Mourir peut attendre, James Bond 007, Cary Joji Fukunaga

Mourir peut Attendre a pris tout son temps pour enfin arriver sur nos grands écrans. Film de cinéma mais épisode contrarié de la saga, ce nouvel opus a un grand mérite dans une période de cancel culture ou woke bidule: James Bond est un alcoolo dépressif pour la postérité!
Il a bien du mal à se faire à ce monde moderne qui doit probablement l’agacer au plus haut point: il garde cependant son flegme légendaire en toute occasion. Même à la retraite. Bien entendu, il a désormais les traits vieillissants mais il garde la forme et son regard perce toujours les dangers qui arrivent au loin.
Dans cette épisode il en a toute une brouette à gérer à commencer par le vol meurtrier d’un virus qui fait passer la covid pour un simple éternuement. James Bond sait bien qu’un fait divers peut être le début d’une grande aventure où il va enchainer les exploits physiques, faire craquer les filles, picoler sans arrêt, balancer de la punchline face à la mort et bien entendu affronter un affreux méchant revanchard qui a l’envie tenace de détruire le Monde.
Pour cela, le nouvel épisode assure le service. Pas de déception à avoir. Bond rebondit dans les quatre coins de l’écran pour empêcher le pire et la déroute. Daniel Craig est toujours aussi à l’aise pour nous faire croire que derrière les épaules musculeuses et les poings serrés il y a un petit cœur sensible. C’est sa touche personnelle et c’est franchement pas mal.
Le réalisateur suit le cahier des charges à la lettre et ça fonctionne. C’est spectaculaire comme il faut. A voir au cinéma et pas ailleurs. Après toute cette attente, on est heureux de retrouver son costard, sa vodka martini, ses gadgets, la base secrète du méchant et les milliers de cadavres qu'il laisse derrière lui avec une désinvolture incroyable.
Effectivement il est hors du temps notre James Bond et on le sent mal à l’aise dans son époque. C’est la bonne idée de ce film d’action qui voudrait presque s’excuser de n’être que ça. Tout est contrarié et parfois contrariant dans ce film! Il en résulte une drôle d’impression à la sortie de la salle. Peut être cela explique la durée trop longue du film. Ou est ce la musique de Hans Zimmer, trop envahissante et hybride pour transcender les aventures de 007?
Ce n’est donc pas le meilleur James Bond. Loin de là. Certainement le plus schizophrène. Cela reste du bel ouvrage pour un blockbuster qui doit faire le job sur l’ensemble de la planète. Et finalement, on se dit qu’il nous avait bien manqué ce con!
Avec Daniel Craig, Léa Seydoux, Ralph Fiennes et Rami Malek - 2h43 - MGM - 6 octobre 2021
Djénane, Bébel le Magicien, Anne Artigau, Théâtre du Rond-Point

Un spectacle intimiste et court qui tient du rêve éveillé.
Belkheïr Djenane, alias Bébel Le Magicien, n’a plus rien à prouver en termes de brillante cartomagie et d’extraordinaire habileté. Il met ici son savoir-faire au service d’un rêve inspiré de sa relation intime aux cartes. La note d’intention indique que Bébel et la metteuse en scène Anne Artigau créent « une partition dramaturgique composée des sensations que dessinent les cartes ».
Dans le dispositif mis en place, on voit d’abord le magicien marchant tel un druide, une longue canne à la main (peut-être un bâton de sourcier ?) ; l’écran derrière lui diffuse des images d’un lac le soir, ou d’un ciel chargé de nuages.
Quand Bébel s’assoit derrière une table noire, sur l’écran en fond de scène est reproduite en gros plan l’image de ses mains. On admire pendant une première partie sa dextérité et l’on s’étonne de ne rien comprendre ; certaines cartes que l’on cherche ont glissé, elles se déplacent en obéissant à des lois complètement invisibles. Bébel ponctue cette démonstration de sa voix humble et profonde ; en aucun cas, l’on ne peut penser qu’il se moque de nous, qu’il cherche à nous duper. C’est un jeu bien trop sérieux pour cela. Plus tard, le « numéro » qui commence classiquement s’interrompt. La voix de Bébel se perd dans le silence et le bruit du vent. Une carte lui chuchote à l’oreille, puis une autre. La reine de trèfle disparaît. Le roi de carreau la cherche. Bébel semble les guider l’un vers l’autre. Quelqu’un frappe à la porte. Il dit « entrez » et une carte apparaît. Des sons évoquent des frôlements, le passage de fantômes, et la mise en scène permet un jeu entre le visible (Bébel lui ne disparaît jamais) et un monde invisible, que l’on devine, comme un pan caché du réel : cet endroit précisément où les cartes disparaissent. Le néant ? Non, juste l’invisible. Mystérieux et multiple, indéfini.
Dans la dernière partie, Bébel nous perd un peu. Un jeu de tarot (de cartomancie) remplace le traditionnel jeu de cartes. Bébel interroge les symboles. Peut-être cette partie touchera-t-elle les connaisseurs du célèbre tarot de Marseille ? Elle m’a laissée perplexe.
Malgré tout, Djénane est un beau spectacle qui a le mérite de renouveler le genre en osant un pas (de géant) de côté : un pas de druide sur la terre des cartes.
Pour un autre point de vue sur ce spectacle, cliquez ICI !
du 24 septembre au 16 octobre 2021
Au Théâtre du Rond-point, salle : Roland Topor
sur une idée de : Bébel Le Magicien,
création magie et interprétation : Bébel Le Magicien,
écriture : Anne Artigau, Belkheïr Djenane,
mise en scène : Anne Artigau,
voix : Élise Caron
Horaires : du vendredi 24 septembre au samedi 16 octobre, 20h30 - dimanche, 15h30 - Relâche : les lundis
Durée : 1h
Fort comme un hyper sensible, Maurice Barthélemy, Pépinière

« FORT COMME UN HYPERSENSIBLE » c’est d’abord un récit paru cette année, celui du comédien (notamment des Robin des Bois) Maurice Barthélemy, qui éclaire un phénomène courant et pourtant peu illustré : la vie quotidienne d’un hypersensible. Environ 20% de la population est hypersensible mais peu de gens sont diagnostiqués. Ceci étant dit, l’hypersensibilité n’est pas une maladie mais un état, et la recherche en psychologie est plutôt récente sur le sujet.
Maurice Barthélemy s’est intéressé au sujet pour aider un proche, comme il le raconte dans le spectacle, avant de réaliser qu’il était concerné au premier chef. Il nous livre ses manies, ses difficultés mais aussi la force qui est la sienne, qui vient notamment d’une intuition très développée.
Comme cet acteur comique en témoigne, l’avantage de se connaître comme hypersensible est double. Tout d’abord avancer dans la connaissance de soi est toujours avantageux : mieux se connaître permet notamment de faire preuve de lucidité, d’éviter de dramatiser, de relativiser, d’anticiper des situations stressantes, de s’adapter, de mieux faire face, etc. De plus, s’identifier comme hypersensible, c’est aussi se reconnaître comme membre d’une grande famille, plutôt branchée en ce moment, qui comporte les HPI, les HPE, les Asperger, les zèbres, etc.
Les témoignages de personnalités au sujet de leur état particulier, de Maurice Barthélemy à Greta Thunberg en passant par Franck Gastambide, tendent (enfin!) un miroir flatteur aux hypersensibles ; ils renvoient l’image d’êtres impliqués, courageux, doués de nombreux talents, comme l’empathie, l’intuition, la créativité, notamment.
Aux yeux du grand public, les hypersensibles sont encore (et trop souvent) perçus avant tout comme susceptibles, lunatiques et compliqués. Il est temps de faire un tout petit effort pour mieux se comprendre. Ce spectacle nous en donne une occasion joyeuse et décomplexée et propose une expérience enrichissante et touchante.
Maurice Barthélemy porte seul en scène son propre texte, exercice périlleux pour un hypersensible, qu’il s’était pourtant promis de ne jamais tenter… Venons-en tout de suite à la conclusion : pour la salle, l’expérience semble unanimement réussie : les spectateurs écoutent attentivement cette conférence-spectacle, rient de bon cœur aux anecdotes d’un gaffeur hors pair et profitent finalement d’un temps d’échange bienvenu, pour se confier, raconter à leur tour leurs expériences d’hypersensible, rebondir sur le récit d’un autre spectateur, réconforter et encourager leurs semblables.
Autant on rit pendant la conférence de Maurice Barthélemy, autant on est ému par les récits de nos compagnons de salle.
Principale vertu de cette expérience de spectateur : les hypersensibles identifieront probablement mieux leurs forces tandis que les non-hypersensibles deviendront peut-être plus compréhensifs à leur égard…
Octobre 2021
Théâtre de la Pépinière, 7 rue Louis le Grand, 75002 Paris - Du mardi au samedi à19h - 1h20
Écrit et interprété par Maurice Barthélemy
D’après le récit éponyme paru aux éditions Michel Lafon
Collaboration artistique : Gersende Michel
Lumières : Denis Koransky
Bande son : Serge Rouquairol
Clip seventies de Stéphanie Acquette !

"Stéphanie Acquette nous dévoile le clip de son nouveau single D'un Rien, nouvel extrait de son premier album Diaporama annoncé pour le 01 octobre 2021 chez Sanctuaire Records / Inouïe Distribution.
Porté par une vidéo cinématographique évoquant Michel Gondry et Wes Anderson, le nouveau clip D'un Rien a été réalisé par Stéphanie Acquette en personne. Cette rumba nostalgique évoque les occasions manquées de peu, des rencontres qui n'ont pas eu lieu alors qu'il aurait suffit d'un simple pas de côté pour risquer la collision."
On aime le côté classe de cette pop chaloupée et rêveuse. Une jolie esthétique 70's avec des téléphones à cadran comme on n'en fait plus et une espionne fatale... ! Un joli objet cinéma en moins de 4 minutes !
Multi-instrumentiste originaire d’un petit village du Nord de la France, Stéphanie Acquette s’initie à la musique à l’âge de huit ans par la pratique de la cornemuse et des flûtes irlandaises. Autodidacte, elle perfectionne à Paris son apprentissage de la guitare et de la basse au contact de musiciens russes et tziganes.
De nombreux voyages en Russie nourrissent son répertoire de chants traditionnels. Parallèlement à ses études à Sciences Po, puis à l’institut des Langues Orientales, elle mène un cursus d’art dramatique au conservatoire de St Maur et des études musicales au conservatoire de Créteil. Fidèle de la Cinémathèque et des cinémas du quartier latin, elle nourrit et affine son sens de l’image par des études cinématographiques à l'université Paris 7.
Elle se produit régulièrement en tant que musicienne sur les scènes parisiennes (Les 3 Baudets, le Pop In, le Supersonic, Les Etoiles…) et les théâtres de France (le Volcan, le Train-Théâtre, l’Adagio, l’Eden…). Stéphanie Acquette dévoile enfin son premier album Diaporama, porté par les clips remarqués de Je M'en Vais et D'un Rien.
Artiste à suivre !
François, le Saint jongleur, Dario Fo, Gallienne, Claude Mathieu, Montansier

Dario Fo, célèbre dramaturge italien et prix Nobel de littérature 1997, est l'auteur de cette pièce assez irrévérencieuse sur François d'Assise, ce fils de grands bourgeois qui au XIIème siècle a renié la richesse de ses parents (allant jusqu'à se mettre nu dans un église pour tout rendre à son père, même ses vêtements!) afin de vivre dans la pauvreté avec ses compagnons.
A une époque où seuls les prêtres étaient autorisés à dire l'évangile, dans leur église et en latin, François d'Assise a voulu raconter la vie de Jésus en tout lieu et en italien. Il fascine les foules en leur narrant la Bible à sa façon.
"Quelle bonne religion nous avons là!" dit la foule quand Jésus transforme l'eau en vin ou lorsqu'il multiplie les poissons (désarêtés, s'il vous plait) !
A l'image de François qui est revenu à l'épure de l'évangile pour mieux lui donner sa dimension pleine et entière, le metteur en scène Claude Mathieu revient à l'essentiel du Théâtre pour mieux le magnifier. Pas de décor. Une table pour tout accessoire. Un seul comédien (pour une vingtaine de personnages). Et quel comédien !
Il y a quinze ou vingt ans, Gallienne m'apparaissait comme un artiste talentueux. Puis, je trouve qu'il s'est un peu perdu dans une forme de caricature de lui-même, que ce soit dans "Guillaume et les garçons, à table!" ou, pire, dans "Ça peut pas faire de mal" sur France Inter. Gallienne faisait alors du Gallienne et c'était lassant.
Gallienne montre ici l'étendue de son talent. Lorsque commence la pièce, l'on est un peu décontenancé ; mais on ne sait pas trop par quoi au juste. Il m'aura fallu un certain temps pour réaliser que Guillaume Gallienne, de la Comédie Française, ne déclame pas, mais qu'il parle. Tout simplement. Et pourtant, on l'entend, même à l'autre bout du théâtre. Et pourtant il joue, sans aucun conteste.
Avec François, la Bible est une histoire accessible à tous. Avec Guillaume, la vie de François est un conte, l'histoire d'un homme complexe à la fois bourgeois et pauvre, indépendant mais pistonné, drôle mais tragique, illuminé mais visionnaire.
Et je me suis senti comme un enfant qui écoute avec délice et fascination son père qui lui raconte une histoire passionnante, drôle et tragique. La vie, quoi !
Jusqu'au 03 octobre 2021
Théâtre Montansier, Versailles
1h30 - de 5 à 39€
La Sagesse de la pieuvre, My Octopus Teacher, Craig Foster

L’extraordinaire rencontre amoureuse filmée entre un homme et une pieuvre !
Craig Foster sort d’un burn-out professionnel. Il ne sait plus quel sens donner à sa vie. Perdu, il replonge dans ses souvenirs d’enfance en bord de mer à la recherche de racines qui pourraient le reconstruire. C’est alors qu’il décide de plonger non loin de chez lui à la pointe occidentale de l’Afrique du Sud au milieu d’une forêt aquatique de Kelps avec l’intention de se ressourcer en noyant ses idées sombres dans l’eau salée. On ne dit pas si cette idée est née dans l’alcool tellement elle paraît dingue ! Bref. Il plonge et y découvre une forêt de Kelps.

On reprend. Les forêts de Kelps sont des écosystèmes particulièrement connus pour être riches en biodiversité. Après s’être habitué à plonger en eau froide en apnée et torse nu – du calme c’est pas Robert Redford ni Daniel Craig - Craig Foster est attiré par un octopus. Octopus, kraken, pieuvre, poulpe, l’animal, entre extra-terrestre intelligent et mollusque sans coquille, a toujours fasciné les hommes et ce, depuis la Grèce antique. Craig se prend alors au jeu de l’observation quotidienne et de la compréhension de l’animal marin. Il le filme sous tous les angles. L’approche. Jusqu’à cet incroyable instant : le contact. C’est le point de bascule.
Craig Foster cherche à en savoir toujours plus sur l’animal et découvre son incroyable potentiel : imitation de l’environnement, stratégies de chasse, jeu, régénérescence de tentacule, esprit de curiosité, déplacement par la nage, la marche, fabrique de boucliers. Une incroyable créativité inspirante pour le plongeur réalisateur.
Entre rencontre du 3e type et Contact, My Octopus teacher raconte une histoire sous forme de conte initiatique, celle d’un homme perdu qui réapprend grâce à la compréhension de l’animal et à son contact à reprendre confiance en lui, à donner un tout nouveau sens à sa vie fondée sur la douceur, la lenteur, l’attention portée à l’autre, la recherche d’un équilibre vital dans un environnement naturel à préserver. La réalisation de ce documentaire est éblouissante, invite au voyage en plaçant l’observateur en position d’humilité face à la multiplicité des sens de l’animal. Un film documentaire tout public à voir absolument sur Netflix.
Pour les admirateurs de la pieuvre, on conseille également cette émission en podcast des Chemins de la philosophie tout aussi passionnante : "Métaphysique du Poulpe" avec Vinciane Despret :
https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/metaphysique-du-poulpe
Clip de Safe on the Autobahn, New Vogue

Tu aimes Tuxedomoon, The Normal, Screamers, Solid Space, le 80’s punk et post-punk ? Eh bien c'est pour toi ! Cadeau ! De la belle réalisation 80's avec de la Mire en intro ! C'est limite technicolor ! Bravo à la réal !
| NEW VOGUE - Volume II |
| Disponible chez Casbah Records & Drink and Drive Records // 12 novembre |
New Vogue est un groupe montréalais composé de membres de Sonic Avenues (Dirtnap Records, Taken By Surprise) et de Priors (Slovenly, Drink and Drive Records), avec Max et Chance au cœur de la formation.
C’est pendant l’hiver de 2018 que les deux membres se sont rassemblés pour la première fois en tant que New Vogue pour enregistrer quelques démos que Max avait écrites quelques jours auparavant. Armés d’un micro, d’une console Tascam, d’un Space Echo et de quelques autres effets, ils ont enregistré eux-mêmes, dans l’appart de Max, les 6 pièces qui ont marqué le début officiel de la formation. Quelques semaines plus tard, le premier EP de la formation paraissait sur le channel YouTube de Anti, une référence dans le monde de la musique éclectique et punk. La version physique de cette première collection est parue en format cassette sous l’étiquette Sound Salvation Music - label indépendant de Max. La formation live de New Vogue a vu le jour pendant l’été de 2018 alors que les membres d’origine voulaient transporter leur art sur la scène. Cameron (guitariste) et Taylor (batteur) de Barn Burner - autre formation montréalaise - se sont alors joint à la formation. Cette expression de New Vogue a persisté jusqu’au départ de Taylor en fin de 2019; une rupture du groupe qui coïncidait avec le début de la pandémie. Mis alors en mode veille, New Vogue n’a toutefois pas rompu avec le désir de poursuivre sur la lancée du premier EP.
C’est pendant l’hiver de 2020 que Max s’est remis à écrire et à enregistrer les pièces du mini-LP - Volume Deux - qui verra le jour sous l’étiquette française Casbah Records en novembre 2021. Le groupe ‘live’, maintenant composé de membres de Priors, de Sonic Avenues et de Kamikazes (premier groupe de Max), fera ses nouveaux débuts sur scène suivant la sortie de Volume Deux.
Clip de Je suis un renard – Pauline Croze

"Pauline Croze sort son sixième album Après les heures grises le 8 octobre 2021 avec une pochette dessinée par Joann Sfar. Le nouvel album de Pauline Croze serpente entre les modes et sonne comme le juste équilibre entre le charme de ses premiers pas et une pop d’époque, où la chanson se mêle aux syncopes urbaines. Un album composé entre les confinements, entre légèreté́ et auto-analyse, qui joue autant avec les formes qu’avec les double-sens.
"J’avais besoin de risque, de bousculer le fond autant que la forme, d’être éprouvée" a expliqué Pauline Croze à propos de son disque Après les heures grises.
On retrouve sur le disque des collaborations avec Fils Cara, Nk.F (Damso, Orelsan), Romain Guerret (Aline, Alex Rossi), Charlie Trimbur (Eddy de Pretto) et Pierrick Devin (Phoenix, Lomepal).
Dans le clip de Je suis un renard, réalisé par le binôme Les Mauvaises Filles (James Coote & Malou Dongelmans), Pauline Croze et la danseuse et chorégraphe N'doho Ange se dédoublent dans une course poursuite avec un drone qui semble épier ce duo de funambules. Une métaphore à la bipolarité et à la singularité, doublée d'un hommage au film Mauvais Sang de Leos Carax, pour ce titre aux élégantes envolées de piano de Fils Cara."
La plus précieuse des marchandises, J.-C. Grumberg, C. Tordjman, Théâtre du Rond-Point


Une très belle mise en scène pour un texte d’une magnifique beauté.
La plus précieuse des marchandises est un texte magnifique de Jean-Claude Grumberg. Magnifique parce que l’auteur réussit dans une forme classique, courte et simple, le conte, à magnifier petite histoire et grande Histoire avec un grand H, à croiser les points de vue, celui du lecteur, celui d’une mère qui poussée par l’amour et le désespoir en vient à abandonner son enfant, celui d’une autre mère qui recueille cette enfant. Tout cela dans le contexte d’une guerre mondiale et sans jamais la nommer, de la déportation. Un conte humaniste marquant.
Le texte n’avait pas une vocation théâtrale, il n’est pas écrit pour cela. Le conte fondé sur une tradition orale et une lecture à haute voix le suggère sans qu’il le nécessite. Les passerelles sont cependant possibles : le théâtre joue sur la représentation du réel pour créer une fiction comme Grumberg écrit à partir de l’existence de faits historiques pour jouer de la fiction du conte et de ses codes. Un décalage fictionnel perturbant comme le sont les plus grandes tragédies.
Dans la mise en scène de Tordjman, ils sont deux, seuls en scène, à interpréter Un pauvre bucheron et Une pauvre bucheronne vivant isolés dans une forêt. Au loin, vidéoprojeté par des représentations graphiques en fond de scène, passe un train de marchandises dont la destination est inconnue et dont la pauvre bucheronne affamée espère tout : victuailles et vêtements. Sur cet écran apparaissent de manière fantomatique, des arbres floutés, le visage de la mère déportée, interprétée par Julie Pilod. Tout contribue à l’illusion, au détournement du réel comme pour mieux s’en protéger et nous rappeler que nous sommes dans une fiction. Un paradoxe qui assaille le spectateur.
La forêt représentée au sol par un réseau quadrillé blanc, surélevé, impose aux personnages en équilibre une tension dramatique dans leurs déplacements. Comme si le moindre faux pas entrainait la chute du récit. Côté cour, passant du rôle d’acteur à celui de narrateur-coryphée et de musicien, Eugénie Anselin et Philippe Fretun jouent quelques fois de la musique. Pour sonoriser le temps et l’indicible. Quand ce n’est pas une machine à coudre électrique qui cadence avec froideur la narration. Le spectateur suit ainsi sous tension le déroulement du conte.
Capté par le texte , par cet évènement tragique qu’est le recueil de cette enfant jetée par la lucarne d’un train de marchandises, par le comportement héroïque d'un père soumis au deuil, le spectateur ne peut que vibrer devant cette effroyable fiction aux prises avec un récit historique connu de tous. « Les chasseurs de sans-cœur », les « sans-cœur » « les têtes de mort », sont des mots qui usent des codes naïfs du conte pour mieux désigner l'indicible, s'en détacher, traduire une peur, réinterroger le sens, l’humanité ou l'inhumanité qui les compose.
L’interprétation, le rythme, la mise en scène, la musique sont à la hauteur d’un texte qui a la valeur littéraire d’une grande œuvre classique. En mettant en scène ce texte, Charles Tordjman fait entendre une célébration de la vie et de l’amour dans un contexte tragique. « L’amour qui fait que la vie continue » comme l'écrit Grumberg.
Les spectateurs connaissant le texte auront plaisir à le voir et l’entendre. Ceux qui le découvrent resteront sans doute marqués par l'intelligence du fond et de la forme. Le texte, prix spécial des librairies, grand prix de la société des gens de lettres, prix des lecteurs BFMTV/L’Express est édité en poche aux éditions Points. Un conte à voir, à lire, relire et offrir.
Jusqu'au 17 octobre au : https://www.theatredurondpoint.fr/
Dates de tournée :
27 — 30 OCTOBRE 2021 THÉÂTRE DE LIÈGE / LIÈGE (BELGIQUE)
17 — 20 NOVEMBRE 2021 THÉÂTRE NATIONAL DE NICE / NICE (06)
2 — 3 DÉCEMBRE 2021 THÉÂTRE DE LA COLONNE / MIRAMAS (13)
15 — 16 DÉCEMBRE 2021 LA CRIÉE, THÉÂTRE NATIONAL DE MARSEILLE / MARSEILLE (13)
Une histoire d’amour, Alexis Michalik, la Scala


Avec « Une histoire d’amour », Alexis Michalik nous entraîne dans les méandres émotionnels de la rupture et du deuil, avec une pointe d’humour noir. Ce sont plutôt deux histoires d’amour qui s’entremêlent : une histoire courte et intense entre Katia et Justine. Justine quitte Katia alors que cette dernière porte leur enfant. Douze ans passent… Quand Katia apprend qu’elle va mourir bientôt, les deux femmes se retrouvent et tentent de comprendre ce qui leur est arrivé. Katia confie sa fille à son frère, un écrivain à l’inspiration en chute libre, qui traverse un deuil profond. Au fil de quelques scènes bien ciselées, le frère et sa nièce s’apprivoisent, se livrent et se consolent.
Tandis que dans ce conte moderne, l’amour et la mort s’entremêlent, les scènes s’enchaînent sans répit. La mise en scène est habile et virevoltante, comme souvent chez Michalik*. Mais cette fois le registre est plus grave et plus intime. Je regrette seulement le rythme trop rapide des premières scènes ; j’aurais eu besoin d’un peu de calme pour poser la situation et camper les personnages.
Ceci étant dit, la direction d’acteurs est toujours juste et l’émotion est contagieuse entre la scène et la salle. Une fois admise la convention de douze ans passés en quelques secondes… le rythme est moins frénétique et les personnages deviennent plus profonds.
Au fil des scènes, le public est visiblement ému, troublé par ces deux histoires d’amour qui s’entrelacent au sein d’une seule famille. On en sort un peu mélancolique. On a traversé des drames, on a compati devant la pudeur de ceux qui cachent leur douleur, on a pleuré devant leur tentative de consolation. Les personnages semblent si vrais. On a envie de prolonger cette rencontre, on continue à parler d’eux, de leur expérience, de ce qui nous a surpris chez eux, de leur réaction devant l’imprévisible, et aussi des liens particuliers qui les attachent. A la fin, on a besoin, nous aussi, de fraternité. C’est grâce à la plume et à la direction d’acteur de cet auteur, qui interroge notre humanité au fil des spectacles et réussit peut-être à la cerner et à nous la rendre sensible. Merci Alexis Michalik!
*Ce spectacle a obtenu le Molière de la meilleure mise en scène du théâtre privé en 2020.
NB : 5 spectacles de cet auteur sont actuellement à l’affiche ; nouvelles chroniques à suivre…
Du 28 septembre au 30 novembre 2021
LA SCALA - 13, boulevard de Strasbourg, 75010 Paris
Grande salle - Durée : 1h25
Email : billetterie@lascala-paris.com
Téléphone : +33(0)1 40 03 44 30
Un spectacle écrit et mis en scène par Alexis MICHALIK
En alternance Clément Aubert, Pauline Bression, Juliette Delacroix et Marica Soyer ou Stéphanie Caillol, Alexia Giordano, Paul Lapierre et Julia Le Faou.








