If You Lived Here, You Would Be Home by Now

Les Black Crowes ne volent plus en ce moment. Mais Chris Robinson se révèle très prolixe avec sa fraternité de poilus et amateurs de rock fumeux. On fait comment pour rentrer?

Parce qu'il y a quand même une bonne ambiance dans les disques de ce groupe monté sur les envies psychédéliques de l'ancien mari de Kate Hudson. Lui, son regard ne trompe pas: il ne fume pas que des cigarettes mais ca lui permet visiblement de trouver l'inspiration avec ses nouveaux amis, assez doués, il faut le dire.

Il s'agit là donc de la suite directe du précédent disque sorti il y a quelques mois: les titres sont tirés de la même session de fumette et d'improvisations. Le quatuor n'est pas dans le délire vaporeux mais plutôt dans un blues évaporé, qui n'a pas peur de s'étirer.

C'est pas mal mais ca ne change rien à la surface du rock pur et dur, poussiéreux du sud. Ils soignent les arrangements et il faut avouer que l'ambiance de saloon a réellement son charme. D'autant que ca ne dure que trente minutes ce qui n'est pas un mal à une époque où les albums sont souvent trop longs.

Les morceaux sont peu nombreux mais nous promènent dans l'imagination fertile de la fraternité de Robinson. On est bel et bien dans un bayou illuminé par la fée électricité et quelques pétards joyeux pour rendre la fête la plus éclatante possible.

De toute façon, après un album précédent convivial, on se sent désormais comme à la maison. C'est tout confort et on ne peut pas dire que ca nous dérange les quelques faiblesses de l'album. Robinson se fait plaisir et partage au maximum sa joie. Autant de générosité ne mérite pas trop de critiques.

Silver arrow records - 2016

Les primaires des primates, Théâtre des deux ânes

Allez rire pour fêter les 100 ans d’un lieu mythique. Le théâtre des deux ânes offre un spectacle hilarant à la hauteur de leur jubilé ! Jubilatoire !

Qu’il est bon de vivre en France où l’on peut rire de nos politiques. Si bon de rire de ceux qui semblent si peu rire d’eux-mêmes. Rien de tels que les chansonniers pour ramener sur terre les égos les plus surdimensionnés et tourner en dérision même les plus sérieux.

Avec leur humour cinglant et leur ton incisif, Jacques Mailhot, Michel Guidoni, Florence Brunold, Gilles Détroit, Jean-Pierre Marville et Emilie-Anne Charlotte se succèdent sur scène avec des numéros bien rodés. Des jeux de mots bien trouvés, un sens de la dérision remarquable. Chansons, sketchs, scénettes à caractère politique et sociétal. Ils ne reculent devant rien pour faire rire. Nos chers politiques, des anciens aux actuels, en prennent tous pour leur grade. Pas de jaloux. Toutes les oreilles doivent siffler à l’Elysée, comme à Matignon ou la Mairie de Paris.

La salle éclate de rire. Même les blagues misogynes font rire. Tout y passe : les impôts, Stéphane Plazza, les vies publiques et privées des ministres, leurs traits animaliers, leurs boulettes, l’alternance. Il y a tellement de quoi rire, il faut dire. Tant la surmédiatisation des hommes et femmes à la tête de l’Etat nous sert des gaffes et absurdités sur un plateau au quotidien.

Mention spéciale à Michel Guidoni et ses imitations hilarantes. Et à Gilles Détroit à l’humour corrosif. On ne remplira plus sa feuille d’impôt pareil après avoir vu son sketch. On n’appellera plus son neveu à la rescousse pour un problème de connexion internet.

100 ans de scène ce n’est pas rien sur Paris ! La salle est bien refaite et le spectacle surfe sur les thèmes d’actualité. Reste à trouver deux-trois astuces pour rajeunir le public. Le spectacle est vraiment pour tous les âges. Surtout en cette année d’élections !

On sort non sans une certaine fierté de cet art bien français et on souhaite : Longue vie à la tradition des chansonniers!

Hôtel Feydeau

D’après Georges Feydeau, théâtre de l’Odéon

C’est toujours très difficile de s’attaquer à Feydeau. Un monument. Des textes qui font partie du patrimoine français. Un langage à la fois recherché et désuet, des mises en scène réglées comme du papier à musique. Un mécanisme parfait. On rit où il faut rire.

Autant dire que le scepticisme était de rigueur. Georges Lavaudant relevait le défi, mais comment s’en sortirait ce brillant metteur en scène ? Bien.Tout simplement, bien. D’abord parce qu’il aborde le travail de Feydeau d’une façon à la fois originale et respectueuse. Pas de n’importe quoi, ici, de comédiens vociférant en bleu de chauffe sur des balançoires pour Feue la mère de Madame.

Ce n’est pas la première fois que Georges Lavaudant aborde le vaudeville. Et Feydeau, il connait, puisqu’il a mis en scène On purge bébé en … espagnol en 2008.

Drôle, immensément drôle, le roi des quiproquos demeure actuel. Mais n’te promène donc pas toute nue, L’Hôtel du libre-échange, Le système Ribadier : ces histoires de mari cocu, de femme infidèle, de domestiques insolents sont intemporelles.

Il fallait toutefois trouver la réponse à une question : doit-on ou non garder les meubles et les costumes d’époque ?

Georges Lavaudant opte pour un entre-deux. Si les costumes des domestiques rappellent sans problème la fin du XIXe, ceux des autres personnages paraissent bien plus modernes. Si ce n'est un surprenant Louis XIV.

La scénographie est donc réussie : chacun des acteurs joue plusieurs personnages, danse et chante, se déplace, sourit, et n’en fait jamais trop. Sauf au début, où quelques phrases semblent un peu forcées, la diction un peu maladroite. Ah, un détail : à la fin du XIXe siècle, il n’y avait pas de bonnes à l’accent portugais en France. Elles étaient bretonnes.

Mention spéciale à Manuel Le Lièvre et André Marcon, très “feydaldiens”.

 

Théâtre de l’Odéon, jusqu’au 12 février

Place de l'Odéon, 75006 Paris

01 44 85 40 40

http://www.theatre-odeon.eu/fr

Chanson d’actu: Un président américain veut un mur

The Strangers

Loupé au cinéma, The Strangers doit être vu. Il s'agit d'un film hors du temps, hors des modes, hors de tout. Spectaculaire et intimiste, ce film coréen prouve bien la qualité du cinéma de genre de l'autre coté de la planète. Unique!

Nos amis coréens ont habitué les cinéphiles à un cinéma de genre particulièrement hardcore. Ils font généralement mieux que les blockbusters américains car ils assument totalement le cahier des charges même lorsqu'il faut que la morale soit mis en doute. Ils peuvent en faire trop, mais c'est un cinéma généreux, assez loin du cynisme commercial (il existe ne vous inquietez pas mais il se fait plus discret)!

Na Hong Jin appartient à cette génération de cinéastes! Des têtes brûlées qui arrivent à exporter leur cinéma et surtout leurs envies. On lui doit déjà deux polars musclés, The Chaser et The Murderer. Il ne fait pas dans le détail mais il vise juste et son cinéma est plus que culotté.

Il ne faut donc pas s'étonner si The Strangers déroute dès les premiers instants. Un petit village sous la pluie. Des meurtres mystérieux. Un flic dépassé. Une sorte de Seven à la campagne. Pourquoi pas? Reconnu pour ses thrillers secs, on se croit en lieu sûr mais petit à petit, son film, va glisser vers autre chose...

L'épouvante va se mêler à l'enquête et nous voilà dans un piège diabolique qui va durer plus de deux heures trente et qui pourtant ne vous ennuiera jamais. Car le réalisateur est un petit malin. Sa façon de filmer nous colle au sol mais petit à petit il va nous faire décoller, et pas seulement du fauteuil.

Il fabrique sur un polar classique, une éprouvante expérience qui ne peut pas vous laisser indifférente. Il faut accepter de se faire avoir mais c'est un cinéaste qui joue avec les attentes du spectateurs et là, il déboussole totalement son auditoire. C'est un film auquel on repense très souvent.

On ne le voit pas venir mais le cinéaste finit par nous enchaîner à une virtuosité narrative qui va dépasser tous les genres et nous faire succomber à un charme pernicieux d'un cinéma de genre qui n'a peur de rien. C'est sublime. De la maîtrise à ce niveau laisse croire que le 7e art relève vraiment de la magie.

Car au delà des effets de style, le cinéaste interroge son spectateur, le touchant sur des questions rarement abordés comme la croyance ou la religion. Ou l'humanité tout simplement. Même les longueurs assumés ne dérangent pas. Elles sont calculées.

C'est le film le plus sournois (dans le bon sens du terme) que l'on a vu depuis longtemps. Le glauque est sublimé. Les villageois si banals deviennent un enjeu majeur. La vérité n'est plus la clef de la résolution... Le film retourne sérieusement les conventions, l'air de rien. A l'image de son anti héros, incroyablement touchant.

Si vous voulez connaître une vraie expérience de cinéma, testez The Strangers!

Avec Kwak Do-won, Hwang Jeong-min, Cheon Woo-hee et Kim Hwan-hee - 20th century fox - 2h31

Tout va bien

Aujourd'hui un type orange et colérique prend les commandes de l'Amérique. On grelote sur notre vieux continent. Un tsar russe se voit bien comme le nouveau maître du Monde. Sinon y a t il des raisons de sourire?

Bah oui, c'est ce que nous ordonne Allegriazz  alias Graziela Bertero en intitulant son disque Tout Va Bien! Allez, on se fait plaisir. On rêve d'un monde meilleur et on espère sans arrêt. Elle, en tout cas, se fabrique un jazz rien que pour elle et cette volonté fait chaud au coeur.

Dans chaque chanson, on devine la jubilation non dissimulé de cette chanteuse qui a lancé ce projet sur une plateforme de Crowdfunding et qui a fait du charme à des complices de Juliette pour réaliser son disque de jazz rien qu'à elle.

Elle croit en elle et juste pour cela, on admire la démarche. Musicalement, c'est assez standard mais toujours parfaitement exécutés. Bertero et ses amis ressuscitent un jazz assez enthousiaste.  Le vocal en version française n'est plus très à la mode mais cela fait toute la différence. C'est déconcertant puis on devient attentif aux textes, délicieusement mélancoliques mais jamais tristes. C'est fait sans cynisme. Elle nous le suggère à tout instant: tout va bien.

Il est vrai qu'à la fin de son disque, on a oublié les clowns tristes qui dirigent la planète, les températures basses et tout ce que peut nous chagriner. Elle gomme avec sa voix les soucis et ses musiciens convoquent un jazz clair et abordable. Bref, nous sommes dans de très bonnes conditions pour retrouver le sourire.

Voilà c'est cela notre nouvel ordre mondial: l'optimisme!

Kokopélé - 2015

Drôles de vampires, Richard Demarcy

Pourquoi « Drôles » de vampires ? Parce que c’est l’histoire d’une famille de vampires qui mute… la pré-ado « Vampirette » refuse en effet de boire du sang : scandale ! Pire, ses canines sont bouchées : mutation ! La tradition menace les vampires de mort s’ils affrontent la lumière du jour mais Vampirette ne supporte plus de dormir dans un cercueil le jour et de vivre enfermée la nuit. Elle prend donc son courage à deux mains et… rien de dramatique ne survient ! Au contraire, elle se mêle à un groupe de jeunes gens qui préparent un spectacle musical « rock » sur le thème des vampires. Ensemble, ils chanteront le respect de la diversité, l’amitié entre eux et entre les peuples.

Des états d’âmes, on en a à cet âge, et il en est question ici. Et pourtant, tout se passe sur un rythme effréné. Il faut dire que les reprises de mélodies de James Brown, Lou Reed, Bernard Lavilliers ou Tom Waits s’enchaînent impeccablement. Le spectacle est bien rôdé : créé à Avignon en 2016, il a donné lieu à plus de 70 représentations !

Aux côtés des anciens du Naïf Théâtre que sont Antonio Nunes Da Silva (jeu et guitare) et Nicolas Le Bossé (jeu et batterie), de talenteux comédiens-musiciens-chanteurs ont rejoint la troupe : Alvie Bitemo (jeu et guitare), Théodora Sadek (jeu et percussions), Dima Smirnov (jeu et basse) et Nadja Maire (Vampirette).

A voir en famille :

Au Grand Parquet - Jardins d’Eole, 35 rue d’Aubervilliers, 75018 Paris - du 10 au 22 janvier 2017 – Résa 01 40 03 72 23

Et à l’Espace Paris Plaine – 13 rue du Général Guillaumat, 75015 Paris - du 8 au 29 mars 2017 – Résa 01 40 43 01 82

Texte et mise en scène : Richard Demarcy

Compagnie Naïf Théâtre

Acoustic

Il y a très très longtemps sur une lointaine galaxie (les années 80), un groupe qui pouvait concurrencer sans rougir avec U2 et ses tubes pour stade. Il semblerait que ce groupe est encore la foi. Bonne nouvelle.

On aime bien les perdants. Ceux qui se battent contre vents et marées pour exister. C'est un peu le cas de Simple Minds, groupe emblématique des années 80 qui continue d'exister, malgré les échecs et l'ignorance. Jim Kerr et ses copains continuent de bricoler des chansons pop rock, un peu diluées certes.

Ils ont tout de même une discographie d'une quinzaine d'albums. Malgré le déclin, les Ecossais ont toujours cru en leur style, un mélange de pop et soul gentillette. Aidé par un guitariste brillant, Charlie Burchill, Jim Kerr semble toujours croire en sa bonne étoile.

Cette détermination est belle même s'il faut reconnaître que leurs derniers efforts sont sans grand intérêt. D'où la valeur de cet album acoustique. Ils reprennent bien entendu leurs tubes qui font toujours du bien aux oreilles et qui réveillent forcément des souvenir à tous les quadras.

La new wave c'est fini pour eux. Ils sont désormais de vieux briscards qui veulent jouer sans cesse. Débranchés, ils font valoir la qualité de leurs chansons, venus d'un autre temps. On les imagine raconter par le biais de cet album, leur glorieuse aventure dans les années 80 même s'il y a des titres méconnus repris aussi.

Ce n'est pas la révolution mais bon ce sont des vestiges tout à fait fréquentables, qui nous font sourire et un peu espérer.

Blair Witch

Il y a des années, la forêt de Blair Witch faisait peur avec quelques petits cailloux. Aujourd'hui, ca ne fait plus peur et on ne voit même plus les petits cailloux!

A la place il y a rien... vraiment rien. Depuis Paranormal Activity, le found footage est devenu à la mode dans le cinéma d'horreur et cela donne une ribambelle de séries B souvent mal torchées et mal jouées. C'est le cas de ce nouveau volet de la saga inutile de Blair Witch.

Le premier film se suffisait à lui même avec son concept minimaliste, ses idées rigolotes et son système D qui allait lui garantir un immense succès. Les auteurs du film d'ailleurs ne s'en sont jamais remis. Comme leurs héros, ils ont disparu eux aussi.

Idem pour le second opus, complètement crétin et sans saveur. En plein folie, du "camescope qui filme des fantomes", Blair Witch a de nouveau sa légitimité car il est presque le fondateur du sous genre! Réalisateur de petits films d'horreur sympathiques, Adam Wingard semblait être la personne idéal pour mettre les pieds dans la forêt de malheur. He bien non, il aurait mieux fait de poursuivre son chemin vers des récits plus originaux.

Puisque le drame se reproduit sans cesse: des zigotos décident de percer le mystère de la forêt de Black Hills dans le Maryland. Ils se filment sans arrêt. Partout il y a des interdictions d'entrée. Mais ce n'est pas grave. Alors qu'ils connaissent la légende ils y vont joyeusement. Parce qu'ils ont un drone. Même quand une menace leur colle aux baskets, ils filment. A l'heure du selfie, ca ne nous surprend plus. Tiens un monstre qui me poursuit... et hop, sur snapchat!

Bon les héros de ce genre de spectacle ont généralement de la marmelade dans la tête mais là tout est liquide dans le cerveau des six randonneurs en mal de sensations fortes. On est bien content qu'il existe une vieille malédiction ou une sorcière champêtre pour décaniller tout ce petit monde! Car en plus d'être joués par des mauvais comédiens, les personnages sont agaçants et mauvais réalisateurs: la moitié du film, ils montrent des arbres dans le noir. Super comme divertissement?!

En tout cas, on baigne en plein cauchemar: voilà tout ce qu'il ne faut plus faire dans un film d'épouvante. Blairwitch, troisième du nom: aux orties!

Avec Callie Hernandez, James Allen McCune, Brandon Scott et Valorie Curry - Metropolitan video - 2016

KARAMAZOV, Dostoïevski, Bellorini, Théâtre Gérard Philippe

Jean Bellorini nous emporte à travers l’œuvre éternelle de Dostoeiveski: Les Frères Karamazov.

 

Comme dans “Paroles Gelées”, “Liliom”, “Un fils de notre temps” ou encore “Tempête sous un crane”, Jean Bellorini sait choisir les mots les plus puissants, leur associer de magnifiques ombres et lumières, orchestrer savamment le tout, et ainsi nous atteindre et nous captiver.

 

          Jean Bellorini fait entrer dans l’intimité des personnages grâce à une scénographie particulièrement ingénieuse, faite de cases en verre parfaitement transparentes et de plateaux roulants, qui tels des prismes sensoriels, donnent à voir tout l’éloignement capable de subsister dans une proximité.

 

          Aucun centimètre carré de la scène n’est oublié. Celle-ci est sans cesse renouvelée réinventée et l’on découvre une profondeur inattendue, un angle nouveau. Aucun  instant non plus n’est négligé comme si s’imposait une obligation vis à vis du spectateur, de ne jamais le lasser, le décourager, toujours l’émerveiller. Et, chaque seconde témoigne d’une quête inépuisable de beauté et de sensibilité. Une démonstration que ces celles-ci sont partout pour celui qui sait les trouver, les chercher.

 

          Plus qu’un spectacle, “Karamazov” c’est une épopée en huis-clos, l’espace d’une demi-journée (4h20 au total divisées en 4 sous-parties) dans les profondeurs de l’âme, de nos vies, leur poésie et leur beauté. Car on se sent à l’abri dans le théâtre de Bellorini (ici son propre théâtre, le Théâtre Gérard Philippe de Saint Denis) et on se sent aimés. Là tout semble possible, accessible, comme une oeuvre telle que les Frères Karamazov qui aurait pourtant pu nous impressionner par sa taille, sa complexité, mais à laquelle on est surpris d’adhérer aussi rapidement, aussi facilement, tellement l’écriture et la mise en scène se rejoignent dans leur atteinte de la vérité, par principe incontestable.

 

          Qui mieux que les fabuleux comédiens-chanteurs-musiciens de la compagnie Air de lune, tellement beaux dans leur simplicité, leur naturel et leur contemporanéité pour incarner les personnages « Dostoievskiens » ? Tout dans leur jeu jusqu’aux cris, larmes et scènes de folies sonne parfaitement juste et crédible. Ici, pas de recherche de perfection plastique ou de dictions pompeuse, au contraire chacun semble poussé, encouragé, à être lui-même et à se donner entièrement et totalement jusqu’à épuisement physique et moral. Quelle meilleure garantie de toucher le vrai? Les comédiens et musiciens apparaissent tellement proches et accessibles qu’on se surprend à envisager de les rejoindre. Car il ne fait plus de doute qu’on a tous une place sur cette scène, qui n’est autre que le grand théâtre de la vie. Leur jouissance à laisser éclater leur amour, leur rage, leur folie dans un texte aussi puissant, tout en disposant de l’insolente liberté de l’entrecouper d’un petit air d’Adamo, est manifeste, jalousée.

 

          Plus qu’une pièce de théâtre, Karamazov devient un chant international et populaire, où l’humain aussi faible qu’il puisse parfois s’avérer, est fidèlement écouté, pardonné, célébré. A l’image des trois frères Karamazov, de leur père ou des femmes qu’ils ont aimées, on a devant les yeux les infinis facettes de notre espèce, si changeante et si touchante, capable du pire comme du meilleur, s’accommodant tant bien que mal de son besoin de croire et de trouver du sens.

 

          On ressort de Karamazov touchés, presque apaisés, que nos souffrances et nos questionnements soient si largement partagés. On en ressort également élevés, renforcés par cette piqûre de rappel que des oeuvres aussi puissantes soient à notre disposition et puissent  encore être si magnifiquement adaptées ; heureux de se dire que des théâtres comme celui de Jean Bellorini existent et ne se découragent pas à offrir encore et toujours des moments de communion et de beauté.

 

Du 5 au 29 janvier 2017

Au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis

Lundi, jeudi et vendredi à 19h, samedi à 18h - Dimanche à 15h

Durée 1ère partie: 2h20 / entracte: 15min / 2è partie: 2h

D’après Les Frères Karamazov de Fédor Dostoïevski

Traduction André Markowicz

Adaptation Jean Bellorini et Camille de la Guillonnière

Mise en scène Jean Bellorini

 

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