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Numéro deux, David Foenkinos, Gallimard

David Foenkinos est un écrivain habile, un auteur reconnu (il a remporté, notamment, le Renaudot et le Goncourt des lycéens, et plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma). Dans son dernier bouquin, intitulé Numéro deux, David Foenkinos imagine la vie de Martin Hill, un garçon qui passa à un cheveu d'incarner Harry Potter au cinéma lorsqu'on lui préféra Daniel Radcliffe en finale du casting.

Manifestement, David Foenkinos cherche à surfer sur la vague Harry Potter et, sans doute espère-t-il ainsi récupérer quelques lecteurs de J. K. Rowling, ce qui n'est pas idiot si l'on a pour ambitionner de figurer dans la liste des meilleures ventes. Il se murmure d'aussi qu'une adaptation au cinéma serait à l'étude. A mon avis, c'est une rumeur infondée qui sert uniquement à la promotion du livre.

Certes, l'idée de départ, l'intrigue, (le pitch comme on dit quand on se veut aussi branché que Thierry Ardisson) est séduisante. Sauf qu'une fois passée la mise en place du personnage - qui est fort bien menée et qui nous accroche agréablement - l'histoire a tendance à tourner en rond.

Certes, ce roman se lit tout seul et n'est pas déplaisant. En vieux roublard de la littérature, David Foenkinos multiplie les accroches (les fameux cliffhangers, comme on dit pour ce genre de bouquin) afin de piquer la curiosité de son lecteur et de le pousser à tourner les pages.

"Il avait raison d'y croire: une solution existait quelque part. il lui faudrait encore du temps, mais il allait la trouver ; et elle serait pour le moins inattendue." (page 162) / "Il comprendrait plus tard pourquoi." (page 172) / "Il lui faudrait attendre encore un peu avant de trouver la solution." (page 205)

L'auteur s'essaie aussi à des formules qui se veulent spirituelles et drôles ("Karim apporta de l'alcool fort histoire d'être plus rapidement faible.", page 206) et nous gratifie de ses considérations mièvres et au ras des pâquerettes sur l'amour:

"Martin avait simplement oublié un élément: il est bien connu qu'il faut arrêter de chercher l'amour pour le trouver." (page 187) / "Sophie devait attendre que Martin fasse le premier pas, sans imaginer qu'en matière amoureuse il n'avait connu que du surplace." (page 208)

S'il était allé un peu plus loin que la simple idée de départ "inspirée de faits réels", David Foenkinos aurait pu écrire un livre bouleversant, un vrai drame. Au lieu de cela, il signe avec Numéro deux un livre divertissant, paresseux et malheureusement peu intéressant. Vous avez sûrement mieux à faire avec 19,50€ que d'acheter ce roman peu inspiré.

Paru le 06/01/2022
Éditions Gallimard, collection Blanche
240 pages / 19,50€

French Touch: Kavinsky, Carpenter Brut, Lewis Ofman

Le peuple français aime la politique. Il n’aime pas les politiciens. Mais il refait le Monde et surtout c’est un peuple qui aime bien se plaindre et jouer la carte décliniste. Pourtant, on est des champions. Pas qu’au foot. Et pas qu’en matière de partis racistes. On a peut-être oublié, mais on est la French Touch.

Daft Punk n’est plus. Il y a encore de solides artisans de l’Électro qui réussissent au delà de nos frontières. C’est le cas du rare et discret Kavinsky. Au hasard d’un film, Drive, l ‘artiste de Seine Saint-Denis a connu un fulgurant succès.

Au point de se cacher durant neuf ans et revenir avec un second disque qui s’annonce comme une suite directe de Outrun. Une fois de plus, l’écriture est très cinématographique et le musicien continue de piller, avec un certain talent, les années 80.

Cela donne des chansons kitsch, entre groove lancinant et célébration de la mythique décennie. Le rythme est nonchalant. Kavinsky n’a pas trop l’envie de faire danser son auditeur mais plutôt de le baigner dans une atmosphère de série B. Ça fonctionne. Synthétique mais efficace.

Dans le genre, on préfèrera l’excellent mauvais goût de Carpenter Brut, fan du grand cinéaste américain et véritable passionné de la série B voire Z avec des expériences visuelles très marrantes et surtout audacieuses.

Il poursuit ici son concept de trilogie musicale en suivant les pérégrinations d’un serial killer. Des nappes de synthétiseurs. Des boucles hypnotiques. Des riffs agressifs. La formule est connue mais Carpenter Brut possède un impressionnant sens du récit. Il confirme tout le bien que l’on peut penser de ce solide artisan de l’Électro teinté d’indus.

On a bel et bien l’impression de se promener au milieu des premiers films d’Abel Ferrara et tous ses polars horrifiques qui prenaient comme décor le New York ruiné du début des années 80. Le musicien de Poitiers ne ménage pas ses efforts pour nous faire goûter le crapoteux, le sordide mais aussi le fascinant.

Moins installé mais plus lumineux, Lewis Ofman a de fortes chances d’être la révélation de l’année. Producteur, il sort son premier disque dont on apprécie obligatoirement la fraîcheur et l’espièglerie. Pourtant ce n’était pas gagné.

Lewis Ofman connaît tous les sons qui accompagnent nos achats dans les grandes enseignes de vêtements. Il a fait de la musique de défilés de mode. Il aurait tout de la petite tête à claques mais le jeune homme fait preuve d’une subtile élégance sur un album qui ne choisit pas entre pop et Électro.

Moins radical que les deux précédents, il réalise de sages chansons mais elles sont douces, amères et très bien réalisées. Les poèmes soniques ne sortent pas des sentiers battus mais ils ont l’aspect rétro qui fait tout le charme de la French Touch. On a donc des airs sortis tout droit d’une comédie romantique des années 70 puis des choses beaucoup plus urbaines.

Lewis Ofman s’offre une liberté en assumant une très grande légèreté, recyclant des modèles éculés. Ses poèmes sont amusants et habiles. On se surprend à apprécier un style souvent caricatural. Les fêtes aux Baléares seraient-elles de nouveau fréquentables?

La French Touch survit donc à ses fondateurs et ses glorieux aînés. Y a tout ce qu’il faut pour oublier le catastrophisme qui hante nos contemporains, des piliers de comptoir jusqu'aux candidats à la Présidence de la République!

Les Bad Guys

Le grand méchant loup en a marre d’être le plus rusé des voleurs. Ce qui va surprendre sa petite bande : un serpent fielleux, une tarentule geek, un piranha taré et un requin chagrin. Pourtant cette équipe de cambrioleurs va devoir changer… ou pas !

La première scène est clairement un hommage à Tarantino. C’est bavard et très cool. Le loup et le serpent dissertent sur les petits riens de la vie puis s’attellent à leur boulot : un braquage de banque. Les Bad Guys débutent sous le soleil californien et ça fait du bien dans cette grisaille d’avril.

C’est assez rare ce genre de référence dans un dessin animé pour enfants. Les parents apprécient et ça montre un peu l’ambition du metteur en scène, Pierre Perifel, un petit frenchy qui visiblement s’épanouit parfaitement à Hollywood.

Car il a visiblement compris l’essence même du lieu. Le film se passe en Californie. On ressent dans les décors, le rythme et la lumière, l’esprit du coin entre jemenfoutisme élégant et lieu de tant de mythologies modernes.

Cela pourrait être un hommage. Mais c’est surtout un spectacle pour enfants et ça fonctionne très bien avec ses anti-héros qui découvrent les vertus de la gentillesse et de la bonté. Le scénario n’est pas aussi corrosif que les personnages, petits démons perdus dans un monde trop sage, où les apparences sont une obsession ou un piège !

Mais le réalisateur Pierre Perifel semble ravi de son gros jouet et des gentils monstres. Il soutient un récit mené sans temps mort et avec des idées souvent drôles (la police de L.A. rappelle les pirates de Porco Rosso). Les Bad Guys est un produit bien calibré pour plaire à tous, petits et grands, mais il faut l’avouer : c’est bien fait ! Une idée du rêve californien en quelque sorte !

Sortie le 06 avril 2022
DreamWorks, Univesal Pictures

100 min.

Nous, on vote pour Chapelier Fou, La Maison Tellier & Fabulous Sheep

Dans quelques jours, ça ne vous aura pas échappé, on vote. On va dans l’isoloir et on met un petit papier dans une enveloppe en espérant un monde meilleur, mais on a comme un gros doute. Car nos candidats à l’élection ne sont pas très ouverts. Bien fermés sur nos petits problèmes. Nombrilistes ou fascistes, on a le choix!

Merci aux musiciens français de nous montrer le chemin pour sortir de nos angoisses hexagonales et de notre ethnocentrisme souvent ridicule.

C’est le cas de Chapelier Fou, dingue de l'électro qui retrouve des contours classiques.

Au top du modernisme, Chapelier Fou se calme en cherchant le dépouillement avec des instruments : harmonium, violon, piano, clarinette et alto. Il a monté un ensemble de musiciens et revu son catalogue. Le résultat est fascinant, entrainant et apaisant. On devinait souvent la singularité de cet artiste de l’électro: il confirme son atypie avec ce disque d’une élégance subtile, une bande son inspirante pour aimer les jours meilleurs.

De mieux en mieux, ce sont les albums de La Maison Tellier, bande de Normands qui regardent loin et ailleurs. Ils regardaient souvent vers les États-Unis et toute leur mythologie en défendant une folk française teintée de country.

Atlas, un titre qui évoque une autre région du Monde, montre que leur maison est grande ouverte à tous les courants et cela nourrit des chansons souvent magiques, d’un lyrisme éloquent (Feu Chatterton a un sérieux concurrent) et d’une poésie qui nous plonge dans un univers minéral et terriblement humain. Au-delà de l’Atlas, les musiciens de la Maison Tellier nous emmènent dans un ailleurs rassurant… car il existe sur ce disque plus que réussi.

Avant de voter, collez votre oreille sur le disque des biterrois Fabulous Sheep. Attention, ça pourrait vous surprendre. Un bon gros rock enragé tout droit hérité du punk anglais. Il y a de la colère dans les compositions de ce quintet venu d’un autre temps.

Le groupe a surtout un sacré talent qui leur permet de rivaliser avec leurs aînés anglo-saxons. Ça dérouille sévère. Ça sent fort la testostérone et cela canalise tout l’enfer d’une jeunesse dans le monde d’aujourd’hui. Cela donne des morceaux forts qui doivent avoir une ampleur incroyable sur scène. Ces petits jeunes nous donnent de l’espoir. Nos musiciens ont bien raison d’aller voir ailleurs, trouver l’inspiration chez l’autre, remercier l’étranger de sa richesse… ça pourrait presque être une consigne de vote!

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F.A.I. 2009 / BERTRAND BELIN et TATIANA MLADENOVICH

Et la laïcité bordel !

London Western / Coffees & Cigarettes / Tekini records

Diamond Dogs / David BOWIE / (EMI – 1974/ Rééd.2004)

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Souvenir d’un pas grand-chose, Charles Bukowski, 10/18

Charles Bukowski prête ses traits à Henry Chinaski, son avatar, son alter égo, pour nous faire découvrir l'univers empreint de violence dans lequel l'auteur aura grandit. L'amenant à percevoir le monde et les relations humaines avec un œil acéré, désabusé, cynique, parfois cruel, souvent drôle et presque toujours poétique, Henry évolue dans la société américaine de la "destinée manifeste" (celle d'être à la
tête de toute l'humanité !). Une société dans laquelle l'homme qui n'a pas réussi compte pour rien et sera traité comme tel. C'est du moins ce que l'on ressent dans le personnage du père, au travers ses discours, les valeurs qu'il prétend défendre, sinon des leçons qu'il donne.

De sa naissance en Allemagne pendant l'entre-deux guerre à son acnéique adolescence californienne, nous suivrons le narrateur dans un univers où nul lieu n'échappe à la violence. Que ce soit à la maison, à l'école ou sur le chemin menant de l'une à l'autre Henry n'a pas un moment de répit. Psychologiquement ou physiquement.

Un père violent, distant, colérique, méprisant, humiliant.

Une mère inexistante, complètement sous l'emprise et admirative. Elle respecte, accepte, défend même ! les normes patriarcales en vigueur dans cette classe de la population. Le père - et plus généralement l'homme - a raison, et la femme ne doit pas intervenir. Henry le lui reprochera à plusieurs reprises.

Une école où il faut se battre pour exister après avoir accepté d'être battu.

Ne jamais rien montrer de sa faiblesse. Ce ne sont pas les coups qui peuvent l'inquiéter. Dès la première correction qu'il reçoit par son père dans la salle de bain, on le sent, on le sait, endurci et prêt pour recevoir les suivantes sans broncher. Il en ira de même avec les expériences de vie dramatiques. Il se relève toujours, attendant la prochaine. Il y perd quand-même un peu à chaque fois. Ne jamais rien montrer de ce que l'on a de plus beau en soi…

C'est une autre logique qui en résultera.

Seulement, il y a un point où l'acceptation, l'incompréhension, les misères deviennent trop fortes pour être acceptées sans un exutoire salvateur. Il faut pouvoir fuir cette réalité trop moche. Il y aura alors, bien sûr, la découverte, la rencontre, avec l'alcool en même temps que celle avec l'excès qui le caractérisait déjà quelque peu, qui l'accompagneront désormais et qui régneront sur nombre des aspects de sa vie.

L'alcool, dont l'une des vertus et de désinhiber, deviendra son plus fidèle compagnon. Le seul qui le suivra toujours partout et qui respectera le si peu mis en application "pour le meilleur et pour le pire". Il lui permettra de se faire une place dans un monde dont il n'a de toute façon pas très envie de faire partie. Il est bien difficile de s'intégrer quand l'on croit se savoir supérieur, plus fort, plus résistant, plus malin et plus perspicace que les autres.

"Je ne sais pas être ami avec tout le monde . D'ailleurs, personne ne m'intéresse."

Exception faite des gens exceptionnels. On n'en rencontre pas souvent. L'alcool aide à croire et peut faire paraître merveilleux ce qui ne l'est pas. Pendant un temps, Bukowski le dit, Henry le met en application. Il méprise le premier gamin qui fera un pas vers lui et se retrouve avec pour seul ami celui qu'il aurait voulu garder à distance. Il en ira de même avec nombre de personnes qu'il croisera…

C'est un personnage ambigu et contradictoire mais qui s'accepte et le reconnait pleinement. C'est d'ailleurs de cette contradiction visible - entre ce qu'il est à l'intérieur, ce qu'il renferme de beau mais refuse de montrer, et ce personnage dur et inébranlable qu'il façonne - que nait toute la beauté de la logique du diagnostic sociétal, politique, scolaire et environnemental qu'il pose sur l'une des classes les plus pauvres des États-Unis.

Ce livre est une parfaite introduction à l'écriture et au style de Bukowski. Pour le découvrir avant de se lancer (ou pas) dans la suite des aventures d'un Chinaski que l'on retrouvera dans au moins quatre autres romans de l'auteur. Parfois écrits bien avant, on y découvrira Henry plus vieux, adulte, allant d'un travail, ou d'une femme à l'autre, toujours relatant le quotidien réel ou supposé, sans cesse en ébullition et au bord de la rupture. Avec cette écriture percutante, claire, plus profonde et tendre qu'elle ne le laisse accroire…

Un très bon et intéressant moment de lecture (ou de relecture).