Peace

Ha le rock poilu et les Scandinaves, c'est un peu comme Roméo et Juliette: une histoire d'amour passionné sauf qu'effectivement il y a un peu plus de poils et de décibels autour!
Car le rock dans le Nord de l'Europe, c'est une sorte de mythologie électrique qui va du Stoner gelé au Metal extrème avec gros darkos qui se rêvent sur un drakkar en train de découvrir l'Amérique. Ca ne déconne pas là haut.
Si tu veux parler rock, tu dois effectivement avoir des poils partout, des tonnes de cheveux et un air de viking enragé à l'akvavit ou au gloög! C'est le minimum! Et tu as intérêt à savoir jouer en mode bourrin. Un rockeur là bas, c'est un monolithe humain qui fait presque peur!
Bizarrement Graveyard ne joue pas de ses gros bras tatoués. On entend même des nuances dans leurs chansons qui ne font pas dans le gros metal qui tache. Non, ce sont des romantiques à coté de certaines formations suèdoises.
Alors oui, ils savent faire transpirer leurs instruments en quelques morceaux. Oui, le chanteur Joakim Nilsson est un chouette hurleur des bois suèdois. On est très loin de l'univers de Ingmar Bergman mais nous sommes bien dans un groupe de stoner nord européen.
Le groupe, séparé en 2016, reformé à la sortie de l'hiver, souffle sur le chaud et le froid avec un gout certain pour le bloc bien serré de décibels mais l'influence sixties amène de chouettes respirations à l'ensemble. C'est la paix retrouvé pour ce groupe tourmenté qui fait donc un rock assez classique finalement.
On secoue la tête bêtement. On fait du air guitar si on est tout seul en train de l'écouter. On chante comme une casserole pour imiter le leader de Graveyard. On régresse joyeusement. Et on fiche la paix aux autres. On fera juste un peu de bruit.
Nuclear blast - 2018
South by west

La première chanson pose les bases. Une voix haute perchée et une guitare de western. Bienvenue chez Pampa Folks. Effectivement le groupe vous invite à un voyage poussiéreux et captivant.
Thomas Lavernhe, Johan Barrer, David Sultan et Pierre Lelièvre sont les membres de Pampa Folks. Ils ont lu Lucky Luke dans leur jeunesse. Ils regardaient peut être La Dernière Séance avec Eddy Mitchell. Ils sont tombés sur les vieux vinyls de Ennio Morricone. Ils kiffent les westerns spaghetti et les oeuvres au noir de Clint Eastwood.
Pourtant ce sont des petits Parisiens! A Paris, ils bricolent donc un décor de western. C'est l'idée de Pampa Folks, un nom qui donne une bonne indication sur leur idée de musique. C'est un trip rétro, très sudiste et très psychédélique. Du sud des Etats Unis à l'Ouest Californien!
La voix se perd dans des échos. Les guitares se provoquent en duel. Les rythmes sont sauvages. Ils ont des envies flagrantes de jouer aux cowboys et aux indiens. Bien entendu, c'est parfois un peu trop téléphoné. Le cahier des charges est un poil trop respecté. Les frenchies veulent prouvent qu'ils peuvent rêver du Grand Canyon et tous les mythes.
Mais il y a un vraie vision du rock. C'est du cinémascope. Ils font du rock pour grand écran. Ils font de la musique pour rêver ou prolonger leur enfance. Les mélodies sont agréables. Les harmonies vocales impressionnent souvent. Le rêve américain semble encore fonctionner sur ces quatre francais optimistes et doués.
Quatre garçons plein d'avenir!
Tipee records - 2018
Mariage à Long Island

Adam Sandler a signé un contrat en or avec Netflix. Il y fait ce qu'il veut. Pour le meilleur et pour le pire! Comme d'habitude.
Il y a deux ou trois moments touchants dans Mariage à Long Island. Il y a deux ou trois vannes qui fonctionnent. Il y a deux ou trois moments génants dans le nouveau film à la gloire de la star du comique très ricain, Adam Sandler.
On est habitué avec lui. Il ne fait pas dans la demi mesure. Ce comédien a du mal avec la nuance. Même s'il a joué avec des grands noms du cinéma indépendant comme Paul Thomas Anderson, Judd Apatow, Jason Reitman et Noah Baumbach. Il est la tête d'affiche d'affreux nanars honteux comme de comédies culcultes.
Hélas pour nous, la liberté que lui donne Netflix ne l'aide pas beaucoup à restreindre ses envies potaches. Mariage à Long Island aurait pu être amusant si seulement cela ne durait pas plus de deux heures.
On pourrait avoir de l'empathie pour ce père de famille juif et surmené qui veut tout faire pour le bien de sa fille et de son genre, issu d'une famille black, riche et dysfonctionnelle. Malgré tous les défauts de la famille, de la belle famille, du grand oncle, du maire, tout le monde finira par apprécier le joyeux bordel que peut être un mariage.
Le deux papas n'ont rien à voir mais finiront par comprendre que la famille et les sentiments c'est bien joli. Avant cela, on a droit à un service sans fin de vannes paresseuses et de blagues convenues. Sandler s'amuse à faire le papa poule mais il nous noie dans une famille de tarés.
C'est bavard, long et souvent pénible. Il serait tant pour l'acteur qu'un auteur lui remonte un peu les bretelles. Là c'est du grand n'importe quoi!
Avec Adam Sandler, Steve Buscemi, Rachel Dratch et Chris Rock - Netflix - 2018 - 1h55
Sans un bruit

Bon on va finir par le détester le comédien américain, John Krasinski. ON l'avait découvert dans l'excellent série The Office. Il a su se faire une place à Hollywood en toute discrétion. Il a épousé la belle Emily Blunt. Ils viennent de faire ensemble un chouette film d'horreur. Qui cartonne en plus.
On va commencer à l'accuser de réussite aggravée. On l'attend dans quelques semaines dans la série adaptée des aventures de Jack Ryan, d'après Tom Clancy. Bref, tout va pour le mieux pour lui. En plus c'est mérité.
Sans un bruit, son troisième long métrage comme réalisateur est une oeuvre assez aboutie, pas parfaite mais qui nous fait aimer l'épouvante. Le type a deux références: Signes de Shyamalan et La Guerre des Mondes de Spielberg. Avec ça, il nous fait flipper dans une campagne photogénique et sur un concept pas si évident à maîtriser.
D'ailleurs on s'étonnera d'une musique si imposante sur un film où le silence est d'or, et surtout, peut vous sauver la vie. Puisque des créatures ont déboulé sur la planète et sont sensibles aux bruits. C'est ainsi qu'elles vous retrouvent et vous bouffent de manière assez sanglante.
Lee et Evelyn font tout pour protéger leurs enfants. L'un d'eux s'est fait attraper par les monstres. Quelques mois plus tard, ils attendent un heureux événement et se préparent pour que la naissance se passe en toute discrétion.
Mais heureusement pour nous, rien ne va se passer comme prévu dans une campagne faussement apaisante. Dans ce genre de films, il faut aller à l'essentiel et c'est ce que fait John Krasinski qui réalise son film avec un élan qui ressemble vraiment à de la générosité. Il croit à son concept et tente de l'emmener jusqu'aux limites du récit.
Donc on assiste à une sorte de huis clos champêtre où la survie de chaque individu tient aux sons. En une heure et demi, Krasinski nous tend un piège bien mis en scène. Il y a des idées géniales bien soutenues par des comédiens parfaits.
L'ascétisme de l'ensemble cache des trapes dans lesquels on tombe dedans sans trop s'agacer. On a un peu l'impression de redécouvrir le survival et tous ses trucs pourtant déjà vus mille fois! Parce que c'est fait avec une foi certaine, on excuse les menus défauts et sans un bruit, Krasinski s'impose une fois de plus comme un artiste sympa et charmant... et sacrément doué. Il va en énerver plus d'un!
Avec Emily Blunt, John Krasinski, Millicent Simmonds et Noah Jupe - Paramount - 20 juin 2018 - 1h30





