Kompromat, Jérôme Salle, SND


Mathieu Roussel (Gilles Lellouche) est directeur de l'Alliance Française à Irkoutsk, en Sibérie. Tout va (presque) bien dans sa vie, jusqu'à ce qu'il soit brutalement arrêté par les services secrets russes et jeté en prison au prétexte d'une accusation bidonnée (un "Kompromat"). Pendant tout le film, le héros tentera d'échapper au FSB qui le poursuit après qu'il a réussi à s'enfuir.
Gilles Lellouche met toute son énergie dans ce film et c'est toujours un plaisir de voir cette bête de cinéma évoluer à l'écran. L'acteur n'a pas ménagé sa peine, que ce soit en apprenant de longues phrases en russe ou en s'en prenant plein la gueule dans les prisons russes ou dans les forêts glacées.
Les paysages de Sibérie sont beaux et il y a des choses assez réussies dans ce film épique. J'ai, par exemple, bien aimé les noms de ville qui apparaissent sur un plan aérien, transformant l'écran en une grande carte routière. Tout le monde joue bien, avec une mention spéciale pour Louis-Do de Lencquesaing qui excelle en ambassadeur écœurant d'ambition et de veulerie.
Mais, malgré ses qualités, le film multiplie les défauts. On s'y vautre assez volontiers dans le cliché (les brutes russes sont un peu caricaturales...), les décors sonnent globalement faux et vous rappelleront furieusement la quatrième saison du Bureau des Légendes, et il y a de grosses invraisemblances, notamment téléphoniques. Il faut dire que le réalisateur/scénariste Jérôme Salle n'est pas connu pour sa finesse: on lui doit l'improbable série des Largo Winch avec Tomer Sisley, c'est dire...
Le vrai gros défaut du film tient à son scénario. A trop vouloir créer du suspense et incorporer au forceps une romance dans le drame, les scénaristes Jérôme Salle et Caryl Ferey décrédibilisent totalement cette histoire qui est pourtant inspiré de faits réels.
Sortie le 07 septembre 2022
Production Super 8 et SND
127 minutes
Le temps de l’indulgence, Madhuri Vijay, 10/18


Quand Shalini était petite, sa mère - une femme peu commode à l'humour corrosif, "qui passait de la joie à la méchanceté d'une minute à l'autre (page 169) - ne faisait aucun effort pour se lier aux autres. Seul trouvait grâce à ses yeux Bashir Ahmed, un vendeur ambulant cachemiri, un brin flagorneur et à qui elle n'achetait jamais rien, malgré ses visites rituelles et régulières.
"Je voyais qu'il parlait, et qu'elle lui répondait comme elle ne répondait à personne d'autre. Je voyais qu'une lumière et une joie grandissaient en elle quand il était dans la pièce, et s'éteignaient quand il repartait. Et pour moi, c'était suffisant pour commencer à l'aimer." (page 142)
Shalini n'a qu'une vingtaine d'années lorsque meurt sa mère. Elle décide alors sur un coup de tête de quitter Bangalore pour partir à la recherche de Bashir Ahmed, le cachemiri qu'elle n'a pas revu depuis six ans. Peut-être sera-t-il capable de lui donner quelques clefs pour mieux comprendre sa mère ? Et peut-être trouvera-t-elle auprès de lui un peu de réconfort ?
Vous l'aurez compris, Le temps de l'indulgence est un roman initiatique. La narratrice - en héroïne à la Françoise Sagan - est une jeune femme privilégiée qui ne sait pas trop où elle en est. Elle va se chercher (et se trouver?) en quittant son cocon pour partir à la découverte de son propre pays.
L'autrice passe assez vite sur le voyage en lui-même, pour mieux se concentrer sur les points de départ et d'arrivée, sur le contraste qui existe entre Bangalore et le Cachemire indien. A Bangalore, grande ville hindouiste, Shalini traine son spleen et vit à l'occidentale. Au Cachemire, elle découvre la vie pauvre et rude des paysans des montagnes de l'Himalaya, dont elle ne partage ni la langue ni la religion. Elle aborde les personnes qu'elle rencontre assez naturellement, sans préjugés, et comprend peu à peu combien l'armée joue un rôle trouble dans leur vie.
A l'image de son héroïne un peu naïve, la jeune autrice indienne Madhuri Vijay aborde des sujets graves sans avoir l'air d'y toucher. En évoquant la vie quotidienne des cachemiris, elle met le doigt sur la situation générale dans la région - située au croisement de l'Inde, du Pakistan et de la Chine - où l'armée indienne fait disparaitre des musulmans pour des broutilles, sans que le reste du pays ne s'en émeuve.
Sans prétendre donner de clefs de compréhension, Madhuri Vijay ramène une problématique géopolitique à l'échelle de l'individu, à taille humaine. Elle décrit des situations choquantes qui interpellent et nous donne subtilement envie de nous renseigner sur la situation de cette région.
Si le voyage est parfois éprouvant, c'est un réel plaisir de partir à l'aventure en compagnie de Shalini !
Paru le 18 août 2022
en poche chez 10-18 (éditeur originel: Faubourg Marigny)
552 pages / 9,60€
Traduction Typhaine Ducellier (anglais)
Why Bonnie, Jonathan Personne, Silvain Vanot

Alors mes petits cocos, c’est la fin de l’abondance. De l'insouciance. Fini les frigos remplis de cartons. Les pleins d’essence, c’était Byzance. Le vinyle à 15 balles ça n’existera plus jamais. Voilà c’est comme ça! Dépense et tais toi !
Vous trouviez que la pandémie, c’était dur? Attendez de voir ! Heureusement, le monde politique est toujours un peu en retard et il est vrai que les artistes souvent n’ont pas cette candeur déplacée des politiciens. Généralement, ces lugubres pisse-froids de l’art critiquent la société même quand elle est faite d’abondance et d’insouciance.

Toujours en train de voir les petits malheurs et les grandes misères, l’artiste peut faire la tronche et il en fait aussi une attitude. C’est le cas par exemple de Why Bonnie, un petit groupe américain qui traîne son spleen post adolescent sur des guitares qui semblent surgir du passé.
Leur album se nomme 90 in November et effectivement, la chanteuse et son groupe nous rappellent la rage à peine contenue de Liz Phair ou des Breeders dans les années 90. Du Texas, le groupe est parti à New York et l’indie sound de Brooklyn leur va bien. C’est un disque un peu brisé car triste mais au lyrisme prudent et étudié. Court et fin, cet album ne respire pas la joie mais ne désespère jamais totalement, profitant de mélodies envoûtantes et d’une voix inspirante.

On apprécie tout autant la voix du Canadien Jonathan Personne, un musicien qui transforme sa tristesse et ses mornes pensées en chansons fortes et marquées par la country et la folk d’Amérique. Mais en version française.
Son album précédent, Disparitions, était marqué par le western. Ses sujets sont d’un classicisme presque vieillot : la mort, la solitude et toutes les joyeusetés de l’existence. Heureusement il a le sens de la mélodie et le verbe haut.
La fin de l’innocence rassemble les huit nouveaux morceaux assez différents les uns des autres pour former un disque séduisant et toujours marqué par les inspirations du sud des États-Unis et les sixties. Mais la nostalgie n’empêche pas une écriture contemporaine, un peu baroque, un peu loufoque et profondément originale.

Silvain Vanot, lui, n’a jamais beaucoup connu l’abondance et l'insouciance. C’est un solide artisan qui compose dans son coin, avec un talent reconnu mais pas assez bankable. C’est le genre de découverte que l’on a envie de garder pour soi. Un songwriter à la française. Un héros trop discret.
Son nouvel album - Il fait soleil - possède une douceur durable. C’est ciselé et précis. Les arrangements sont gourmands et Vanot ne surjoue jamais. Ses chansons ont une amertume toute mesurée. Pour reprendre un de ses titres, il nous vide la tête, avec bienveillance et un goût certain pour les cordes et les guitares.
Avec lui, le quotidien devient une inspiration prenante et enveloppante. Les chansons sont légères mais entêtantes. L’abondance serait une notion presque abstraite ou même vulgaire. Pas besoin de beaucoup pour être heureux. Juste un bon disque par exemple!
Mots et illusions, quand la langue du management nous gouverne, Agnès Vandevelde-Rougale


Peut-être, comme moi, travaillez-vous dans une entreprise moderne et performante où l'on vous bassine avec la bienveillance, l'agilité, le leadership emphatique et ce genre de joyeusetés ? Peut-être, parfois, vous dites-vous que les entreprises font exactement le contraire de ce qu'elles disent (par exemple lorsqu'un Plan de Sauvegarde de l'Emploi vise en réalité à virer des gens, lorsqu'on confond qualité et Respect des procédures ou encore lorsque des sociétés aux actions délétères se targuent de Responsabilité Sociale et Environnementale). Peut-être aimez-vous les mots et avez-vous remarqué qu'un vocabulaire particulier fleurit chez certains de vos collègues ? Peut-être vous-mêmes utilisez-vous ce sabir, sans vous en rendre compte, en y croyant à moitié (le "demi-croire", page 39) ou encore sciemment voire cyniquement.
Quoi qu'il en soit, je ne saurais trop vous recommander la lecture de ce passionnant petit ouvrage rédigé par Agnès Vandevelde-Rougale (Docteure en anthropologie et sociologie), qui traite de la novlangue maniée par les managers du privé comme des administrations.
Lorsque j'observe la vie en entreprise, j'ai parfois l'impression d'avoir la berlue, de me faire des idées ou d'avoir décidément trop mauvais esprit. Aussi trouvé-je salvateur de m'en remettre à des personnes sérieuses qui analysent, décortiquent et étudient la sociologie du travail. Malheureusement, la rigueur scientifique rend parfois les ouvrages assez indigestes pour qui n'est ni un chercheur, ni un intellectuel.
A l'inverse, ce court livre se dévore rapidement et est d'une clarté remarquable, chaque idée force étant mise en exergue visuellement. En lisant cet essai, vous n'aurez plus de doute sur le fait que l'utilisation du vocabulaire "corporate" est loin d'être innocente, que "le prêt à parler accompagne le prêt à penser" (page 15) et que "le langage managérial est indissociable de l'idéologie de la gestion et de la croissance qui a accompagné le développement du capitalisme industriel puis financier et néolibéral" (page 19).
Ainsi, en mettant l'accent sur la responsabilité (et la réussite) individuelle, on rend les personnes comptables de ce qui ne fonctionne pas, ou mal, quand il faudrait plutôt interroger les failles du système organisationnel (notamment en cas de harcèlement au travail). Or, il n'y a "pas de bien-être sans bien faire", et ce ne sont pas les massages, cours de yoga et autre babyfoot qui changeront cette vérité, pas plus que d'appeler un chat un chien !
"Nous avons tendance à parler avec les mots qui nous entourent, qui semblent "couler de source", ce qui renforce le pouvoir des discours dominants. Ainsi, nous "optimisons" nos vacances, nous "gérons" notre temps, nos émotions et nos enfants, nous "investissons" dans des relations ou des apprentissages..." (page 82).
Il est grand temps de reprendre la parole !
Parution le 15 septembre 2022
chez 10/18 Grands reporters
112 pages / 6€
L’écume des jours, Boris Vian, Claudie Russo-Pelosi, Lucernaire


Si vous aimez l’Écume des jours de Boris Vian, vous devriez être conquis par cette sympathique et dynamique adaptation théâtrale (et musicale) proposée par Claudie Russo-Pelosi au Lucernaire.
Dans la file d'attente, un type affirmait adorer ce roman qu'il prétendait avoir lu trente fois. Trente fois ? En ce qui me concerne, une fois aura suffi ! Autant les chansons de Boris Vian me font rire, autant j'ai trouvé ce livre barbant, avec ses faux airs fantastico-délurés. (Les "doublezons", le "pianocktail", le nénuphar dans les poumons et les autres trouvailles futuristes m'ont parues très factices.)
Mais alors, si tu n'aimes pas le bouquin, pourquoi donc es-tu allé voir la pièce, me direz-vous ? Oui, c'est vrai ça, pourquoi ? Sans doute parce que je suis joueur, toujours prêt (et prompt) à me laisser convaincre, et aussi parce que j'ai été séduit par la bande annonce.
Me voici donc en cette fin août, ravi d'aller au théâtre, et surpris de voir que le spectacle affiche complet, oui oui, vous avez bien lu, complet ! Une salle comble, incroyable, je n'avais pas vu cela depuis le monde d'avant. Il faut croire que le bouche à oreille a fonctionné à plein pour cette pièce qui joue les prolongations jusqu'à mi-octobre.
Il faut dire que ce spectacle présente d'indéniables qualités. Les jeunes comédiens (le spectacle est un projet de fin d'étude du Cours Florent) donnent tout ce qu'ils ont : ils chantent, dansent et virevoltent dans un tourbillon d'énergie à la Jim Carrey qui enthousiasme le public... sauf moi.
Pour ma part, j'avoue être passé à côté de la pièce et avoir été quelque peu fatigué par ce débordement de vitalité endiablée (et à mon avis un peu surjouée). Pour autant, je ne regrette pas d'avoir vu ces jeunes comédiens faire leurs premières armes sur scène. Et j'ai vraiment apprécié le personnage du Docteur, que j'ai trouvé assez irrésistible.
Jusqu'au 16 octobre 2022
Théâtre du Lucernaire, Paris VIème
Du mardi au dimanche, à 16 et 19 heures
Durée 1h15
Mirdidingkingathi Juwarnda Sally Gabori, Fondation Cartier

Juste des formes et des couleurs! L'artiste aborigène convoque l'émotion et nous laisse deviner tout un monde perdu. D'une subtilité rare.
Il y a seulement trente œuvres de la peintre Sally Gabori, de son vrai nom Mirdidingkingathi Juwarnda à la fondation Cartier. Vous pouvez faire le tour en une dizaine de minutes. Ce pourrait même être une astuce pour apprécier l'ambiance de cette exposition venue de si loin.
La déception peut venir car on est vite frustré par le style brut de l'artiste, novice mais sincère. La peintre s'est mise au travail à l'âge de 80 ans. En dix ans, jusqu'à sa mort en 2015, elle a peint et s'est attaquée à des toiles immenses.
Il faut donc un second passage dans l'exposition. Heureusement l'endroit est toujours aussi sympa : la verdure qui vient se coller à l'immeuble de la fondation nous enferme dans l'univers de l'artiste qui a bien entendu la nature comme inspiration.

C'est ce qu'il se cache derrière les couleurs criardes ou délavées de ses toiles primitives. Le peuple de Sally Gabori a longtemps été isolé et la peintre a grandi sur une île sauvage. C'est elle que l'on devine dans les formes. Petit à petit les coups de pinceaux soulignent la perspective puis les paysages.

Le coté instinctif révèle aussi des souvenirs d'une époque lointaine. La vie de l'artiste se devine dans les toiles et l'on comprend son rapport au monde qui l'entoure. C'est finalement subtil et un second passage permet de découvrir certains mystères et de trouver une véritable émotion.
On a bien l'impression de découvrir un ailleurs exotique et une artiste surprenante entre ses traditions et sa créativité soudaine. Un moment étonnant car finalement très touchant.
Jusqu'au 06 novembre 2022
à la Fondation Cartier, Paris XIVème
Trois mille ans à t’attendre, George Miller


Georges Miller est le réalisateur de la saga Mad-Max ; on pouvait donc s'attendre à ce que son dernier film soit un tantinet bourrin ; en réalité, il n'en est rien. Au contraire, Trois mille ans à t'attendre est une sympathique bluette sur fond de récit fantastique.
L'histoire : Alithea Binnie ( incarnée par Tilda Swinton) anime des conférences au cours desquelles elle explique que la mythologie et les histoires - qui nous servaient jadis à expliquer l'inexplicable - ne servent plus à rien quand la Science explique à peu près tout. En l'absence de mystère, nous n'avons plus besoin ni de récits fantastiques, ni de croire aux dieux ou autres esprits. Oui mais...
Alors qu'elle débarque à Istanbul, notre conférencière croise des créatures et autres esprits auxquels elle persiste à ne pas vouloir croire. Les choses se compliquent encore un peu lorsque le destin lui fait acheter dans un souk un petit flacon d'où sortira un génie (l'impeccable Idriss Elba) qui, évidemment, lui proposera d'exaucer trois vœux, souhaits qu'elle refusera expressément d'énoncer car, en spécialiste de la mythologie, Alithea sait que les génies peuvent être roublards, et qu'on ne formule pas des vœux impunément.
Qui dit film fantastique dit, en principe, images de synthèse et effets spéciaux à gogo, jusqu'à la saturation. Sauf qu'ici, Georges Miller les manie avec une certaine élégance. Si certaines scènes reconstituées par ordinateur sont impressionnantes, elles ne sont pas là pour elles-mêmes mais au service de l'histoire. George Miller ne cherche pas à impressionner par la forme, mais par le récit ; il ne s'interdit d'ailleurs pas d'user de vieux trucs à la Méliès qui ont un charme désuet. Comme on ne se refait pas, le réalisateur donne volontiers dans le baroque (comme avec ce harem de femmes pour le moins girondes), mais c'est nettement plus regardable que Mad-Max Fury Road par exemple.
Finalement, Trois mille ans à t'attendre est un film est assez simple, il s'agit de deux personnes qui discutent dans une chambre d'hôtel et se racontent leur(s) vie(s). Comme l'une des deux est un génie, un djinn, sa vie fut longue et pleine de rebondissements, ce qui donne l'occasion au réalisateur de ponctuer son récit de fresques baroques, allant de la Reine de Saba et du Roi Salomon jusqu'à nos jours, en passant par Soliman le Magnifique.
Ces Trois mille ans hommage aux Mille et une nuits sont une bluette parfumée à l'eau de rose et à la fleur d'oranger. Comme une pâtisserie orientale, ce n'est pas particulièrement fin, mais ce n'est pas désagréable du tout !
Trois mille ans à t'attendre,
sortie le 24 août 2022.
De George Miller,
avec Tilda Swinton, Idris Elba,
1h48
Beast, Baltasar Kormakur, Universal Pictures


Dans la jungle, terrible jungle, le lion est mort ce soir... mais ce n'était pas le bon lion. Il en reste un, féroce et énervé. C'est le sujet simple et efficace de cette série B presque old school.
Car, alléluia, le film ne dépasse pas l'heure et demi. Pas de fioriture. Pas de gros effets avec des explosions ou des extravagances dans le scénario. Rien, juste un combat entre Idris Elba et un gros lion. Du survival. Presque à l'ancienne.
Le scénario pose ses personnages puis les jette dans la gueule du loup (sic)! Donc, le massif acteur anglais est le père endeuillé de deux jeunes filles. Ils retrouvent ensemble un ami au fin fond de l'Afrique pour un safari poussiéreux mais salvateur.
Ils voient de belles girafes qui s'enlacent. Ils font de belles photos. Ils dénoncent les braconniers. Tout est beau et sage puis un lion, endeuillé lui aussi, pète les plombs et harcèle les touristes.
A la fin, la famille sera consolée et le père retrouvera sa place dans le cœur de ses filles. Mais on aura avant eu droit à ce que l'on voulait voir: un affrontement entre l'homme et la nature. Man Vs Wild.
Baltasar Kormakur se colle à l'exercice et c'est bien lui qui rend le film très plaisant. Réalisateur islandais, yes man pour Hollywood de temps à autre, il pourrait être perçu comme un descendant du dégénéré Michael Bay, roi de la bouillie filmique (Bad Boys, Transformers, The Island).
Mais la rapidité d'exécution de Kormakur a laissé la place à un technicien aimant aussi la forme. Son obsession de la fluidité donne du sens à ses mises en scène.
De plus, comme dans tous ses films (dont l'impressionnant Everest), le cinéaste semble obsédé par le décor et l'espace, préférant une caméra qui se glisse dans les pas du personnage pour nous faire sentir son rapport au danger et la menace. Il y a quelque chose de très organique et présent dans sa réalisation. On ressent la poussière, la chaleur et la violence de la situation.
Beast n'est pas le chef d'œuvre sur la menace animale (toujours revoir les Dents de la Mer) mais c'est un film sacrément bien fichu et qui ne va jamais au-delà de son concept!
Welcome to the jungle!
Sortie le 24 août 2022
Universal - 1h30
Redemarrer en fanfare avec LGMX, Meute et Toomanyzooz

Démarrage en fanfare. Il va falloir reprendre le chemin de l’école ou du boulot. Ou les deux. Il faut vérifier si tout le monde a tout ce qu’il faut pour reprendre un quotidien qui nous a fait du mal ces derniers mois. Et en plus il faut se remettre d’un été beaucoup trop chaud.
Il faut se motiver et c’est vrai que la fanfare est un concept sympa à imaginer. Des cuivres, des reprises, du monde, de la communication, de l’osmose, la fanfare a tout pour plaire et elle s’est bien renouvelée: la preuve en trois disques!

Découverts sur une petite scène de l’Isère, les gaillards de LGMX cherchent effectivement à faire bouger la foule. Avec une rythmique discrète et tout un tas d’instruments à vents, ces musiciens de Lyon se prennent pour un ordi et font de l'électro dansante avec un souffle exubérant.
Leur premier et court effort sur disque donne une idée de leur démarche : faire une bonne grosse rave, sans électricité mais juste avec un effort collectif. On a du mal à résister à l’entente entre les musiciens: ils arrivent facilement à nous faire danser et vivre une expérience tous ensemble. Depuis la pandémie, cela fait un bien fou.

On leur souhaite le même succès que la Meute, dynamiteur de clichés et maître de la grosse fiesta qui vous met les pieds sur la tête en la remplissant de good vibes. Les trompettes et autres trombones vont s’appliquer à imiter les beats et les bpm. Ça fonctionne mieux que le modèle électronique.
Les onze musiciens allemands font bien la différence avec les dj. Sur scène, on les voit suer et se soutenir mutuellement, quand un dj lève ses bras en l’air et mouline avec ses mix, bien trop seul avec quelques lumières pour faire oublier la vacuité du spectacle. Sur disque ou sur scène, Meute régale par sa synergie et son originalité.
Connus pour leurs reprises de morceaux dance, ils savent aussi se réaliser avec des titres originaux qui tentent des choses. Les vertus de la fanfare sont évidentes: le vivre-ensemble est vraiment appliqué et en plus la musique est bonne. Très bonne. le disque feel good par excellence.
Mais c’est la qualité de la plupart des réalisations de tout ce genre qui semble émerger sérieusement depuis que l’on a tous été isolés il y a deux ans et demi. On veut partager, se mélanger et danser encore.

Mais les champions du monde du genre sont américains. Et c’est un tout petit trio qui fait un maximum de bruit! Toomanyzooz est le genre de groupe à avoir le feu sacré et une impressionnante force de frappe pour secouer les corps !
Un saxophone baryton, une trompette, une batterie, des tonnes d’idées et des débuts dans le métro new-yorkais qui leur ont donné un vécu précieux. En terme d’intensité, ils savent y faire et cela s’entend: leur musique mélange à une vitesse folle les genres entre le jazz, la techno ou le hip-hop.
Leurs ep’s sont des petites gourmandises. On apprécie chez eux la rapidité d'exécution mais aussi son urgence. Leur musique est vivante et vivace. Ils conservent cette obsession du mouvement avec leur mini brass band, d’un altruisme réjouissant.
Après ces trois disques, vous allez peut-être en avoir marre des cuivres mais cette petite armée de musiciens originaux, qui ont envie de nous faire bouger après une longue période statique, ne peut qu’être une bonne nouvelle à entendre, écouter et apprécier! Let’s dance comme disait l’autre.
Vesper Chronicles, Kristina Buožytė, Bruno Samper


C’est vraiment le petit film d’été : une découverte ni parfaite ni mauvaise, qui navigue entre les eaux et ne laisse pas indifférent.
Pourtant ce n’est pas gagné avec son histoire de gamine qui étudie les plantes pour sauver le monde de la catastrophe. En réalité, elle est déjà arrivée la crise : à force de virus, les hommes ont rendu aride la planète et nous sommes revenus dans une ambiance moyen-âgeuse.
Les nantis vivent dans des citadelles. Le reste de la population survit dans la boue et la misère. Vesper, qui vit isolée avec son père handicapé, se passionne pour la nature et reste persuader que l’on trouvera la réponse grâce aux plantes. Un beau jour, deux personnes de la citadelle s’écrasent à coté de chez elle, et c’est bien entendu les débuts d’une succession de drames…
Mais on doit tout de suite reconnaitre que les deux réalisateurs réussissent à nous plonger dans un univers futuriste impressionnant avec, effectivement, une obsession pour une flore fantastique, colorée et dangereuse. Ils se font un mini Avatar avec leurs moyens beaucoup plus humbles.
Ils n’ont rien à envier à James Cameron : leurs acteurs sont très convaincants. Le casting est mené par un Eddie Marsan, impérial en tyran campagnard. Enfin un rôle à la hauteur du talent de ce second couteau souvent mal exploité.
Effort européen, Vesper Chronicles propose une science fiction différente qui ne cherche jamais le spectaculaire mais plutôt cultive les astuces. Le film soigne ainsi les ambiances. Le rapport fille père surprend. Les intrus apportent vraiment quelque chose à une intrigue qui joue constamment sur la méchanceté des protagonistes qui tentent de se convaincre qu’ils ont encore un semblant d’humanité. Le décor cache des surprises parfois fatales. On peut juste regretter une musique un peu envahissante.
Le film, par son étrangeté et son ton, nous permet de voir autre chose. Alors en été, se retrouver dans le brouillard et le froid n’est peut être pas le spectacle le plus apprécié mais il faut dire que c’est une œuvre originale, qui tente et souvent réussit.
Sortie le 17 août 2022
Condor Distribution - 1h50




