Wonder Woman

Version féminine et féministe du super héros, Wonder Woman est célèbre pour son génial générique de la vieille série des années 70! Que vaut la musique du très gros film qui vient de sortir sur l'Amazone?
C'est évidemment du très gros orchestre qui va accompagner les débuts de la solitaire Wonder Woman! Et pour cela, le studio Warner a fait appel à Rupert Gregson Williams, disciple absolu de Hans Zimmer, qui lui aussi savait vous en mettre plein la gueule et ce n'était pas un super héros.
Comme son frère Harry, Rupert a réussi à se faire une place à Hollywood avec de la musique épaisse, lyrique, qui colle aux bonbons. L'orchestre philharmonique va suer à grosses gouttes. C'est une promesse et elle n'est pas complètement tenue sur la bande originale de Wonder Woman.
Bah oui, l'ancien complice du comique Adam Sandler, a visiblement perdu de l'énergie après avoir écrit les partitions de gros films épiques: le dernier Tarzan et Tu Ne Tueras Point de Mel Gibson. La féminité du personnage a peut être adouci les humeurs de Rupert Gregson Williams.
Ne vous inquiétez pas: il y a bien des morceaux qui donnent l'envie d'envahir la Pologne. Il y a du grandiose avec des choeurs formidables mais il y a pas mal de phrasées qui se trainent en longueur. Ca lorgne sur du patriotisme un peu fatigué et quelques touches modernes sont malheureuses mais heureusement on peut les voir comme kitsch, à l'image du personnage central, une Amazone chez les humains, voilà le concept en schématisant!
Il y a donc des moments prenants mais le reste semble faire le lien assez mollement. C'est assez joli mais sans surprise à l'exception du riff qui pourrait être le thème de la super héroïne! Comme la plupart des productions autour des super héros, c'est trop long et pas assez intense. Pas vraiment super donc!
Les vacanciers, Emma Straub, éditions 10/18


Pour la plupart d’entre vous, les vacances sont finies et bien finies. Voici un livre qui vous en rappellera certaines sensations. La chaleur, l’eau, les repas entre amis qui traînent, les apéritifs sur la terrasse à n’en plus finir. Les retrouvailles, chaleureuses ou distantes.
Franny Post est écrivain et un peu journaliste. Dans la mode. Elle est aussi new-yorkaise dans l’âme, et presque sexagénaire. Franny Post aime régenter, décider, préparer. Faire ce qui est le mieux pour sa famille et ses amis.
Cet été, Franny et Jim vont fêter leurs trente-cinq ans de mariage. Et le diplôme de leur fille Sylvia. Ça vaut bien deux semaines de vacances à Majorque. Une amie leur a prêté une somptueuse villa avec piscine sur les hauteurs de Palma. Tout devrait se passer pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais voici qu’arrivent Charles, le meilleur –et seul ?- ami de Franny. Accompagné de son mari, Lawrence, ils sont présents mais la tête ailleurs. Un bébé : c’est ce dont ils rêvent et qu’ils attendent fébrilement.
Et voici que débarque Bobby, le fils aîné de Franny et Jim, archétype du raté. Accompagné de sa compagne Carmen, véritable erreur de casting dans ce huis clos.
L’ensemble pourrait paraître très convenu. Est-ce du premier degré, du second degré ? Ces deux gays quinquagénaires à la recherche d’une lesbienne allaitante, qui leur fournirait du lait maternel frais pour leur futur bébé, suscitent un certain agacement. On se croirait dans les pires clichés de la nouvelle génération homo.
Quant à la fille de Franny et Jim, ado mal dégrossie, elle ne semble pas franchement ravie d’être là. Classique. Mais le personnage de Franny, pivot et lien entre tous, est particulièrement touchant. Tout comme Carmen, fille simple et méprisée par ces bobos parfois insupportables.
L’écriture est assez simple mais le style intéressant. L’auteur choisit en effet d’utiliser régulièrement la troisième personne pour chacun des personnages, mais comme s’il s’agissait d’extraits de journaux intimes. L’histoire est divisée en chapitres, qui sont autant de jours durant lesquels la tension monte, les disputes éclatent mais aussi de nombreux événements comiques surviennent. Car oui, Les Vacanciers est drôle. Quiproquos, situations ridicules et risibles, cet ouvrage sans prétention est une parfaite lecture pour l’été. On a tous quelque chose de ces vacanciers-là.
Les vacanciers, Emma Straub, éditions 10/18, 280 pages
Atomic Blonde

Est ce qu'un film réalisé par un cascadeur, ca vaut le coup?
Lorsqu'on découvre le cv du réalisateur de Atomic Blonde, David Leitch, on a le droit d'avoir une petite suée: le type était la doublure cascade de Brad Pitt et de Jean Claude Van Damme. Ha! Puis il a glissé vers la réalisation comme chef de seconde équipe sur des classiques comme Hansel & Grentel: Witch Hunters ou Ninja Turtles! Ha!
Enfin il coréalisae John Wick, gros film de baston pour Keanu Reeves avant de voir confier le fameux Atomic Blonde, oeuvre à la gloire de la blonde Charlize Theron qui aime visiblement le combat après son apparition hilarante dans le dernier Fast & Furious!
Donc nous allons beaucoup la comédienne sculpturale dans ce drôle de film d'espionnage qui rend hommage aux années 80, son kgb, sa musique et son style. Finalement David Leitch est l'homme de la situation. Le début du film est assez rassurant avec ses images bleutées et ses tronches patibulaires (John Goodman et Toby Jones en tête).
Ensuite c'est parti pour une longue course poursuite après une montre qui cache des secrets très top secret. Le décor est drôle. L'actrice fait passer Nikita pour une habitante de la Petite maison dans la Prairie. Fait rassurant: elle croise un James McAvoy qui s'amuse beaucoup en agent trouble au look improbable! Et surtout Thero se lance des défis physiques en affrontant des tueurs de l'est et de l'ouest!
Elle donne de sa personne et cela se voit à l'écran. Imitant physiquement la chanteuse de Blondie, elle cogne fort et prend des coups dans un style qui ferait plaisir à feu Tony Scott, petit frère de Ridley. En terme de cascades, David Leitch assure largement et le jeu d'espions est réjouissant par les improbables chorégraphies qui font penser aussi à John Woo. Ca recycle à mort le style eighties (cf notre grand rendez vous de l'été). Cela justifie une violence débridée et graphique.
C'est de la bédé au ciné (le film est inspiré d'une "graphic novel"). Il y a de l'ambiguité et quelques idées tordues. C'est bien fichu. Franchement, après beaucoup de nanars cette année, cette série B sort clairement du lot. Le cascadeur peut être un bon cinéaste. Les brunes ne comptent pas pour des prunes chantait Lio! Les blondes non plus ajoutent Charlize Theron!
Avec Charlize Theron, James McAvoy, Sofia Boutella et Eddie Marsan - Universal - 19 aout 2017 - 1h50
Total Musette

Vous avez bien profité du rosé? Les belles terrasses fleuries? Les moments de farniente? Le petit courant d'air par grosse chaleur? Le bruit des cigales? L'été va vers sa fin et on vous propose de continuer un peu le plaisir de la légèreté militante avec Tue Loup, gardien d'un patrimoine populaire!
Finalement ce n'est pas étonnant qu'un groupe de rock s'interesse aux vieilles chansons d'antan. Xavier Plumas a toujours défendu un rock proche des gens, sensible et terriblement vivant. C'est pourquoi on a toujours aimé Tue Loup, groupe vibrant à l'électricité et aux paroles bien senties!
On excusera le mauvais goût de la pochette quand on entend leurs versions libres de chansons des années 30, des classiques du Front Populaire, de titres internationales! On pense que le disque pourrait plaire à Mélenchon tant le groupe remet au gout du jour la lutte, les illusions et les étendards d'une lointaine époque à l'heure d'internet.
C'est bientôt la rentrée mais le groupe défend les belles utopies, le langage délicats et les refrains qui retournent les tables. Comme un autre groupe farouchement indépendant, Mendelson, le groupe sarthois a besoin de retrouver des racines pour comprendre d'où toutes leurs passions viennent. Il y a donc énormément de coeur dans ce disque, et toujours autant d'énergie saisissante. C'est ce qui fait la différence avec un vulgaire chanteur de variétoche qui veut faire les poches des maisons de retraite! Du rock, du vrai!
Trois petites notes de musique par Tue-loup from Doboka Eric on Vimeo.
La lezarde - 217
120 battements par minute

Au coeur d'un combat, dans l'intimité d'un couple, 120 battements par minutes entame une danse magistrale face à la mort!
Nathan découvre Act Up, association militante et rageuse. Jeune homme posé, Nathan découvre des personnes en colère. L'état fait le minimum pour la lutte contre le sida, cette maladie qui ravage tout sur son passage. Il rencontre des hommes et des femmes qui férocement viennent rappeler la nécessité du combat contre la maladie. Il est rapidement attiré par un beau brun aux yeux clairs, Sean...
Scénariste de Laurent Cantet, Robin Campillo se souvient. Le film a tout du devoir de mémoire. Il décrit la méthode de la célèbre association qui a marqué les esprits dans les années 90 avec des coups médiatiques plus ou moins provocants. On trouve là, la petite limite du film: il est un peu répétitif entre les rendez hebdomadaires de l'association, les gay-pride et les actes militants.
Ca rythme en tout cas une seconde histoire, intime: celle d'un homme qui vit pleinement et un autre qui s'avance vers la mort, irrémédiablement. Il faut donc profiter des moments d'euphorie et des soirées dansantes. Il faut oublier le poids de la maladie, son imposante violence et son attaque en règle des corps et des esprits.
Les deux comédiens principaux sont formidables. Face à l'horreur de la réalité, Campillo comme dans ses oeuvres précédentes profite d'une certaine froideur, d'une crudité réelle pour permettre paradoxalement une vraie empathie et une interrogation simple sur l'humanité.
Regard clinique sur une situation, le film se montre plus sensible pour suivre une relation d'amour, forcément détruite petit à petit. Face au désespoir, le cinéaste célébre l'amitié, l'amour, la fête et le partage. Il rappelle toutes la dignité des victimes et des combattants d'Act Up. C'est un film humaniste, nécessaire en ces temps d'individualisme forcé, et un très beau film romantique. La fiction au service de l'histoire: c'est là, que l'on aime tant le septième art!
Avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel et Antoine Reinartz - Memento films - 23 aout 2017 - 2h20
Different days

Ce n'est pas vraiment un retour inattendu puisque le groupe est en activité depuis des lustres. Néanmoins cet album ressemble à un état de grace ou une résurrection. En tout cas, Different days prouve qu'il y a une vie après la britpop.
The Charlatans, c'est un énorme tube dans les années 90, The Only one I Know, et puis une succession d'albums et des drames en cascade pour le groupe avec le décès de membres fondateurs, des baisses de régimes, des départs et des albums inégaux. En 2017, on pensait que les carottes étaient cuites pour ce vestige de la grande époque de pop pur et dur, cher à Blur et Oasis!
Revigorés comme jamais, Tim Burgess et sa bande imposent une énergie qu'on avait oublié. Les années et les drames sont gommés pour retrouver cette hargne populaire et ce goût pour l'arrangement nuancé et le rythme efficace. Different Days aborde effectivement le futur avec sérénité mais surtout de la passion.
L'orgue hammond a toujours été le petit plus du groupe et ce dernier reprend sa place. Les voix de nouveau se lovent et après, le Teenage fanclub l'année dernière, les anciens héros de la britpop prouvent qu'ils ont encore des super pouvoirs!
Donc à tous les petits jeunes qui se fourvoient dans la cold wave, la pop glacée... un petit conseil: plongez vous dans cet album terriblement vivant et accessible. C'est simple. La sophistication n'est pas de mise mais la générosité déborde: la production est soignée et recycle avec une rare habilité les années Madchester et tous les sons heureux de la pop so british.
On découvre quelques invités prestigieux comme Paul Weller ou Johnny Marr, on retrouve surtout une singularité étonnante. Les quadras et les quinquas penseront peut être que c'est simplement de la nostalgie mais Different Days surprend vraiment, attaque l'auditeur sur tous les fronts, recherche l'hédonisme et propose une pop pimentée et pas si formatée que ça! Une résurrection c'est certain! Idéal pour finir notre petit état des lieux estival sur les vieux toujours et encore présents!
BMG - 2017
Colossal

Les monstres géants n'ont pas tous le droit de sortir sur grand écran. Celui qui traine dans la tête d'Anne Athaway restera sur petit écran. Dommage car voilà une petite comédie avec de l'esprit et quelques pudibonderies.
Puisque c'est du cinéma américain, le film fait un gros travail de prévention sur l'alcoolisme. Après Emily Blunt et La Fille dans le Train, c'est au tour de la magnifique Anne Athaway d'avoir un problème avec la bouteille. A New York, sans emploi, Gloria, son personnage fait la fête sans arrêt et met son couple en péril.
Elle s'exile dans sa ville natale et croise Oscar, un ami d'enfance qui l'aide à remonter la pente. A Seoul, une créature géante apparait et détruit tout sur son passage. Bizarrement, elle se comporte exactement comme Gloria. Elles sont connectées et la jeune femme comprend que tout acte a des conséquences sur le reste du Monde.
La morale est aussi maousse costaude que le monstre qui ravage la ville coréenne. La jeune femme perdue va prendre ses responsabilités et faire des choix dans sa vie. Heureusement le réalisateur est un passionné de cinéma comme le sont souvent les réalisateurs espagnols.
Nacho Vigalondo, auteur de Timecrimes, apporte un peu de sensibilité à Colossal qui n'est jamais parfait mais arrive bien souvent à être touchant avec son portrait d'une Amérique qui s'ennuie et qui crève de solitude. Anne Athaway est toujours parfaite et Jason Sudeikis surprend dans un rôle très ambigu!
Le démon de l'alcool se diffuse de manière étonnante dans un scénario qui se révèle très astucieux mais ne peut pas échapper à la grosse démonstration. Mais bon, on ne peut pas tout avoir. Il y a tout de même de l'inventivité, de la réflexion et pas mal d'humour. Un délicieux cocktail!
Avec Anne Athaway, Jason Sudeikis, Tim Blake Nelson et Austin Powell - 2017
Mental Illness

Blonde discrète, Aimeen Mann revient soigner les bobos après cinq ans d'absence. Elle nous manquait. Son retour est magistral. Mieux qu'un tour chez le psy!
La carrière de la chanteuse américaine fut assez chaotique. Il y a eu bien sûr l'utilisation de ses chansons dans le film culte, Magnolia, qui a permis de connaître un succès certain mais Aimee Mann a longtemps attendu la reconnaissance.
Depuis elle est devenue une sorte de mythe. Un monstre de la chanson folk, puissante et sensible. Elle est une "petite institution" aux Etats Unis, une référence ultime et respectée. Pourtant, d'un disque génial, elle peut s'écrouler sur des albums plus inégaux. On ne sait jamais trop à quoi s'attendre avec elle, c'est ce qui rend sa discographie passionnante!
Comme toujours, elle chante la dépression, la tristesse et le doute avec un punch rien qu'à elle et c'est qui la rend attachante. Elle n'abandonne jamais. Inspirée par la maladie de quelques connaissances, elle parle dans son disque de la bipolarité, de sociopathes et autres joyeusetés.
Mais c'est une fois de plus, beau et touchant. Son sens de la nuance musicale fait toute la différence pour aborder des sujets effectivement difficiles, qui sont pourtant la marque de fabrique de la chanteuse, mariée au frère de Sean Penn pour faire un peu dans le people, et excellent arrangeur pour son épouse. On n'est jamais dans le cliché.
Toujours secondés par ses copains de toujours, produit par son propre studio, Aimee Mann retrouve ici toutes les vertus de sa folk féminine et jamais misérabiliste. Face à la mélancolie, elle réussit toujours à nous créer un certain confort où la douleur est acceptable et presque poétique.
Cinq ans après Charmer, Aimee Mann se rappelle à notre bon souvenir. Ses chansons sont accrocheuses et son atmosphère acoustique est un havre de paix qui fait franchement du bien au moral! Un régal!
Superego - 2017




