Une aventure, La Boca Abierta

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Clown, danse et musique : un spectacle plein de tendresse et de joie qui illustre l’aventure de la vie. A voir.

Sous un maquillage léger, Anne Kaempf et Lior Shoov campent deux personnages attachants. Avec leur talent de clown, de musicienne, circassienne et danseuse, elles captent l’attention. Par leurs expressions du corps comme du visage et leur sens de l’improvisation, elles racontent une histoire.

Mêlant leurs univers artistiques, elles filent la métaphore d’une relation naissante. Des heures complices aux heures de fuite, de la symbiose à la confrontation. Dans des costumes masculin-féminin, l’une veut enseigner à l’autre et découvre tout ce que l’autre a à lui apprendre. L’autre admire l’une pour tout ce qu’elle sait et ignore les doutes qui l’assaillent en silence. Elles se rapprochent puis s’éloignent, vont chacune de leur côté pour mieux se retrouver.

Rares sont les clowns qui parlent. Ces deux-là ont le sens des mots. Tantôt pour soi, tantôt pour l’autre, en monologue intérieur ou adressé au public, ils font jaillir la poésie. Sous forme de lettre ou en chanson, ils sont plein de grâce. On y perçoit les maladresses, les gestes gauches et la délicatesse.

La musique rappelle l’univers de la bande originale de Juno ou de Once. Le sens des percussions corporelles de Lior Shoov est aussi remarquable que celui de Faada Freddy. Extra.

Elles mettent toute leur âme dans cette aventure et c’est très beau. Bravo.

Jusqu’au 14 avril 2015

Théâtre de la Cité internationale

Dear White People

Chronique estudiantine (non vulgaire et sans fille en bikini), Dear White People parle du racisme ordinaire, avec une ironie mordante et réjouissante.

Coco veut devenir une star de la télé réalité. Troy doit assumer son père, président de la prestigieuse université de Winchester. Sam veut célébrer la contre-culture noire américaine. Kurt est apprenti journaliste, noir et homosexuel : quand on lui demande de chroniquer la vie des noirs dans l’université, c’est le début des ennuis.

Quatre étudiants noirs dans une faculté de gosses de riches ! Voilà le petit groupe hétéroclite qui va permettre de sonder le communautarisme qui hante la société américaine. On pense bien entendu à Spike Lee mais le film n’est pas un pamphlet. Le réalisateur, Justin Siemen, n’a pas de réponse mais observe avec un humour acerbe le sort de ses jeunes adultes, pris entre les clichés, l’histoire et la vie personnelle.

Avec une fausse légèreté, le réalisateur pose de bonnes questions et ne dissimule jamais son envie de faire du cinéma. C’est une fausse comédie de campus qui révèle des intentions douces amères sur la situation des étudiants noirs (mais aussi blancs) aux Etats Unis. Un portrait enlevé la génération Obama, voilà ce qu’est Dear White People !

Dans la forme, c’est du cinéma classé indépendant. En vrac, il y a des effets qui rappellent Wes Anderson et sa bande: c’est assez pop dans la forme, avec une revendication pour le cinéma européen vintage. Ca peut être agaçant mais dans un décor archi balisé comme le campus, cette façon de filmer apporte de la fraîcheur et de la nouveauté.

Premier film, Dear White People a des défauts de jeunesse mais cela reste un témoignage sincère et assez malicieux de son époque. Une satire inespérée qui surprend : on avait un peu oublié que la comédie pouvait dire des choses justes et intéressantes !

Avec Tessa Thompson, Brandon P Bell, Tyler James Williams et Dennis Haysbert - Happiness distribution - 25 mars 2015 - 1h47

Ibeyi

Ce sont deux voix. Des harmonies prodigieuses qui vous font décoller en quelques sons. Il y a du Bjork qui se cache derrière ses deux soeurs franco-cubaines qui visiblement n'ont pas peur des mélanges.

La signature avec XL recordings va faire du bruit, du buzz et on oubliera peut être la grande surprise formelle de ce premier disque, échantillon magique de la musique actuelle. Il y a de tout: des beats urbains comme des instruments acoustiques empruntés à la world ou au jazz.

Il y a au coeur de ce projet, les deux voix protéiformes et féminines, qui refusent les frontières: elles s'expriment en anglais, en yoruba et en français. Les chansons sont donc un patchwork fantastique de musiques différentes pour finalement atterrir sur quelque chose d'assez épurée!

Mais le duo est envoûtant. Tout est soigné pour mettre en avant les troublantes voix, aventureuses et plantureuses. A 20 ans à peine, les soeurs ont une maturité hallucinante. Leur alchimie est une force incroyable. Leur inventivité est vive, rappelant un peu l'Islandaise la plus farfelue de la planète. Les chansons sont vitales et ressemblent à de vraies messes.

Deux jumelles se font confiance pour pousser les harmonies vocales très loin et les mélodies se nourrissent de cette richesse qui éclate d'un coup sur ce disque, un poil démonstratif mais percutant. Très étudié, ce disque est d'une élégance rare mais on attend de voir si les jumelles vont un peu s'encanailler avec le temps et l'expérience. Prometteur.

XL recordings - 2015

Century Boys T.3

On continue nos aventures apocalyptiques avec la bande de Kenji toujours confronté à un gourou du Mal, fantomatique et omniprésent. Décapant!

La virtuosité du récit de Naoki Urasawa reste la grande force de 20th Century Boys. Il nous fait sauter des décennies. Il nous attache à des personnages à des âges très différents. Ce n'est jamais par facilité. Urosawa fouille avec une aisance incroyable la psychologie de quelques personnages face à l'extraordinaire et complexe complot de Ami.

Dans ce nouveau tome, on saute plusieurs années pour retrouver Kanna. Elevée par son oncle Kenji, elle serait la fille de Ami, le monstre masqué mais visiblement la lycéenne en colère a une haute estime de la liberté et de la justice. Tout le contraire du papa, toujours décidé à détruire le Monde de manière assez vicieuse et sur la durée. Car mine de rien avec ce recentrage sur Kanna, nous traversons une période de 50 ans avec le début des jeux d'enfants de Kenji!

Impressionnant. Le récit prend une nouvelle ampleur et une nouvelle direction car nous sommes plus le fantastique et la science fiction. Cette fois ci, Urosawa décrit une société rigide où les dessinateurs de manga deviennent de dangereux terroristes et des mauvais exemples pour la Jeunesse.

Une fois encore, 20th Century Boys impressionne: le miroir qu'il offre, après les attentats du début de l'année est d'un éclat si juste que cela fait presque froid dans le dos. Vision du futur, ce nouveau tournant de la série est affreusement réaliste, ce qui le rend un peu plus précieux encore. De plus en plus tendu, l'histoire de 20th Century Boys est passionnante et addictive!

400 pages - Panini comics

La pelle du large, Philippe Genty, Grand Parquet

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"La pelle du large", comme son nom ne l'indique pas, c'est le récit de l'Odyssée d'Homère, revisité par le théâtre d'objets, manipulations et marionnettes, de la Compagnie Philippe Genty.

Ici, les objets qui campent les personnages des aventures d'Ulysse (avec le concours des drolatiques comédiens Hernan Bonnet, Antoine Malfettes et Yoanelle Stratman), sont des objets du quotidien, plus particulièrement, des ustensiles de cuisine: tire-bouchon, bouteille, savon, bassine et papillotes en chocolat prennent vie et témoignent même de caractères bien trempés. Héros hâbleur, monstres effrayants, matelots couards ou aventureux, ces mini-marionnettes échangent jeux de mots et autres blagues et enchaînent les situations tirées de l'Odyssée : dérive sur la Méditerranée, rencontre de Calypso, des Cyclopes, de Circée, pièges tendus par les sirènes ou par les concurrents d'Ulysse, main tendue par la déesse Athéna, concours et réhabilitation finale du héros plein de ruse. Le mythe en effet n'est jamais bien loin.

Et pourtant ce théâtre d'objets, en proposant des images insolites, aborde le mythe sans autre référence que l'objet lui-même et par là, le réinvente.
"La pelle du large" fait travailler les méninges et l'imaginaire. Inventif et drôle, il offre différents niveaux de lecture, pour petits et grands. Que l'on connaisse le mythe original ou pas, on est dans la découverte permanente et la fantaisie.
Ce spectacle est conseillé pour toutes les générations, à partir de l'âge de 5 ans.
La Compagnie Philippe Genty, c'est plus de 40 ans de création dans le théâtre vivant, en particulier dans le champ du théâtre d'objets et de marionnettes.

Pour rappel, "ZIGMUND FOLLIES", l'un des spectacles phares de la Compagnie, sera de nouveau à l'affiche du GRAND PARQUET du 2 au 5 avril.

Pour répondre à "LA PELLE DU LARGE", rendez-vous au Théâtre du Grand Parquet, 35 rue d'Aubervilliers, 75018 Paris, du 19 au 29 mars:
-le jeudi à 14h
-vendredi et samedi à 20h
-le dimanche à 16h
(mêmes horaires pour "ZIGMUND FOLLIES").
Réservations possibles par téléphone au 01 40 05 01 50 ou par e-mail à billetterie@legrandparquet.net

Antoine Chance: Fou

Polly & the Fine Feathers: We are like Birds

Melbourne Florida

De la pop australienne? Doit on s'enfuir comme des kangourous? Pas du tout, ce troisième album est une exotique et bonne surprise!

C'est le genre de disque dont on se méfie. La pop en Australie, c'est un peu une danseuse dans une arène de freefight! Là bas, on aime plutôt les muscles, ACDC et les grosses bestioles. En matière de rock, on a eu droit à INXS et Midnight Oil pour citer les choses plus douces (ha oui Kylie Minogue aussi est douce) et commerciales.

Mais ce qui arrive jusqu'à nos oreilles est souvent proche du gros rock poilu et viril. Donc Dick Diver (excellent nom de groupe sûrement un hommage caché à notre Dick Rivers national je ne vois que ça) a de quoi surprendre les mélomanes qui veulent explorer l'autre coté du Monde si exotique!

Rupert Edwards et ses potes font dans le rock franchement alternatif, agréablement indépendant. Roublards et agréables, ils rappellent un peu REM. On les sent ambitieux et ravis de jouer leurs morceaux. Un petit saxo et une voix féminine font des intrusions judicieuses pour faire la différence.

Ce sont des joueurs de folk qui découvrent la new wave: c'est l'effet de ce groupe très original dans sa conception de la musique. Parfois minimaliste (Beat me up). Parfois costaud (excellente chanson Competition). Tout le temps, Dick Diver cultive sa différence, sans trop forcer. Une grande bouffée d'air frais, c'est ce que propose le groupe avec une insolente économie de moyens

Avec leur look d'étudiants, le groupe ne semble s'intéresser qu'à ses créations, atypiques et raffinées malgré une production brute en apparence. Ce ne sont pas des chasseurs de crocodiles ou des fans de Mad Max. Les quelques grammes de délicatesse que pèsent le disque de Dick Diver vaut bien le coup de vivre dans un monde de brutes!

Trouble in Mind - 2015

La Grosse Tête

Makyo, Toldac et Tehem sont les petits chanceux qui ont le droit de faire ce qu'ils veulent (dans les limites du bon goût) du plus célèbre groom de la bande dessinée.

Dans la saga "Le Spirou De", il y a du bon et du moins bien. On se souvient de certains volets absolument éblouissants comme Le Journal d'un Ingénu et Le Groom Vert de Gris. On oublie rapidement les tentatives toujours sincères mais maladroites d'autres auteurs, pas à la hauteur de la légende de Spirou.

Tehem est un auteur assez fun dans le sillage de Zep. Alors que l'on attendait la suite du vintage La Femme Léopard, on découvre un Spirou tout élastique, très moderne et tout souriant! Un sourire de star puisque le journaliste et son ami Fantasio sont connus désormais!

Fantasio s'est mis en tête d'écrire un roman. Qui devient un film. Le producteur veut les deux aventuriers dans le film mais le star-system pourrait venir à bout de l'amitié entre les deux hommes. Un coup d'état bretzelburgeoise va leur rappeler que l'union fait la force.

Car les deux scénaristes autorisent tout aux deux copains, qui vont s'en mettre plein la tronche. Lequel des deux va faire augmenter son ego au paroxysme? C'est de la véritable maltraitance et cela amuse beaucoup le dessinateur de transformer les humbles aventuriers en stars au melon qui gonfle rapidement.

Le dessin est très éloigné de la ligne belge et cela va bien au style quasi parodique de Tehem. Ce n'est pas un sommet de la collection, mais très bon moment, irrévérencieux mais aussi respectueux de la mythologie de la saga Spirou. En collant le personnages aux pires vices de nos sociétés médiatiques, La Grosse Tête est un petit plaisir coupable mais franchement rythmé et drôle.

70 pages - Dupuis

Toujours la tempête, Peter Handke, Odéon

Toujours-la-tempete

Histoire méconnue d’un peuple minoritaire. Destin épique d’une famille dans les plaines d’Autriche. A voir.

La pièce nous plonge dans une page d’histoire. Le destin d’une terre, la Carinthie. A la croisée entre l’Autriche, la Slovénie et l’Allemagne, elle est ballotée. Le décor unique de plaine en pente évoque avec force l’attachement à cette terre. Des brins d’herbe des plaines slovènes s’accrochent aux costumes des comédiens chaque fois qu’ils s’asseyent puis se relèvent. Clin d’œil pour dire combien cette terre signifie pour ses habitants. Entre désir de la défendre et de la fuir.

Peter Handke livre au travers de la grande histoire une page de son histoire familiale. Avec la voix du narrateur, il exorcise une page de son histoire, évoque l’union de sa mère d’origine slovène avec un allemand. Recoupant ses souvenirs avec les événements datés, il replace la petite histoire dans la grande, confronte les légendes familiales à la réalité de la vie. Mais le passé lui échappe. Il cherche son identité, la vérité, comment sa mère a fait accueillir l’inacceptable.

Sous la direction d’Alain Françon, les comédiens sont excellents. Wladimir Yordanoff dans le rôle du grand père est confondant d’authenticité. Il touche au cœur dans sa façon de raconter ce jour où il a offert innocemment des yeux de bœuf pour courtiser une femme ou son refus de la tragédie, comme étant contraire à la fierté de son peuple. Gilles Privat incarne un personnage singulier, l’oncle résistant qui prend le maquis, avec maladresse et tendresse.

Toujours la tempête sonne comme Le monde d’hier de Zweig. Par l’annexion de la Carinthie dans le Reich allemand, un monde semble disparaître. Faut-il résister ou se soumettre ? Pour certains la réponse s’impose : « Plus aucun peuple ne nous réduira au désespoir», «Notre peuple va jouer le rôle qui lui revient. » Mais alors, comment combattre pour la liberté de son peuple ? Ces questions universelles et intemporelles sont posées avec intelligence.

Reste néanmoins à reconnaitre qu’il est dérangeant pour notre jeune génération d’entendre parler des Allemands avec tant de férocité quand le défi européen actuel mérite un climat apaisé.

jusqu’au 2 avril 2015
Aux ateliers Berthier du Théâtre de l’Odéon

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