Mukesh Singh, élu connard de l’année !

En décembre 2012, une jeune étudiante indienne de 23 ans se faisait sauvagement violer par 5 monstres dans la ville de New Delhi, capitale de l’Inde, pour ceux qui galèrent en géographie.
Jusque là, vous me direz, avec la froideur qui convient, que, malheureusement ce genre d’atrocité arrive juste 903 fois par jour (source planetoscope) à travers le monde et que, puisque vous êtes plus forts en maths en géo, par an, de par une subtile multiplication de 365 jours, plus ou moins en fonction des calendriers ou religions, mais le viol, curieusement est universel ma bonne dame, plus de 320 000 femmes sont victimes de viol. A l’heure où l’on se parle, depuis de début de l’année, 72 000 femmes ont donc subi les foudres venimeuses sexuels barbares de fous, de connards, de bêtes, d’hommes avec un tout petit h ; décidément vous êtes très très forts en calculs…
Oui mais voilà, à la différence de la grande majorité des viols à travers cette foutue planète, celui de la jeune étudiante en kiné(décédée depuis, ah bah oui pardon j’avais oublié de le dire, mes excuses) un soir, à l’arrière d’un bus, s’est fait aux yeux de nombreux témoins, mâles pour la plupart, qui n’ont pas bougé, rien dit, pas montré une dose de testostérone à aucun moment. En fait, pis, quand ce viol a commencé à faire le tour médiatique du globe, de nombreux indiens, mâles, encore, bah oui, eh bah dis donc, ont commencé à s’étonner sans vergogne de la non compréhension de la chose, sous entendu ou comprenez, mais vous allez voir c’est pas simple, que, grosso modo, et bien si elle s’est fait violer…quelque part, c’est qu’elle l’avait bien cherché. Oui, après tout, elle avait dû mettre un jean, elle avait du aller boire un verre dans un bar, or, pour l’homme primaire de base indien, si l’on en croit les masses de soutien aux auteurs à travers le pays, les violeurs castés mais malheureusement pas castrés de New Dehli, bah oui, en substance, bah bien fait.
La justice du pays des eunuques et de bolywood, semblant avoir à sa tête quelques cerveaux un peu plus évolués que la moyenne, a condamné à mort 4 des tarés, le 5ème, mineur au moment des faits, ayant écopé de 3 ans de prison…en espérant pour lui qu’il fasse la fille dans les douches, après tout, lui aussi doit mettre des jeans et devait aller dans les bars régulièrement, donc pas de raison qu’il n’ait pas un peu de corne au cul et l’anu’ déchiré une fois de temps en temps, il n’est pas improbable que cela lui fasse revoir sa position.
Toujours balaises et sans détours dans leurs documentaires, des so british journalistes de la BBC, au premier rang desquels la brillante réalisatrice Leslee Udwin, ont décidé d’investiguer sur ce drame et en faire un documentaire. Pour creuser le sujet, ils ont obtenu une itw de l’un des 5 monstres, Mukesh Singh, dans sa cellule, 16h d’interview, à bâton rompu, en mode libre open ouvert live.
16h, c’est long, très long, et tu peux légitimement te dire que le mec, ne serait-ce que 30 secondes, sur 16h, l’équivalent de 600 viols, pour ceux qui reprennent la base de calcul du début de chronique, va exprimer un soupçon de regret, un saupoudrage d’excuses, une pensée pour les parents, un truc quoi…bah non. Mukesh, droit dans ses bottes et dans son slip rempli de merde humaine et de pisses acides, te balance tout de go quelques gentillesses de l’homme né a priori 300 millions d’année avant JC, citons Mukesh : « durant le viol, elle n’aurait pas du se défendre, elle aurait du rester silencieuse… »/ « une fille qui sort à 9h du soir est tout simplement aussi responsable d’un viol qu’un garçon »…emballé c’est pesé, quand t’as dit ça, t’as tout dit, tu grognes un coup derrière et tu vas chasser les dinosaures, normalement t’as le niveau.
Nous savions, a priori, qu’au-delà de la pénurie alimentaire, la pénurie de neurones était un des fléaux de ce bas monde, mais là, nous sommes face à la plus grande pénurie de cerveaux que la planète n’ait jamais connue…
L’élection du plus grand connard de l’année voit donc sa pré-sélection enrichie d’un taré de plus et 2015, après seulement 3 mois d’exercice, s’annonce comme l’année la plus dense sur le créneau. Le groupe « Daesh et les garçons » partait pourtant favoris, le trio « Kouachi brothers & Coulibaly » se positionnaient en outsiders redoutables, mais cette semaine entre les « Bardo Terroristes » en Tunisie et donc « The Mukesh show & violeurs friends », nous voilà bien embêtés pour désigner le plus grand connard de l’année!
Voilà voilà, en attendant, les membres du collectif à Mukesh ont fait appel, un nouveau procès telle une lame enfoncée à blanc dans la peau des parents de la jeune indienne va donc faire saigner et raviver les feux mal éteints…j’ai du mettre 30 minutes pour écrire cette foutue chronique, je pense aux 20 femmes dans le monde qui viennent de voir leur vie brisée à jamais.
J’vous embrasse,
Goon

Un piano. Maltraité.Les touches sont bien appuyées par un jeune auteur Canadien qui fait dans le ballade confidence classique. Avec une classe folle. Révélation!
Les premières notes de cet album sont espiègles. Tobias Jesso Jr comme un débutant tape un peu fort sur les touches de son piano. Une petite nappe de synthé vient donner de l'ampleur à des refrains élégants où la voix se fait elle aussi jeune et enjouée. La première chanson de ce premier disque est une ballade mais elle est sacrément réjouissante et propose un ton classique.
Le piano est bien souvent l'instrument des confessions et il est certain que ce Canadien se livre sans détour. Les chansons qui suivent la superbe entrée en matière, sont sentimentalistes mais jamais elles ne sont mièvres. Aurait on oublié que la simplicité va bien à la musique?
Sans détour, il se livre. Il raconte qu'il a versé des larmes de crocodile, que l'on peut se sentir seul à Los Angeles, que l'amour ca pique parfois! Tobias Jossa Jr n'a rien d'un révolutionnaire. Produit par le batteur des Black Keys, le jeune artiste a tout pour plaire.
Il connaît ses classiques: il rappelle un peu le Billy Piano Man Joel des premiers temps. Un pianiste généreux, attentif à ce qui l'entoure et terriblement romanesque. Il a beau recyclé les petites misères que l'on a déjà entendu mille fois, il gère sa tristesse avec une vraie énergie réjouissante: paroles facétieuses et mélodies accrocheuses.
Rien de nouveau mais tout sur ce disque est agréable sur ce premier effort qui devrait être le début d'une belle discographie. Une jeune premier en perspective!
True Panther - 2015
20th Century Boys T.2

Tout s'accélère dans ce gros volume passionnant, rebondissant de révélations incroyables en nouveaux mystères. Effectivement 20th Century Boys est une référence du genre!
Lorsqu'il est tout petit, Kenji avait imaginé avec ses amis, dans une cachette en pleine campagne, la fin du Monde avec leurs idées d'enfants. Mais le jeu se met en place des années plus tard. Comme le héros, on a du mal à croire que la fin du Monde pourrait arriver à cause de l'imagination de bambins rigolos et cruels en même temps.
La chronique quasi mélancolique nourrit donc un thriller palpitant qui flirte évidemment avec le fantastique. Grand frisson garanti lors de l'assaut de la supérette, digne des meilleurs films de zombies. Urosawa fait une fois de plus ce qu'il veut avec ses bonds dans le temps.
Cela amène des réponses et des nouvelles questions. Kenji chute dans un cauchemar total et jubilatoire pour le lecteur. De nouveaux personnages sont approfondis et doivent tous affronter la secte d'Ami, de plus en plus puissante et effrayante.
A l'heure où un parti aux idées douteuses se dit le premier parti de France, la prise de pouvoir dans la secte dans un Japon déboussolé par des crises en tout genre, a le don de rendre la lecture encore plus prenante. Urasawa est un auteur lucide. Passionné par l'histoire de l'Allemagne, il parle beaucoup du fascisme et cette piqûre de rappel fait un bien fou. Cela se confirme: 20th Century Boys est une excellente lecture. A suivre...
416 pages - Panini manga
The Voices 2e Avis

Absolument génial, brillant, drôle, sérieux, étrange, décalé, surprenant, jouissif, glauque, naïf, entraînant, effrayant, songeur... et je pourrais allonger cette liste d'autres mots pour décrire cet ovni, film inclassable, qui tire sur tous les fronts, comme avait pu le faire, en moins élaboré, "Tucker & Dale" ou encore "Severance".
Du rire au cri, il n'y a qu'une patte et Marjane Satrapi l'a bien compris. Elle arrive à nous l'introduire sans difficulté, sans liaison qui couperait le film avec une finesse déconcertant. Rien n'est laissé au hasard, ni la photographie, ni la scénographie très importante, ni les décors surprenants (Jerry, l'anti-héros habite quand même dans un bowling, il fallait y penser) ni les costumes rose bonbon de son entreprise, ni les dialogues à mourir... de rire.
Ils surprennent, placés pile poil pour nous faire réagir: tout est bien pensé et soigné. Sous la couche très élègante de sang se cache un sujet plus profond et alarmant: la maladie comme seule alternative au mal-être. Pour être bien, Jerry doit faire le mal et le pire dans cette histoire qui n'a rien à dormir debout. C'est tout de même ce que l'on attend, bande de sadiques que nous sommes.
Ca coupe droit et dans le vif: c'est d'une violence très particulière mais le tout est habilement habillé de bonne humeur et de confettis bollywoodiens qui me laissent le sourire aux lèvres. Ryan Reynolds, acteur aux quatre casquettes puisqu'il fait la voix de tous les personnages fictifs, vient ici de signer son meilleur film. Pour les sceptiques, attendez d'entendre ce qu'elles ont à vous dire.
Avis aux amateurs!
Avec Ryan Reynolds, Anna Kendrick, Gemma Arteton et Jacki Weaver - 11 mars 2015 - 1h45
20th Century Boys

Pour le bug de l'an 2000, un maître du manga imagine le pire. Avec brio et gourmandise. Au fur et à mesure...
Je ne suis pas un dingue du manga. J'ai lu Akira quand j'étais gamin. Lorsque vous avez commencé par le meilleur, difficile d'accepter le reste même si la culture manga a déferlé avec ses chefs d'oeuvre aussi. Visiblement, 20th Century Boys appartiendrait à cette catégorie. Donc je me lance dans cette massive saga qui raconterait toutes les angoisses de notre époque.
Premier tome de l'édition de Luxe. Un peu rétrograde, il me faut quelques pages pour reprendre l'habitude de la lecture "à l'envers". Je le répète: je ne suis pas un grand habitué du genre. Naoki Urasawa, auteur de Monster, a l'art de nous plonger dans le mystère total. Des fragments d'histoire d'abord. Ce que l'on comprend:
Kenji sera un anti héros. Un serial loser. Il garde la fille de sa soeur disparue. Il tient une supérette sans grande envie. C'est un rockeur raté. Il n'a rien du sauveur du Monde qui va devoir affronter une menace terrible, la secte d'Ami.
Une étrange marque de la secte rappelle quelque chose à Kenji qui va voir son quotidien glisser dans l'absurde. Son passé et les amis de sa jeunesse pourraient avoir la réponse à ses problèmes qui se multiplient rapidement.
Le récit va s'axer sur des parallèles entre plusieurs époques. Cela permet à Urasawa d'aborder plusieurs thèmes comme une chronique aigre douce de l'enfance, le deuil des illusions et surtout le polar quasi surréaliste. Il y en a des promesses! Pari réussi: je veux rapidement lire le suivant et copieux volume!
Gospel Journey

Faada Freddy, un premier album réussi. Gospel journey emporte dans un voyage melting pot avec une énergie communicative.
De la soul au reggae, du rapp à la world music, Faada Freddy offre un premier album réjouissant. Rythmes variés, paroles en anglais, français et wolof, Gospel Journey donne le sourire.
La voix profonde et magnétique du Sénégalais Faada Freddy traverse cet album. Chants, claquements de doigts, notes de cuivres de ses lèvres pincées, en deux mots, l'album est entièrement vocal et corporel. Les sons proviennent de la voix ou des frottements de mains et autres tapements du corps.
Accompagné de vocalistes de talent, Faada Freddy offre sa musique avec grâce. Il a d'abord rencontré le public avant l'entrée en studio. En partageant la scène avec d'autres chanteurs dans son groupe Daara J ou la chanteuse et amie Imany, il a façonné son univers. Porté par le succès, il cultive sa singularité.
Son premier album est fidèle à son amour de ce qui lie les hommes. Sans prôner une démarche religieuse malgré son titre, « Gospel Journey » relie les styles musicaux comme les cultures et véhicule des valeurs de partage, de fraternité, d'unité. Un miroir de l'humanité et de la spiritualité d'un artiste inspiré.
Think Zik - 2015
Lignes de faille, Nancy Huston, Catherine Marnas, Rond-Point

Catherine Marnas met en scène l’immense saga familiale de Nancy Huston mêlant questions identitaires, familiales, historiques et politiques. Un résultat réussi mais qui reste un peu trop conventionnel.
Chaque famille a certainement ses « lignes de failles », ces moments marquants qui unissent ou désunissent, certains partagés d’autres portés comme de lourds secrets pendant des décennies. Dans son œuvre, Nancy Huston a entrepris l’immense exercice de dégager les « lignes de faille » d’une famille, sur quatre génération, en remontant le temps et l’histoire d’un arrière-petit fils à son arrière grand-mère. Focalisée sur quatre membres de la famille magnifiquement interprétés par Julien Duval (l’arrière petit fils), Franck Manzoni (son père en même tant que lui-même fils et petit-fils), Catherine Pietri (sa grand-mère, en même temps que mère et fille) et Martine Thinières (son arrière grand-mère, en même temps que grand-mère, mère et fille).
Catherine Marnas en extrait quatre actes, comme quatre tableaux d’événements à des époques et des lieux très différents mais qui marqueront l’histoire de la famille toute entière. Ainsi, on parcourt à reculons l’histoire du 20ème siècle, de la Californie de Schwarzenegger, à Israël au moment du massacre de Sabra et Chatila, Toronto des années 60, et enfin la Bavière, sous l’Allemagne nazie, quand la personne à l'origine de toute la lignée, Kristina (l'arrière grand-mère), n’était encore qu’une petite fille.
La saga familiale extrêmement fouillée par Nancy Huston est splendidement rendue par Catherine Marnas qui présente, avec la même précision d’orfèvre, la même attention aux détails, la complexité des personnages et des liens qui les unissent, dans toutes leurs parts y compris et surtout celles d'ombre et de mystère. Progressivement on apprend à les connaître, on démêle les origines de leurs fragilités, de leurs questionnements et les explications de leur caractère.
C’est sans aucun doute l’avantage d’avoir fait une pièce aussi longue (elle dure tout de même 4h30), tout peut y être décortiqué, mis en perspective dans son contexte historique. Et on en ressort comme d’un roman qu’on aurait dévoré sans parvenir à s’interrompre, avec une idée bien à soi et incroyablement précise de la personnalité de chacun des personnages, le sentiment de les connaître et d’avoir véritablement traversé les péripéties de leurs existences à leurs côtés.
Seul bémol, alors que les intermèdes musicaux, les changements à vue et plusieurs scènes sont des régals d’originalité et de fantaisie faisant souvent sourire et même rire, on aurait apprécié qu'encore plus d’originalité vienne contrer la longueur et la densité de l’ensemble.
Jusqu’au 11 avril 2015
à 19h, au Théâtre du Rond Point
4h30 avec entracte
D’après le roman de Nancy Huston
Mise en scène de Catherine Marnas
Avec, dans les rôles principaux, Martine Thinières, Catherine Pietri, Franck Manzoni et Julien Duval





