L’une et l’autre

Rencontre en mots et en musique de l’écrivain Delphine de Vigan avec la chanteuse La Grande Sophie. Instant de poésie à l’état pur au Festival Madame Lune.
Avec leurs silhouettes modernes de noir vêtues, on les a prénommées « les Thelma et Louise de la lecture musicale»! La brune et la blonde nous ont offert un concert d’une inestimable beauté.
Delphine de Vigan a publié 6 romans, La Grande Sophie, 6 albums. Création à deux voix, L’une et l’autre réunit ces deux artistes au large succès. Elles plongent toutes deux leur plume dans ce qui fait vibrer l’humanité, manient les mots avec grâce. Une admiration réciproque et une estime mutuelle a donné vie au projet audacieux de les réunir.
Sur scène leurs voix se mêlent, leurs mots se répondent. Elles savent chercher au plus profond d’elles-mêmes ce qui les anime, les touche, les blesse. Elles nous livrent avec une sensibilité extrême le cœur de leurs pensées, leurs histoires et leurs déboires.
En concert guitare voix, La Grande Sophie reprend certains de ses titres cultes et invite même parfois Delphine à la suivre. La version acoustique de Quelqu’un d’autre et On savait donne des frissons. On rêve de leur enregistrement studio à venir…
On s’est senti tellement privilégié ce soir là d’assister à leur concert qu’on souhaite à bien d’autres ce même plaisir.
We go Home

« Fils de », Adam Cohen fait de la musique folk, comme son papa. Et alors ?
Le calendrier des sorties réunit parfois les familles. Le vénérable Leonard Cohen sort un tout nouvel album et son fiston aussi. Inutile de dire que c’est le papa qui va intéresser toutes les presses du monde entier donc nous, nous allons mettre en avant le fils, Adam Cohen, qui sort son quatrième disque, intimiste et folk.
Il se débrouille très bien d’ailleurs. Le succès fut tardif pour cet auteur de 42 ans. Après deux premiers essais, Adam Cohen prenait sa retraite musicale en 2007. Son père aussi à l’époque était bien silencieux, caché dans son couvent bouddhiste. Mais visiblement, cette période de disette fut bénéfique pour toute la famille.
Le père remplit désormais Bercy en un clin d’œil et Adam Cohen revient avec un album qui fonctionne très bien au Canada. Like a man en 2012 fut un carton. Ce nouvel album, We go Home, fut réalisé dans les maisons de son enfance : il en sort une vraie authenticité qui fait effectivement le sel de la musique folk.
Désormais, Adam assume l’héritage de Léonard. La filiation, il la montre pleinement et l’évacue sans stress, sans excuse, avec l’envie d’un solide artisan qui semble fier de son boulot. Ce n’est pas très original mais assez accessible et plutôt sensible.
Il n’évite pas les clichés. Il les embrasse. La voix est éraillée mais porte le poids des années. L’expérience fait maintenant la différence. Acoustique, le disque n’empêche pas un certain lyrisme et un élan militant. Il n’a pas le génie du grand Léonard, mais il a le talent et l’intelligence. Tel père, tel fils.
2014 – Cooking Vynil
« Le journal du hard »

Oui, la rédaction d’Etat-Critique.com est elle aussi composée de pères et de mères de famille qui n’échappent pas à la nécessaire, et néanmoins douloureuse, explosion du compte bancaire de la fin d’année approchante, de par des demandes de plus en plus exigeantes de leurs bambins, de leurs ados, voire même, pour certains, de leurs jeunes adultes «progéniturés » 25 ans avant.
Les hommes et les femmes d’Etat-critique.com se sont donc réunis pour me confier une mission : deux mois environ avant l’escalade financière de l’achat des cadeaux de Noël, réaliser une chronique qui, une fois le titre mis en avant sur les réseaux sociaux ou dans mon humble rubrique « Vu à la TV » sur notre site, saupoudrée de mots clés hastagués comme un bourin #sex #bigboobs #merciquimercijackieetmichel #tulaveuxdanstoncuculvieillechamelleenchaleur, pourrait nous permettre de faire gonfler l’audience, d’amasser du lecteur, de truster de la recette publicitaire, en un mot comme en cent, nous rapporter un max de tunes afin de garnir nos portefeuilles et ainsi nous permettre d’appréhender la fin d’année tranquille, sans avoir peur du lendemain !
Afin de remplir cette mission, seuls quelques thèmes de chroniques pouvaient faire l’affaire : le cul, le sexe, la kékette, les fesses et un titre phare du type façon l’Express en manque de lecteurs : « Cul, sexe, nichons ? Où en sont les français ? »… Eh oui, seul un enchevêtrement de ce type pouvait faire grimper l’audimat !
Ne déviant pas néanmoins de ma ligne éditoriale « Vu à la TV », j’ai donc choisi de mettre en avant le « Journal du Hard », émission symbolique et fantasmagorique s’il en est, dont le titre évoque à tous un embrasement de turlutte, de foufoune, de zézette et autres « ooohhhhhh oui mets moi la toute John-Francissssss !!!! ».
Bien sûr, exposer un tel titre n’est pas sans risque de déception et de frustration. Quelques exemples de brebis égarées qui liraient cette chronique de par une mauvaise orientation googleésque :
- Les vieux fans de Metallica ou d’Iron Maïden qui pensaient atterrir sur une nouvelle chronique hebdomadaire consacrée aux guitares saturées, aux voies rauques et aux cheveux longs et gras.
- Les ados aux pantalons déjà déboutonnés prêts à faire feu la teub à l’air le mouchoir dans la poche devant l’ordinateur familial, un samedi soir de pluie, quand la famille est partie diner et dormir chez mamie, mais que ce petit con a paumé le code parental de l’abonnement à Canal+ et que, du coup, seul internet peut soulager son surplus boursier.
- Les fans de Philippe Vandel, ayant depuis trouvés l’âme sœur, mais qui sont persuadés que le monsieur des « Pourquoi ? » anime encore ladite émission consacrée à l’époque aux princesses hardeuses tel que Julia Channel ou Tabatha Cash !
- Et plus simplement, une bien belle et grosse tribu de mecs chauds comme la braise, qui n’ont plus Canal+, parce que c’était soit l’abonnement à BeinSport, soit Canal, et que les deux, et bah ça fait cher, donc du coup, ils ont 4 fois plus de foot mais 2 fois moins de cul ! Entre baballe et shorts et bouboules et shortys, il faut choisir !
Voilà, voilà, si vous en êtes arrivés là au niveau lecture de ma chronique, je vous dois bien, néanmoins, quelques éléments sur ladite émission, histoire, chers métalleux, mecs chauds, ados boutonneux et fans de Philippe Vandel, que vous ne repartiez pas complètement brecouilles.
En ce sens, sachez que le Journal du Hard a 23 ans, et oui, ça pousse, c’est comme les poils. Qu’il est aujourd’hui animé par l’énigmatique Sébastien Thoen, qui ressemble comme deux couilles d’eau à mon Arnaud, après avoir été animé par une jeune femme nommée Donia Eden, ça ne s’invente pas, plus nom de salope tu meurs, que perso je ne connais pas mais nul doute qu’elle doit être méga bonne (ça fait toujours bien de dire que t’es un mec pas comme les autres).
Que l’émission est toujours diffusée le 1er samedi du mois, sorte de mise en bouche, si j’ose dire, du traditionnel film de boules, autrement dit –chers ados- une sorte de warm-up de la branlette, le moment où faut pas trop forcer sur la nouille sinon vous aurez plus de place pour la suite et le grand film !
Que la ligne éditoriale semble être toujours sensiblement la même : du « ooooooo ouiiiii », du « heinnnn t’aime çaaaaa hein», du « bonjour madame, je viens pour réparer la machine à laver », du gros, du petit, du moyen nichon mais aussi de la kékette tellement géante que quand tu regardes la tienne quand t’as 14 ans, tu te dis « et merde en fait j’suis handicapé »…et que du coup, écœuré…bah tu vas te coucher !
Merci d’avoir lu cette chronique, bande de pervers, Etat-Critique.com vous remercie chaleureusement d’avoir pensé à nous, à votre bon cul, euh…cœur !
Et comme dirait Canal+ : at tchi ka…(et merde, j’ai paumé le code parental…pfffff….)
Camille, Camille, Camille, Sophie Jabès, Lucernaire

Camille, Camille, Camille, trois comédiennes pour une femme unique
Comme s’il fallait trois actrices pour représenter une personnalité aussi plurielle que celle de Camille Claudel. Comme si elle avait traversé trop de questionnements et d’épreuves pour être jouée par une seule personne. Comme si le théâtre ne pouvait égaler ni même rivaliser avec la réalité. Elles sont trois. Trois Camille Claudel, chacune sur une parcelle délimitée de la scène. Chacune cantonnée à un seul âge, une seule période de la vie de l’artiste.
La première, la plus jeune, est partagée entre la soif de reconnaissance en tant qu’artiste, femme qui plus est, et l’admiration qu’elle voue à son maître Auguste Rodin, dont le talent est partout reconnu et qui joue de séduction avec elle.
La deuxième perd déjà pied. Elle a succombé aux charmes de Rodin, puis a souffert son abandon, son indifférence et, peu à peu, à force de ruminer sa rancœur et son amertume, persuadée d’avoir gâché son talent pour un mensonge amoureux, elle sombre dans des délires paranoïaques.
La troisième est internée depuis 20 ans. Elle crie cette injustice, son malheur, mais c’est avec calme et beaucoup de recul qu’elle revisite les épreuves qu’elle a traversées. Terribles dilemmes d’être artiste, talentueuse et femme, à l’ombre d’une célébrité, d’un génie, dans une société encore trop masculine.
On ne se lassera jamais d’adaptations de la vie de Camille Claudel tellement celle-ci est complexe, passionnante, historique. De Camille, Camille, Camille, on retiendra surtout la force et l’autorité de Clémentine Yelnik et l’émotion contagieuse de Vanessa Fonte, qui par leurs interprétations, permettent de s’approcher un peu plus de l’immense sculptrice.
jusqu’au 22 novembre 2014
Texte Sophie Jabès
Mise en scène Marie Montegani
Avec Nathalie Boutefeu, Vanessa Fonte et Clémentine Yelnik
Plain Spoken

Naturaliste du rock, John Mellencamp était avant un cougar qui rugissait. Il se plait désormais dans la peau d’un vieux lion assagi redécouvrant les racines de la musique américaine.
John Cougar Mellencamp. Il fallait oser à l’époque ! Avec un tel nom, on vous attendait certainement au tournant. Surtout lorsque vous chassez en plus sur le territoire du Boss, Bruce Springsteen. Longtemps, John Cougar Mellencamp ressemblait à un ersatz du chanteur du New Jersey. Même style. Même élan. Et parfois même succès (sur le territoire américain essentiellement).
Les années passent. Le Cougar disparaît et l’homme se cache de moins en moins derrière ses chansons populaires et entêtantes. Mellencamp devient de plus en plus intéressant au fil des années. La maladie le rattrape et le ressuscité revient depuis quelques années avec des albums résolument vintage, confiés à T Love Burnett, spécialiste de l’americana, ce style qui revisite les racines du rock, les plus profondes.
Quatre ans après l’excellent et intimiste No Better than This, le chanteur revient à un rock plus proche de ce qu’il faisait avant même si les guitares ont conservé une nonchalance un peu rétro. Mellencamp est moins excité : il sait ce qu’il doit faire. Il aime ses ritournelles qui parlent des problèmes d’aujourd’hui. Comme Springsteen, il scrute son époque avec une énergie, un peu émoussée, mais qui s’entend encore dans ce 20e album.
Plain Spoken appartient à cette catégorie de disque qui mélange acte militant, rock réel et poésie typiquement américaine, entre description de la réalité et beauté de l’espoir américain. Ca peut être mal compris mais Mellencamp fait du patriotisme, un objet honnête et beaucoup moins grotesque que les politiciens.
Sa musique est pour nous exotique. C’est ce qui fait le charme de ce vieux lion qui aimerait encore rugir longtemps !
Massacre à la tronconneuse

C’est d’abord une déception. Avec un titre comme Massacre à la Tronçonneuse, le film de Tobe Hooper est plein de promesses. Son personnage charismatique, Leatherface, fascine obligatoirement avec son masque de peaux et son impressionnante carrure. Et des petites étudiantes au charme des années 70 restent de parfaites victimes pour le boogeyman à la tronçonneuse.
Pourtant le film n’est pas du tout sanglant. Son exploitation et son interdiction en France ont fait le boulot d’un objet filmique dangereux. Pourtant il n’y a pas trop de sang dans ce film en sueur. C’est peut être l’ambiance qui fait vraiment mal. Mais pas de fontaine rouge ou de découpages de corps ! Pour cela, Saw et ses suites hardcore sont beaucoup plus choquantes… et nulles.
Donc quand vous êtes jeunes et amateurs de films d’horreur, vous êtes déçus par ce film archétypal et fondateur du slasher, qui fera le bonheur de John Carpenter ou Wes Craven pour citer les petits maîtres du genre.
Quand vous approchez la quarantaine, comme le film aujourd’hui, revoir Massacre à la Tronçonneuse est un petit bonheur. Car au-delà des archétypes qui s’inventent sous nos yeux, le film est une brillante mise en scène.
On peut toujours y voir le sous texte politique. Hooper pourrait y dénoncer la politique américaine qui envoyait ses jeunes à l’abattoir, au Vietnam. Le film critique une Amérique conservatrice et grille le mythe texan et aventurier. Pour lui, la violence représente la dégénérence d’une Nation. A 28 ans, Tobe Hooper est un révolté.
Mais cela se traduit par une mise en scène brutale, percutante, audacieuse, qui livre ses secrets à chaque vision. C’est le plaisir qu’offrent les chefs d’œuvre. Au fil du temps, Massacre à la Tronçonneuse obtient ce statut. Plus que Délivrance, la violence est contrôlée par un style qui évite tout cynisme et travaille le spectateur entre dégoût et fascination.
La terreur vient uniquement des plans, de leur couleur, leur texture, leur agressivité. C’est spectaculaire. Sur la carcasse d’un western, le réalisateur de Poltergeist donne à voir une manière inhabituelle et cohérente de filmer l’horreur, les bizarreries et la violence.
Il teinte son film de mystères autour de la famille de cannibales et même ses pauvres victimes. Peut être est ce dû au tournage chaotique et connu pour être malsain (acteurs sous tension, la mafia qui participe au montage financier, effets spéciaux dégoutants avec carcasses puantes, les légendes sont nombreuses autour du film) mais ce refus de tout expliquer est la première et bonne impression pour déstabiliser le spectateur.
La suite des sentiments est une succession d’effets de terreur. Ils sont tous réussis et nous bousculent encore, quarante après. Le film dégomme même la production actuelle. La vacuité des films d’horreur aujourd’hui est flagrante et désolante (un téléphone portable et un type caché dans un placard, et hop, un nouveau Parnormal Activity). La ressortie et la restauration du film de Tobe Hooper est un vrai bonheur. Il semble nous dire en permanence : de l’audace, de l’audace, de l’audace !
Songs of Innocence

Bono a toujours une grande gueule et veut représenter les opprimés du monde entier. The Edge porte toujours des petits chapeaux fantaisies. Ardam Clayton continue de ressembler à une comptable se prenant pour une rock star. Comme Dorian Gray, le batteur Larry Mullen Jr ne vieillit plus. C’est tellement troublant que le groupe a décidé de le mettre seul sur la couverture de leur treizième album studio.
Parce que les jeunes n’achètent plus de disques, Bono et sa bande sont de fins commerciaux et ont d’abord balancé leur nouvel effort sur iTunes. Des millions de téléchargement plus tard, le groupe matérialise enfin le disque et peut être que ca intéressera les moins jeunes. Il est beaucoup question de jeunesse dans Songs of Innocence.
On devine le temps qui passe chez ses héros du rock, un peu fatigués mais toujours heureux de lutter contre Coldplay, Muse et autres spécialistes anglais des stades. Ca les ronge ce passé. Les Irlandais font donc remonter de nombreux souvenirs grâce au talent du producteur DangerMouse.
Certains sons sont empruntés aux premiers disques du groupe. Très bonne idée. D’autres chansons sont des hommages aux Ramones ou aux Clash. U2 fait toujours du son pop rock pour le Monde entier mais s’aventure avec un peu de fébrilité sur des terrains personnels. On les sentirait presque fébriles.
Le disque ne sera jamais Achtung Baby, révolution géniale du groupe, mais après cinq années d’attente, U2 tente encore des choses au lieu de s’arrêter à quelques hymnes pour foule en délire. Ils sont moins feignants que certains. Ils n’inventent plus rien mais leur carrière est assez riche et les producteurs, assez malins, pour revitaliser la flamme qui habite ce quatuor indestructible, engagé et parfaitement agaçants. Ils continuent d’intriguer. Songs Of Innocence n’est toujours pas l’album de trop qu’on leur a tant promis.
Island - 2014




