Les nègres, Jean Genet, Odéon

Une pièce trop déroutante pour être sauvée par une mise en scène brillante.
Monter une pièce avec des comédiens noirs, c’est de cette donnée qu’est parti Jean Genet pour écrire Les nègres. Manière d’interroger les rapports entre les Noirs et les Blancs, elle met en scène le procès d’un noir accusé d’avoir tué une blanche.
Le metteur en scène Robert Wilson, notamment salué pour ses Fables de La Fontaine à la Comédie française invente ici un univers original. Lumières, palmiers, strass, il n’a pas lésiné dans le technicolor. On se croirait parfois sur une scène de Philippe Decouflé ou un dessin animé d’Ocelot à travers les jeux d’ombre et de lumière.
Mais la pièce crispe. Au lieu de permettre de faire tomber des barrières, elle exacerbe les tensions. Les acteurs hurlent leur texte sans nuance. Des cris ponctués de sons aigus et de musique trop forte agressent. Malgré un visuel soigné, le texte peu compréhensible insupporte par sa vulgarité.
On saisit mieux la place de la violence et de l’absurde dans la pièce quand on sait que Jean Genet a écrit son premier texte Le condamné à mort alors qu’il est incarcéré à la prison de Fresnes. Mais on se serait bien passé de la sensation d’être enfermé, même au théâtre de l’Odéon.
Jusqu'au 21 novembre 2014
Jean Pierre Manchette

Chers lecteurs de ces modestes chroniques, si vous avez lu quelques unes de celles que j'ai pu commettre depuis 4 ans maintenant (et oui, le temps passe...), alors vous connaissez mon attachement à un certain type de roman policier français. Il s'agit des polars de Daenincks, Pouy, Fajardie et quelques autres dont Manchette. Malheureusement celui-ci nous ayant quitté, nous n'avons plus droit à ses géniales histoires.
Dieu merci, quelques dessinateurs de BD font vivre son oeuvre! On se souvient de quelques adaptations de Jacques Tardi: Je pense au "Petit bleu de la côte ouest" (édité par les Humanoïdes Associés) ou à "La position du tireur couché" et "O dingos, ô châteaux" tous deux parus chez Futuropolis. Ces trois albums sont excellents ne boudez pas votre plaisir, jetez vous dessus, vous ne prenez aucun risque.
Un autre dessinateur, lui aussi issu du journal de Pilote s'est attaqué avec brio à l'oeuvre de Manchette: Max Cabanes. Personne n'a oublié "Dans les villages", série étrange des années 80/90, pas toujours facile d'accès mais déjà merveilleusement bien dessinée. A part cette série, qui a fait date et reste une référence, Cabanes n'a pas toujours eu des scénarii à la hauteur de son talent...Je passerai donc sur certains albums qui ne m'ont pas laissé un grand souvenir. Mais il revient en force en 2009, dans la Collection Aire Libre des éditions Dupuis avec "La princesse de sang". C'est l'adaptation du roman de Manchette. Et celle-ci est fort bien réussie! On regrettera simplement la petite faute éditoriale qui consista à sortir l'histoire en 2 tomes...
C'est donc avec bonheur que je découvre voilà quelques semaines sur les présentoirs "Fatale" à nouveau signé Manchette et Cabanes. Le bonheur supplémentaire vient du fait que l'album réunit en 140 pages l'intégralité de l'histoire. Donc faute non reproduite à moitié pardonnée, merci Dupuis.
Fatale c'est le roman de la province, des notables des petites mesquinerie de la bourgeoisie bien pensante. Fatale c'est une femme qui pour vivre cherche à deceller ce qui se cache derrière les apparences, le vernis des conventions. C'est sans grande difficulté qu'elle trouvera les fissures lui permettant de transmettre son venin et de pousser ce petit monde jusqu'aux pires extrimités.
Si vous n'aviez pas lu le roman, je vous laisse le bonheur de découvrir les rebondissements de cette histoire. Je ne retiendrai que le fait que de son vivant, Manchette avait déjà collaboré à des bandes dessinées: l'album original signé avec Tardi "Griffu" paru dans les années 80. De même aujourd'hui Didier Deanincks propose des histoires en image qui sont largement à la hauteur de ces romans. On regrettera que plus d'auteurs ne s'y essayent pas...En même temps toutes les expériences ne furent pas forcément aussi bonnes que celles évoquées ici, c'est vrai. IL faut donc du talent, même pour adapter un auteur qui en avait à revendre et ce n'est pas donné à tout le monde, donc rendons grâce à celui de Cabanes.
Les demi-frères enchantent Nougaro

Envie d’escalader Claude Nougaro par sa face sud? Le duo des Demi-Frères surprend par son approche inédite du colosse toulousain.
Quand les demi-frères enchantent Nougaro, ce dernier est partout et nulle part à la fois. Partant, avec une bonne humeur contagieuse, de la vie et de nombreuses œuvres du géant toulousain, les demi-frères sont incapables de ne pas se laisser porter d’un jeux de mot à l’autre, d’une digression à une autre, se délectant de perdre le fil et de passer du coq à l’âne. Ou serait-ce du coq à la pendule?
Ainsi, tout est prétexte à rigoler, et les Demi-frères sont eux-même souvent au bord du fou rire, tant ils prennent un plaisir évident à se donner en spectacle. Laurent Conoir épate par ses imitations du célèbre chanteur toulousain, tellement son coffre et sa voix s’en rapprochent. Medhi Bourayou, lui au piano, régale par son espièglerie. Les deux se retrouvent dans une profonde bonhomie.
C’est donc sous un angle original et attachant qu’on redécouvre l’œuvre, et particulièrement les textes, du géant toulousain.
jusqu’au 27 décembre 2014
du jeudi au samedi à 20h, à l’Archipel,
Une escalade poétique-sportive des chansons de Claude Nougaro
conçue par les Demi-Frères (Laurent Conoir et Medhi Bourayou) et Renaud Maurin
mise en scène Renaud Maurin
Flashdance, le musical, Théâtre du Gymnase

Trente ans après le film culte, Flashdance fait bouger les fauteuils du Gymnase.
Toute une génération bercée par le désir de danse d’Alex Owens retrouve les chansons cultes What a feeling, Maniac dans une mise en scène libérée de Philippe Hersen. (suite…)
« Danse avec les rising stars »

AHHHHH, ma bonne dame, il est bien loin le temps où notre Michel Drucker national utilisait le terme « Stars » pour ses émissions en y recevant des vraies « stars » même si nous étions dans les années 90 et que, du coup, l’originalité du titre, « star 90 » faisait paillettes qui brillent pas des masses, et que Michel Sardou toutes les 3 émissions, que tu sois ou pas une femme des années 80 et donc jusqu’au bout des seins, bah ça lasse. (suite…)
Cabaret Barbara, Comédie française

Tour de chant des facettes variées de la Dame en noir par les comédiens et musiciens du Français. (suite…)
Second Nature

Voilà le genre d'album qui défie toute autorité, toute responsabilité commerciale, toute tentative de cohérence contemporaine. Un ex de Deep Purple s'associe à un ex de Dream Theater pour composer de la musique comme on n'en fait plus.
Un rock lyrique qui ne déplairait pas du tout à Queen. Un rock acrobatique qui fait les beaux jours de Muse, qui a remasterisé le style. Un rock qui veut nous raconter des grandes histoires à coups de rythmiques balèzes et de solos de guitare épiques.
Le fameux rock prog est de nouveau à la mode. Est ce l'actualité déprimante qui pousse le retour de cette musique littéraire qui ne fait jamais dans la demi mesure et qui recherche à chaque accord une immersion totale dans un univers musical haut en couleurs? En tout cas, le genre est bien de retour.
Donc cela commence par une longue plage de 12 minutes avec assauts en tout genre. La particularité du groupe c'est une intrusion réelle et jamais désagréable d'une pop assumée. Ce qui est assez rare pour être souligné. Cela apporte une certaine légèreté qui sauve l'ensemble du démonstratif!
Le disque se concluera sur un Cosmic Symphony qui évidemment va exploser sur plus de dix minutes. Entre ces deux gros morceaux de musique, il y a des efficaces chansons qui vont faire secouer la tête des amateurs et les geeks de tout poil. Les musiciens s'amusent beaucoup et cela s'entend. La voix n'est pas du tout agressive. Elle apporte vraiment quelque chose au genre. Les zicos aiguisent leurs envies et tentent des choses assez impressionnantes.
Quelques touches jazzy donnent un peu de liberté et ce second effort échappe aux conventions et se révèle totalement abordable! Avec son immonde pochette et ses attitudes dignes des premiers Genesis, ce groupe est vraiment atypique et mérite une oreille attentive!
Mascot - 2014
Meurtres pour mémoire

Ecrit en 1983, Meurtres pour mémoire est un des premiers polars de Didier Daeninckx à connaître absolument pour comprendre la suite de son œuvre, parfois polémique, mais ô combien indispensable pour rester en éveil.
Prix de la grande littérature policière et Prix Paul Vaillant-Couturier en 1984, Meurtres pour Mémoire est un polar historique qui frappe là où ça fait mal. Si le devoir de mémoire est aujourd’hui une reconnaissance morale institutionnalisée, en 1983, quand Daeninckx écrit ce roman, la raison d’état pèse encore lourd dans les affaires politiques. Le procès de Papon, préfet en 1961 et condamné en 1998 pour complicité de crime contre l’humanité est encore loin…
En 2010, ce classique de la littérature policière fait encore mal et reste malheureusement d’actualité pour de nombreux passages que nous citerons plus bas… Un constat affligeant qui montre que le style sobre mais mordant de Daeninckx prend naissance dans une fresque réaliste de la société française qui en 27 ans recycle ses échecs sociologiques.
Le roman de Daeninckx prend comme point de départ les événements d’octobre 1961. Le 17 octobre 1961, sous l’égide du FLN, des milliers d’algériens organisent une manifestation qui finira dans un bain de sang. Le droit d’expression pacifique contre un couvre-feu uniquement imposé aux Nord-Africains est ponctué de massacres dans une psychose générale du corps policier. Des CRS basculent dans la vengeance. En 1983, Daeninckx écrit 48 morts, les historiens actuels parlent de plusieurs centaines…
Dans cette description apocalyptique du 17 octobre, Daeninckx crée un personnage, Roger Thiraud. Celui-ci se fait assassiner alors qu’il observe les événements, un bouquet de mimosas à la main. Son meurtre est ajouté à la liste des morts, sans autopsie malgré une balle dans la tête. Historien originaire de Drancy, il n’a pourtant aucun rapport avec les événements de 61. Sa femme, enceinte du petit Bernard, ne le verra jamais revenir chez elle et demeurera assommée par cet événement durant une vingtaine d’année. La naissance de son fils ne la guérira pas de ce trauma.
20 ans plus tard, alors que Bernard reprend le flambeau de son père en poursuivant partiellement ses recherches historiques, celui-ci est assassiné dans les ruelles de Toulouse. Une enquête est ouverte, l’Inspecteur Cadin est né. Découvrant le lien entre les deux assassinats, Cadin décide alors d’enquêter sur cette famille et sur les événements d’octobre 61…
L’enquête progressera et fera émerger du passé de nouveaux liens historiques entre le camp de concentration de Drancy aux portes de Paris, les Thiraud et les autorités politiques des années 80… Une flèche littéraire décochée vers le corps politique français qui a su recycler ses hauts-fonctionnaires de la collaboration. Papon condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l’humanité et impliqué dans les événements de 1961 entre au gouvernement de Raymond Barre de 1978 à 1981…
Ce polar politique et historique est une réussite. Le suspens est généré par le secret et la chape de plomb qui règnent sur la raison d’état plus que par l’articulation déductive de Cadin qui fouille et permet par ses rencontres, de dresser un paysage sociologique effrayant. Daeninckx, à travers un Cadin narrateur, écrit un joli pamphlet contre l’inhumanité du pouvoir qui place ses intérêts personnels au-dessus de ceux de la démocratie. Un petit air de musique sur les inégalités sociales qui sonne étrangement juste en ce mois de juillet 2010 où se joue un feuilleton politico-financier indécent au sommet du pouvoir…
A lire. Daeninckx ouvre son livre avec une phrase clef en épigraphe : "En oubliant son passé, on se condamne à le revivre."
Les passages de 1983 qui font mal à notre époque :
Claudine s’adressant à l’Inspecteur Cadin :
« Les brebis galeuses sont maintenant ceux qui logent dans les grands ensembles, en lointaine banlieue. Les Minguettes, les « 4000 ». Les immigrés ont remplacé les romanichels, les jeunes chômeurs ont pris la place des biffins. (…) Certains avaient intérêt à donner une image négative du peuple de la zone. Ils ont utilisé le phénomène de rejet pour les chasser de la périphérie immédiate de la ville. Ca continue avec l’utilisation actuelle du thème de l’insécurité. On tente d’assimiler les couches sociales les plus durement frappées par la crise, à des groupes présentant des dangers pour le reste de la société. Un véritable tour de passe-passe ! Les victimes sont transformées en épouvantails. Et ça marche ! La grand-mère la mieux attentionnée serre son sac à main sur son ventre dès qu’elle croise un garçon aux cheveux un peu trop bouclés ! Rien que cette peur permet de légitimer, par avance, les mesures prises à l’encontre de ces gens. »(…) Allez donc consulter les registres de police du temps des fortifications. Le travail de vos ancêtres, en quelque sorte ! Les crimes de sang étaient extrêmement rares. Les délits les plus courants consistaient en des escroqueries minables, des vols d’aliments, des scènes de ménage. Pourtant, la grande majorité des rubriques de faits divers ruissellent de sang. Un bon filon pour vendre du papier ! On peut passer au kiosque et acheter certains journaux, on ferait la même constatation : assassins, sadiques, violeurs, tous les sales rôles sont tenus par des ouvriers des miséreux. Jamais de notables… Quand on parle de médecins, d’avocats, de chefs d’entreprises, c’est en rubrique « société ». On fait preuve de pudeur, alors que les sommes en jeu dans les affaires de fraude, de fausses factures, de détournements de fonds sont dix fois supérieures au total de tous les hold-up de France et de Navarre. (…) Vous courez uniquement après les plus petits et vous laissez les gros se repaître tranquillement…(…) Le système se protège efficacement… »
215 pages Folio






