Jean-Luc Lagarce, Marcial Di Fonzo Bo

Les Olympiades, Jacques Audiard,

Un long silence, Mikal Gilmore, 10-18

Halloween kills

Douce France, Stéphane Olivié Bisson, David Salles, Tristan Bernard

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Nouveau Clip de La Bronze, l’habitude de mourir !

Julie en 12 chapitres, Joachim Trier

Exclusive Stories!

Blood & sugar, Laura Shepherd-Robinson, Traduit par Pascale Haas, 10-18

A la fin du XVIIème siècle, l'esclavage et la canne à sucre font la fortune de l'Angleterre, et plus particulièrement de la ville de Deptford où un militaire mène l'enquête pour découvrir qui a torturé puis tué son meilleur ami. Ses investigations le mèneront sur la piste de marchands et d'armateurs qui s'enrichissent grâce au commerce d'êtres humains.

"Si vous espérez que cesse un jour l'esclavage, vous devrez jeter un sort au peuple anglais! Car il aime mettre du sucre à bas prix dans son thé tout comme du tabac à bas prix dans sa pipe. Aucune lamentation à ce sujet n'y changera rien!"

"Nous sommes une nation d'hypocrites. C'est la triste réalité. Les gens ne cherchent pas à savoir comment leur sucre arrive réellement dans leur thé, car ils ne veulent pas le savoir"

Il parait que Blood & Sugar est le thriller historique du moment. Il devrait donc ravir les amateurs du genre. Pour ma part, n'aimant ni les polars, ni les livres historiques, je n'aurais pas dû m'y risquer... Que voulez-vous, je suis curieux et toujours à la recherche d'une bonne surprise ; mais de bonne surprise il n'y eut pas pas pour cette fois. Dommage.

En se focalisant sur l'enquête menée par son personnage principal, l'autrice passe à mon avis totalement à côté de son sujet. En adoptant le point de vue, et la langue, d'un aristocrate, elle passe aussi littéralement, et littérairement, à côté de son sujet. Un peu comme si le magnifique film Twelve years a slave avait été raconté par un planteur plutôt que par un esclave.

Parce qu'il reste à hauteur d'hommes et se focalise sur la recherche du meurtrier, ce roman n'évoque que superficiellement le sujet de l'esclavage. Historiquement, l'intérêt du livre est donc assez limité. Littérairement, c'est une catastrophe. Laura Shepherd-Robinson a un ton ampoulé et mièvre. Tout est très bien expliqué, très didactique... mais pas très bien écrit. Si bien que, alors même que les meurtres sanglants se multiplient sur le passage du héros (le type est un vrai chat noir!), l'on n'est jamais ému.

"Nous arrivâmes à Londres un peu après huit heures. La lumière du couchant parait le dôme grandiose de Saint-Paul d'un éclat ambré, les clercs et les courtiers de la City rentraient chez eux ou cherchaient un endroit où dîner. Plus nous roulions vers l'ouest de Soho, plus les rues s'animaient, se remplissaient de gentilshommes noceurs accompagnés de leurs catins".

"Londres baignait dans la lumière laiteuse du pâle soleil qui parvenait à percer le ciel d'étain maussade. Des prostituées et des pigeons se pavanaient en ébouriffant leurs plumes de temps à autre d'un air courroucé. Les vitrines des commerces du port renvoyaient des reflets noirs et dorés au gré du mouvement des nuages".

Si elle n'avait pas à ce point usé d'adjectifs qualificatifs ni abusé de fausses pistes, peut-être l'écrivaine aurait-elle pu boucler son enquête en 300 pages plutôt qu'en 450. Peut-être alors le temps m'aurait-il paru moins long ; car il m'a vraiment fallu lutter pour terminer ce roman, même si je comprends très bien qu'il puisse trouver son public.

Blood & sugar
Laura Shepherd-Robinson
Traduction Pascale Haas
10-18 collection Grands-Détectives
453 pages

Que du bonheur, avec vos capteurs , Thierry Collet, Rond-Point

Le mentaliste-prestidigidateur Thierry Collet s'est posé une question simple : "On peut se demander si les machines ne sont pas devenues de meilleures mentalists que les humains. Qu'est-ce que je fais avec ça ? Je résiste, ou je pactise?"

Thierry Collet n'en rajoute pas, il n'en fait pas des tonnes comme un magicien. Il déroule tranquillement son argumentaire, de façon assez linéaire. Paradoxalement, cela rend encore plus forte certaines démonstrations. Less is more, comme disent les anglais.

Le magicien ne cesse de nous dire qu'il n'en est pas un ; qu'il ne fait qu'utiliser des technologies facilement accessibles, même si encore peu connues du grand public.

"Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie". Ainsi, au Moyen-Age, le truc de l'encre sympathique relevait de la sorcellerie, avant de passer pour de la magie au XVIIème et, enfin, d'être compris par tous de nos jours. Ce qui impressionne aujourd'hui n'étonnera plus personne demain.

Le spectacle de Thierry Collet oscille entre performance et conférence ; à rebours de tout magicien qui se respecte, il va même jusqu'à nous dévoiler certains trucs. Il nous explique ainsi comment il peut très facilement savoir quel type de buveur est un spectateur, quelle est sa marque de bière favorite et quel est son bar préféré. C'est à la fois très simple et terriblement bluffant, voire effrayant.

Le spectacle est interactif et il faut donc vous attendre à en être partie prenante. J'ai ainsi pu voir interagir mon propre portefeuille avec son double numérisé dans un final particulièrement troublant.

Jusqu'au 06 novembre 2021
Théâtre du Rond-Point
Durée 1h

Conception et interprétation : Thierry Collet
Mise en scène : Cédric Orain
Assistanat à la création et interprétation : Marc Rigaud

James Bond 007, Mourir peut attendre, Cary Joji Fukunaga

!!! ATTENTION SPOILER !!!

Certes, les scénarii des James Bond ne brillent généralement pas par leur crédibilité ; mais là, il faut bien reconnaître qu’on bat des records dans le n’importe quoi. Personne n’y croit, même pas les grandes marques de bagnoles qui ont refusé de prêter leurs derniers modèles ! Du coup, Bond se retrouve à rouler dans des voitures qui n’ont pas moins de 30 ans… De toute façon, les cascades sont toutes faites en animation numérique, au point qu’on se croirait dans un jeu vidéo.

Bond se croit trahi par celle qu’il aime (Madeleine Swann qu’il avait rencontrée dans l’épisode précédent). Du coup, alors qu’il a sur les talons toute une armée de dangereux italiens très en colère et surarmés, il dépose sa future-ex copine à la gare pour qu’elle prenne tranquillement un train pour Nowhere et qu’elle l’oublie à jamais. C’est limite s’il ne lui achète pas son billet et un journal. Et si je vous dis que cela fait trois mois qu’ils copulaient comme des lapins et qu’elle se tient le ventre au moment des adieux, vous pourrez aisément imaginer la suite. (Non, elle n’a pas la gastro.)

Amoureux déçu, Bond quitte tout pour se réfugier incognito à la Jamaïque. Bien qu’en retraite, notre bon vieux James gardé la forme. Il mange du poisson qu’il pêche lui-même et, comme ça, il entretient du même coup son instinct de chasseur et son corps d’athlète ; malin ! Malin, et surtout bien pratique quand il lui faudra reprendre du service cinq ans plus tard pour sauver le monde!

Pendant ce temps-là, le chef de Spectre garde son Internationale Vilain à l’œil, tranquilou-pilou depuis sa prison surprotégée. Quand il a un peu de temps entre deux complots, il consulte sa psy qui n’est autre que, devinez qui ? Madeleine Swann, évidemment !

Donc forcément, Bond est amené à revoir celle qu’il a quitté mais aime toujours. Il comprend alors son erreur et repart pour un tour de piste avec Dr Swann, ce qui n’est absolument pas crédible car, comment pourrait-il tomber amoureux de Léa Seydoux qui ressemble à un veau qu’on mène à l’abattoir. (Mais qu’est-ce qu’elle joue mal, c’est pas permis !)

Autres invraisemblances, en vrac. Classique : les méchants ne savent pas viser tandis que 007 fait mouche à chaque coup de feu.  Les services secrets de Sa Majesté n’ont pas eu l’idée d’aller chercher Bond à la Jamaïque, et ce sont les agents de la CIA qui s’y collent. Et lorsque Bond part retrouver Madeleine sur l’île de son enfance, ses ex-collègues n’arrivent toujours pas à le localiser. Sans doute parce que son  téléphone (Nokia) d’agent secret est hyper discret. Autre étrangeté numérique : Q consulte les fichiers classés Secret Défense depuis chez lui ; c’est bien pratique le télétravail !

Non seulement le scénario est paresseux, mais il est en plus desservi par des acteurs pas ni convaincus ni convaincants. Daniel Craig et Ralph Fienes font le service minimum, Christoph Walz fait un passage éclair Lashana Lynch est bien la seule à se croire crédible en nouvelle 007, Rami Malek incarne un ennemi de Bond bien falot… et tout est à l’avenant. Et je vous passe le politiquement correct de rigueur qui veut que le remplaçant de Bond soit une femme noire, que Q soit homosexuel, et que Bond s’encombre d’une famille.

Car c’est accompagné de Madeleine Swann et de sa fille (à elle) que Bond part à la chasse aux vilains. Tiens mais au fait, qui peut donc bien être le papa de cette petite fille de cinq ans? (soit le temps qui s’est écoulé depuis que James n’a pas vu Madeleine…)

 Sans doute les scénaristes ont-ils incorporé cette pauvre enfant à leur histoire bancale pour tenter (vainement, malheureusement) de créer une intensité dramatique en nous faisant craindre pour l’avenir de cette adorable fillette aux yeux bleus piscine. (Mais qui est son père, non, franchement, je ne vois pas).

Moi qui suis hyper sensible, je n’ai pas cru un seul instant que les scénaristes pourraient sacrifier la fillette. J’espérais donc qu’ils nous débarrassent définitivement de Swan Seydoux. Mais au lieu de ça, ils terminent leur film de 2h43 (dont 1 heure de trop) dans un beau feu d’artifice et... ils tuent James Bond ; carrément !  

Avec Daniel Craig, Léa Seydoux, Ralph Fiennes et Rami Malek – 2h43 – MGM – 6 octobre 2021

Le Sommet des Dieux

Monument du manga, Le Sommet des Dieux devient un film d’animation très attachant qui nous fait croire au vertige grâce à la force du cinéma!

Le Sommet des Dieux échappe à la comparaison avec son modèle d’inspiration, la longue série de Jiro Taniguchi. Patrick Imbert le réalisateur ne veut pas copier le manga. Il prend un autre sentier qui nous mènera heureusement à la même émotion.

Car le film s’adresse au cœur. Tout comme la bédé. Le film n’est pas sur un exploit montagnard mais sur un personnage solitaire, obsédé et fascinant. Habu Joji est un roc que rien ne pourra percer. Un mystère autour d’un homme qui a décidé de se détacher de tout pour atteindre des sommets imprenables.

Ses compromis avec l’existence vont coûter cher mais son envie dépasse tout, y compris le jugement ou le préjugé. Le réalisateur vise juste avec une animation à la subtilité asiatique mais il profite du cinéma pour donner de la perspective au vertige dans lequel sont tombés les personnages de ce drame humain, d’une profondeur insoupçonnable.

Le décor de l’Himalaya est une fois de plus incroyable pour nous faire sentir la condition humaine. Le dessin imite la réalité mais nous fait ressentir les atermoiements des alpinistes face à la violence de l’effort, l’enfer intérieur et le dépassement de soi.

Avec ses armes, le dessin animé est respectueux du matériel original mais profite du septième art. La musique. Le cadrage. Les lumières. On y est et on doit applaudir cette animation douce, presque tendre alors qu’elle décrit des hommes aliénés par des rêves fous et dangereux.

Le dessin animé est spectaculaire. Par son humanité. On est bouleversés alors que tout est un artifice. Toujours un exploit à saluer.

Au cinéma le 22 septembre 2021
Wild Bunch Distribution

Genre : Aventure, animation
Réalisateur : Patrick Imbert
Œuvre originale :Jiro Taniguchi, Baku Yumemakura
Pays : France 
Durée : 1h30

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François, le Saint jongleur, Dario Fo, Gallienne, Claude Mathieu, Montansier

Dario Fo, célèbre dramaturge italien et prix Nobel de littérature 1997, est l'auteur de cette pièce assez irrévérencieuse sur François d'Assise, ce fils de grands bourgeois qui au XIIème siècle a renié la richesse de ses parents (allant jusqu'à se mettre nu dans un église pour tout rendre à son père, même ses vêtements!) afin de vivre dans la pauvreté avec ses compagnons.

A une époque où seuls les prêtres étaient autorisés à dire l'évangile, dans leur église et en latin, François d'Assise a voulu raconter la vie de Jésus en tout lieu et en italien. Il fascine les foules en leur narrant la Bible à sa façon.

"Quelle bonne religion nous avons là!" dit la foule quand Jésus transforme l'eau en vin ou lorsqu'il multiplie les poissons (désarêtés, s'il vous plait) !

A l'image de François qui est revenu à l'épure de l'évangile pour mieux lui donner sa dimension pleine et entière, le metteur en scène Claude Mathieu revient à l'essentiel du Théâtre pour mieux le magnifier. Pas de décor. Une table pour tout accessoire. Un seul comédien (pour une vingtaine de personnages). Et quel comédien !

Il y a quinze ou vingt ans, Gallienne m'apparaissait comme un artiste talentueux. Puis, je trouve qu'il s'est un peu perdu dans une forme de caricature de lui-même, que ce soit dans "Guillaume et les garçons, à table!" ou, pire, dans "Ça peut pas faire de mal" sur France Inter. Gallienne faisait alors du Gallienne et c'était lassant.

Gallienne montre ici l'étendue de son talent. Lorsque commence la pièce, l'on est un peu décontenancé ; mais on ne sait pas trop par quoi au juste. Il m'aura fallu un certain temps pour réaliser que Guillaume Gallienne, de la Comédie Française, ne déclame pas, mais qu'il parle. Tout simplement. Et pourtant, on l'entend, même à l'autre bout du théâtre. Et pourtant il joue, sans aucun conteste.

Avec François, la Bible est une histoire accessible à tous. Avec Guillaume, la vie de François est un conte, l'histoire d'un homme complexe à la fois bourgeois et pauvre, indépendant mais pistonné, drôle mais tragique, illuminé mais visionnaire.

Et je me suis senti comme un enfant qui écoute avec délice et fascination son père qui lui raconte une histoire passionnante, drôle et tragique. La vie, quoi !

Jusqu'au 03 octobre 2021
Théâtre Montansier, Versailles
1h30 - de 5 à 39€