Ogre, Arnaud Malherbe

Le film de genre en France c’est un peu comme un Vegan au marathon de la dégustation d’andouillette… contre nature. On ne compte plus les tentatives qui donnent lieu à de grandes déceptions et des nanars parfois inoubliables. Mais de temps en temps, il y a un peu d’espoir.

C’est bien l’impression que laisse Ogre, film d’ambiance plus que d’horreur qui joue bien avec les codes et les clichés. Une jeune institutrice débarque dans un petit village français bucolique avec son fils de 8 ans. Ils fuient le souvenir d’un père violent.

Tout le monde est charmant sauf quelques chasseurs qui s’inquiètent d’une vilaine bestiole qui s’en prendrait aux moutons. Le médecin de campagne est plutôt beau mec. Tout semble être parfait. Mais une présence mystérieuse semble effrayer l’enfant…

Et la mère va mettre pas mal de temps à comprendre qu’il y a dans la forêt, une créature étonnante. Arnaud Malherbe va prendre son temps pour créer une atmosphère mouvante. Il prend les images d’un petit village bien de chez nous pour en faire un lieu inquiétant et assez cinématographique. Dans ce sens, le film est réussi: la fiction aspire une image d’Epinal pour un faire un objet horrifique qui a plutôt de la gueule.

Hélas, les meilleures intentions se fracassent sur un final assez décevant qui tarde à arriver. Malherbe se laisse bercer par l’ambiance de son film et oublie de nous guider. Les images sont aussi magnifiques que l’actrice principale mais on s’ennuie assez poliment. Malgré son monstre, le village de Ogre est encore trop tranquille pour réveiller le cinéma de genre bien de chez nous!

Sortie avril 2022

En corps, Cédric Klapisch

Cedric Klapisch est le mal aimé de la critique française. On lui reproche un trop grand sentimentalisme. Un penchant pour l'image trop léchée. Une certaine insincérité dans sa mise en scène. Le réalisateur de L'Auberge Espagnole est rarement épargné.

Il faut le dire: de temps en temps, c'est mérité. Mais il y a d'abord chez Klapisch, un truc que peu de cinéastes ont: le goût des autres. Son cinéma est généreux jusqu'à la nausée. C'était le cas de son précédent film, Deux Moi, grosse niaiserie parisienne. 

Ici, il y a une nette amélioration. Il a toujours cette passion d'un Paris de carte postale mais il a une surtout un sujet qui accapare tout de suite l'attention: la belle Marion Barbeau, danseuse et actrice. Jeune, délicate, touchante, elle charme en un clin d’œil et deux entrechats.

Elle est donc Élise, danseuse à l'opéra qui se blesse gravement après une chute et doit repenser son avenir. Un moment difficile que Klapisch prend à la légèreté. Il ne sait pas faire autrement et cela va se révéler payant. C'est du quasi jemenfoutisme qui fait bien en ce moment. Voilà un film qui appelle au lâcher prise, à la remise en question par la fête, les amis et l'abandon à l'art.

Ce n'est pas d'une grande subtilité mais Cédric Klapisch semble vouloir mettre de l'ordre dans nos têtes. Il balaie à grandes eaux les amertumes et les drames de l'existence. Il faut voir comment il maltraite les amoureux transis et les pères perdus. Les soucis, il faut les ignorer et se recentrer sur la joie, le plaisir mais aussi les autres. 

Un discours qui a donc sa place au cinéma mais pas du tout en politique, sujet omniprésent qui sèche sous nos chaussures. En Corps nous fait revenir à l'essentiel. Klapisch sait faire cela: donner vie à un groupe, entrecroiser les rêves et les désillusions, trouver le rire dans les rapports humains. Savoir sourire. A défaut de savoir danser, c'est déjà pas mal!

Sortie 10 février 2002
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Les Aventures de China Iron, Gabriela Cabezon Camara, 10/18

Martin Fierro est un grand classique de la littérature argentine ; un poème épique écrit par José Hernandez (1834-1886) et paru en 1872.

Là comme ça, je fais le malin, mais en réalité je n'avais jamais entendu parler de Martin Fierro avant de lire la quatrième de couverture des Aventures de China Iron, un roman signé Gabriela Cabezòn Camara, qui vient de paraître en poche chez 10/18 et qui revisite le mythe de façon farouchement féministe.

China, une orpheline indienne, est recueillie par un couple de noirs. Un soir, elle est donnée en paiement d'une dette de jeu par le mari à Martin Fierro (le fameux, donc).

"Ce vieux fils de pute m'a jouée au truco, Fierro a gagné et à eux deux ils m'ont emmenée par les cheveux à l'église, deux chevaux ont galopé jusqu'à l'exténuation, et ils m'ont mariée. J'ai cessé de parler. Je ne pouvais rien y faire." (page 92)

La voici, à quatorze ans à peine, mère de deux enfants. Par chance, la conscription passe par là et la libère de son mari. S'étant délestée de ses enfants, mais pas de son chien nommé Estreya, China part sur les routes où elle rencontre Elizabeth, une anglaise au port aristocratique qui l'accueille dans une charrette digne du sac de Mary Poppins.

"Quelques jours de charrette, de poussière et d'histoires auront suffit à faire de nous une famille." (page 42)

China est ignorante et Liz lui permet de s'émanciper. Elle lui donne un nom, lui ouvre les frontières du monde et lui offre un horizon, un idéal même.

"Chaque chose que je touchais, ou presque, connaissait davantage le monde que moi et était nouvelle pour moi. " (page 68)

Le récit est servi par une langue riche et complexe, l'autrice alterne des phrases longues - si longues qu'il faut parfois les relire pour les bien comprendre - avec des rafales de phrases courtes et percutantes. Elle mêle également sans vergogne les langues anglaise et espagnole.

" Soudain, tout se calmait, les herbages suspendaient leur va-et-vient - dans les pampa, l'herbage se berce comme les flots -, le silence tombait pesamment sur chaque chose, un nuage noir qui semblait lointain nous couvrait en quelques instants avec ses volutes de gris presque obscur et de gris clair brouillées et gonflées d'imminence, malgré la douce texture qu'elles montraient à nos yeux, nous qui marchions sur la terre, et en peu de temps, celui qu'il nous fallait pour ranger la future viande séchée dans la charrette, elles s'effondraient violemment sur nous, elles éclataient avec véhémence en grillant les arbres et parfois les animaux." (page 65)

Gabriela Cabezòn Camara est sans conteste une écrivaine d'une grande exigence et d'un certain talent (y compris pour les scènes de sexe qui sont assez réussies). Les Aventures de China Iron n'est pas un de ces romans vite écrit et aussitôt oublié. D'ailleurs, l'autrice finit son récit dans une extase exotique, blasphématoire et poétique, à grand renfort de vocabulaire botanique et entomologique (parfois aussi assez indigeste).

"C'est ainsi qu'on a un brugmansia au goût de narã et de mûre, les arbres fruitiers poussent comme des mauvaises herbes à Y pa'û, un thé qui commence par t'aveugler et te plonge aussitôt au plus profond de ton âme, un thé qui t’emmène au centre de l'éclair divin et qui de là te laisse voir que le monde entier est un seul animal, nous et les feuilles d'ypya et les surubis et les kamichis et les girafes et les mantes mamboretà et la passiflore mburucuyà et le jaguar et les dragons et l'opossum micuré et la guêpe camuati et les montagnes et les éléphants et le Paranà et même les chemins de fer anglais et les prairies gigantesques que les Argentins ravagent." (page 205)

Dans ce roman qui tient autant de l'épopée féministes que du western, Gabriela Cabezòn Camara s'attaque joyeusement aux formes classiques de la domination (machisme, colonisation, destruction de l'environnement, genre, tabous sexuels...) et laisse entrevoir qu'un autre monde aurait été possible, eut-il été confié aux femmes.

Je comprends bien le plaisir qu'il peut y a avoir à déconstruire le mythe, que j'imagine volontiers machiste, de Martin Fierro ; mais… Mais quitte à écrire un roman féministe, je ne comprends pas pourquoi Gabriela Cabezòn Camara s'est appuyé sur une histoire ancienne. Pourquoi faire une relecture de Martin Fierro à la sauce LGBTQ+ ? J'aurais préféré que l'autrice raconte, tout simplement, le monde d'aujourd'hui sans ces références que je n'ai pas !

Évidemment, je suis un homme, blanc de surcroit, et c'est donc plein de scrupules et avec un sentiment coupable que je rechigne à aimer cette ode à la diversité. Reste que c'est une drôle d'idée, à mon avis, que de s'appuyer sur une autre œuvre pour écrire un roman.

En tout cas, j'ai hâte de lire un livre 100% Gabriela Cabezòn Camara !

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Guillaume Contré,
Édition L’Ogre et 10/18 pour l'édition en poche

Paru le 7 avril 2022 chez 10/18
216 pages / 7,60€

La quête de l’Orphanus, Viviane Moore, 10/18

Si vous croisez la Quête de l’Orphanus dans un rayon, ne vous fiez pas à votre première impression ; vous dévorerez ce “pavé” aussi rapidement qu’il vous fera voyager … de l’an 960 à nos jours !

Pour le premier tiers ne perdez surtout pas des mains l’Orphanus : le mystérieux fil rouge - disons plutôt ardent - de ce roman historique détient des pouvoirs qui ne vous décevront pas !

Pour la suite, laissez-vous emporter par le charme et les drames d’un « hameau perdu au cœur des Alpes » où la découverte d’un corps superposera époques et générations. Vous entrez maintenant dans un polar aux intrigues et personnages parfois convenus mais indéniablement entraînants et même un peu casse-cou ! Cette fois suivez bien vos guides, ils vous récompenseront avec de merveilleux paysages.

« Le temps de la pierre n’est pas celui des Hommes », certes ! Mais c’est précisément grâce à Viviane Moore que nos lectures parviennent quelquefois à nous rendre intemporels.

Paru le 03 mars 2022
Éditions 10-18
432 pages / 14,90€
EAN : 9782264076328

Zai Zai Zai Zai, Nicolas et Bruno, Fabcaro, Comédie de Paris

Entre deux tours de l’Élection Présidentielle, la lecture vivante de Nicolas et Bruno, les créateurs du cultissime Message à caractère informatif, prend une démesure qui n’empêche pas le rire.

Car les deux auteurs ont plus d’un tour dans leur sac pour actualiser la célèbre BD de Fab Fabcaro. Bien entendu, leurs voix provoquent le rire poli. La lecture de la BD leur permet de transcender les bulles et les cadres de la bande dessinée: l’humour des trois créateurs se conjuguent dans une espèce de magma "non-sensé" qui joue sur tous les tableaux.

Il y a donc cet ennemi public Numéro un en France (pour avoir oublié sa carte de fidélité du magasin dans son pantalon mis au sale) qui a désormais une voix et découvre un rythme à son intrépide cavalcade jusqu’en Lozère. Nicolas et Bruno sont futés: ça va vite et ils respectent avec une vraie gourmandise le matériel d’origine.

Mais ils trouvent aussi leur ton bien à eux et on retrouve tout l’esprit de la Cogip et des Messages. Ils ne sacrifient jamais leur univers. Ils avaient fait la comédie La Personne aux deux Personnes, ils font une pièce à trois auteurs (et il ne faut pas oublier le talent de leur musicien sur scène). On voit sur scène un vrai enrichissement réciproque.

Mais effectivement, comme dans leurs messages, le sens critique se cache derrière le non sens. Il y a toujours quelque chose de politique derrière leurs envies de faire rire et par les temps qui courent, Zai Zai Zai Zai est un objet culturel qui permet de rappeler l’importance de l’art dans la société.

On ne s’attarde pas sur le sujet mais il y a une subtilité que l’on ne trouve pas sur toutes les planches de Paris. L’adaptation nous arrache à nos habitudes et ressemble à miroir déformant de notre époque, toujours croqué avec la bonne humeur et une énergie délirante des deux humoristes, qui enfin se mettent en scène avec une originalité rare.

Rien ne prête à rigoler en ce moment, alors dépêchez-vous de vous faire cueillir par un humour unique en son genre!

Jusqu’au 13 juillet 2022
A la Comédie de Paris

Numéro deux, David Foenkinos, Gallimard

David Foenkinos est un écrivain habile, un auteur reconnu (il a remporté, notamment, le Renaudot et le Goncourt des lycéens, et plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma). Dans son dernier bouquin, intitulé Numéro deux, David Foenkinos imagine la vie de Martin Hill, un garçon qui passa à un cheveu d'incarner Harry Potter au cinéma lorsqu'on lui préféra Daniel Radcliffe en finale du casting.

Manifestement, David Foenkinos cherche à surfer sur la vague Harry Potter et, sans doute espère-t-il ainsi récupérer quelques lecteurs de J. K. Rowling, ce qui n'est pas idiot si l'on a pour ambitionner de figurer dans la liste des meilleures ventes. Il se murmure d'aussi qu'une adaptation au cinéma serait à l'étude. A mon avis, c'est une rumeur infondée qui sert uniquement à la promotion du livre.

Certes, l'idée de départ, l'intrigue, (le pitch comme on dit quand on se veut aussi branché que Thierry Ardisson) est séduisante. Sauf qu'une fois passée la mise en place du personnage - qui est fort bien menée et qui nous accroche agréablement - l'histoire a tendance à tourner en rond.

Certes, ce roman se lit tout seul et n'est pas déplaisant. En vieux roublard de la littérature, David Foenkinos multiplie les accroches (les fameux cliffhangers, comme on dit pour ce genre de bouquin) afin de piquer la curiosité de son lecteur et de le pousser à tourner les pages.

"Il avait raison d'y croire: une solution existait quelque part. il lui faudrait encore du temps, mais il allait la trouver ; et elle serait pour le moins inattendue." (page 162) / "Il comprendrait plus tard pourquoi." (page 172) / "Il lui faudrait attendre encore un peu avant de trouver la solution." (page 205)

L'auteur s'essaie aussi à des formules qui se veulent spirituelles et drôles ("Karim apporta de l'alcool fort histoire d'être plus rapidement faible.", page 206) et nous gratifie de ses considérations mièvres et au ras des pâquerettes sur l'amour:

"Martin avait simplement oublié un élément: il est bien connu qu'il faut arrêter de chercher l'amour pour le trouver." (page 187) / "Sophie devait attendre que Martin fasse le premier pas, sans imaginer qu'en matière amoureuse il n'avait connu que du surplace." (page 208)

S'il était allé un peu plus loin que la simple idée de départ "inspirée de faits réels", David Foenkinos aurait pu écrire un livre bouleversant, un vrai drame. Au lieu de cela, il signe avec Numéro deux un livre divertissant, paresseux et malheureusement peu intéressant. Vous avez sûrement mieux à faire avec 19,50€ que d'acheter ce roman peu inspiré.

Paru le 06/01/2022
Éditions Gallimard, collection Blanche
240 pages / 19,50€

French Touch: Kavinsky, Carpenter Brut, Lewis Ofman

Le peuple français aime la politique. Il n’aime pas les politiciens. Mais il refait le Monde et surtout c’est un peuple qui aime bien se plaindre et jouer la carte décliniste. Pourtant, on est des champions. Pas qu’au foot. Et pas qu’en matière de partis racistes. On a peut-être oublié, mais on est la French Touch.

Daft Punk n’est plus. Il y a encore de solides artisans de l’Électro qui réussissent au delà de nos frontières. C’est le cas du rare et discret Kavinsky. Au hasard d’un film, Drive, l ‘artiste de Seine Saint-Denis a connu un fulgurant succès.

Au point de se cacher durant neuf ans et revenir avec un second disque qui s’annonce comme une suite directe de Outrun. Une fois de plus, l’écriture est très cinématographique et le musicien continue de piller, avec un certain talent, les années 80.

Cela donne des chansons kitsch, entre groove lancinant et célébration de la mythique décennie. Le rythme est nonchalant. Kavinsky n’a pas trop l’envie de faire danser son auditeur mais plutôt de le baigner dans une atmosphère de série B. Ça fonctionne. Synthétique mais efficace.

Dans le genre, on préfèrera l’excellent mauvais goût de Carpenter Brut, fan du grand cinéaste américain et véritable passionné de la série B voire Z avec des expériences visuelles très marrantes et surtout audacieuses.

Il poursuit ici son concept de trilogie musicale en suivant les pérégrinations d’un serial killer. Des nappes de synthétiseurs. Des boucles hypnotiques. Des riffs agressifs. La formule est connue mais Carpenter Brut possède un impressionnant sens du récit. Il confirme tout le bien que l’on peut penser de ce solide artisan de l’Électro teinté d’indus.

On a bel et bien l’impression de se promener au milieu des premiers films d’Abel Ferrara et tous ses polars horrifiques qui prenaient comme décor le New York ruiné du début des années 80. Le musicien de Poitiers ne ménage pas ses efforts pour nous faire goûter le crapoteux, le sordide mais aussi le fascinant.

Moins installé mais plus lumineux, Lewis Ofman a de fortes chances d’être la révélation de l’année. Producteur, il sort son premier disque dont on apprécie obligatoirement la fraîcheur et l’espièglerie. Pourtant ce n’était pas gagné.

Lewis Ofman connaît tous les sons qui accompagnent nos achats dans les grandes enseignes de vêtements. Il a fait de la musique de défilés de mode. Il aurait tout de la petite tête à claques mais le jeune homme fait preuve d’une subtile élégance sur un album qui ne choisit pas entre pop et Électro.

Moins radical que les deux précédents, il réalise de sages chansons mais elles sont douces, amères et très bien réalisées. Les poèmes soniques ne sortent pas des sentiers battus mais ils ont l’aspect rétro qui fait tout le charme de la French Touch. On a donc des airs sortis tout droit d’une comédie romantique des années 70 puis des choses beaucoup plus urbaines.

Lewis Ofman s’offre une liberté en assumant une très grande légèreté, recyclant des modèles éculés. Ses poèmes sont amusants et habiles. On se surprend à apprécier un style souvent caricatural. Les fêtes aux Baléares seraient-elles de nouveau fréquentables?

La French Touch survit donc à ses fondateurs et ses glorieux aînés. Y a tout ce qu’il faut pour oublier le catastrophisme qui hante nos contemporains, des piliers de comptoir jusqu'aux candidats à la Présidence de la République!

Les Bad Guys

Le grand méchant loup en a marre d’être le plus rusé des voleurs. Ce qui va surprendre sa petite bande : un serpent fielleux, une tarentule geek, un piranha taré et un requin chagrin. Pourtant cette équipe de cambrioleurs va devoir changer… ou pas !

La première scène est clairement un hommage à Tarantino. C’est bavard et très cool. Le loup et le serpent dissertent sur les petits riens de la vie puis s’attellent à leur boulot : un braquage de banque. Les Bad Guys débutent sous le soleil californien et ça fait du bien dans cette grisaille d’avril.

C’est assez rare ce genre de référence dans un dessin animé pour enfants. Les parents apprécient et ça montre un peu l’ambition du metteur en scène, Pierre Perifel, un petit frenchy qui visiblement s’épanouit parfaitement à Hollywood.

Car il a visiblement compris l’essence même du lieu. Le film se passe en Californie. On ressent dans les décors, le rythme et la lumière, l’esprit du coin entre jemenfoutisme élégant et lieu de tant de mythologies modernes.

Cela pourrait être un hommage. Mais c’est surtout un spectacle pour enfants et ça fonctionne très bien avec ses anti-héros qui découvrent les vertus de la gentillesse et de la bonté. Le scénario n’est pas aussi corrosif que les personnages, petits démons perdus dans un monde trop sage, où les apparences sont une obsession ou un piège !

Mais le réalisateur Pierre Perifel semble ravi de son gros jouet et des gentils monstres. Il soutient un récit mené sans temps mort et avec des idées souvent drôles (la police de L.A. rappelle les pirates de Porco Rosso). Les Bad Guys est un produit bien calibré pour plaire à tous, petits et grands, mais il faut l’avouer : c’est bien fait ! Une idée du rêve californien en quelque sorte !

Sortie le 06 avril 2022
DreamWorks, Univesal Pictures

100 min.

Nous, on vote pour Chapelier Fou, La Maison Tellier & Fabulous Sheep

Dans quelques jours, ça ne vous aura pas échappé, on vote. On va dans l’isoloir et on met un petit papier dans une enveloppe en espérant un monde meilleur, mais on a comme un gros doute. Car nos candidats à l’élection ne sont pas très ouverts. Bien fermés sur nos petits problèmes. Nombrilistes ou fascistes, on a le choix!

Merci aux musiciens français de nous montrer le chemin pour sortir de nos angoisses hexagonales et de notre ethnocentrisme souvent ridicule.

C’est le cas de Chapelier Fou, dingue de l'électro qui retrouve des contours classiques.

Au top du modernisme, Chapelier Fou se calme en cherchant le dépouillement avec des instruments : harmonium, violon, piano, clarinette et alto. Il a monté un ensemble de musiciens et revu son catalogue. Le résultat est fascinant, entrainant et apaisant. On devinait souvent la singularité de cet artiste de l’électro: il confirme son atypie avec ce disque d’une élégance subtile, une bande son inspirante pour aimer les jours meilleurs.

De mieux en mieux, ce sont les albums de La Maison Tellier, bande de Normands qui regardent loin et ailleurs. Ils regardaient souvent vers les États-Unis et toute leur mythologie en défendant une folk française teintée de country.

Atlas, un titre qui évoque une autre région du Monde, montre que leur maison est grande ouverte à tous les courants et cela nourrit des chansons souvent magiques, d’un lyrisme éloquent (Feu Chatterton a un sérieux concurrent) et d’une poésie qui nous plonge dans un univers minéral et terriblement humain. Au-delà de l’Atlas, les musiciens de la Maison Tellier nous emmènent dans un ailleurs rassurant… car il existe sur ce disque plus que réussi.

Avant de voter, collez votre oreille sur le disque des biterrois Fabulous Sheep. Attention, ça pourrait vous surprendre. Un bon gros rock enragé tout droit hérité du punk anglais. Il y a de la colère dans les compositions de ce quintet venu d’un autre temps.

Le groupe a surtout un sacré talent qui leur permet de rivaliser avec leurs aînés anglo-saxons. Ça dérouille sévère. Ça sent fort la testostérone et cela canalise tout l’enfer d’une jeunesse dans le monde d’aujourd’hui. Cela donne des morceaux forts qui doivent avoir une ampleur incroyable sur scène. Ces petits jeunes nous donnent de l’espoir. Nos musiciens ont bien raison d’aller voir ailleurs, trouver l’inspiration chez l’autre, remercier l’étranger de sa richesse… ça pourrait presque être une consigne de vote!

Lumières de Finlande, Albert Edelfelt, Petit Palais

Avec sa grille dorée gigantesque et sa collection permanente joliment vieillotte, le Petit Palais n’est pas vraiment le lieu de l’avant-gardisme et de la folie créatrice. Son joli café exotique. Ses salles calmes. Son public capricieux parce qu’un peu vieux. Ses gardiens endormis. Bref, ça ronfle du côté du Petit Palais.

Et pourtant.

Ça commence assez mal en réalité. Les œuvres du finlandais Albert Edelfelt sont entassées sur quelques mètres carrés. On devrait encore jouer du coude pour apercevoir le talent de ce portraitiste hors pair qui a connu la gloire et la reconnaissance en répondant à une commande: faire le portrait de Louis Pasteur.

A partir de cette réussite, ce finlandais a joué de sa notoriété pour continuer son métier mais aussi retourner dans son pays et tenter d’autre chose. Ce qui donne finalement une collection de peintures très différentes.

On a même du mal à concevoir que tout sort du même esprit. Albert Edelfet est un brillant technicien. Par son jeu sur la couleur et son étude de la lumière (si différente entre les salons parisiens et les bords de mer baltique), son art est d’une précision redoutable. Son art nous happe dans des univers variés entre vie parisienne et mœurs de pêcheurs finlandais.

L’immersion est son domaine. Puis en vacances, sur la cote finlandaise, le prestigieux artiste se fait plus léger avec ses pinceaux. On devine effectivement l’influence de l’impressionnisme mais les paysages de la Finlande lui offrent une très grande liberté artistique qui réveille des genres abstraits qui arriveront plus tard.

Edelfelt est un artiste de renommée. Aux tableaux établis et impressionnants. Ça fonctionne encore. Mais l’exposition montre le besoin de liberté d’un peintre curieux de tout et qui s’essayait à tout. Au Petit Palais, vous pouvez donc vous laisser bercer avec la rétrospective d’un homme ouvert qui visiblement n’aimait pas s’assoupir sur ses lauriers. 

PS: pour retrouver un autre regard sur cette exposition, cliquez ICI !

Jusqu'au 10 juillet 2022
Exposition Albert Edelfelt, Lumières de Finlance
au Petit Palais

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