The following mountain

Sam Amidon a une chemise à carreau. Il est obsédé par la montagne. Il doit vivre certainement dans une cabane au fond des bois et doit dormir avec une peau de castor pour se réconforter des nuits fraîches. En guide de montagne, Sam Amidon fait l'affaire: on respire le grand air.
On pourrait dire cela de pas mal de songwriters américains qui redécouvrent la nature et les instruments acoustiques. Peut être en contradiction avec la production actuelle sophistiquée, de nombreux artistes aiment les enregistrements naturalistes. On s'imagine en quelques minutes dans la verte prairie ou les bois ombragés!
Sam Amidon est plus sauvage que les autres. Ce n'est pas le type calme qui cherche la quiétude de la ruralité, qui veut nous faire écouter les cours d'eau ou nous retranscrire le chanson des oiseaux. Sam Amidon veut canaliser ses tourments et ils sont assez farouches.
Il y a presque un esprit grunge dans son style. Ce n'est pas foutraque mais les chansons sont agités par l'âme d'un homme qui refuse de s'enfermer dans une case. Tous les titres de cet album de haute altitude sont des défis à la tradition. Même s'il tourne autour.
Sam Amidon n'aime pas les conventions. Fils d'artiste, l'art lui permet de s'affirmer et se réaliser. Sa vision de la folk music est rusée et spectaculaire malgré l'économie de moyens. Il aime bien triturer les violons, les flutes ou les mandolines. C'est un troubadour plein de malice!
Les chansons donnent une sensation de liberté (les onze minutes du dernier morceau). Du free jazz on passe au free folk. C'est curieux. C'est passionnant. On transpire un peu parfois mais la randonnée vaut le coup!
Nonesuch -2017
Colette & l’amour, Poche Montparnasse

Cabaret littéraire au théâtre de Poche Montparnasse
Qui n'a pas lu Dialogues de bêtes à l'école? Pour beaucoup d'entre nous, Colette, c'est ça. L'enfance libre dans la nature, A Saint-Sauveur-en-Puisaye. Sa maman, Sido, un personnage incroyable. Ses chats, ses fleurs, ses chiens, ses plantes. Un délicieux parfum d'enfance perdue, une nostalgie enivrante souligné par la voix rocailleuse de la vieille dame dans des émissions radiophoniques d'autrefois.
On connaît moins la jeune Colette, l'amoureuse des corps, des hommes et des femmes. Celle des Claudine et de Chéri. Une femme sensuelle, puis une femme de lettres amoureuse, curieuse, gourmande de tous les plaisirs. Â On le sait, tout a démarré avec Willy, mari avisé qui a su mettre le pied à l'étrier de sa petite épouse, en faisant publier ses souvenirs légèrement coquins de pensionnat. Colette a aimé des femmes célèbres, qui le lui ont bien rendu, de la marquise de Morny (Missy) à la belle amazone Natalie Barney. Les hommes aussi l'attiraient, la tentaient et l'épousaient.
C'est cet aspect de la personnalité de Sidonie-Gabrielle que Philippe Tesson a voulu mettre en lumière, accompagnée de Judith Magre, d'Elisabeth Quin et du pianiste Jean-Baptiste Doulcet. Le lieu, une salle du sous-sol du Théâtre de Poche, a été aménagé en cabaret, et se prête à l'échange. Les tables sont disposées face à celle des protagonistes. Philippe Tesson évoque avec emphase la grande Colette, lit des extraits de ses livres, commente, se lève, se rassied et souligne encore des phrases de l'écrivain amoureuse, amusée ou triste.
Près de lui, Judith Magre, - dont la ressemblance avec Colette a quelque chose de troublant - est la voix de l'écrivain et tente vaille que vaille d'interrompre son voisin. Avec son phrasé et sa voix impeccables, qui ont toutefois un peu faibli ces dernières années, elle lit des lettres et soudain, Colette est presque là .
A sa gauche, Elisabeth Quin, dont l'ironie, la diction et les nombreuses mimiques émaillent ces échanges de façon agréable. Ce badinage a quelque chose de charmant, quoique parfois un peu convenu. Mais très agréable.
Sensuelle, amoureuse, passionnée, Colette était également audacieuse et courageuse. Et Philippe Tesson comme Elisabeth Quin font partager avec délectation leur admiration pour ce personnage hors normes.
Enfin, le pianiste Jean-Baptiste Doulcet joue des airs de musiciens que Colette appréciait - Ravel, Debussy et Fauré qui rajoutent à cette soirée une touche délicate. Un joli moment de connivence, presque festif.
Jusqu'au 1er juillet 2017 - Vendredi et samedi à 20h30
- Judith MAGRE
- Elisabeth QUIN
- Philippe TESSON
- Jean-Baptiste DOULCET au piano
- Relâches exceptionnelles les 23 et 24 juin
La Momie

Pour contrer les super héros de tout poil, Universal ressort tous les vieux monstres de tout poil aussi ! Le premier a des bandelettes et n’emballe pas grand monde.
Ca continue de recycler à Hollywood. Universal lance sa nouvelle franchise : le Dark Universe ! On y découvre aujourd’hui la momie mais devrait suivre le comte Dracula, l’Homme Invisible, le Loup Garou et quelques personnages cultes du cinéma d’horreur !
Alex Kurtzman est chargé du projet mais il faudrait vite le momifier car le bonhomme n’a pas un grain de sable d’inspiration pour nous surprendre. Pire il enferme la pauvre momie dans un produit de consommation délavé et sans surprise.
Scénariste de JJ Abrams, Kurtzman s’emmêle dans une histoire qui doit en lancer d’autres mais qui ne commencent ou terminent jamais. C’est le problème du cinéma populaire américain aujourd’hui : il ne ferme plus ses récits. Il tente des débuts de quelque chose et puis c’est tout ! On attend les résultats au box office pour voir si on poursuit le développement.
Pour ouvrir le bal, le film a tout de même la bonne idée de féminiser la Momie. Elle est sensuelle et venimeuse. Parfaitement jouée par la Fraçaise Sofia Boutella, remarquée dans le dernier Star Trek. Mais elle n’est qu’un faire valoir de Tom Cruise, erreur de casting qui s’amuse dans les cascades et s’ennuie dans des dialogues abracadabrantesques. On lui colle une blonde inutile à ses baskets et il doit aussi affronter un Russell Crowe qui devrait justement freiner la bière. Dans le rôle de Jekyll, il est ridicule.
On pourrait rigoler mais le film est mal fichu, déterré, mal composé et d’une incroyable maladresse. Ca part dans tous les sens : ce n’est pas un film d’aventures,ni comédie fantastique, ni un film d’horreur. Les décors sont beaux mais il ne se passe strictement rien. Kurtzman est définitivement un scénariste ou un producteur mais il ne porte là aucune vision. C’est d’une pauvreté qui finirait pas faire rire. Mais ce type là a clairement une poussière dans l’œil. Ou tout un désert !
Avec Tom Cruise, Annabelle Wellis, Sofia Boutella et Russell Crowe – Universal – 14 juin 2017 – 1h45
The Weather

Mauvais temps pour l'écologie! Les Etats Unis veulent se retirer de la planète Terre! Les effets du réchauffement climatique continuent de progresser! Pond veut positiver autour du temps et nous offre quelques minutes de méditation!
Jay Watson, Jamie Terry, Nick Allbrook et Joe Ryan forme Pond, un groupe Australien qui a visiblement la tête à l'envers. Le groupe fait dans le psychédélisme moderne, héritier heureux des délires musicaux des Flaming Lips. Certains du groupe délirent aussi avec Tame Impala, autre rejeton du genre psyché avec des échos et des bidouillages en tout genre qui font planer!
Septième album, The Weather est un disque lumineux qui montre bien l'expérience d'un groupe qui a connu de nombreuses mutations et s'est essayé à des expériences diverses et variées. Ici Pond imite les années 80 avec toujours ce sens du montage sonore très éthéré mais habilement construit.
The Weather appartient à cette catégorie précieuse de disque qui se découvre petit à petit, au fil des écoutes. Il y a plein de surprises dans ce disque au ciel bleu qui nous fait tout de même oublier les mauvaises nouvelles. Au contraire, The Weather fait l'apologie de la création et de l'imagination.
Il se passe plein de choses dans cet album. La richesse du projet est déroutante mais réelle. Il y a un vrai lyrisme qui se dégage de l'ensemble. Le quatuor impressionne avec ses compositions hypnotiques qui paraissent si heureuses. Une vraie leçon d'hédonisme!
The Weather hante votre esprit. Il y a forcément un morceau qui se coince dans votre mémoire. Il y a un coté disjoncté qui va vous secouer. Il y a une rage qui fait que la musique reste une grande aventure. Pour les musiciens comme pour l'auditeur!
Marathon artists - 2017
!

L'été approche. Il est tant de mettre un peu de joie et de chaleur dans nos chroniques. Pour l'occasion on se promène dans un pays electro des merveilles!
Chapelier Fou vient de Metz. Pourtant il n'y pas de grisaille et de tristesse. Nous ne sommes pas dans une vision terre à terre ou une musique choquée par l'injustice sociale. Chapelier Fou propose l'évasion. La belle escapade. L'imagination au pouvoir!
Ses disques sont foisonnants et bourrés de trouvailles jubilatoires. Il a bien choisi son nom! Chapelier Fou n'en fait qu'à sa tête. Il a cette douce folie qui transforme l'electro en grande partouze de genres et d'instruments. Il regarde dans tous les sens et ne se limite pas à quelques samples bien sentis.
Ce nouveau disque réunit en réalité les trois premiers ep's, les toutes premières aventures musicales de ce Messin fantaisiste. Il y a déjà cette influence de la musique classique, des sons d'ailleurs et d'une électro frenchy. Son violon fétiche s'installe entre des rythmes froids et fait vraiment la différence!
Il convoque l'enfance. les chansons montrent l'évolution lente et intelligence du musicien qui s'exporte très bien en dehors de notre pays. Il y a déjà là une notion de jeu et on adore l'échange entre les instruments plus ou moins chaleureux.
C'est exigeant mais la musique nous transporte réellement. Elle nous inspire. Louis Warynski débloque notre imaginaire. Il a bien raison de citer Lewis Caroll: il nous permet de fuir la réalité pour un monde meilleur, prenant, ambigu et surtout mystérieux.
Ce sont ces petites enigmes qui font la force de la musique de Chapelier Fou. On tombe sous le charme de l'art du décalage. Le Messin a la tête dans les nuages et veut nous entrainer avec lui. Suivez le comme si c'était le lapin blanc d'Alice!
Chapeau pointu: turlututu!
Get Out

Il y avait quelque chose de pourri dans le royaume de Jason Blum?
Mais son petit empire profite du succès et on voit se diriger vers son humble studio de plus en plus d'auteurs. Des vrais. Avec un point de vue. Et un amour du film de genre. Ce sont souvent des vieilles gloires mais le petit budget les pousse à se renouveler.
On s'étonnait de voir Barry Levinson réaliser un film d'horreur bien craspec, The Bay et depuis ca ne s'arrête pas: Jason Blum donne une liberté qui semble plaire aux cinéastes. On en veut à Blum d'avoir inventé le Found footage (de gueule) avec sa saga nullissime Paranormal Activity mais on révise au fil des ans l'avis sur le producteur car il donne des sous pour des séries B qui en disent long sur l'Amérique (Sinister, American Nightmare ou les derniers Shyamalan). De vieux briscards veulent bien tournés pour lui et des jeunes loups se font les griffes chez lui. Une bonne école donc!
Blum, homme d'affaires avisé, a fait main basse sur le petit budget horrifique mais pas idiot. Aux effets sanguinaires, il préfère la réflexion au delà du récit terrorisant. Et le destin de Chris Washington va connaître un période assez traumatisante: photographe noir, il doit rencontrer ses beaux parents au fin fond d'une champêtre Amérique qui ferait passer le décor de Desperate Housewives pour un ghetto délabré.
Chris est généreusement accueilli par les parents de la belle Rose mais petit à petit, le petit ami va découvrir des attitudes plutôt étranges à son égard. Tous les noirs de la ville se comportent bizarrement et les membres de la communauté l'observent avec une certaine distance. Chris commence à douter des meilleurs intentions de ses hôtes.
Le discours social est facile à comprendre mais il a le mérite d'exister. Jordan Peele instaure la question raciale dans un film de terreur, lisse mais obsédant. Le diable est dans les détails et l'ambiance paranoïaque se développe grâce aux découvertes saugrenues du jeune photographe.
C'est certainement une photographie de l'époque dans laquelle nous vivons, mais c'est aussi un plaisir de retrouver ce style de série B, où l'économie de moyens n'empêche pas une grande efficacité. On pourrait même penser à Carpenter ou Dante, avec cette façon ludique de toucher à des choses sensibles l'air de rien, avec l'apparente envie de distraire tout simplement.
Bien joué, le film a réussi un gros coup commercial et continue de pousser Blum vers des films ambitieux mais pas couteux. A Hollywood, on adore les gros budgets, les super héros et les grandes catastrophes tout en images de synthése: le succès de Blum devrait peut être permettre de revoir une production plus accessible et qui n'a pas peur de voir les choses en face! Même pas peur!
Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener et Bradley Whitford - Universal - 03 mai 2017 - 1h35
Caravelle

L'été s'annonce chaud. La sécheresse rampe lourdement dans nos départements. Rien de tel qu'un bon disque électro pour bronzer. Mais attention aux coups de soleil
Deux DJs du Baron s'allient pour créer un duo qui rêve de soleil. L'electro sait être froide, glacial et fascinante. Elle se transforme en chaleur si l'on sait s'y prendre. C'est le cas de Polo & Pan donc qui connaissent tous les artifices du genre. Ils vont être à la mode tout l'été dans les rooftops qui chauffent et les soirées branchées en plein air!
Caravelle va donc tout faire pour être le disque solaire. Polocorp (Paul Armand-Delille) et Peter Pan (Alexandre Grynszpan) s'applique à choper tous les tics qui réchauffent. C'est assez réussi. Il y a de la guitare élégante. Il y a des voix féminimes. Il y a une ambiance de bord de mer.
On sent le sable entre les tongs. On devine les fantaisies moites d'un jeu de plage. On voit les corps bronzés et les désirs secrets. Tout cela est absolument bien rendu! Hélàs tout cela ressemble plus à un exercice de style qu'autre chose. Ca manque un peu de sincérité.
La sophistication et les références sont trop complexes finalement. On se laisse avoir mais la démonstration empêche une totale adhésion. C'est le disque de saison mais rien d'autres. Il y a des mélodies exotiques. Des envies de tropiques nous viennent pourtant il y a un vrai manque. Mais on n'est pas loin de l'insolation. Les deux plagistes en font beaucoup! Leur volonté est louable mais on transpire un peu trop! Un peu d'ombre, finalement, c'est pas mal!
Hamburger records - 2017






