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Apprendre à se noyer, Jeremy Robert Johnson, 10/18

Bienvenue dans l’enfer vert! En 142 pages, le romancier Jeremy Robert Johnson nous entraîne dans un sinueux voyage mystique qui ne laisse pas indifférent.

Car le titre de la courte nouvelle résume assez parfaitement le style : apprendre à se noyer. Faire face à la douleur. Comprendre ce qui n’est pas compréhensible. L’humain face à la nature. Un père qui craint pour son fils. Des créatures qui décident de se prendre pour un destin…

Johnson ira de toute façon à l’essentiel. Son livre est d’un minimalisme qui finit par nous cogner très fort. C’est une littérature qui percute. Comme dans une rivière sauvage. Le lieu où va commencer le drame d’un homme qui perd son fils dans une dense nature. Il court vers l’inconnu pour retrouver sa descendance, mordu par une bestiole aquatique…

La sécheresse de ton n’empêche pas de toucher l’humanité. Rien de plus cruel que la disparition d’un enfant. Mais le voyage va virer vers un mysticisme assez fascinant. Les mots et la mise en page vont nous faire entrer dans l’esprit torturé du héros, mis en scène avec une énergie due au désespoir.

L’auteur est responsable d’un autre roman devenu culte, Skullcrack City ; Apprendre à se noyer continue de tracer cette route littéraire où la nature révèle bel et bien les pulsions de chacun. Les vertueuses comme les mauvaises.

L’aspect épuré de l’écriture, la singularité du conte, les démons qui se cachent dans la nature, le livre décrit une jungle aussi mystérieuse qu'inquiétante. Une vision primitive ou primaire de l’humanité. L’homme rentre peu à peu dans un chemin de violence puis de mort.

Cependant c’est intense et beau. Il y a une grâce dans ce paysage dangereux, vert et poisseux. On devine l’humidité se mêler à la transpiration. On finit par comprendre ce triste père perdu dans un grand nulle part. Sauvage et beau!

Paru le 20 octobre 2022
chez 10/18
Jeremy Robert Johnson
Jean-Yves Cotté (traduit par)
142 pages / 6,60€

Moustachus et musiciens : c’est possible !

Mes amis, nos lecteurs, les nostalgiques du cool, vous êtes les bienvenus à la compétition non officielle des musiciens qui ressemblent beaucoup à Francis Cabrel jeune. C’est dire s’ils sont au top de la hype.

Après une dure réflexion et une enquête très poussée, nous allons ici vous proposer trois gagnants aux cheveux longs et à la moustache affirmée. Certes, c’est un style mais il faut justement en avoir du style quand on fait de la musique ! Et les trois artistes choisis valent mieux que leur look véritablement retro et faussement ringard.

Commençons avec Drug Dealer et son album haut en couleurs, Hiding in Plain Sight. Il deale en effet avec les vestiges de la west coast et mélange habilement un cocktail fait de soul, de rock et de easy listening.

Si visuellement, on a certainement à faire à un clone de notre Francis Cabrel, musicalement on pense beaucoup à Billy Joel à ses débuts. Et ce n’est pas un défaut ; loin de là. Le groove est poli mais très élégant. Le tout est emmené par un piano de caractère.

La Californie transpire dans chaque morceau et Los Angeles hante les compositions de ce groupe pas si tripé que cela mais on se sent très bien dans ce soft rock ensoleillé, hors du temps. On devine tous les génies qui ont inspiré les chansons, des Eagles aux High Lamas en passant par les inusables Beach Boys. Bienvenue en Californie.

C’est bel et bien là bas que l’on rencontre les plus beaux sosies de notre troubadour d’Agen, fan de Neil Young. Michael Rault adopte aussi le look jusqu’à la chemise pelle à  tarte. Comme Cabrel à ses débuts, sa musique est pleine d’espoir, d’harmonie et d’une folk mélodique qui lorgne fort sur une pop ronde et caressante.

C’est le rock comme utopie qui vient inspirer ce Canadien qui se voit vivre dans une hacienda sous le soleil chaud de San Diego ou San Francisco. La voix est haute et suivie par des musiciens ravis de glisser sur des arrangements soft rock.

Ça pourrait être anecdotique mais c’est en fait joliment travaillé. Michael Rault a des rêves qu’il met en musique avec gourmandise. Il possède cette douceur de baba cool. Effectivement ça plairait énormément à notre Cabrel.

D’ailleurs il aimerait sûrement le travail de Danny Lee Blackwell. Texan, belle crinière et moustache prétentieuse, le bonhomme fait preuve d’une ouverture d’esprit en réussissant un album avec une autre artiste, coincée par le covid en Angleterre.

Il monte donc le groupe Abraxas avec l’ancienne guitariste, Carolina Faruolo, ancienne membre de Los Bitchos. Ensemble, ils fuient la pandémie avec des titres très exotiques où un rock très psychédélique se mélange à des rythmes chauds.

Le duo n’est pas un tigre de papier : la guitare miaule pour permettre la découverte d’un univers qui emprunte à la cumbia jusqu’au funk. Les emprunts sont multiples et font effectivement dresser les poils et défriser les moustaches. On a l’impression de se promener avec des Space Cowboys. Il y a même quelque chose de minéral qui n’est pas sans rappeler le chanteur des Murs de Poussière.

En pleine période movember, vous voici au courant : une moustache, c’est aussi beaucoup de talents!

L’Ile Haute, Valentine Goby, Actes sud

Vous vous souvenez du Grand Chemin, ce film où Richard Boringer s’engueulait avec passion avec une magnifique Anémone? Vous n’avez pas déjà vu ces films où des petits héros fuient en culottes courtes, le monde cruel des adultes, pressés de se battre à la guerre? Ça pourrait s’appeler les films Herta ! Comme cette bonne vieille publicité pour les saucisses où un enfant apprend à profiter du peu qu’offre l’admirable nature.

C’est un peu écœurant à force de répétitions et c’est devenu un genre à part entière. Ambiance sépia et discours du “c’était mieux avant” ! Pour son nouveau roman, Valentine Goby donnerait la sensation d’écrire un scénario un peu vieillot et stéréotypé.

Un jeune part pour les Alpes. Pour y respirer et fuir la guerre. Il quitte le quartier des Batignolles pour le charme rural de la montagne et ses cimes inspirantes. Dans une lointaine famille, le gamin asthmatique découvre qu’il peut vivre pleinement, observer les rustres mais justes mœurs des locaux et même rouler des patins à des jolies jeunes filles.

L’apprentissage de la vie, la découverte des sentiments, la dureté de l’existence… le récit initiatique est réellement prévisible. Valentine Goby ne semble pas vouloir sortir des sentiers battus. On pourrait être déçu si son talent ne transcendait pas son histoire adolescente.

Car tout autour il y a la nature. La romancière est sacrément douée pour nous faire découvrir ce petit coin de nature idéal pour vous présenter le Ch… pardon je retourne vers les références publicitaires!

Non justement elle décrit parfaitement la bienveillance de l’environnement, et l’ombre des montagnes ne cache pas que dangers et drames. Valentine Goby échappe aux facilités même si elle brosse un portrait assez gentillet d’une communauté finalement soudée et chaleureuse. Aidée par ce paysage quasi mystique, barrière aux souffrances et aux mauvaises nouvelles.

C’est finalement un livre sur l’éveil et une belle idée de la curiosité. L’isolement a du bon de temps en temps. 

John Williams, Indiana Jones

Pourquoi faut-il écouter du John Williams durant les vacances? Avant le long tunnel d’hiver et de fêtes de fin d’années, vous vous accordez j’espère quelques jours de vacances. Il est loin le bénéfice positif des longues vacances d’été.

Vous êtes redevenus ces machines attachées lourdement à la société de consommation. Vous ne faites plus qu’un avec vos objets de torture préférés. On vous donne des rendez vous en présentiel ou sur Teams. Vous courez après le temps et les transports en commun. Vous surveillez constamment votre téléphone ou votre ordinateur. On a bien du mal à s’évader lorsque le calendrier est une grande cavalcade…

Vous avez ronchonné devant une station service. Vous craignez la réaction d’un Poutine qui pourrait fêter ses 70 ans en faisant tout péter. Vous avez été scotché par le look intellectuel de Benzema devant son globe en or. Vous vous dites que tout cela n’a plus beaucoup de sens. Et vous avez sûrement raison.

Alors ouf, pour certains d’entre nous arrivent les vacances! On va faire une pause avant de foncer dans l’hiver et ses copieuses festivités. On va tout stopper. Et respirer. Et peut être se mettre à rêver.

Dans mon cas, je file à la montagne. Avec mes deux filles et toute leur imagination. On observe les forêts pour y chercher des hobbits. On regarde les sommets pour y voir Harry Potter sur son balai. On suit les rivières comme s’il s’agissait d’un torrent pour l’intrépide Indiana Jones.

D’ailleurs, la musique de cette mythique saga a tout du pansement pour le moral mis à rude épreuve. Je vous conseille vivement de débuter votre repos en vous lançant derrière Indiana Jones et les aventuriers de l’Arche Perdue. Comme le héros, lâchez le costume pour des vêtements plus décontractés…

Du Pérou jusqu’au Moyen Orient, l’orchestre provoque une belle envolée lyrique qui explose sûrement les limites de notre créativité. Comme Spielberg, John Williams aime bien transformer le quotidien par son art. Il reflète lui aussi par ses notes de musique, la fantaisie de l’enfance et la folie sans limite de nos souvenirs et nos mythes.

Face à la puissance divine, la bande son de ce premier film  affirme l’héroïsme et on voit alors dans chaque paysage, une aventure extraordinaire. On aimerait presque être poursuivi par des nazis…

Ou par une secte au fin fond d’une jungle indienne! C’est ce qui fait aussi l’exotisme de la seconde quête de Indiana Jones. Pour nous cette bande originale va nous ramener à l’âge où l’on adorait se perdre dans des bandes dessinées durant les vacances.

John Williams a déjà l’occasion de jouer avec son célèbre thème et en multiplie d’autres tout aussi galvanisants. Avec son talent symphonique, le pouvoir d’évocation de John Williams n’a pas d’équivalent. Pas étonnant de voir d’autres mythes modernes apparus sur ses orchestres débridées : Star Wars, Superman, Harry Potter ou des films catastrophes comme La Tour Infernale ou L’aventure du Poséidon.

Ici, la musique soutient l’image et lui donne une grandeur et une gloire incroyable. Et au-delà de la fiction, la musique du Temple Maudit nous arrache toute chose terre à terre. Elle vous bouscule et vous empêche de reprendre contact avec la réalité. Ça fait du bien.

C’est un peu moins le cas de Indiana Jones et la Dernière Croisade. Le troisième film s’ouvre sur une scène spectaculaire où un jeune scout affronte déjà des voleurs dans le désert américain.

Là encore, c’est sous la forme de motifs et rebonds que la musique nous attrape et nous retient dans un rythme fascinant. La complexité de l’écriture cache un magnifique tourbillon d’idées et d’inventivités. Dedans s’enferment nos souvenirs d’enfance, notre insouciance regrettée et notre facilité à s’extasier des belles choses et des récits épiques.

La Dernière Croisade est apparemment plus classique que les autres mais il y a une espèce de mélancolie qui perce et rend l’écoute assez touchante. Mais il y a toujours autant d’enthousiasme et d’espièglerie.

Cette trilogie (on ne parlera pas du quatrième épisode où la musique est un aimable best of) accompagne parfaitement le besoin d’ailleurs, l’envie de lever le pied, rêver d’un autre destin, imaginer les choses les plus folles.  Fortune et Gloire… rêvassait  Indiana Jones face au Temple Maudit. Faites pareil: évadez vous!

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Les Odyssées, Laure Grandbesançon, Théâtre Libre

En ce samedi après-midi, la salle du Théâtre Libre fourmille d'enfants tout excités à l'idée de rencontrer leur idole: la pétillante Laure Grandbesançon, l'autrice et l'interprète des Odyssées, le fameux et fantastique podcast de France Inter.

Si vous avez des enfants de sept à douze ans et que vous ne connaissez pas encore les Odyssées de France Inter, alors remerciez-moi car cette série d'émissions devrait occuper vos bambins pendant un bon moment ! Dans chacun des plus de quatre-vingt-dix épisodes, il s'agit de se plonger durant un quart d'heure, gros ou petit, dans la vie aventurière d'une grande figure historique. C'est totalement déjanté et bigrement intéressant. On pourrait qualifier cela d'aventurire !

Au théâtre, Charlotte Saliou met en scène quatre de ces récits : l'exploration de l'Amérique du Sud au XVIIIème siècle par Jeanne Barrot, une femme qui brave les interdits pour prendre la mer ; la découverte du tombeau de Toutankhamon par Howard Carter, un archéologue anglais et pugnace ; la vie romanesque de Jin, la grand-mère de Laure Granbesançon et, enfin, l'imprévu voyage dans l'inconnu de l'équipage de la fusée Apollo 11.

Je n'ai pas vraiment gouté la scène d'introduction survitaminée et bruyante, façon parodie de film d'espionnage. "Je n'aimais pas trop quand ils faisaient semblant de courir" (dixit Norma, 8 ans et demi). En revanche, j'ai beaucoup apprécié la scénographie et le décor que les deux comédiens (Laure Granbesançon et Baptiste Belaïd) font évoluer en un tournemain et qui les transporte en un instant d'un galion à une navette spatiale. "Le décor était impressionnant parce qu'il y avait plein de trappes" (dixit Norma, 8 ans et demi). Le spectacle vaut le détour rien que pour ça. Quelle beauté, c'est comme dans un rêve !

Bien sûr, il est difficile pour la pièce de se hisser au niveau de la création radiophonique. "J'ai bien aimé ce spectacle, même si je n'ai pas vraiment retrouvé l'esprit humoristique du podcast" (dixit Norma, 8 ans et demi). On a l'impression que la metteuse en scène a voulu rendre le spectacle accessibles aux plus petits ; et ça marche ! Les jeunes réagissent volontiers aux gags visuels et sont morts de rire.

Si vous êtes déjà fans du podcast, alors vous regretterez peut-être comme moi que Laure Grandbesançon joue les personnages plutôt que d'endosser le rôle de narratrice qui lui va si bien. Ses exclamations et ses jurons polis ("Pétard ! Mamma mia ! Mazette !" nous ont manqué, à ma fille et à moi).

Si vous découvrez les Odyssées par le biais de ce spectacle, je parie que vous serez conquis sans réserve car l'ensemble ne manque pas de charme ni de qualités malgré quelques tout petits ajustements à faire, (je précise que j'ai assisté à la première, ce qui a son importance).

En tout état de cause, Les Odyssées sont un spectacle intelligent, drôle et beau, qui ne prend pas les enfants pour des nouilles. C'est génial de voir une salle remplie de gamins enthousiasmés par un spectacle bien vivant !

du 22 octobre 2022 au 1er janvier 2023
(samedi et dimanche à 14h, et tous les jours à 14h durant les vacances de Noël)
Spectacle-enquête à partir de 6 ans - durée prévue 1h
Avec Laure Grandbesançon et Baptiste Belaïd
Mise en scène : Charlotte Saliou
Scénographie : Cirque Le Roux
Théâtre Libre, Paris Xème