LOST

Fille de son époque, Camélia Jordana compose de nouvelles chansons hybrides, entre l'ancien et le nouveau. Elle se perd ou nous perd mais il y a tout de même un parcours exemplaire.

La jeune femme a un talent énorme. Son premier disque était une incursion pop flamboyante. Elle a sauté sur un autre style plus expérimental avec l'inégal Dans ma Peau puis elle s'est faite plus discrète. Sauf au cinéma.

Camélia Jordana est une artiste complète. On l'apprécie pour cela. Elle se réalise devant nos yeux. Et nos oreilles. On aime son ouverture d'esprit. Ce que confirme ce troisième effort musical. Cette fois ci, la belle fait dans le bidouillage électro world wide. Mais c'est peut être un peu plus!

C'est ce que l'on se dit au début avec des sons synthétiques, des boucles qui claquent, et une voix une fois de plus protéiforme. Elle semble à l'aise dans les genres. Jordana est un pur caméléon. Et désormais elle l'assume.

D'ailleurs son disque tourne autour de l'identité. Et ce n'est pas totalement le disque de Camélia Jordana. Il est conçu avec l'aide précieuse de Laurent Bardainne, membre de Poni Hoax et touche à tout curieux qui voudrait bien lui parler de son époque.

Ensemble, ils sautent par dessus les barrières et les stéréotypes. Ils coupent les étiquettes. La chanteuse se raconte en français, en anglais ou en arabe. Le duo aime se coller au bitume puis s'envoler dans une espèce de mysticisme sonore, parfois envoutant, parfois un peu trop appuyé.

On pourrait imaginer un vieux disque de trip hop s'il n'y avait pas cette voix à suivre. Il y a du groove et de la réflexion. On pourrait se demander si tout cela ne manque pas d'un peu de spontanéité. Mais le résultat déconcerte. Il ne laisse pas indifférent. Et demande plusieurs écoutes. LOST prouve que rien n'est acquis. Rien n'est perdu.

sony music - 2018

 

Anthem of the peaceful army

Après des petits albums qui nous faisaient bien saliver, Greta Van Fleet sort son premier vrai album qui dépassent les quarante minutes... et décoit presque!

Pourtant il y a bel et bien les mêmes qualités que dans les autres efforts de ce groupe qui fait un peu mieux que les autres. Il ose se confronter à Led Zep et tient la comparaison. Bah oui, ca arrive. Même Robert Plant a salué la performance des frères Kiszka et du batteur Danny Wagner.

La voix qui grimpe haut. Des guitares qui virevoltent. Des rythmes costauds. Le bon vieux hard rock refait recette et le quatuor impressionne par ses qualités lyriques qui semblaient avoir un peu disparues.

Bref, on attendait leur premier long effort. Mais l'effet "shot" des premiers opus disparait automatiquement ici. On travaille sur la durée. Le premier morceau s'etire sur un bon rock lancinant, où en six minutes, les gaillards nous font la totale.

Ils nous faut le second titre pour avoir un peu plus de spontanéité. Le groupe est décidement très bon pour le boogie rock. When the curtains falls prouve que la rapidité est la force de Greta Van Fleet. Les gamins montrent aux ainés qu'il y a encore de la place pour de la nouveauté dans le blues rock de nos anciens!

La suite sera plus classique. Les titres donnent l'impression d'être interchangeables. On finit même par se détacher des poussées vocales et des solos un peu trop répétitifs. Ce n'est pas désagréable. Mais le groupe est peut être arrivé trop vite et trop fort.

Il faut se rappeler que ce sont des gamins et qu'ils affrontent une montagne mythologique qui a grandi avec Led Zep et compagnie. Ils sont de dignes descendants. Mais les erreurs forment la jeunesse! Ils sont tellement doués qu'on ne peut pas trop leur en vouloir de bien faire! Mais on attendra le prochain pour voir si la maturité leur va bien!

Republic - 2018

From lead to gold

Le rock de doux rêveurs, d'amateurs de rock classique, d'amoureux de la mélodie électrique... Un peu de délicatesse dans ce monde de brutes!

C'est le bon vieux son de papa. Mais qu'est ce qu'il est bien exécuté! Staretz refuse les canons de la musique actuelle. Ils prennent un malin plaisir à sortir le vieil orgue hammond, le saxophone ou l'harmonica.

Le rock, c'est une question pour eux d'harmonies, de mélodies et de refrains imparables. Cela marche avec cet album qui automatiquement obtient l'adjectif de "vintage". Le groupe est né en 2013 mais joue sur la mélancolie, les idées noires et son expériences plus ou moins heureuse.

Un membre décède. Les studios habituelles disparaissent. Le temps passe mais les valeurs restent sur ce nouveau disque maîtrisé d'un bout à l'autre. Avec un guitariste tout jeune et surdoué, les vieux briscards de Toulouse imposent un rock classe et volontaire.

Les morceaux s'enchainent avec une grace peu commune. Les musiciens s'écoutent et se répondent et le groupe est sacrément soudé pour tricoter un rock'n'roll voluptueux et assez saisissant. Le groupe nous fait planer sur un son doux et spontané.

A ce niveau, c'est presque de la poésie... et ca fait un bien fou!

Bang! records 2018

Castle Rock, Maine pas peur ! Enfin si, en 10 raisons.

 

Il est des cerveaux, parfois, dans lesquels on aimerait vivre juste l’espace d’une journée, celui d’un Président de la République, celui d’un génie chercheur, celui d’une star américaine en plein tournage d’un blockbuster, oui ok ok de Rocco Siffredi aussi rhhoooo, une ½ journée, celui d’un joueur de foot un soir de victoire de Coupe du Monde, et que sais-je encore chacun son trip.

 

Mais s’il en est bien un qui fascine par son génie, son détraquage permanent et propice à chaque lecture ou visionnage d’un film ou d’une série issus de ses œuvres originelles, et ce depuis désormais quatre décennies, roi du « mais où et comment le mec va chercher tout ça ??? », c’est bien celui de Stephen King. 

Admiratifs quoi qu’en fait hantés depuis notre enfance par son inoxydable créativité, nous pensions pour beaucoup avoir fait un peu le tour de la question, que The Shinning au fil du temps ferait moins peur, qu’après la 10ème redif de Misery nous ne serions pas en mode sursaut glacés dans notre canap’ à l’apparition d’une infirmière tarée à la lueur d’une nuit d’orage, et que le remake de ça l’an dernier sonnait le glas d’une fin de carrière où le disque allait bien finir par crachoter du sillon.

Et bien non, ce grand cerveau de malade, oui, disons-le carrément, en avait encore sous la godasse semelles cuirs maculées de sang, et même si les origines de Castle Rock remonte au bouquin Deadzone dudit Stephen en 1980, sa rencontre avec un autre cerveau aussi barré et en mode de jungle créative que J.J Abrams (créateur de LOST…c’est dire), lui donne une nouvelle vie, qui, dans ce fin fond du Maine (Etat dépeuplé gris resté bloquait dans le 70’s triste de ce nord-nord-est de l’Amérique) confine à l’angoisse géniale et en fait une série fraîchement sortie sur Canal+ de celles dont à la fin de chaque épisode on a vite vite envie de connaître la suite.

En fait cette chronique pourrait de fait s’arrêter là car à moins de ne jurer que par « La petite Maison dans la prairie » ou « Plus belle la vie », comment ne pas tomber assez dingue fou de Castle Rock ; pour vous convaincre encore un peu, 10 raisons garanties sans spoilers :

  1. Maine de rien mais quand même notre ami Bill Skarsgård qui joue le gars qui hante toute la ville, planque tes nièces si tu le croises, le tout avec un texte qui sur l’ensemble des 10 épisodes est aussi long qu’une ½ feuille A4, est aux confins de l’exceptionnel. Espérons qu’il ait un bon psy.
  2. Toujours déroutant de se faire trimbaler dans une série entre temps présent, temps futur, passé pas passé ou est-ce que cela a vraiment existé ou pas, mais là, c’est bien fait, bien foutu, bien marqué, on prend !
  3. Loin de moi l’idée de faire le mec qui s’y connaît en technique cinématographique à regarder dans le détail des génériques de fin pour voir qui était le 2ème ingé son ou l’assistant lumière, mais cette ambiance visuelle, fait jamais beau dans ce foutu Maine, cette lumière entre 80’s 90’s et temps présent, absorbe à t’en glacer le sang les yeux depuis ton canap.
  4. Sans spoiler, quoique si en fait un peu, toujours savoureux de voir vivre dans une série des personnages dont tu étais persuadé qu’ils allaient se faire traverser par les lames de couteau, et à l’inverse se faire surprendre par le tragique d’une vie alors que tout semblait écrit que, elle, survivrait.
  5. Ce Bill Skarsgård non mais merde quoi, ce talent de timbré !
  6. Parce que le Maine a voté à 60% pour Trump et que la série, si vue largement, va définitivement annihiler toute envie de tourisme et d’installations là-bas, et bien ça sera bien fait !
  7. Répétons-le, l’alliage de Abrams et King est quand même l’assemblage de deux cerveaux de génie, et que si nous avions pu « rêver » d’une série située entre les surprises perpétuelles de Lost et le suspens froid d’un Shining, bah la voici cette série.
  8. Toujours savoureux, enfin c’est mon avis dans mon esprit de tordu, de foutre un grand coup de pied dans le manichéen, tous les personnages ne sont pas blancs ou noirs (enfin si, de peau, rhoooo lalalalalalaa), disons soit des mignons gentils futures victimes proies soit des méchants pas gentils tueurs de mignons gentils futures victimes proies.
  9. Bah ça justement mon pote, dès le début, tu le comprends et t’es sûr que ça ça te lâche pas, alors tu regardes ta chérie à l’autre bout du canap, et tu te demandes si elle va pas te foutre un coup de couteau à un moment…bon là ok t’as les boules, mais c’est rigolo, non ? Allez siiii !
  10. Parce que c’est bien. Voilà. C’est bon de toute façon si t’aimes pas ou t’as pas Canal+ bah retourne chez ta mère, et arrrrrreeeetttttteeee sinon je t’envoies dans le Maine pour tes prochaines vacances !

J’vous embrasse.

 

 

The Fog

Puisque l'on vous dit que John Carpenter est toujours présent sur nos écrans. Après la production du dernier Halloween, la sortie en blu ray de Jack Burton, voici que The Fog revient au cinéma!

Pas le remake! On s'en souviendra comme le plus mauvais remake de tous les temps. Un machin sinistre qui montre bien que les studios ont un problème avec l'univers du réalisateur de Starman. Ils ne comprennent rien à la subversion du personnage.

Carpenter n'est pas un tendre. Il a toujours aimé égratigner le monde qui l'entoure avec des histoires fantastiques. Son style n'est jamais gratuit: il y a une logique implaccable dans ses récits. Il adore critiquer sous couvert de divertir. C'est un sacré emmerdeur.

Assaut, western moderne, parlait d'insécurité et de désarroi social. Halloween suggérait l'ennui des banlieues bien blanches. The Fog montre les fantomes, au premier degré, qui se cache dans l'histoire américaine.

Petite production, le film se base sur une photo irréprochable, que l'on redécouvre aujourd'hui après un très joli nettoyage et un récit solide faisant croiser plusieurs personnages. D'ailleurs, amoureux des femmes, The Fog n'a que des femmes fortes. Et un casting sublime.

Carpenter retrouve la belle Jamie Lee Curtis et Nancy Loomis après le succès suprise de Halloween, la nuit des Masques. Il fait jouer aussi sa femme, l'impressionnante Adrienne Barbeau. Et il réussit un joli coup en ajoutant, Janet Leigh, la mère de Jamie Lee Curtis, au casting. Les femmes sont intelligentes dans The Fog et c'est une oeuvre féministe avant l'heure.

Mais ce n'est pas la seule qualité: une fois de plus, Carpenter prouve qu'il a un sens de la mise en scène sans faille. Tout est vérouillé: la malediction qui s'abat sur le petit port d'Antonio Bay est inévitable et sans concession. Le film d'horreur a quelque chose de primitif par sa rapidité d'exécution et ses raccourcis si précis. Carpenter ne joue la montre. Il va à l'essentiel. Il aime le genre. Cela se ressent encore. Refusant de réaliser un nouveau film, il nous manque ce monstre sacré!

Avec Jamie Lee Curtis, Adrienne Barbeau, Tom Atkins et Hal Holbrook - Splendor film - 31 octobre 2018 - 1h25

Jack Burton dans les griffes du mandarin

Eloigné des plateaux de cinéma, occupé par une tournée mondiale, John Carpenter réussit à avoir une actualité chargée! Et nous, on ne va pas se plaindre.

Il vient de produire et composer la musique du tout dernier Halloween. John Carpenter ne veut plus avoir à faire avec les gros studios. Parmi ses mauvais souvenirs, il y a le sort réservé à sa comédie fantastique: Jack Burton dans les griffes du Mandarin.

Ce fut un gros échec à sa sortie en 1986 et le film a couté cher à la carrière du cinéaste. Les deux films suivants, Le Prince des Ténèbres et Invasion Los Angeles sont des charges monumentales contre la société qui l'entoure. Le nihilisme submerge John Carpenter durant les années Reagan.

Jack Burton fut une récréation qui heureusement, avec le temps, a montré ses qualités de coeur et de mise en scène. Car le réalisateur de The Thing voulait rendre hommage au cinéma de HongKong qui tout simplement réinventait le cinéma d'action et donner des valeurs narratives inédites à la série B.

Le film est donc une comédie qui expérimente. Il ne faudra pas s'étonner si Carpenter devient après cette expérience douloureuse durant la production, un auteur clairement indépendant. Ici, il tente une virtuosité qui pouvait déconcerter.

Tant pis pour la critique ou le public de l'époque. Jack Burton annoncait une petite révolution. Rappelons que ce fier Américain va se retrouver au milieu d'une guerre souterraine pour aider un ami à retrouver sa belle fiancée aux yeux clairs, qui intéresse un Fu Manchu exilé!

Il est tellement dépassé que notre héros n'est finalement qu'un sidekick bavard et drôle. On n'est pas prêt d'oublier les nombreuses répliques de ce gentil abruti au milieu des légendes millénaire!! Encore aujourd'hui elle font mouche! Les dialogues et la symbiose entre les comédiens sont une force du film.

Mais avec cette remasterisation, on apprécie toutes les couleurs, les décors, les costumes et les autres idées parfois loufoques du réalisateur. Les bonus sont à la hauteur du film. Comme deux vieux copains, Kurt Russell et John Carpenter sont ravis d'avoir un micro devant eux. La fin alternative, les images d'époques, bref tout y est pour réhabiliter cette fantaisie asiatique, exotique et fantastique à tous les points de vue.

Avec Kurt Russel, Kim Cattrall, Dennis Hun et James Hong - 20th century fox - 1986

Bohemian rhapsody

Film Under Pressure par excellence, Bohemian Rhapsody sort enfin sur les écrans. Et souffre de tous les aléas d'une production qui pourrait mériter un film elle aussi.

On va tenter de vous faire un résumé de tout ce qu'il s'est passé depuis que Sacha Baron Cohen avait proposé de jouer le célèbre chanteur, Freddie Mercury. Un réalisateur est choisi puis les ayant droits s'en mêlent et ce sont une succession de compromis qui finissent par décevoir Cohen qui se barre. Le scénario est écrit pour que ca plaise à tout le monde. Surtout Brian May et Roger Taylor, guitariste et batteur de Queen, producteurs du biopic.

Ca n'aide pas à la grande objectivité et difficile pour un cinéaste de s'imposer. Habitué aux X Men, Bryan Singer relève le défi. Mais il finit par être viré avant la fin du tournage. On parle de différents artistiques. Le tout premier réalisateur choisi, Dexter Fletcher - réalisateur d'un film sur Elton John - revient aux commandes. On sait surtout que le réalisateur de Usual Suspects est accusé de viol par un jeune comédien.

On devine d'ailleurs dans le portrait de Mercury, le reflet du cinéaste. Car le film est très poli sur la vie dissolue du moustachu qui a fait trembler Wembley. C'est la chose la plus intéressante du film et c'est non voulu: la controverse, l'homosexualité, les moeurs... Difficile de ne pas voir un écho avec la vie tumultueuse de Bryan Singer, ambigu dans la vie comme dans ses films.

Mais dans Bohemian Rhapsody, tout cela relève un peu de l'anecdote. Des "a cotés" exotiques. Ce qui compte c'est l'osmose entre quatre musiciens, très différents, qui vont révolutionner le rock et défier les conventions, à tous les niveaux.

Mercury est un emmerdeur génial. John Deacon est un doux rêveur. Roger Taylor est un dragueur tendre. Enfin Brian May est un technicien remarquable qui forme le ciment du groupe. Ils forment une belle bande de potes que l'on voudrait avoir. Les hits du groupe sont nés de cette amitié hors norme qui passera les épreuves: la gloire, la haine, la décadence et bien entendu, la rédemption.

Car les biopic, c'est comme les films de super héros: c'est construit de la même façon. Avec la même narration. La même morale. Mercury, c'est quasiment la même chose que Ray Charles ou Johnny Cash. C'est un peu pantouflard surtout et indigne de l'énergie du désespoir qui a habité Freddie Mercury, extraterrestre du rock'n'roll.

Heureusement il y a de bonnes choses: certains passages autour de la musique sont intenses et les comédiens pour la plupart méconnus sont assez bons. Mais le film est paresseux, trop simpliste, ou défend une ligne qui semble très très (trop) officielle. Comme Yves St Laurent il y a peu, on pourrait imaginer une seconde version plus indépendante du mythe, plus créative, plus folle. Plus rock'n'roll quoi!

avec Rami Malek, Ben Hardy, Joseph Mazzello et Tom Hollander - 20th century fox - 31 octobre 2018 - 2h09

Sweet Exile

D'abord on aime l'attitude. Quel chouette nom de groupe. The Call me Rico. Surtout que le groupe rassemble finalement une personne essentiellement. Un type qui a la tête ailleurs. Un musicien qui se trouve à la frontière entre les Etats Unis et le Mexique. Un homme qui marche seul mais qui sait aussi s'accompagner.

En tout petit sur la pochette de sa troisième aventure, il a ajouté They Call me Rico et en tout petit, the escape qui représente deux complices pour une nouvelle fournée de chansons bien marquées par le blues rock.

Dans ces compositions, on retrouve tout le vaudou de la Louisiane, toute l'apreté du Texas et du soleil comme en Arizona. C'est moite. C'est chaud. C'est tendu. Le trio fait de la magie avec ses formules que l'on pensait si bien connaître.

La voix de Rico traine derrière les légendes noires du rock. La basse tabasse. La batterie aplatit. La guitare s'échappe en toute liberté des rythmes lourds, binaires et surtout hypnotiques. L'exil fait du bien à nos oreilles.

On adore les petits funks qui ne dérangent jamais la démarche du chanteur. Québécois installé à Lyon, Rico aime bien ce doux mélange qui nourrit ses chansons fortes et touchantes. Ambitieux, il s'attaque à la mythologie rock avec un appétit incroyable. On est souvent bluffés par le lyrisme de son blues.

Ca donne l'envie de porter un stetson, de shooter dans un tas de poussière, de boire une bière vite chaude, de jouer aux cow boys et aux indiens. Mission remplie pour Rico, un chanteur qu'il est très bon d'appeler!

Voxtone - 2018

Le « Faites du bruit » de Nagui


Nagui est de ceux qui, année après année, printemps après printemps, mois après mois, restent ou plutôt deviennent des séquoias de la télé et de la radio, toujours là avec la même énergie, le même entrain, la même bienveillance et allons-y gaiement, selon ce que nous voyons là devant nos écrans, l’a priori même plaisir à faire ce qu’ils font.

Bien sûr, les années passent, le trublion de la fin des années 80, le créateur audacieux d’une vraie émission pour amoureux de la musique à savoir Taratata a petit à petit laissé sa place à un animateur confirmé, les cheveux sont devenus gris mais le mec semble rester le même, et à l’image d’un Nikos, d’un De Caunes, avec leur père à tous ledit Drucker, malgré quelques tempêtes ou petites périodes du désert, en mode roseau, il a des fois pu plier mais n’a jamais rompu.

Les mauvaises langues diront qu’on le voit partout, qu’entre le midi et le soir sur France2, le mec inonde de sa présence les moments clés d’une grille, mais après tout, si le type est là, c’est que l’on n’a sans doute pas trouvé mieux, et que le public s’y retrouve, on même appelé ça le talent, en fait !

Néanmoins, si bémol ou remarque il doit y avoir sur l’ami Nagui, virgule totalement gratuite, profondément dite uniquement dans le but de faire un sujet chronique, c’est bel et bien les redondances de langage de notre camarade du jour, de ses petits tics qui, en le voyant régulièrement, finissent par s’interroger sur le presque jeu, ou la volonté d’avoir 4-5 expressions façon marque de fabrique, juste histoire que, dans un repas entre potes on dise « AHhhh mais ça c’est la phrase de Nagui ça ».
Si son « ciao ciao ciaooooooooo » à chaque fin d’émission passe glisse bon ok un brin old school mais bon ça passe et ça glisse, son « etttttttt faitttteessss du bruit pourrr… » un artiste, un candidat fan de karaoké du soir à l’apéro ou encore pour un finaliste à qui on doit prendre sa place confins génie le cul posé dans un fauteuil vintage violet le midi à l’heure du pot-au-feu de mamie, là oui, ce « faittttessss du bruit », fini par gratouiller l’oreille à se demander d’où ce truc-là, vient.
5 hypothèses :

  1. Fou jaloux des concepts de la « Fête du slip », de la « fête à neuneu » et de la « fête à la saucisse », Nagui à pour idée depuis maintenant 20 ans de lancer « la fête du bruit », concept pourtant apparenté depuis 1981 à la « fête de la musique » où groupes d’ados boutonneux reprenant du Nirvana jouent à 10m d’un collectif d’origine chilienne reprenant du Ocarina en flûte de pan de 19h à 2h du mat’ chaque 21 juin.
  2. Gerard Pulicino, réalisateur de Taratata, ne s’appelle pas en fait Gérard Pulicino mais bel et bien Fred Du Bruin, car il est belgo-néerlandais. Il s’agit donc d’un code entre lui et Nagui avant de lancer un artiste sur scène, pour faire glisser le tout le « Fred Du Bruin » et devenu « Fritte De Bruin », puis, pour tromper le public, dans le temps, « Faites du bruittttttt » (oui il faut très bien maitriser l’accent belge pour maitriser cette vanne pourrie »
  3. Accusées de faire plus du bruit avec leurs cordes vocales que réellement de reprendre avec talent le répertoire de la chanson française dans « N’oubliez pas les paroles », les candidates dudit jeu ont eu raison de Nagui, qui, à chaque lancement, à trouver cette astuce pour ne pas dire « Faites entrer les accusées chanteuses » mais « Faites du bruit ».
  4. Nagui est atteint de surdité profonde depuis son plus jeune âge, avantage ça lui permet de pouvoir consacrer un Taratata entier à Kyo ou à Boulevard des airs ou au Frerot Delavega sans même se rendre compte de la nuisance sonore, en revanche, n’entendant rien, il a besoin de repères pour savoir quand lesdits groupes chantent, ou pas, son repère, c’est le public, d’où cette demande d’hausser le niveau sonore lourdement avec un « faites du bruit ».
  5. Enfin, en changeant 14 lettres à l’expression « faites du bruit », on obtient l’expression « doubler mon salaire chaque année », vieille technique connue pour jouer sur le subconscient des patrons de chaîne, il doit néanmoins répéter ce code mystérieux à longueur d’émission pour arriver à ses fins, et a priori il y arrive !!!

    Voilà, je n’ai pas d’autres explications, mais c’est déjà beaucoup.

    J’vous embrasse.

Crave, Sarah Kane, Antea Tomicic, La Gravière,

 

Les voix noires de l’amour sont impénétrables.

Sous leurs masques opaques les voix C,M,B,A, personnages de CRAVE, incarnent le long poème vital de Sarah Kane. Une déchirure du langage et des sentiments : « On contrôle, on contrôle, on relâche et on contrôle ».
Antea Tomicic nomme et dirige les ombres, elle créé et développe un langage visuel et physique qui prononce le texte, le libère d’interprétations hasardeuses, étroites, conventionnelles.

Sur le sol quatre voix plantées, C,M,B,A quatre corps d’ombres, quatre visages masqués.
Ne faisons pas tomber les masques. De cette noirceur jaillissent les voix, les mots s’entendent, enfin il s’entend le langage brisé de Kane c’est lui qui occupe toute la scène, lui qui joue, lui qui bouge, lui qui nous prend par la gorge et les tripes.
Les voix masquées sonnent dans nos têtes en proie aux voix dans ces moments de haute tension que sont
La rencontre
L’amour
Le désir
Les ruptures de soi
La haine
Les violences amoureuses sexuelles relationnelles
Lorsque dans nos têtes les voix débattent se débattent
La scène est ce ring où quatre boxeurs immobiles s’uppercutent à coups de phrases hachées inachevées balancées
Derrière les masques tu dis quoi, tu dis qui ?
Derrière les masques
Les voies noires de l’amour sont impénétrables
Elles bavardent les silhouettes remettent les pendules de l’amour et de la mort à l’heure
A l’heure de mourir il restera quoi, il reste qui dans le face à face aux quatre coins de la scène quatre corps tentent de survivre
Le masque aspire la peau la bouche la respiration qui de bruit en sons en mots tombe sur nous aux quatre points cardinaux de la carte du Tendre de Kane ses fragments du discours se répondent d’un corps à l’autre d’une situation connue vers l’inconnu, dire, redire, « Qu’est-ce qu’on m’a fait ? Qu’est-ce qu’on m’a fait ? Qu’est-ce qu’on m’a fait ? Qu’est-ce qu’on m’a fait ? Qu’est-ce qu’on m’a fait ? Qu’est-ce qu’on m’a fait ? Qu’est-ce qu’on m’a fait ? »
C,M,B,A, vous, moi, toi, nous, tu silences tu rebondis tu dédis et les corps gainés à peine s’ils bougent nous respirons à peine sous le masque noir nous couvre le visage tout se joue sur nos paupières closes le texte empereur, déferlantes de sens de paradoxes de doutes l’amour c’est quoi et comment et jusqu’où ?

C’est ainsi
Massif
Inerte
Délirant
Le théâtre s’installe
Fascinant
Inquiétant
Révoltant
C’est ainsi
Un appel des forces
De la force du langage
C’est ainsi
Que les mots
Que les femmes
Que le théâtre existe dans la cruauté de la vie, ses protocoles

Jusqu'au 03 novembre 2018
Conception et mise en scène : Antea Tomicic
Jeu : Delphine Horst, Helena Patricio, José Lillo, Xavier Loira
Lumière : Janosz Horvath
Son : Purpura
Poème de TS Eliot “The Love Song of Saint Sebastian” lu par Lydia Lunch

La Gravière, 9, Chemin de la Gravière, 1227 Les Acacias, Genève

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