V

Ils Viennent de San Francisco. Ils apprécient les uniVers buccoliques, les paysages champêtres et peut être quelques subtances qui Vous mettent sur orbite. Les petits gars de Wooden Shjips ViVent dans la Californie fantasmée depuis les Beach Boys et les Doors.
Ils poussent donc les portes du psychédélisme. Ils ont le kit pour cela: il suffit de regarder la pochette avec le coté minéral, le dessin innocent, l'aspect Verdoyant et la nature que l'on respecte infinimement. Leurs chansons parlent du Vent, des fleurs et du soleil. Wooden Shjips embrassent tous les clichés du genre. En plus leurs chansons s'étirent jusqu'à épuisement.
La Voix passe par le spectre d'un écho persistant. Les guitares subissent elles aussi une mutation sonore suite à des inVentions plus ou moins nouVelles. Pourtant cette compilation de stéréotypes finit par séduire.
Car les gaillards de Wooden Shjips réussisent de belles chansons, un peu primitiVes, longues mais qui cherchent une idée de la beauté musicale, de la plénitude sonore, un truc assez plaisant à imaginer car toujours utopique et imaginaire.
Le flou artistique est finalement assez maîtrisé. Les idées fourmillent et chaque morceau peut se réécouter facilement. Ca ne sort pas du sentier battu par le Grateful dead et tous ses imitateurs contemporains mais on ne peut pas dire que l'on soit en mauVaise compagnie. C'est un feu de camp au lieu d'un feu d'artifice. Mais le moment partagé est plutôt aVenant!
Thrill Jockey - 2018
El Bar

Décidément ca le passionne les jeux de massacre. L'Espagnol Alex de la Iglesia continue de disséquer les défauts de ses contemporains à travers un récit malin et acide.
Alex de la Iglesia adore détruire les conventions. Il aime choquer. Il s'attarde sur les contradictions de ses personnages. Il est sans pitié et c'est ce qui rend son cinéma si essentiel. Il n'essaie pas de plaire. Il défend son coté misanthrope avec une hargne qui forme une filmographie admirable de rigueur et d'originalité!
Son cinéma est peuplé de marginaux grandioses, de héros psychotiques, de névrosés assassins, de belles plantes carnivores... On ne sait jamais trop à quoi s'attendre quand on est en face de l'un de ses films. Evidemment cette sensation est bien trop rare!
Donc El Bar (Pris au Piège en français) installe un échantillon de la société espagnole dans un petit bar de quartier. On y trouve la jolie fashionista, la vieille bique, la propriétaire capricieuse, le clodo céleste, les cadres stressés ou le bobo arriviste... Du beau monde qui se retrouve coincé lorsqu'un évènement inattendu vient perturber leur pathétique quotidien.
Virtuose, Alex de la Iglesia maltraite le huis clos avec sa caméra virevoltante qui est toujours aussi à l'aise pour décrire une communauté d'animaux humains, qui vont bien entendu se déchirer. On retrouve ainsi tout le fiel de Mes chers Voisins et Le Crime Farpait.
Les acteurs sont exemplaires et donnent de leur personne pour permettre au cinéaste de gratter le vernis du savoir vivre ensemble. C'est parfois hystérique mais les énormités du cinéaste sont assumées et ne sont pas une expression de la facilité. Depuis son tout premier film en 1992, De la Iglesia a toujours aimé poussé le spectateur jusqu'à la folie. C'est la qualité de son cinéma timbré et surtout flamboyant.
Car au delà du discours désormais attendu, El Bar propose des idées de cinéma, des cadrages soignés, des jeux à la subtilité ludique. On s'amuse beaucoup avec De la Iglesia. Son cinéma plait car il tente d'être complet et ne cherche jamais l'indifférence. Franchement, allez rentrez dans ce bar: vous allez vous régaler!
Avec Blanca Suarez, Mario Casas, Carmen Machi, Terele Pavez... netflix - 2017
Songs of the saxophones

Regardez bien les deux beaux regards du duo The Saxophones. Cela suffit à comprendre toute la beauté de leur geste.
C'est un disque hors du temps. Hors des modes. C'est un disque qui va plaire aux amateurs de vieilles choses vintage, à ceux qui aiment l'ambiguité des films de David Lynch, à cheval sur la mythologie américaine et sa perversité. C'est un disque qui regarde derrière lui, qui ressort les vieux trucs du crooner mélancolique et du chanteur triste qui défend le beau.
Le chanteur, c'est Alexi Erenkov. La voix est douce et veloutée. Elle convoque tous les chanteurs en smoking qui fumaient durant leurs roucoulades et qui se chantaient l'amour avec une fausse candeur réconfortante. Il chante lentement mais il nous berce. Sur la pochette, il a de grands yeux bleus. Bleus comme l'océan qui fut la source d'inspiration du groupe californien. Erenkov a un air romantique et soigné. C'est un rêveur. Il se raconte comme un somnanbule assis sur une branche bien délicate.
Et tenue par Alison Alderdice. Sur la pochette, le regard est plus percutant. Elle décide des harmonies et surtout compose de superbes mélodies, avec des instruments qui veulent rendre hommage aux années 50 et 60. On baigne avec les deux dans une atmosphère ouatée, délicieuse et rétro.
Mais jamais réactionnaire car les petites touches de modernité font leur apparition au fil des écoutes. Le disque est court. Il est précis. Il est précieux par son ambiance de fin de soirée, chaleureuse et sentimentale. C'est un disque qui soigne les bobos du coeur et de l'esprit. Sans urgence, ce duo s'impose comme un remède parfait aux tristesses qui nous collent aux baskets!
fulltime hobby - 2018
Come Tomorrow

Bon on doit être les seuls à en parler mais on est fier de connaitre l'un des plus passionnants trésors américains: Dave Matthews Band!
En France, il n'est pas connu. Ailleurs c'est la star. Le gars sympa qui joue sans arrêt avec ses potes, dans les stades et aux quatre coins de l'Amérique. Il a vendu des millions de disques. Sa musique est plutôt indéfinissable. Du rock. De la pop. Un mélange délirant de rock et de pop avec du jazz.
Dave Matthews Band est un groupe étonnant qui étire ses chansons pour en trouver une sorte de plénitude sonore et existentielle. Je vous le redis: le gars est très sympa. il fait du vin aussi et mène des actions caritatives. Il a le coeur sur la main et chante comme personne. Il a une voix identifiable et puissante. Ecoutez un (des nombreux) live du groupe et la réalité vous sautera aux oreilles: les rois du stade, ce sont eux!
Bon, sérieux sur scène, le groupe n'est pas un assidu des studios. Ca faisait six ans que DMB n'avait pas sorti de disque original. Toujours sur les routes. Toujours dans mille projets. D'ailleurs l'un des membres fondateurs, le violoniste Boyd Tinsley a décidé d'arrêter. Mais la fatigue n'a pas atteint le chef.
Au contraire, ce tout nouvel album est une remise en cause de la formule magique. Après la disparition du trompettiste en 2008 et le départ de Tinsley, le groupe continue d'évoluer et de nouveaux membres sont intégrés. Le formidable guitariste Tim Reynolds est désormais dans le groupe de manière définitive et il impose son style.
Le style n'est pas complétement chamboulé mais il ne s'enferme pas dans les vieux schémas qui ont fait l'incroyable renommée du groupe sur le territoire américain. Généreux, Dave Matthews expérimente sans se mettre ne péril. On retrouve sa gentillesse (un vilain défaut dans l'univers impitoyable) et ses refrains entêtants. Le groupe s'éclate. C'est une invitation à la fête, au partage, à la joie. C'est le disque simple qui donne la patate et offre le sourire. Pourquoi refuser?
RCA - 2018
Jurassic World fallen kingdom

Juan Antonio Bayona aux commandes du nouveau Jurassic World! Oeuvre de commande ou nouvelle ère pour la célébre saga initiée il y a 25 ans par Steven Spielberg?!
La présence du cinéaste espagnol derrière la caméra d'une franchise de Spielberg est une totale évidence. L'Orphelinat est un film d'épouvante, vraiment tendre. The Impossible prouvait l'obsession du réalisateur autour du monde de l'enfance et de la cruauté du Monde. Quelques Secondes après Minuit montrait l'importance du merveilleux pour survivre à la réalité douloureuse! Bref, Bayona est un très convaincant disciple de tout l'univers de Steven Spielberg.
Le savoir sur le nouveau Jurassic World donnait un peu d'espoir. Le premier film était un film contrarié qui se critiquait lui même et voulait se contenter de son aspect divertissement spectaculaire avec plein de dinosaures dedans!
Souvent le second volet se limite encore à cette fonction. On a le droit d'être sceptique devant un scénario abracadabrantesque où nos dinosaures clonés sont en danger à cause d'un volcan en éruption et surtout intéressent de vilains investisseurs qui se feraient bien un peu d'argent sur le dos (très larges) des survivants.
Heureusement il y a toujours Owen Grady et Claire Dearing pour se chamailler et sauver le Monde des pires dangers. Ca part un peu dans tous les sens. Les seconds rôles sont des accessoires. Le manichéisme est un poil grossier. La musique s'impose un peu trop.
Pourtant sur les morceaux de bravoure, Bayona assure. Et même un peu plus! Il assume totalement son style européen et s'amuse à transformer dès qu'il le peut le film divertissant en film de terreur. Le dinosaure, fantasme de nos bambins, est finalement l'ultime monstre de cinéma, à croupir sous le lit ou cacher derrière le rideau. L'idée est simple. Et très bonne.
Mais les idées du cinéaste sont tout de même broyés par un spectacle qui veut accélérer sans arret pour que l'on ne s'attarde pas trop sur les incohèrences, les raccourcis ou les erreurs. La magie de Spielberg réapparait durant quelques instants. La figure obligatoire de l'enfant est réhabilité. Les dinosaures ont une classe folle. Ils impressionnent et inquiètent de nouveau Juste pour cela, le film a de la valeur. Et Bayona ne semble pas trop se corrompre. Comme pour le duo vedette du film, à la fin, la mission sauvetage est à moitié remplie.
Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Ted Levine et Rafe Spall - Universal - 6 juin 2018 - 2h
Tell me how you really feel

Découverte il y a deux ans, l’Autralienne Courtney Barnett devient la nouvelle muse d’un rock indé, libre et décoiffé. On se sent bien avec elle !
Elle a tout de suite avoué : elle a appris la guitare en écoutant Nirvana. Et tous les groupes qui faisaient la révolution au début des années 90. La boucle est bouclée dans son deuxième album. Les survivants de cette époque trainent désormais dans son studio d’enregistrement.
Kim et Kelley Deal des Breeders viennent donner de la voix sur ce nouvel album, très attendu. L’exercice du second essai est toujours redoutable. Futée, Courtney Barnett a réalisé un faux second album avec son ami chevelu Kurt Vile. Tell me how your really feel n’est donc pas le retour décu ou heureux de la chanteuse.
En tout cas, elle prouve ici qu’elle a Nirvana et toutes ses sources dans son rock épuré et si mélodieux. On ne va pas la comparer à PJ Harvey, Liz Phair ou Courtney Love. Elle a tout d’une grande et surtout on entend quelqu’un qui se livre. Le titre de l’album est juste : le sentiment passe dans la musique.
C’est parfois un peu âpre mais la vie et la passion de Courtney Barnett se mêlent dans cet album rouge sang où elle donne l’impression de jouer sa peau avant tout. C’est de l’écriture spontanée et surtout maitrisée.
Elle sait déverser des décibels comme elle se sait calmer le jeu mais jamais, elle trahit sa conviction d’aimer la musique et d’y mettre toutes ses émotions. Loin d’être une écorchée vive (quoique), elle vibre sur chaque couplet, chaque rythme. C’est un disque vraiment troublant par sa sincérité.
On peut reprocher un manque d’originalité mais sa passion pour le son des années 90 réveille un peu face aux standards de la musique actuelle. L’Australienne se sent dans son élément, le rock ; nous on se sent très bien avec elle.
Pias - 2018
Roukiata Ouedraogo, Je demande la route


Un one woman-show qui fait éclater les rires et éveille les consciences, du Burkina à Paris.
Des bancs de l’école au Burkina, aux chroniques sur France Inter en passant par le salon de coiffure, le cours Florent et la chambre sous les toits, Roukiata met en scène avec auto-dérision son parcours. Chacune de ses aventures est l’occasion d’une réflexion drôle et délicate sur les décalages culturels entre la France et l’Afrique.
Il fait bon faire une pause avec Roukiata, on se sent comme au Burkina. On retrouve les expressions, les intonations. L’humoriste s’étonne ainsi que les hommes en France offre des fleurs et pas de la nourriture comme en Afrique. "Vous avez une drôle de façon de draguer en France. Des fleurs ! Mais qui vous a dit que je mange ça ! La drague passe le ventre avant le cœur"
Son quatrième spectacle est l’occasion d’évoquer des sujets plus épineux, les limites de la mondialisation, l’excision, les préjugés, la solitude, le froid qui chicotte, le manque des proches, la perception des attentes de part et d’autre.. Sur scène apparaissent les personnages qui l’ont conduit à être ceux qu’elle est, par leur présence ou leur absence. Au terme de ce parcours initiatique c'est une Roukiata devenue une femme accomplie et sûre de ses choix qui reviendra au pays, retrouver les siens.
1h30 d’humour, de finesse, de réflexion intelligente sur le monde
Il lui en aura fallu du courage, de la persévérance, de l’autodérision pour s’affirmer et faire sa place en France. Mais elle en eût et son spectacle est une leçon de vie pétrie d’amour pour son pays. Elle partage ses histoires des Mossis, ses exceptions culturelles comme la parenté à plaisanterie : le mode de résolution des conflits par la plaisanterie (ah si seulement il pouvait s’appliquer ici aussi).
On en sort avec le sourire, l’énergie de poursuivre ses rêves et de tracer son chemin. Salle comble à Paris, elle est attendue pour fouler les planches d’Avignon. Bravo l’artiste !
Texte et mise en scène : Roukiata Ouedraogo, Stéphane Eliard
Festival Off d’Avignon 6 au 29 juillet 2018, Théâtre du train bleu
Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov, Igor Mendjisky, la Tempête

Un spectacle enivrant qui fait voyager dans le temps et dans différentes dimensions !
C’est en alternant, avec une énergie folle, les trois récits que comprend l’œuvre de Boulgakov et en injectant malicieusement des images, des interactions avec le public, des morceaux de musique improbables et de l’humour toujours, qu’Igor Mendjidky remporte le pari de nous transporter (même s’il lui arrive aussi de nous perdre) à travers l’un des monuments les plus extravagants et complexes de la littérature russe.
Armé d’une audace indéniable, Igor Mendjidky est également magnifiquement épaulé par ses comédiens, au premier rang desquels Romain Cottard et Alexandre Soulié qui jouent admirablement leurs rôles d’êtres pas tout à fait humains, un chouia diaboliques mais quelque part quand même un peu séduisants et aimables. L’emploi de vidéos projetées sur le fond de la scène, soit pour emporter vers ailleurs, soit pour donner de la perspective allant même retransmettre des scènes tournées en direct sur un autre coin de la scène, est un exemple parmi d’autres de l’imagination et de l’ingéniosité dont Igor Mendjidky peut faire preuve pour créer de nouveaux univers et sortir du temps en emportant le public avec lui.
Ainsi, Le Maître et Marguerite, actuellement au théâtre de la Tempête, réjouit et galvanise par son énergie, sa liberté, sa créativité et son humour. On regrette juste de ressortir sans être parvenu à élucider le message de l’œuvre de Mikhaïl Boulgakov qui reste bien mystérieuse.
Jusqu’au 10 juin 2018 à la Tempête
Le Maître et Marguerite
De Mikhaïl Boulgakov
Adaptation et mise en scène par Igor Mendjidky




