Arthur Buck

C'est une descente de mandoline très REM qui débute le premier album de Arthur Buck, fusion entre deux artistes discrets à l'ombre des géants.
Dans REM, Peter Buck était le guitariste timoré et surdoué. Si on fouille un peu, on découvre une personnalité curieuse, jamais avare en aventures électriques. Sans le célèbre groupe, il s'est fait de nouveaux amis dont le sympathique Joseph Arthur. Lui, il court après la gloire depuis des années mais le succès d'estime est surtout sa marque de fabrique.
Un déficit de charisme? On ne sait pas trop mais les deux hommes s'attachent l'un à l'autre pour créer le très logique Arthur Buck. Un duo de talents, c'est certain. C'est bien fichu. Ca chante bien. Mais bizarrement ce n'est pas exaltant.
Ecrit et réalisé au Mexique, pays favori de Peter Buck, le disque a quelque chose de statique même quand les deux hommes font du bruit avec leurs guitares. Il y a bien de temps en temps l'atmosphère mexicaine (l'excellent The Wanderer) qui apparait mais les titres se succèdent sans surprise. La guitare est joyeusement célèbrée mais sur des chansons peu originales. On est content de l'association entre les deux louables artistes mais il n'y a aucune valeur ajoutée.
On dirait un peu des stars vieillissantes qui fantasment sur leur jeunesse et leur gloire passée. Pas désagréable, le disque n'est pas la grande réussite attendue. Dommage.
New west - 2018
V

Ils Viennent de San Francisco. Ils apprécient les uniVers buccoliques, les paysages champêtres et peut être quelques subtances qui Vous mettent sur orbite. Les petits gars de Wooden Shjips ViVent dans la Californie fantasmée depuis les Beach Boys et les Doors.
Ils poussent donc les portes du psychédélisme. Ils ont le kit pour cela: il suffit de regarder la pochette avec le coté minéral, le dessin innocent, l'aspect Verdoyant et la nature que l'on respecte infinimement. Leurs chansons parlent du Vent, des fleurs et du soleil. Wooden Shjips embrassent tous les clichés du genre. En plus leurs chansons s'étirent jusqu'à épuisement.
La Voix passe par le spectre d'un écho persistant. Les guitares subissent elles aussi une mutation sonore suite à des inVentions plus ou moins nouVelles. Pourtant cette compilation de stéréotypes finit par séduire.
Car les gaillards de Wooden Shjips réussisent de belles chansons, un peu primitiVes, longues mais qui cherchent une idée de la beauté musicale, de la plénitude sonore, un truc assez plaisant à imaginer car toujours utopique et imaginaire.
Le flou artistique est finalement assez maîtrisé. Les idées fourmillent et chaque morceau peut se réécouter facilement. Ca ne sort pas du sentier battu par le Grateful dead et tous ses imitateurs contemporains mais on ne peut pas dire que l'on soit en mauVaise compagnie. C'est un feu de camp au lieu d'un feu d'artifice. Mais le moment partagé est plutôt aVenant!
Thrill Jockey - 2018
El Bar

Décidément ca le passionne les jeux de massacre. L'Espagnol Alex de la Iglesia continue de disséquer les défauts de ses contemporains à travers un récit malin et acide.
Alex de la Iglesia adore détruire les conventions. Il aime choquer. Il s'attarde sur les contradictions de ses personnages. Il est sans pitié et c'est ce qui rend son cinéma si essentiel. Il n'essaie pas de plaire. Il défend son coté misanthrope avec une hargne qui forme une filmographie admirable de rigueur et d'originalité!
Son cinéma est peuplé de marginaux grandioses, de héros psychotiques, de névrosés assassins, de belles plantes carnivores... On ne sait jamais trop à quoi s'attendre quand on est en face de l'un de ses films. Evidemment cette sensation est bien trop rare!
Donc El Bar (Pris au Piège en français) installe un échantillon de la société espagnole dans un petit bar de quartier. On y trouve la jolie fashionista, la vieille bique, la propriétaire capricieuse, le clodo céleste, les cadres stressés ou le bobo arriviste... Du beau monde qui se retrouve coincé lorsqu'un évènement inattendu vient perturber leur pathétique quotidien.
Virtuose, Alex de la Iglesia maltraite le huis clos avec sa caméra virevoltante qui est toujours aussi à l'aise pour décrire une communauté d'animaux humains, qui vont bien entendu se déchirer. On retrouve ainsi tout le fiel de Mes chers Voisins et Le Crime Farpait.
Les acteurs sont exemplaires et donnent de leur personne pour permettre au cinéaste de gratter le vernis du savoir vivre ensemble. C'est parfois hystérique mais les énormités du cinéaste sont assumées et ne sont pas une expression de la facilité. Depuis son tout premier film en 1992, De la Iglesia a toujours aimé poussé le spectateur jusqu'à la folie. C'est la qualité de son cinéma timbré et surtout flamboyant.
Car au delà du discours désormais attendu, El Bar propose des idées de cinéma, des cadrages soignés, des jeux à la subtilité ludique. On s'amuse beaucoup avec De la Iglesia. Son cinéma plait car il tente d'être complet et ne cherche jamais l'indifférence. Franchement, allez rentrez dans ce bar: vous allez vous régaler!
Avec Blanca Suarez, Mario Casas, Carmen Machi, Terele Pavez... netflix - 2017
Songs of the saxophones

Regardez bien les deux beaux regards du duo The Saxophones. Cela suffit à comprendre toute la beauté de leur geste.
C'est un disque hors du temps. Hors des modes. C'est un disque qui va plaire aux amateurs de vieilles choses vintage, à ceux qui aiment l'ambiguité des films de David Lynch, à cheval sur la mythologie américaine et sa perversité. C'est un disque qui regarde derrière lui, qui ressort les vieux trucs du crooner mélancolique et du chanteur triste qui défend le beau.
Le chanteur, c'est Alexi Erenkov. La voix est douce et veloutée. Elle convoque tous les chanteurs en smoking qui fumaient durant leurs roucoulades et qui se chantaient l'amour avec une fausse candeur réconfortante. Il chante lentement mais il nous berce. Sur la pochette, il a de grands yeux bleus. Bleus comme l'océan qui fut la source d'inspiration du groupe californien. Erenkov a un air romantique et soigné. C'est un rêveur. Il se raconte comme un somnanbule assis sur une branche bien délicate.
Et tenue par Alison Alderdice. Sur la pochette, le regard est plus percutant. Elle décide des harmonies et surtout compose de superbes mélodies, avec des instruments qui veulent rendre hommage aux années 50 et 60. On baigne avec les deux dans une atmosphère ouatée, délicieuse et rétro.
Mais jamais réactionnaire car les petites touches de modernité font leur apparition au fil des écoutes. Le disque est court. Il est précis. Il est précieux par son ambiance de fin de soirée, chaleureuse et sentimentale. C'est un disque qui soigne les bobos du coeur et de l'esprit. Sans urgence, ce duo s'impose comme un remède parfait aux tristesses qui nous collent aux baskets!
fulltime hobby - 2018
Come Tomorrow

Bon on doit être les seuls à en parler mais on est fier de connaitre l'un des plus passionnants trésors américains: Dave Matthews Band!
En France, il n'est pas connu. Ailleurs c'est la star. Le gars sympa qui joue sans arrêt avec ses potes, dans les stades et aux quatre coins de l'Amérique. Il a vendu des millions de disques. Sa musique est plutôt indéfinissable. Du rock. De la pop. Un mélange délirant de rock et de pop avec du jazz.
Dave Matthews Band est un groupe étonnant qui étire ses chansons pour en trouver une sorte de plénitude sonore et existentielle. Je vous le redis: le gars est très sympa. il fait du vin aussi et mène des actions caritatives. Il a le coeur sur la main et chante comme personne. Il a une voix identifiable et puissante. Ecoutez un (des nombreux) live du groupe et la réalité vous sautera aux oreilles: les rois du stade, ce sont eux!
Bon, sérieux sur scène, le groupe n'est pas un assidu des studios. Ca faisait six ans que DMB n'avait pas sorti de disque original. Toujours sur les routes. Toujours dans mille projets. D'ailleurs l'un des membres fondateurs, le violoniste Boyd Tinsley a décidé d'arrêter. Mais la fatigue n'a pas atteint le chef.
Au contraire, ce tout nouvel album est une remise en cause de la formule magique. Après la disparition du trompettiste en 2008 et le départ de Tinsley, le groupe continue d'évoluer et de nouveaux membres sont intégrés. Le formidable guitariste Tim Reynolds est désormais dans le groupe de manière définitive et il impose son style.
Le style n'est pas complétement chamboulé mais il ne s'enferme pas dans les vieux schémas qui ont fait l'incroyable renommée du groupe sur le territoire américain. Généreux, Dave Matthews expérimente sans se mettre ne péril. On retrouve sa gentillesse (un vilain défaut dans l'univers impitoyable) et ses refrains entêtants. Le groupe s'éclate. C'est une invitation à la fête, au partage, à la joie. C'est le disque simple qui donne la patate et offre le sourire. Pourquoi refuser?
RCA - 2018





