Chanson française, Musique, Pop

French Touch: Kavinsky, Carpenter Brut, Lewis Ofman

Le peuple français aime la politique. Il n’aime pas les politiciens. Mais il refait le Monde et surtout c’est un peuple qui aime bien se plaindre et jouer la carte décliniste. Pourtant, on est des champions. Pas qu’au foot. Et pas qu’en matière de partis racistes. On a peut-être oublié, mais on est la French Touch.


Daft Punk n’est plus. Il y a encore de solides artisans de l’Électro qui réussissent au delà de nos frontières. C’est le cas du rare et discret Kavinsky. Au hasard d’un film, Drive, l ‘artiste de Seine Saint-Denis a connu un fulgurant succès.

Au point de se cacher durant neuf ans et revenir avec un second disque qui s’annonce comme une suite directe de Outrun. Une fois de plus, l’écriture est très cinématographique et le musicien continue de piller, avec un certain talent, les années 80.

Cela donne des chansons kitsch, entre groove lancinant et célébration de la mythique décennie. Le rythme est nonchalant. Kavinsky n’a pas trop l’envie de faire danser son auditeur mais plutôt de le baigner dans une atmosphère de série B. Ça fonctionne. Synthétique mais efficace.

Dans le genre, on préfèrera l’excellent mauvais goût de Carpenter Brut, fan du grand cinéaste américain et véritable passionné de la série B voire Z avec des expériences visuelles très marrantes et surtout audacieuses.

Il poursuit ici son concept de trilogie musicale en suivant les pérégrinations d’un serial killer. Des nappes de synthétiseurs. Des boucles hypnotiques. Des riffs agressifs. La formule est connue mais Carpenter Brut possède un impressionnant sens du récit. Il confirme tout le bien que l’on peut penser de ce solide artisan de l’Électro teinté d’indus.

On a bel et bien l’impression de se promener au milieu des premiers films d’Abel Ferrara et tous ses polars horrifiques qui prenaient comme décor le New York ruiné du début des années 80. Le musicien de Poitiers ne ménage pas ses efforts pour nous faire goûter le crapoteux, le sordide mais aussi le fascinant.

Moins installé mais plus lumineux, Lewis Ofman a de fortes chances d’être la révélation de l’année. Producteur, il sort son premier disque dont on apprécie obligatoirement la fraîcheur et l’espièglerie. Pourtant ce n’était pas gagné.

Lewis Ofman connaît tous les sons qui accompagnent nos achats dans les grandes enseignes de vêtements. Il a fait de la musique de défilés de mode. Il aurait tout de la petite tête à claques mais le jeune homme fait preuve d’une subtile élégance sur un album qui ne choisit pas entre pop et Électro.

Moins radical que les deux précédents, il réalise de sages chansons mais elles sont douces, amères et très bien réalisées. Les poèmes soniques ne sortent pas des sentiers battus mais ils ont l’aspect rétro qui fait tout le charme de la French Touch. On a donc des airs sortis tout droit d’une comédie romantique des années 70 puis des choses beaucoup plus urbaines.

Lewis Ofman s’offre une liberté en assumant une très grande légèreté, recyclant des modèles éculés. Ses poèmes sont amusants et habiles. On se surprend à apprécier un style souvent caricatural. Les fêtes aux Baléares seraient-elles de nouveau fréquentables?

La French Touch survit donc à ses fondateurs et ses glorieux aînés. Y a tout ce qu’il faut pour oublier le catastrophisme qui hante nos contemporains, des piliers de comptoir jusqu’aux candidats à la Présidence de la République!

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