The Guilty

Un type assis, coincé au téléphone pendant une heure vingt: voici la grande réussite de The Guilty, habile thriller danois qui va vous donner de bonnes sueurs froides!
Un coup de téléphone. Une urgence. Une réponse. Celle d'un flic désabusé, qui doit obligatoirement répondre aux appels, désespérés ou insolites d'une population danoise en état d'ébriété généralement.
Asger Holm est un policier fatigué, qui a bientot fini son service et une femme va l'appeler pour signaler son kidnapping. Le flic ne pourra pas lacher cette affaire et va bizarrement se passionner pour cette affaire étrange.
On ne va pas entrer dans les détails: Le film est justement passionnant par toutes les petites découvertes que l'on va faire entre Asger, le flic taciturne et ce kidnapping inquiétant. Et tout va se faire par la parole et les conversations téléphoniques.
Gustav Moller, le réalisateur, tente le minimalisme extreme. Tout se passera autour de l'appel d'urgence. Le héros est bloqué à son bureau et ne peut que recevoir ou donner des coups de fil. Et vous savez quoi: la regle du polar est respectée. La tension va apparaitre et augmenter.
Habile dans sa réalisation, se concentrant sur le corps et le visage de son comédien, l'excellent Jakob Cedergren, le cinéaste parvient à fabriquer un suspense prenant et même flippant. Il en appelle à notre imagination pour apporter nos images aux appels téléphoniques.
C'est habile. C'est diabolique. Avec des moyens limités, Moller arrive à tirer le maximum de son concept. Si vous avez trop chaud, tentez ce film: il va vous glacer le sang!
Avec Jakob Cerdergren - Arp - 18 juillet 2018 - 1h20
Twin Fantasy

Il a la tronche d'Elvis Costello, les envies de Neil Young et le talent de Jason Lytle! Ca fait beaucoup pour un seul homme. Après deux mois sur la route, il était tout à fait logique de vous présenter le conducteur du groupe indie Car Seat Headrest!
Il s'appelle Will Toledo. Il s'est fait tout seul sur le net, sur son bandcamp. Il fut l'une des stars du circuit. Il a logiquement fini par signer avec un label, Matador, connu pour ses signatures indépendantes.
Il fait donc ce qu'il veut. Heureusement il suit une bonne direction. Il suffit de lire les trois noms à l'entrée de cet article. Will Toledo et ses camarades forment un groupe de rock, qui aiment les longues plages mais aussi les raccourcis.
Twin Fantasy n'est pas un nouvel album. C'est la reprise de l'une des ses oeuvres adolescentes. Il a désormais 26 ans et pas mal d'expérience et de succès. En se confrontant à sa jeunesse perdue, Will Toledo renforce le propos et surtout lui amène une force sonore assez impressionnante. Une fois encore, vous avez vu les trois noms au début de la page!
La vulnaribilité est devenu un magma électrique maîtrisé d'un bout à l'autre par le jeune auteur. On est absolument étonné par ses chansons qui dépassent les dix minutes ou les rapides hymnes où l'humour et la douleur se partagent le territoire.
Il écrivait et réalisait tout cela dans sa chambre ou sa voiture. Désormais Will Toledo a un studio pour l'accueillir et il se redécouvre dans un remake impossible de ses efforts passés. On assiste à une petit exploit: transcender l'émotion passée! Les chansons sont superbes et ambitieuses. On quitte la route rassurée avec un tel gars aux commandes du rock indie. Allez bonne rentrée à tous!
Matador - 2018
22 Miles

Peter Berg dépasse ses maîtres. Le réalisateur américain s'émancipe de plus en plus d'Hollywood pour un cinéma audacieux, violent et ambivalent.
Peter Berg a commencé comme comédien puis a signé des séries B sympathiques. Hollywood lui a fait de l'oeil et il est venu réaliser de gros produits couteux et ratés. Alors, le cinéaste semblait être l'homme à abattre, après Michael Bay et... Luc Besson.
Il a connu un beau succès critique avec la série sportive et rurale, Friday Nights Lights. Et ses films, toujours musclés et violents, sont devenus très âpres. Ce qui était pénible pour nous, est devenu de la rudesse.
En quelques films, souvent inspirés de la réalité, Peter Berg est devenu plus pertinent. Il ne flatte plus le spectateur mais préfère le maltraiter et l'interroger. Les ambiguités de la violence hantent désormais son cinéma depuis le rugueux Du sang et des Larmes avec déjà Mark Whalberg.
Le comédien porte chance au réalisateur. Deepwater (sur une catastrophe pétrolière) et Traque à Boston (sur l'attentat de 2013) sont de formidables films un peu oubliés. Ce sont des oeuvres américaines et 22 Miles n'échappe pas à la régle! Il y a du patriotisme et des attitudes de cowboys.
Mais au final, tout ceci sera fortement nuancé après une expérience violente pour les héros de ce nouveau thriller dont le scénario tient de l'épure! Dans une ambasssade, des agents très secrets doivent exfiltrer un mercenaire d'un pays lointain qui possède des informations sur une menace mondiale!
Mark Whalberg est le chef des opérations. Il serre les dents, bande les muscles, se bat comme un beau diable mais surtout possède en lui une hystérie quasi bipolaire qui fait de son personnage, une étrange créature de cinéma. Un héros qu'on adore et déteste en même temps.
Il va promener son discours pessimiste sur le Monde et sa situation sur des images d'une violence inouïe, qui monte crescendo dans l'hémoglobine et qui ne va pas vous épargner. C'est parfaitement chorégraphié. Berg ne réussit pas toujours ses scènes d'action mais il se passe quelque chose au fil des scènes. Une tension sourde. Berg ne veut pas nous lacher et nous confronte à un vrai jeu de massacre, qui risque d'en dérouter plus d'un.
Il y a de l'audace dans ce film qui l'on a vite jugé sur des critères de film d'action. Et même de l'incorrection. Le film n'est pas produit pas un grand studio. Peter Berg peut se laisser aller à ses penchants violents mais il n'est jamais irresponsable dans ses choix et ne veut pas nous épargner. Inattendu et généreux, 22 Miles est une sorte de vestige d'un cinéma belliqueux, malpoli et peut être même, osons le dire, politique!
Avec Mark Whalberg, John Malkovich, Lauren Cohan et Iko Uwai - Metropolitan filmexport - 28 aout 2018 - 1h30
Detective Dee: la légende des rois célestes

Petit cour d'histoire pour les jeunes: avant, du coté de HongKong, il y avait des artistes qui changeaient la style et l'image du film d'action. Il y avait bien sûr Bruce Lee et Jackie Chan. Puis Tsui Hark a rabattu les cartes avec ses productions Workshop et ses films. Sa collaboration avec John Woo restera un moment de l'histoire du cinéma! C'est comme ça!
Mais la carrière de Tsui Hark pourrait faire l'objet d'un film qui serait dynamique. car il a connu des hauts et des bas et le bonhomme, aujourd'hui, dernier vestige de la HongKong Connection, semble s'éclater depuis que la 3D est à la mode.
On le sait: Hark est un passionné. Il tente tout. Il s'imprègne de tout. Il fabrique des films à la chaine. Rarement il fait dans la banalité. Un film de Hark ne laisse pas indifférent. Même quand il est raté. Et Dieu sait que Tsui Hark n'a pas toujours été inspiré, obsédé par la technologie et les nouveaux effets spéciaux. On vous le dit: Tsui Hark est un amoureux de son art, un défenseur de l'artisanat. Une sorte de James Cameron asiatique, inégal mais attachant!
Avec Detective Dee, il fait des spectacles pyrotechniques et colorés. L'histoire importe: ce qui compte, c'est le mouvement, la couleur et le rythme. Le troisième volet des aventures de Dee et ses sbires ressemble à un album de Tintin. Des rebondissements tout le temps. Sans arrêt. Jusqu'à l'épuisement. Il faut l'avouer
Pour un occidental, Detective Dee c'est le blockbuster exotique pour l'été. C'est frais. C'est divertissant. On est largué entre les mythes chinois, le bouddhisme héroïque et les guerres de clan mais on s'amuse aussi car Tsui Hark innove et invente des images ludiques, des combats saisissants et les idées semblent fourmiller dans chaque nouveau plan.
Le scénario n'est qu'un prétexte pour des pirouettes visuelles incroyables. Le film célèbre l'art du faux et des illusions. C'est un peu le boulot de Tsui Hark qui aura même profiter de son long film pour terminer sur une note pessimiste et inhabituelle. Etrange saga, Detective Dee montre aussi les bienfaits du monde moderne et l'accomplissement fou d'un artiste qui ne baisse jamais les bras!
Avec Mark Chao, Feng Shaofeng, Gengxin lin et Carina Lau - Les Bookmakers Jokers - 8 aout 2018 - 2h12
Go to school

Bientôt la rentrée! Pour accompagner cette difficile épreuve, applaudissons tous ensemble les deux cancres du rock'n'roll!
Ca y est! On reprend la route du quotidien qui se répète sans fin. On va retrouver le bruit des klaxons, les enfers des transports en commun, l'attente devant les écoles... prenez ce qui vous embête le plus dans votre vie et mettez le à la suite.
Surtout n'oubliez pas d'écouter le second opus des décalés Lemon Twigs. Michael et Brian sont deux frangins, qui devaient surtout s'ennuyer au fond de la classe dès le début de l'année. Ils ont en tout cas une connaissance du rock'n'roll assez pointue pour le jeune âge.
Pour le second essai de leur courte carrière, ils voient les choses en grand. Go to School sera une comédie musicale et on croisera dedans de vieilles gloires qui inspirent les deux frères: Todd Rundgren ou des membres de Big Star, décidément la grande réfèrence secrète du rock américain. The student become the teacher comme dirait le titre d'une des chansons.
En tout cas, les voilà tous les deux dans un mode héroïque. On pense à Bowie et tous les heureux savants de cette époque où le rock était une affaire de récit et de concept. Les deux gamins s'amusent comme des petits fous. On a l'impression de découvrir des enregistrements du Rocky Horror Picture Show ou des inédits de Broadway dans les années 60 et 70. C'est assez jouissif.
L'objet "vintage" est poussé à son paroxysme. Ils en font peut être un peu trop mais ca n'empêche pas d'être ébloui par la débauche d'effets, l'envie de raconter une belle histoire absurde entre un singe et un garçon, de suivre les traces de ses ainés, d'écouter de la musique heureuse. Bref, amusons nous un peu pendant la rentrée. Ca ne peut pas faire de mal!
4 ad - 2018





