Via Sophiatown

Paris installe son quartier d’été en Afrique du Sud pour un spectacle de danse euphorisant! (suite…)
Le cercle des illusionnistes d’Alexis Michalik

Entrez dans un monde d’inventeurs, de magiciens, d’horlogers et surtout de rêveurs. (suite…)
Strangefolk

C’était à l’époque où Oasis et Blur se faisaient la guerre. C’était au moment où Pulp faisait la paix ! C’était dans les années 90 et Kula Shaker semblait provenir des années 60. Ce décalage conserve aujourd’hui toute sa saveur !
Crispian Mills est un peu le Austin Powers de la pop anglaise. Ce type là est un anachronisme. Un musicien tombé dans une faille temporelle et qui n’arrive pas à en ressortir. Personne ne s’en plaindra : son groupe, Kula Shaker est un des meilleurs souvenirs des années si prisées des années 90.
En deux albums, Kula Shaker rappelaient toutes les vertus du psychédélisme dans la pop britannique. Entre métaphysique fumeuse et riffs périlleux, le groupe possédait un charme réel et un talent pour faire remuer sur des hits de trois minutes trente.
Deux albums puis le silence ! Mills n’a jamais disparu entre Pi et surtout The Jeevas, version plus rock de Kula Shaker. Et en 2007, revoilà le groupe. En pleine forme et aux petits soins pour soigner nos oreilles.
Huit années après Peasants, pigs & astronauts, le groupe revient avec son barnum habituel et si plaisant. Crispian Mills déverse ses tonnes de délires psychédéliques. Il s’en prend gentiment au monde qui l’entoure (l’enlevé "Great dictator of the free world"). Il mélange le bouddhisme et la chrétienté dans des paroles pleine d’utopie.
C’est caricatural mais d’une sincérité absolue. Le disque enchaîne les morceaux avec une envie certaine. De tous les retours, celui-ci a le mérite d’être contrôlé. En cinquante minutes, Kula Shaker ne fait pas dans l’emphase. Mills et ses amis se limitent à ce qu’ils savent faire : du psychédélisme sacrément rythmé !
Strangefolk rend alerte et joyeux. Fabriqué avec de l’adn de George Harrison, le disque monte ses titres sur des thèmes célestes, des guitares hirsutes, une voix exaltée et des cuivres toujours remuants. Ce disque est une machine à remonter dans le temps. Le voyage ne propose pas de grandes nouveautés mais sait nous faire aimer les plaisirs simples des chimères très 60’s.
fnac import - 2007
The Good, The Bad & the Queen

Damon Albarn est un homme pressé (et engagé). Blur et Gorillaz hier. The Good, The Bad and The Queen aujourd’hui. Avec toujours la même capacité à étonner et fédérer. Chapeau !
Roulements de tambours et effet d’annonce imparable : les nouveaux Trois mousquetaires de la scène indé sont en piste pour de nouvelles aventures qui, comme chez Alexandre Dumas, pourraient s’intituler Vingt ans après !
J’ai nommé : Tony Allen (Athos) ex-batteur de Fela Kuti, Simon Tong (Porthos) ex-guitariste des Verve, Paul Simonon (Aramis) ex-bassiste des Clash et, en super-héros meneur d’hommes, Damon Albarn (d’Artagnan) ex-Blur, ex-Gorillaz… et deus ex-machina de l’expérimentation musicale du troisième millénaire.
Un premier single (Herculean) vendu seulement le 30 octobre dernier (mais en écoute sur MySpace), quelques apparitions en très petit comité et un buzz qui va bon train auront suffi à mettre sur orbite le nouveau projet de l’infatigable et prolifique Albarn. Enfin disponible dans son intégralité, l’album éponyme de ce gang de mercenaires réunis pour le meilleur ne déçoit pas une seconde, mais surprend son monde.
Musicalement moins déroutants que les premières notes de Gorillaz avaient pu l’être, les douze titres produits par Danger Mouse optent pour une peinture sombre et pessimiste de l’Angleterre d’aujourd’hui. Rien d’agressif pourtant. Aux confins du folk, de la pop et de l’electro, on reste, tout au long de titres homogènes et étroitement liés, engoncés dans un groove moelleux, presque lénifiant, qui ôterait au plus motivé toute velléité de s’en sortir.
Prisonniers des lourdes lignes de basse d’un Simonon plus militant que jamais, engourdis par la beauté fatale du mal de vivre et des peurs existentielles, on se laisse capturer sans résistance par la voix grave d’un Damon Albarn arrivé à maturité. Impression confirmée par la prodigieuse performance du groupe dans l’intimité chaleureuse du Cabaret Sauvage le 6 février dernier. Devant un public acquis, les vieux mousquetaires ont offert ce genre de performance en quasi-huis clos qui reste à jamais gravée dans les mémoires.
Proximité, virtuosité, engagement, sincérité… Il y avait ce soir-là quelque chose de la passion qui habite ces musiciens fédérés autour d’un projet ambitieux et engagé. Quelque chose qui n’a pas manqué de rappeler aux plus anciens la posture des Clash. Et Paul Simonon, planté sur scène, jambes écartées et basse à hauteur des genoux n’y était pas tout à fait étranger…
Parlophone 2007
Playtime

Il fait chaud. Les orages vous tapent sur le système. Allez vous réfugier au cinéma. Redécouvrez la magie de Jacques Tati!
C'est la restauration de l'année. S'il y a bien un film qui mérite d'être soigneusement ripoliné et retrouver son éclat, c'est bien le chef d'oeuvre de Jacques Tati, film maudit par excellence et pure pépite burlesque!
Les lumières. Les reflets. Les inclinaisons. Les formes. Tout est important dans le film de Tati et le soin apporté à l'image permet de profiter pleinement des idées nombreuses et délicieuses de l'artiste caché derrière l'innocent et bondissant Monsieur Hulot.
On se laisse de nouveau bercer par sa fausse candeur. Playtime fut un désastre dans la carrière de Tati. Pourtant à l'écran il n'y a que l'enthousiasme pour multiplier les gags et écrire une satire mordante de la modernité et de la solitude qui découle du grand capitalisme.
Bien souvent, Jacques Tati cherchait l'abstraction: c'est ce qui rend son travail intemporel, dans la continuité d'un Charles Chaplin, enclin lui aussi à l'humour et la causticité!
Précis, méticuleux, subtile, l'oeuvre de Tati reste une redécouverte constante. Son sens du détail permet de trouver de nouvelles choses à chaque vision. Faux film à sketchs, véritable satire, bédé en live, Playtime déboussole par sa cohérence et provoque l'admiration par son volontarisme. Tati ne lache rien. Pendant des annéees, il se bat pour son rêve de Tativille: faire rire. A tout prix (pour l'auteur au propre comme au figuré). Il ne s'en remettra pas. Mais avec cette nouvelle version, on comprend qu'il a désormais vaincu et atteint la postérité. Chapeau bas monsieur Hulot!
Avec Jacques Tati, Barbara Dennek, Jacqueline Lecome et John Abbey
Beau Rôle

Entre confession masculine, réflexions sur la négritude… et le cinéma, Beau rôle, roman de Nicolas Fargues, est la confirmation d'un style, d'un univers et d'un ton très personnels.
Nicolas Fargues est de ces auteurs que l'on adorerait détester. Jeune (il est né en 1972), beau et talentueux, il publie déjà son sixième roman et se fait tranquillement une place de choix sur la scène littéraire française, quelque part entre Frédéric Beigbedder pour son goût des thèmes ancrés dans leur époque et Patrick Modiano pour la justesse et la précision de son style. Si J'étais derrière toi (2006) lui a permis de rencontrer le succès, Beau rôleest sans conteste le roman de la confirmation.
Il y présente Antoine Mac Pola, acteur métis trentenaire qui connaît enfin un début de succès grâce à son rôle dans un film intitulé White stuff. Castings et conquêtes féminines faciles d'un côté, éloignement familial et culturel de l'autre : la vie d'Antoine Mac Pola est tout entière résumée dans ce grand écart permanent entre deux mondes qui s'ignorent absolument.
Rien de dramatique pour autant. Plutôt le portrait sincère, et souvent empreint d'autodérision, d'un homme fragile qui ne peut s'appuyer ni sur ses racines lointaines, ni sur une carrière sujette à trop d'aléas…
Dans un style faussement "facile", Nicolas Fargues a ce talent particulier de se glisser dans la peau de ses personnages, dans leurs sentiments, dans leur intimité intellectuelle, et de les restituer avec une sincérité touchante. Au diable les bonnes intentions ou la mièvrerie des conventions sociales. Etre Antoine Mac Pola, c'est partager ses pensées, ses réactions, ses envies, ses tricheries et ses désarrois.
Alors le lecteur se laisse prendre à cette "confession" et partage avec plaisir les quelques semaines de "vie commune" que lui propose l'auteur. Un casting étrange, une liaison people jamais consommée, quelques soirées entre "amis", un débat avec des lycéens, un retour aux sources outre-mer et, pour lier le tout, de grandes théories sur le cinéma et sur la condition de noir dans la société occidentale.
On l'aura compris, si Nicolas Fargues n'est pas porteur d'idéologie au sens strict, il excelle à restituer, à hauteur d'homme (plutôt que de femme), l'atmosphère de notre temps et à aborder les questions humaines essentielles qui lui sont liées. Pour ces raisons, ses romans ont cette saveur particulière qui touche tellement le lecteur. Il n'est pas certain, toutefois, que la lectrice éprouve la même émotion…
273 pages - Folio
Shadows

Retour inattendu et tranquille des Ecossais éternels adolescents ! On reste fan !
Cela faisait des années que Norman Blake, Gerard Love et ses camarades n'avaient pas sorti de disque sous le nom du Teenage fanclub. Cela faisait un petit bout de temps que le groupe avait perdu le feu qui l'habitait.
Rien d'exceptionnel depuis le définitif "Songs from Northen Britain", guide idéal de la pop anglaise de la fin de 20e Siècle. Teenage fanclub était à l'époque, comme le disait Oasis, le "Deuxième plus grand groupe du Monde".
Ce n'était pas faux. Le groupe a toujours un peu loupé sa rencontre avec le succès mais leurs chansons sont aussi redoutables que les tubes britanniques qui hantent les radios. Des trésors de refrains entêtants et des hits efficaces.
Après 20 ans de carrière et pas mal de galères, le Teenage fanclub termine une longue pause. Les derniers albums n'étaient pas très bien produits et leur sens de l'harmonie avait disparu.
Sur la fin, le groupe parodiait les Byrds. Heureusement tout le monde s'est reposé et les revoilà avec un album qui retrouve les vertus du groupe. Le rythme se fait plus cool mais les voix ont retrouvé le charme d'antan. Les mélodies sont astucieuses et on redécouvre le plaisir juvénile de leurs compositions.
Après toutes ses années passées, le groupe a décidé d'assumer son expérience et sa baisse de régime. La sincérité transpire de nouveau. Cet album retrouve une certaine flamboyance comme celle des indestructibles Nits, champions du marathon de la pop.
Sans faire réunion d'anciens combattants, "Shadows" est une oeuvre de grands garçons qui ne veulent plus réaliser le même disque des débuts. Ils avancent enfin vers une pop responsable et joliment écrite. On pense un peu moins à Neil Young, un peu plus aux Byrds ou aux Go-Betweens.
Ce huitième album n'est pas le meilleur mais rappelle que ce petit groupe écossais mérite beaucoup mieux que l'oubli. Son savoir faire n'est pas épuisé: il se transforme et nous promet encore de beaux moments de pop éternelle !
Mepa - 2010
La Fille dans le verre

La dépression. Une petite fille disparue. De faux spirites. Un vrai danger. Tels sont les ingrédients employés par Jeffrey Ford pour nous emmener dans un récit d’aventures endiablé.
Jeffrey Ford est un écrivain reconnu parmi les amateurs de littérature fantastique. On trouve sa trilogiePhysiognomony en livre de poche (J’ai lu) et voici que la collection Lunes d’encre chez Denoël, sort La fille dans le verre, roman paru en 2005 aux Etats-Unis et qui nous étonne à plus d’un titre par son atypisme.
En effet, même si Lunes d’encre publie des textes de science-fiction et de fantastique, ce roman n’en fait pas totalement partie, ou bien par la bande. D’autre part, on est impressionné par la qualité stylistique des écrits de Jeffrey Ford. La fille dans le verre est si bien narré et si bien traduit qu’il aurait tout à fait sa place dans une prestigieuse collection de littérature étrangère.
Il s’agit d’un roman d’aventure ou d’initiation (que n’aurait pas renié Stevenson) dans lequel trois escrocs se trouvent aux prises avec une histoire qui les dépasse.
Schell est le patron de cette bande qui se fait passer pour des médiums afin d’arnaquer les personnes de la haute société de New-York et du New Jersey ayant perdu un proche et souhaitant le retrouver grâce au contact avec l’au-delà. Les comparses et amis de Schell sont un ancien Hercule de foire et un immigré mexicain clandestin, Diego, que Schell fait passer pour un devin hindou et qui est le narrateur de ce récit.
L’action se passe dans les années 1930, au plus fort de la crise économique qui secoue les Etats-Unis et l’on comprend vite que pour des personnes vivant de l’arnaque, il n’y a aucune autre solution que d’arnaquer les plus aisés.
Cependant la situation bascule lorsque, durant une séance truquée de spiritisme, Schell voit ou croit voir dans une fenêtre l’image d’une petite fille qui vient de disparaître. Il va alors convaincre son équipe de partir à sa recherche - pour de vrai.
Nos amis, qui sont passés maîtres dans l’art de la combine, de la dissimulation et du faux semblant, vont entrer en contact (en collision) avec le Ku Klux Klan et d’autres associations théorisant la différence des races. Nous sommes dans les années 1930 et cela fait froid dans le dos.
On le pressent, Jeffrey Ford, nous tient dans ses filets et ne nous laisse pas filer, mais il ne se contente pas du plaisir de nous raconter une histoire, il nous livre un merveilleux roman d’apprentissage et une mise en abyme des conflits qui secouent une société malade.
Jeffrey Ford, qui a un physique d’ogre débonnaire, semble faire partie de ces écrivains qui ne cessent de progresser. Il est à noter qu’il confie beaucoup de ses nouvelles à des sites Internet. Cela montre la générosité du bonhomme. Et croyez-moi, cette générosité, vous la trouverez dans La fille dans le verre, un roman enthousiasmant.
384 pages - Folio




