Small Town Dreams

Il vient de Nashville dans le Tennessee. Il fait donc de la musique cent pour cent américaine. Will Hoge le fait correctement, sans aucune surprise, sans aucun complexe!

Visiblement si tu es natif de Nashville et que tu ne sais pas trop quoi faire de ton existence, on a pris l'habitude là bas d'offrir une guitare et de filer de vieux enregistrements de la musique du coin. On t'apprend les concepts essentiels dans le sud des Etats Unis: Oncle Sam et Jésus. Tu peux ainsi devenir joueur de country, chanteur folk ou défendre le terme musical qui englobe tout cela: l'Americana!

Will Hoge est dans le business depuis la fin des années 90. On en parle sûrement dans le Tennessee mais chez nous la sortie de Small Towns Dreams sera plus discrète. Son style est peut être un peu trop typé pour nos petites oreilles franchouillardes. Il a visiblement mangé du maïs transgénique tellement son rock sudiste ressemble à tout ce que l'on attend d'un chanteur local. Avec son physique qui rappelle Adam Sandler, et sa musique de clochers, on est face à un produit yankee!

Le rêve des petites villes! Il raconte donc les petites gens qui bossent dur. Ils parlent des héros ordinaires. Ils saluent l'american way of life avec un entrain pas désagréable mais sans grande surprise. On a l'impression de manger dans un fast food. Ce n'est pas très nuancé mais c'est efficace.

C'est un beau dépliant pour le Tennessee, ses valeurs, son peuple, ses guitares qui slident et ses chanteurs à la voix joliment éraillée. Descendant de John Mellencamp ou Bob Seger, Will Hoge assure. Il gonfle sa country avec des hymnes qui vont fonctionner parfaitement dans cette partie du monde. Chez nous, disons que cela reste un petit plaisir exotique dont on n'abusera pas trop.

Cumberland recordings - 2015

Le Monde de Nathan

Sur le papier, Le Monde de Nathan fait peur avec ses héros meurtris et des mathématiques en toile de fond. Sur pellicule, le résultat est sensible et très beau.

Un enfant autiste. Une mère démunie. Un professeur malade. De loin, Le Monde de Nathan ressemble à un gros mélodrame. En plus il faut ajouter à tout cela, une compétition de mathématiques pour geeks presque marginaux. A Hollywood, cela aurait donné un truc avec des bons sentiments et des violons assommants.

Dans ce film anglais, tout ceci devient plaisant. A l'oeil d'abord. Le Monde de Nathan est une oeuvre magnifiquement photographiée. Nathan est un adolescent qui ne montre pas ses émotions. C'était comme ça bien avant la mort accidentel de son père. Sa mère est seule à l'élever. Le jeune homme développe cependant des qualités exceptionnelles pour les mathématiques.

Un jeune prof atteint d'une grave maladie va devenir son mentor. Petit à petit, Nathan va sortir de sa coquille bien fermée, il faut le dire. Le sentimentalisme est là mais le réalisateur a la bonne idée de ne pas tomber dans la facilité la plus inexcusable dans ce genre de films.

Morgan Matthews doit être un optimiste. Il ne lâche jamais cette corde pour tirer sur une autre et nous faire pleurer. Il est incorrigible optimiste et par les temps qui courent cela relève presque du courage. Ce n'est pas un film pour les cyniques. Le Monde de Nathan fait du bien.

Il donne à voir le meilleur de chacun. Sur l'inaltérable constat de la solitude moderne, il met de la couleur, de la joie et de l'espérance. Le récit initiatique est douloureux mais il fait naître quelque chose chez chacun des protagonistes de l'histoire. C'est souvent pour tendre vers le meilleur.

Interprété par des comédiens anglais comme on les aime, Le Monde de Nathan rend heureux, un feel good movie assez surprenant car très à l'aise avec les codes du genre et singulier dans sa mise en scène élégante. Un cours de mathématiques comme on aimerait en voir plus souvent.

Avec Asa Butterfield, Sally Hawkins, Rafe Spall et Eddie Marsan - Synergy Cinema - 10 juin 2015 - 1h50

La Religion

Avec cette épopée chevaleresque dans l’enfer du siège de Malte par l’armée ottomane en 1565, Tom Willocks renoue avec le roman d’aventure (post) médiéval au long souffle.

Le premier mérite de Tom Willocks est sans doute d’avoir osé l’aventure d’un genre tombé en désuétude sous cette forme pour muter en un grand bazar baptisé « heroic fantasy » (avec tout ce que la connotation peut avoir de péjorative lorsqu’on évoque des ouvrages mal ficelés, mal traduits et mal édités pour un public adolescent - attardé quelquefois -, peu regardant sur flacon pourvu qu’il ait l’ivresse).

Ici, pas de dragon cracheur de feu ou d’elfe magique. Pas de grimoire secret ni de pouvoir surnaturel… Non. Fidèle en cela à la longue tradition du genre, La Religion est d’abord construit sur une page d’histoire bien réelle, abondamment documentée et fidèlement restituée.

En 1565, Soliman le Magnifique se mets en tête de prendre Malte, devenue la base arrière des chevaliers de l’ordre chrétien des Hospitaliers depuis qu’il les a chassé, trente ans plus tôt, de l’île de Rhodes.

C’est donc une formidable armada composée de centaines de navires qui apparaît en vue des côtes maltaises le 18 mai 1565. Plus de 120 000 hommes en débarquent pour assiéger les forteresses de Saint-Elme et du Borgo qui défendent l’île sous le commandement du Grand maître Jean Parisot de La Valette et de ses 512 chevaliers et 3000 hommes de troupe. Quatre mois et 40 000 morts plus tard, les Ottomans lèveront le siège et rembarqueront dans leurs galères à l’annonce de l’arrivée de renforts chrétiens !

Le second mérite de Tim Willocks est d’avoir offert aux lecteurs passionnés un nouvel héros inoxydable, guerrier intrépide, baroudeur impénitent, traficant à l’occasion, aventurier sans limite, j’ai nommé Mattias Tannhauser. Flanqué de son fidèle Bors de Carlisle, sorte de géant indestructible à la force herculéenne et au cœur « gros comme ça », il habite ce long roman avec un bonheur (de lecteur) rarement égalé.

Intrigues religieuses et politiques, aventures épiques et chevaleresques, veuve et orphelin, amours infinies et contrariées, guerres apocalyptiques et chevauchées au long cours, serments et trahisons : rien ne manque à ce pavé qui tient son lecteur en haleine du début à la fin, distillant avec art et talent les suspens et les rebondissements, les joies et les peines, les victoires et les échecs.

Jusqu’à l’écriture (la traduction) soignée de l’auteur qui contribue à faire de La Religion, sinon un livre culte ou un texte sacré, au moins un pavé (païen) pesant son poids de plaisir de lecture et porteur de l’espoir de retrouver un jour Mattias Tannhauser dans de nouvelles aventures !

950 pages - Pocket

Tomorrow will be Beautiful

Attention le beau rêve harmonique et la paix universelle existent encore. Enfant de Joan Baez, la jeune Flo Morrissey nous dit de ne pas faire la guerre mais l'amour. Demain sera magnifique. Son disque est pas mal du tout!

A tout juste 20 ans, Flo Morrissey (rien à voir avec le vieux chanteur britannique enragé) défend une idée de la musique que l'on n'entendait plus. Elle est bien tombée dans une faille temporelle: Flo Morrissey a une voix perchée, d'une douceur qui rappelle le printemps plein d'espoir, les petits oiseaux et les ondes très positives.

Elle nous fait littéralement flotter avec son timbre délicieux qui nous fait aimer la lenteur. Elle nous rappelle bien évidemment les muses du folk comme Joni Mitchell ou Joan Baez. On plonge dans des vapeurs éthérées musicales. Pourtant la légèreté ne tombe pas dans l'anecdotique.

Ne vous fiez donc pas à son joli minois et les petites fleurs qui l'entourent sur la pochette de son premier album. Le style est lent mais surtout envoûtant. La jeune Londonienne est une jolie sorcière qui a tout appris du coté de la Californie (c'est là bas qu'elle a écrit ses chansons). Elle rassemble dans son écriture les belles chimères des années 60.

Ce n'est donc pas nouveau mais c'est très plaisant. C'est une jolie pause que nous propose Flo Morrissey. On se sent bien auprès d'elle. Elle fait taire le bruit et la fureur. Elle apaise. Est ce qu'elle soigne? C'est bien possible tellement sa musique irradie d'une idée innocente et rassurante de la musique. Une fleur parmi les fleurs!

Glassnote Records - 2015

Ex Machina

Ce conte moderne sous forme de thriller, qui revisite le thème du créateur génial confronté à sa créature grâce à « Big data » et aux prodiges de l’intelligence artificielle, ne plaira pas qu’aux amateurs de science-fiction.

Un jeune programmeur talentueux, Caleb, est invité à passer une semaine dans la villa isolée du PDG d’une importante société d’informatique, Nathan. Il apprend alors que ce dernier l’a choisi pour interagir avec un magnifique robot féminin, Ava, et déterminer si l’intelligence artificielle dont il l’a dotée peut être assimilée à une conscience humaine.

Le thème est bien connu dans la littérature et le cinéma de science-fiction, c’est celui du créateur génial et mégalo qui tente d’égaler Dieu en s’efforçant d’insuffler la vie même à sa créature. Le titre, qui détourne l’expression latine « Deus ex Machina », pour évoquer sans doute à la fois l’aspect divin et l’aspect technologique de cette création, et les prénoms bibliques des personnages, « Ava » étant bien sûr « Eve », la première femme, indiquent clairement la portée symbolique du film. Cependant, ce topos est ici traité à la manière d’un thriller, dans un huis-clos angoissant.

L’expérience est vécue du point de vue de Caleb, qui se sent rapidement mal à l’aise en présence de Nathan et prisonnier de la villa. Son impression d’enfermement est accrue par l’absence de fenêtres dans ses appartements, le jeu des écrans de contrôle et les pannes de courant qui déclenchent l’émission d’une lumière rouge. Le jeu des acteurs est impeccable : Oscar Isaac est méconnaissable en ermite inquiétant à la longue barbe noire et Alicia Vikander fait un androïde très convaincant, à la démarche gracieuse et au regard troublant de sphinx. Subtilement, les regards et les non-dits installent un climat de manipulation psychologique plus complexe qu’il n’y paraît.

Tout cela dans un décor soigneusement élaboré : une superbe villa en partie minérale, camouflée dans la végétation, nichée dans un somptueux paysage de montagnes et de glaciers – la demeure de « Dieu » retirée du monde des hommes, à laquelle on n’accède que par la voie des airs (en hélicoptère). Un soin particulier a été mis dans la conception des accessoires technologiques : l’enveloppe féminine du robot au design élégant, qui semble inspiré des produits Apple, et les composants futuristes des divers spécimens, dans le laboratoire du centre de recherche ultra secret que recèle la villa, référence au Google X Lab.

On sent aussi que certaines prises de vue ont été particulièrement travaillées, à la fois pour leur effet esthétique et, à nouveau, pour leur portée symbolique : par exemple, quand Ava croise son propre masque, au bout d’une rangée de masques anthropomorphes, ou bien quand elle ouvre toutes les portes des placards ornées de glaces, créant un jeu de reflets démultipliés. On n’en attendait pas moins de la part d’un réalisateur formé à l’histoire de l’art. Sans être lui-même génial, Ex Machina est un film intelligent, l’œuvre d’un réalisateur méticuleux, une belle première pour Alex Garland.

avec Oscar Isaac, Domhnall Gleeson, Alicia Vikander et Sonoya Mizuno - Universal - 3 juin 2015 - 1h48

Jurassic World

Attention les dinos sont de retour et ils ne sont pas contents. Et nous alors? Rien de mieux qu’une chasse aux dinosaures pour commencer la saison des blockbusters

Spielberg a lâché la barre depuis le second volet mais produit encore les monstres de John Hammond, gentil milliardaire qui rêvait d'un parc avec des dinosaures inoffensifs. Plus de quinze ans après le numéro trois, les dinosaures sont donc encore sur une île et défie encore le bon sens du business américain!

Car le parc va ouvrir de nouveau ses portes. L'histoire le prouve: on refait toujours les mêmes erreurs. Même effet, même cause. Avec ses effets spéciaux en pagaille, on sacrifiait déjà le scénario et la mise en scène de ce nouveau Jurassic Park. Pourtant il faut bien l’avouer : il s’agit d’un excellent opus reprenant une belle idée du premier volet. Le parc comme métaphore de notre société de
consommation.

Le film s’amuse donc à fustiger « le toujours plus » qu’il va lui-même mettre en place. Une position schizophrène qui fait tout le sel de ce spectacle sacrément bien troussé, qui ne tombe pas forcément dans tous les pièges. Jurassic World rend hommage à tous les stéréotypes du film d’aventures (il suffit d’observer les looks étudiés du valeureux chasseur et de la belle scientifique)

Si la dernière partie est un peu trop proprette, le réalisateur Colin Trevorrow a le don de jouer avec les codes inventés par Crichton et Spielberg mais aussi avec les attentes du spectateur. Son film est une grande attraction, traitée comme telle. Cette humilité apparente rend la chose beaucoup plus digeste et distrayante.

Alors il y a des gentils et des méchants, chez les hommes comme chez les dinosaures. Il y a évidemment un rouage qui va sauter pour le parc devienne un véritable enfer. Mais le réalisateur maltraite les visiteurs avec une certaine gourmandise et réussit même l’exploit de
rendre les enfants sympathiques sans être de simples têtes à claques comme souvent dans les Jurassic Park. On est loin de l'univers de Spielberg mais voilà un blockbuster qui s'assume pleinement. Il y a finalement pas mal de bonnes surprises et on vous conseille de visiter ce park plus grand, plus beau, plus féroce qu’on ne l’imaginait.

Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, BD Wong et Vincent D'Onofrio - Universal - 2h05 - 10 juin 2015

Bright Lights

Tout petit disque mais maxi bonheur!

Ca y est nous rentrons dans les grandes chaleurs de l'été (c'est tout le mal que l'on vous souhaite si vous êtes en vacances). Voilà la petite réjouissance qui vous rafraîchira pour supporter le thermomètre, le sable dans la figure ou les bouchons. Pour les bouchons, ce n'est pas gagné: c'est un disque très court. Cinq titres. Cinq petites pépites pop!

Hello It's me. Voilà un premier titre qui appelle à la rencontre. De manière spontanée! Eliott Hosansky et ses potes parisiens ont visiblement un goût certain pour l'ouverture... vers l'Angleterre. Ils tirent avec ce premier morceau le meilleur du "spleen pop" qui a fait le succès de Coldplay, Editors et bien d'autres au début des années 2000. Un désenchantement mélodique et accrocheur.

Mais tout va mieux avec Wake up! Un piano sautille pour vous mettre de bonne humeur. La voix d'Eliott Hosansky impressionne. Elle se mêle facilement au tourbillon pop des instruments. Effectivement il y a chez ces Parisiens une vraie passion pour la musique qui vient se coller dans le fond de la mémoire et n'en tombe jamais! Pour des petits nouveaux, ils possèdent déjà toute l'efficacité anglaise!

Ce que confirme The Walk au tempo plus posé mais rempli de petites idées qui font la différence. Là encore, en se calmant, ils ne deviennent pas transparents. C'est même solide: les mélodies sont charpentées et on devine une belle osmose entre les Parisiens, celle qui peut faire de grands groupes. L'inspiration est là.

Fallin' montre aussi qu'ils maîtrisent les harmonies. La voix se perche assez haut mais elle est constamment soutenue par les copains. Un bel effort collectif, une fois de plus assez détendu mais jamais facile.

Enfin The Walk conclue de manière originale ce petit album décidément plein de surprises. Là, les quatre musiciens musclent légèrement le jeu avec une pointe de groove pour faire bouger la tête. Avec assez peu de moyens et de temps, Ness n'a aucun mal à convaincre de sa singularité et de sa spontanéité.

Si vous êtes coincés dans un bouchon sans fin, vous pourrez écouter ce EP en boucle.

Five Fishes - 2015

L’art du rire, Jos Houben, Rond Point

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« L'art du rire », de et par Jos Houben: conférence ou one-man show? Nommé aux Molières 2015 catégorie « seul en scène », « L'art du rire » est surtout un énorme succès qui tourne depuis des années.

« En réalité, ce spectacle n'a jamais eu l'intention d'en être un », c'est Jos Houben qui l'affirme. L'acteur de 56 ans, formé à l'Ecole Jacques Lecoq, membre original de la compagnie Complicité, a pendant dix ans enseigné « le mouvement, le théâtre gestuel et burlesque » dans des cadres divers (compagnies, écoles de théâtre, de danse, de cirque, ou à l'université...); peu à peu, le public a remplacé les élèves et « la première partition de l'Art du Rire est née ainsi en 1998 ».

Cours magistral basé sur des observations du quotidien, « L'art du rire » nous en dit long sur notre humanité:

  1. Comment réagit-on, par exemple, quand on trébuche? Si l'on évite de peu une chute, on fera certainement... comme si de rien n'était! On s'assure qu'il n'y a pas de témoin à notre ridicule moment d'indignité, et on passe à autre chose. Comment cela se traduit-il dans le corps? C'est là tout l'art de Jos Houben: il s'étonne du naturel et déconstruit les évidences. Avec lui, les réactions physiques sont décortiquées, puis jouées (avec parfois la complicité d'un spectateur averti). Le plus drôle est que, même prévenus, nous rions   de nous-mêmes...

  1. Le rire implique une prise de distance et/ou le relâchement d'une tension. Dans la moquerie, nous témoignons de notre cruauté face à la fragilité d'autrui, à moins que cela ne soit l'inverse: nous rions de notre propre fragilité, témoignant, soit de notre cruauté, soit de notre impuissance...

  1. Jos Houben a étudié cette société particulière que forme le public. Il nous observe, nous compare et relève des points communs entre tous les publics. Par exemple, il faut tout d'abord chauffer la salle, c'est-à-dire réchauffer physiquement les corps par de légers soubresauts. Ensuite, progressivement, amener le public vers le relâchement de ses tensions et garder pour la fin certains sujets (ou imitations improbables...) pour qu'enfin libre, chacun s'esclaffe sans plus se soucier du ridicule, riant à gorge déployée, ou recroquevillé, se tapant sur les cuisses, bref, complètement désaxé, dépassé ou terrassé par le rire.

 

 

Jusqu'au 28 juin 2015

Savoir faire rire, ce n'est pas une science exacte mais c'est un art parfaitement maîtrisé par Jos Houben: démonstration tous les soirs sauf le lundi, à 18h30 au Théâtre du Rond-Point,

 

 

 

 

Banditos

Affreux, sales et méchants, les Banditos sont des gens fréquentables! Ils organisent en tout cas un premier hold up en couleurs!

The Breeze est un morceau plein d'héroisme. On devine que les barbus qui se cachent derrière le doux nom évocateur de Banditos se sont bien défouler sur ce gros titre costaud, tout en riffs et en muscles, rassemblant tout ce qui peut ressembler à la culture white trash et des choses plus respectables.

Waitin' se la joue bluegrass et on commence à deviner la promenade que nous propose ces Californiens tatoués et amateurs de musiques variées mais toujours un peu rétro. Un banjo vient souligner ce goût pour le passer sur Golden Grease. Le ton se calme mais la personnalité du groupe s'affirme.

No Good laisse la place à une pointe bienvenue de féminisme. Mais ca reste viril. Un slow cabossé et résolument sexy.Mary Beth Richardson donne de la voix et surtout apporte une belle âme aux Banditos, exilés pour l'occasion de cet album du coté de Nashville. Cela s'entend!

Ain't it hard calme le jeu avec une belle attitude. Ils se font le look de Lynyrd Skynyrd mais se révèlent beaucoup plus romantiques ou sentimentalistes. On ne va pas s'en plaindre. Heureusement Still Sober reprend cette bonne vieille tradition du rock déglingué ou d'une country un peu crade.

Long Gone Anyway remet au goût du jour le solo de kazoo et le boogie du groupe devient un peu plus vieillot mais toujours aussi rigolo. Comme le souligne le titre suivant, Old Ways, le groupe suit de vieilles traces du rock mais l'herbe y est toujours verte. La jeunesse des musiciens y est peut être pour beaucoup. Ils ne répondent pas aux critères modernes mais réussissent à s'affirmer comme le montre la fin de l'album: quatre chansons où les chanteurs se succèdent naturellement et balaient un champs assez large de la musique populaire américaine. Le rock est viscéral chez eux. Les bandits ont un grand chemin qui s'ouvrent devant eux!

Bloodshot records - 2015

Le Gourmet Solitaire

Le génial dessinateur du Sommet des dieux s’éloigne des grands espaces et s’intéresse aux petits plats. Au lendemain du réveillon, du repas de Noel ou d'une grosse bouffe entre potes, ne lisez pas ce court récit qui vous fera saliver.

C’est un commercial. Il a une petite affaire d’import-export. Il vadrouille dans Tokyo et sa lointaine banlieue. Rien ne le différencie de tous les hommes pressés en costard. Il a juste un petit sourire narquois. Car sous ses airs de travailleur, le héros est un estomac sur pattes. Il cache bien son jeu. Mais dès qu’il a un peu de temps, il tente des restaurants typiques ou intrigants. Le gourmet solitaire retrouve dans ces endroits un peu d’humanité.

Impressionnant dessinateur, Jîro Taniguchi, a un trait d’une précision hallucinante. Ses descriptions de la ville sont d’un réalisme affolant. La tentaculaire Tokyo réserve des surprises, cachées par le gigantisme urbain que souligne le style du dessinateur habitué aux grands espaces (la saga Le sommet des dieux). Il dépeint au fil des promenades de monsieur Inogashira, des petites gargotes où des petits miracles culinaires sont réalisés.

Les auteurs observent ce court moment où l’homme se fait plaisir et partage avec d’autres des recettes culottées et raffinées. Un peu comme le cinéma d’Ozu, la bédé donne à voir une humanité résignée mais pleine d’espoir. A travers un acte inconséquent, manger, se dessine une étrange condition humaine.

Sous les plats, que l’on aimerait vraiment goûter, apparaît un constat aigre doux sur la société japonaise. L’absence même d’événements permet une grande clairvoyance et l’écriture se révèle d’une nuance assez rare dans le neuvième art.

Des anguilles grillées aux nouilles de blé tendre udon en passant par la portion géante de raviolis frits, l’anecdotique console, à sa plus grande surprise, le lecteur. Il lui donne envie de s’installer autour d’une table. Réunir des amis. Goûter à des mets exotiques. Et surtout partager.

198 pages - Casterman

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