien française: la dérision. Ils aiment bien tacler leurs contemporains, les inconnus comme les stars, les lâchetés comme les faiblesses. Ils le font avec une causticité et des jeux de mots qui rappellent Nino Ferrer ou Jacques Dutronc.

Archimède a donc de bonnes références et leurs deux précédents disque le prouvent. Un rock léger et plein d'humour. Une formule qui leur offre un joli succès. Au troisième album, ils ne peuvent plus se prendre pour des petits marlous à l'humour cinglant. Ils ont aujourd'hui un certain confort qu'ils assument en tentant de nouvelles choses.

Ils continuent de soigner leur vision amusée et mordante du monde moderne. Comme l'indique un titre du disque, il aime se marrer des winners et des branques. Ils observent nos envies, nos travers (hilarante Ca Fly Away) et nos blessures (joli Dis le Nous) en rigolant. Il y a du Renaud dans Arcadie: ils ont une tendresse réelle qui se glisse entre les notes de musique et la voix moins nasillarde que d'habitude.

L'affection fait son trou dans ce disque: on est moins dans l'influence anglaise. Le groupe multiplie les nouvelles pistes avec une certaine réussite. Ils ne se trahissent pas avec l'arrivée de nouveaux sons. L'aisance et le succès leur permettent de continuer les pieds de nez et de prolonger musicalement leurs envies sentimentalo-rigolotes! Archimède ne se prend pas au sérieux. Dans le monde de la musique, c'est assez rare pour être souligné!

Jive Epic - 2014

Royal Blood

Ca sera à coup sûr le disque de l'année en matière de gros rock qui cogne! Au début, ca fait un peu peur: cela semble sonner comme Muse: des riffs héroïques baignés dans un magma électrique. Simple ersatz? Mike Kerr et Ben Thatcher (pas mal comme nom pour un rocker british) ont en tout cas entendu le trio de power rock!

Mais ce ne sont pas la seule référence de ce duo qui a décidé de faire rougir les oreilles: le son est d'une radicalité qui rappelle les Queens of the Stone Age, ultime groupe de rock costaud, viril et surtout correct. On entend aussi dans leur débrouillardise, les boucles affolantes de Rage Against the Machine. La voix, elle, pourrait être celle d'un Jack White biberonné au rock post Led Zeppelin.

Vous voyez un peu le niveau? Et en plus ce n'est qu'un duo de deux petits barbus de Brighton, ville plutôt hantée par la pop sombre et l'élégance typiquement anglaise. Ils ont plutôt l'air de deux nerds yankees, casquettes vissées au niveau des yeux. Basse, batterie et chant voici la base inébranlable qui va marquer ce premier album foudroyant par son énergie juvénile mais aussi sa maîtrise du rock dans ce qu'il a de plus primitif et de plus singulier.

Après la saison des festivals, le duo se serait fait une solide réputation. Mais on ne doute pas de leur enthousiasme quand on entend les quarante minutes de ce premier essai diablement rock'n'roll. La jeunesse, ca bouscule et ca fait parfois du bien.

Car malgré les illustres et riches aînés cités plus haut, Kerr et Thatcher arrivent à se faire une place au soleil. Ca faisait bien longtemps que des rythmiques ne réveillaient pas de cette façon. Il y a effectivement quelque chose de royal chez eux. Ce sont bien des petits princes du rock. Entre grunge, stoner et garage, ils ne choisissent pas vraiment leur lignée mais assument leur voie...

Warner Bros - 2014

All you need is cash

Un Rockumentaire pour rire. Eric Idle, des Monty Python, était un ami de George Harrison. On peut donc compter sur les amis pour se moquer de vous et vous apprécier en même temps.

Tout le monde connaît les Rutles ! Qui n’a jamais fredonné un de leurs airs. Même Franck Sinatra a repris un de leurs tubes. Hold my handI must be in love ou Ouch sont autant de classiques qui tournent en boucle sur nos platines et à la radio.

Dirk, Stig, Barry et Nasty ont été célèbres dans les années 1960. Un documentaire vient de sortir en DVD et leur rend hommage. Ce documentaire date de 1978. Mick Jagger ou Paul Simon interviennent. Ils ont rencontré les Rutles. Ils sont bien placés pour nous en parler.

Trêve de plaisanteries, les Rutles sont nés de l’imagination d’Eric Idle, membre des Monty Python. Grace à son amitié avec George Harrison, il a eu accès à des documents qui étaient à l’époque inédits mais que les Beatlesmaniaques ont découvert dans l’Anthology.

Ce film d’une heure et quart retrace l’ascension et la chute d’un groupe qui ressemble comme deux gouttes d’eau aux Beatles. Il doit se trouver chez vous toutes affaires cessantes, si vous adorez les Beatles. En effet, plus vous les connaissez, plus vous apprécierez la finesse des parodies.

Faut-il d’ailleurs parler de parodies ? On pourrait tout autant parler d’hommages. Le morceau notamment où les Rutles font leur version d’I am the walrus, celui qui s’appelle Cheese onion et qui ressemble à Yellow submarine… sont des bijoux à part entière. L’auteur de ces chansons s’appelle Neil Innes (il incarne Nasty ou Lennon). Il est l’Obelix des Beatles. Il est tombé dans le chaudron quand il était petit.

Seuls ceux qui adorent savent se moquer avec esprit. Cependant, il faut ajouter à ce film une autre dimension. Il a été produit par Lorne Michaels, célèbre producteur du Saturday Night Live de la grande époque. Et comme 1978 est une grande époque, on retrouve dans le film les apparitions jouissives de John Belushi, Dan Aykroyd, Bill Murray.

Résumons-nous : une pincée de nostalgie, un hommage ironique et assumé. De la fausse musique aussi bonne que la vraie. Eric Idle digne successeur de Peter Sellers, l’absurdité des Monty Python, des Rock stars qui se moquent d’elles-mêmes. De grands comiques américains du temps de leur vivant. De quoi avez-vous besoin d’autre ?

Nos Voisins du Dessous

voisinsNNP-BILL_BRYSON_LIBRARY_10Envie de voyager ? Pas besoin de congés supplémentaires, Bill Bryson propose une exploration drôle et érudite de l'Australie dont vous me direz des nouvelles !

S'il est un univers où l'on trouve le pire et le meilleur, c'est bien le récit de voyage. Et je ne parle pas des interminables soirées diapos d'amis bien intentionnés, persuadés de l'intérêt universel de leurs photos de l'Acropole (aussi bondée que les quais du métro un soir de grève) ou de la tour de Pise (que le petit dernier fait mine de redresser). Non, ce sont bien à des auteurs publiés que je pense. Mais chut, pas de nom ici.

Laissons donc les fâcheux à leurs pensums et consacrons notre attention à Bill Bryson, leur antithèse absolue. Car, alerte quinquagénaire natif de l'Iowa, notre explorateur moderne se caractérise avant tout par une curiosité insatiable et un humour typically british qui fait la part belle à l'autodérision.

C'est donc en bonne compagnie que nous embarquons à ses côtés pour un long périple australien (nos "fameux" voisins du dessous) qui nous fera sillonner en tous sens l'île-continent aux paysages fabuleux. Flore, faune, habitants, coutumes, villes et campagnes, jungles et déserts sont passés au crible de l'œil acéré de notre guide qui ne se départit jamais de sa bonne humeur.

Cette constante légèreté du style et du propos ne nuit pourtant nullement à l'érudition d'un récit qui nous fait appréhender mieux que bien des ouvrages dits "sérieux", la complexité d'un pays que l'on connaît si mal : saviez-vous, par exemple, que l'Australie est une monarchie ? Ou encore, êtes-vous capable de citer le nom du Premier ministre australien ?

Alors on lit Nos voisins du dessous comme un véritable roman dont on est impatient de découvrir les nouvelles péripéties. Et l'on se découvre une irrépressible envie de partir à notre tour pour l'hémisphère sud en emportant cet ouvrage dans nos bagages (quel meilleur guide pourrions-nous choisir ?), en attendant de découvrir les autres livres de Bill Bryson, qui offrent encore des voyages drolatiques en perspective.

Petite biblitheque Payot - 451 pages

Qui joue pour Oasis?

The imagined Village

Des violons, des guitares sèches et des tambourins, voilà ce qu’il faut pour faire de la musique traditionnelle anglaise. Des passionnés ont modernisé tout cela !

La note d’intention est claire : une ambitieuse réinvention des traditions folkloriques anglaises, embrassant la culture actuelle dans toute sa diversité ! Sous la houlette du studio de Peter Gabriel, Real World, ce drôle de projet profite en effet de talents divers.

Les sons proviennent de la rue et des contrées lointaines. Il y a des samples et des tambours échappés du Pakistan. Les sitars se font entendre et très rapidement, les Dubliners deviennent enfin has been (après 40 ans de carrière, ce n’est pas trop grave).

Il est donc question d’identité dans ce disque. Qu’est ce que la tradition musicale ? Peut on inviter d’autres cultures autour du folklore local ? La réponse est celle de l’ouverture.

Des universitaires et des musiciens se sont amusés à composer des hymnes contemporains tout en célébrant le brassage culturel sur une base très traditionnelle. Cela donne parfois des gros morceaux new age sans grande nuance.

Le projet va surtout vers des sons simples, d’une douceur que l’on ne connaît que dans les lointains souvenirs d’une tradition. On ne s’étonnera pas d’entendre les voix de Peter Weller et Billy Bragg, deux personnalités intelligentes de la scène rock.

Cette incursion dans le folkore britannique est une réjouissante collection de morceaux aux accents appuyés mais à une démonstration un peu poussive sur la nature internationale de la musique.

Il y a donc des passages lourdingues mais il y a aussi des belles balades qui rappellent la richesse musicale de la Grande Bretagne. On appréciera particulièrement la sensibilité de Eliza Carthy et les quelques morceaux instrumentaux qui nous poussent à vouloir traverser la Manche pour un petit séjour typique entre Douvres et Inverness…

Des Lendemains qui chantent

Léon s’imagine journaliste de gauche, pertinent et féroce. Il va glisser sur la télé poubelle et la débilité berlusconienne qui a tant marqué les années 80 90. Son frère, Olivier, fait dans la publicité. L’image prend une telle place après l’élection de Mitterrand que sa tête se met à grossir elle aussi.

Ils sont mal barrés ces deux enfants d’ouvriers de Saint Etienne. C’est ce que constate la belle Noémie, proche conseillère du président qui a un petit faible pour les deux frères. Au milieu surnage Sylvain, l’inventeur du 36 15 Code Ulla !!!

Pourtant le film n’est pas très bandant. C’est l’éternel couplet sur les illusions perdues et la douce nostalgie qui accompagnent désormais les vieux trentenaires et les jeunes quadras. Ca ne manque pas de charme mais ce n’est pas non plus d’une finesse incroyable. C’est même assez mou.

Mais les comédiens sauvent le film. Pio Marmai attend encore le rôle qui pourrait l’installer au sommet du cinéma français. Il a un charme de dingue et celui de Laetitia Casta n’est pas mal non plus. Les seconds rôles sont réussis. 

Hélas, le film est juste un téléfilm sympa. C’est plan-plan. Sans grande imagination. L’ensemble n’est pas désagréable jouant sur la mélancolie, ressort qui fonctionne bien mais qui est beaucoup utilisé. Tout comme la voix off, ficelle narrative trop simple. On est bien embêté avec ce film : il nous agace par une certaine paresse et nous charme par sa direction d’acteurs ! On verra avec le temps qui passe…

Avec Pio Marmai, Gaspard Proust, Laetitia Casta et Andre Dussolier - UGC - 20 aout 2014 - 1h30

Settle

Sorti il y a un an, le disque des frères Lawrence a fini par vaincre l'hexagone avec ses hits electro, élaborés avec élégance!

C'est encore une histoire de frères. Deux petits Britanniques qui se sont mis à mixer ensemble et ont découvert la formule secrète du son à la mode, qui sera écouter dans les salons de coiffure pour hipsters, les magasins à la mode et dans les bonnes soirées.

Guy et Howard Lawrence ont la musique dans la peau. Parmi leurs potes, on croise le trio de London Grammar ou Sam Smith, valeurs montantes de la musique anglaise. Dans leur premier opus, pas mal de monde vient faire coucou pour dire qu'ils connaissent ces rois du bidouillages électro.

Au début, c'est surtout l'efficacité que l'on entend. On comprend que l'Europe se soit rapidement mis à danser sur ses tubes. On s'étonnait de la résistance de la France. Un an après la sortie du disque, on danse sur When a Fire Starts to Run ou l'efficace You & Me! Deux gros tubes de notre temps avec des gros beats et des effets empruntés à la house et tout le savoir faire typiquement anglais. Il faudrait tout de même sur cette facilité qu'a le Royaume Uni à nous dégoter des champions de la pop, sous tous ses aspects.

Même si ce n'est pas votre tasse de thé (facile facile), Settle est bien abordable et offre de quoi se réjouir. C'est parfaitement exécuté et Disclosure propose de l'electro pour tous, avec des structures assez pop, plutôt que de jouer le grand huit sonore à la manière d'un David Guetta sans imagination. Franchement, ce disque est vraiment réussi!

Cherry Tree - 2013

Amateur

Amateur veut dire en latin, "celui qui aime". Le Larron qui se cache derrière le mot aime beaucoup de choses et semble être un jouisseur. En effet, il s'excuse sur son disque de proposer une préface avec des conseils d'écoute et célèbre la liberté. Il a pu faire ce qu'il aime sur ce disque dans l'air du temps et en même temps d'une élégance assez désuète.

Il a l'art du décalage. Ancien technicien du son, Le Larron a visiblement attendu avant de réaliser ce premier opus qui profite donc de son expérience et son souci de ressembler à sa personnalité. Peu de compromis et une passion évidente pour les instruments. Et les ambiances mélomanes!

Il y a beau avoir des beats bien modernes et des rythmes lancinants, le disque accroche l'oreille avec des touches musicales que l'on entend plus trop (un orgue, une flute ou la voix de Lisa Portelli). La voix n'est pas loin du slam à la mode ou de la poésie  urbaine. Il est bien dans son époque mais Amateur a du goût!

Il raconte donc ses joies. Plus que ses peines même si les textes savent être aigre doux. C'est le disque d'un incorrigible optimiste, un artiste heureux de se réaliser en toute indépendance. Même dans son rock synthétique mais parfaitement construit, on devine l'humanité du bonhomme. A l'heure où les mauvaises nouvelles s'entassent, son talent et sa finesse font franchement du bien aux oreilles, à la tête, au coeur!

L'autre distribution - 2014

The Expendables 3

Papy Stallone a bien du mal à soulever ses paupières et encore plus à faire bouger ses lèvres botoxées. Mais il est en meilleur état que Papy Schwarzie encore plus handicapé. Il est debout, statique avec des petits yeux qui arrivent pas à ouvrir. Et que dire d'Harrison Ford qui a passé la date de péremption pour jouer dans les films d'action.

Mel Gibson apparaît alors comme celui qui vieillit le mieux, fluet, se déplaçant avec légèreté pour jouer un méchant très intime de Barney, leader des Expendables. La jeunesse sera l'enjeu de ce nouvel épisode aussi décérébré mais jouissif que les autres.

Parce qu'il doit affronter son ennemi préféré, Barney ne veut plus travailler avec ses anciens collègues mais des petits jeunes qui,  comble du temps qui passe, se servent d'un ordinateur pour attraper les vilains de tout poil (souvent des pays de l'est dans de très moches uniformes mal coupés). Ou est donc le bon vieil assaut classique?

Heureusement Barney va découvrir que "qu'avoir un bon copain, c'est ce qu'il y a de meilleur au monde, car un bon copain, c'est plus fidèle qu'une blonde". Donc plus que tout l'union fait la force et il y a rien de mieux que quelques vieux bidasses expérimentés pour défoncer la tronche d'une armée entière d'un pays imaginaire sur lequel fume encore les restes du communisme et de toute autre dictature du bon vieux temps!

Sur les ruines de la série Z, Stallone rentabilise sa réputation des années 80 et celles de quelques autres gros bras plus ou moins connus chez nous. Ce sont des papys malins car leur réunion fait l'événement mais n'empêche pas le film d'être une pauvreté navrante. Ici, c'est même aberrant puisque Stallone nous impose de la jeunesse alors que nous, on est là pour les gueules cassées du cinéma eighties!

Donc on attend les entrées et les sorties des vieux dans le film qui ne cherche aucune originalité, filmant des gros bras avec des grosses veines et des rides plus ou moins esthétiques. Heureusement un vrai second degré saupoudre ce nanar viril. On ne la fait pas aux vieux singes qu'on apprend à faire la grimace! Ici, c'est un festival. Régressif mais marrant!

Avec Sylvester Stallone, Arnold Schwarznegger, Jason Statham et Antonio Bandera - Metropolitan filmexport - 20 aout 2014 - 2h

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