Gustave – Jacques Weber – Théâtre de l’atelier

« Du sang, pas de la lymphe ! »
Jacques Weber joue dans Gustave une libre adaptation de la correspondance de Gustave Flaubert. Seul en scène accompagné d’Eugène, domestique et confident presque muet, Jacques Weber interprète un Flaubert subversif, révolté dans l’âme qui en découd avec son temps et fustige les Musset, Lamartine et Béranger. Des auteurs qui selon lui jouent sur une vision populaire et faussement romantique, voire caricaturale de la vie et des états d’âme.
L’adaptation de la correspondance de Flaubert signée Arnaud Bédouet nous emmène dans la passion de Flaubert, ce travailleur insatiable, chercheur de phrase à contre-courant des usages à la mode. Flaubert hypersensible et lucide, veut de la chair, de la vie, « du sang, pas de la lymphe ». On reconnaît des passages de la future préface d’Emma Bovary, ses réflexions qui le pousseront à écrire contre la bourgeoisie et sa bêtise, Dictionnaire des idées reçues mais aussi et surtout Bouvard et Pécuchet.
La solitude est probablement l’autre versant de la personnalité de Flaubert, auteur isolé en Province du côté de Rouen quand tous les penseurs de son temps lui demandent de participer activement à la vie parisienne. C’est au prix de l’écriture qu’il sacrifie sa relation avec Louise Colet, poétesse à la mode. C’est sur la lettre de rupture de Louise que débute le spectacle.
La correspondance dépeint un Flaubert misanthrope et misogyne, lubrique, fréquentant les bordels et revendiquant l’amour comme étant en deçà du travail et de l’écriture. L’amour ne vient qu’agrémenter la vie mais en aucun cas ne doit la guider. Son regard critique sur l’humanité et la société d’un conformisme morbide l’isolent.
Librement adapté de la vie de Flaubert qui participera bien plus tard à la vie mondaine et parisienne, le spectacle est à voir. De grands moments, notamment quand Flaubert s’image à la tribune de l’Académie Française et apostrophe les écrivains de son temps, mais aussi quand il décortique la poésie de Louise Colet ou de Lamartine.
Une méridienne, une table, une caisse, un voltaire, il n’en faut pas plus à Jacques Weber pour nous transporter chez un Flaubert, libre, sauvage et plus théâtral que jamais.
http://www.theatre-atelier.com/
François Truffaut, l’exposition, Cinémathèque Française

L’exposition consacrée à François Truffaut à la Cinémathèque est l’un des événements de cet automne à Paris. Rétrospective dans et hors les murs, elle balaie de nombreux aspects de la vie et de l’œuvre de ce grand cinéaste. (suite…)
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So 2014. Une petite liste d'artistes qui ont fait l'année 2014. Offrez les à Noel. Vous ne vous tromperez pas!
On commence notre rétrospective avec le groupe qui n'est vraiment pas connu dans nos contrées mais qui mine rien réussit à convoquer les démons de Nirvana sans se perdre dans la caricature et les grands efforts du Sex Drugs & Rock'n'roll.
Ce quatuor est donc un groupe issu de la dégénérescence heureuse des Wasp. Effectivement The Hotelier vous accueille avec une pochette d'album qui en dit long sur l'état de cette catégorie sociale américaine. Un gros tag sur une maison proprette. Une ambiance de crise, comme en 2008. Et pourtant comme le suggère le titre de l'album, le groupe indé s'y sent très bien! Cela s'entend.
C'est donc produit à la dure et les musiciens jouent du rock comme si leur vie en dépendait. Tant mieux. Cela donne un disque musclé et sincère. Un petit bémol sur la voix mais elle est vite enveloppée d'un son énergique, passionnant car entre espoirs adolescents et conscience de la déchéance. The Hotelier nous renvoie dans les années 90, et le grunge, avec une aisance déconcertante. Des vrais petits Marty McFly!
Les histoires racontées sont petites mais le rock en donne une dimension théâtrale et héroïque. Le disque venge les petits gars du Massachusetts de la médiocrité, les conventions et l'ordre établi. Ils lorgnent sur le punk sans les stéréotypes. Les voix se répondent. La basse martèle joyeusement pour accompagner une batterie foutraque. Les guitares rugissent dignement. Ca pourrait être insupportable mais il y a de l'émotion derrière tout cela. Les titres s'enchaînent avec hargne et envie.
Produit par la grande industrie du disque, The Hotelier pourrait être le pire groupe de rock californien. Avec leurs petits moyens, les musiciens fabriquent un monde merveilleux où tous leurs rêves sont possibles. Leur humilité fait de leur disque l'une des meilleures choses arrivées des Etats Unis. A offrir aux petits énervés, aux anarchos et aux éternels adolescents...
Tiny engines - 2014
Johnny Jungle

Le destin d'un autrichien qui devient une star du Cinéma, ça vous parle?
On connait tous le destin d'un autrichien qui par son physique avenant est devenu un héros du cinéma de Hollywood. Qui plus est, si je vous dis que cette étoile de la côte ouest a un nom imprononçable et encore plus compliqué à écrire, vous pensez tout de suite à ...Johnny Weissmuller, bien sûr! Et vous vous aurez raison!
D'accord, beaucoup d'entre vous on penser à Arnold ex-governator Schwarzenegger, c'était facile, je veux bien l'admettre. Alors, pour en revenir à l'autre. Jean-Christophe Devenley et Jérome Jouvray nous proposent une excellente variation sur le destin de ce Tarzan d'avant guerre qui après avoir été plusieurs fois médaillé en natation, fit carrière à Hollywood pour terminer vendeur de piscine un peu détraqué.
Cette variation, c'est Johnny Jungle (Série en 2 tomes de 72 pages aux éditions Glénat). Les 2 couvertures des albums résument magnifiquement bien le propos. Encore plus quand on les met l'une à côté de l'autre. Je vous laisse la surprise de les découvrir.
J'ai eu la chance de rencontrer Jérôme Jouvray voilà quelques jours et je dois dire qu'il est bien agréable de discuter avec quelqu'un d'accessible, sympathique et intelligent. Mais, que pouvait on attendre d'autre de l'un des auteurs de Lincoln, série déjà évoquée dans ces pages.
Nous allons donc parler de ces 2 albums à la fois drôle, tendre et surtout plein d'humanité. Avec Johnny Jungle, on suit la vie d'un vieil homme fragile dans son hôpital qui finit sa vie en mélangeant sa vie et le destin qu'il a connu dans ses films en incarnant à de nombreuses reprises le personnage de Tarzan. Le personnage me fascine d'autant plus que j'ai eu la chance de voir les Tarzan de Weissmuller gamin. Et je flippait comme un malade gamin devant ces peuplades qui étaient là pour faire la peau du magnifique homme blanc plein de droiture et de bons sentiments.
Le auteurs ont su rendre tous les aspects de ce destin et de l'époque avec même des allusions à ces côtés racistes. IL y a tout, c'est riche, dense, drôle et sensible. Saisissez la liane qui vous est tendue et venez vous balancer de planche en planche aux côtés de Johnny Jungle vous ne regretterez pas le voyage!
PS: Pour l'anecdote, j'ai voulu quitter Jérôme Jouvray lui demandant de féliciter son frère pour une série dont je rafole. Le jeune homme s'est engagé à transmettre. Arrivé à la maison le doute me prend et je m'aperçois que la dite série n'est aucunement scénarisée par son frère, mais bien par un autre...Jouvray a su ne pas me mettre dans l'embarras, on reconnait la délicatesse du bonhomme...
Faada Freddy

Faada Freddy a enchanté le public du Trianon et du métro parisien. Un concert à voix. Coup de cœur.
On venait de loin ce soir là pour le voir. Du Sud de la France, d’Espagne et même du Sénégal, le public black and white réuni est tout sourire de voir l’artiste et sa team. Vêtu de son gilet et son chapeau, le voilà, sur la scène du Trianon, un peu intimidé de le voir au grand complet. Avec beaucoup d’élégance, de grâce dans ses mouvements, sans parler de son énergie communicative, il emporte dans un univers melting pot.
De la soul au reggae, du rapp à la world music, il jongle entre les rythmes. Accompagné de cinq vocalistes de talent, il chante, sort des notes de trompette de sa bouche, claque de doigts, tape du torse. En un mot il manie les percussions corporelles avec brio.
Comme ébahi par le succès qui l’auréole, il n’en revient pas que le public le devance sur les paroles de ses chansons. Sur Lost, Reality, Slow down en duo toujours génial avec Imany ou Borom Bi en wolof, le Trianon danse! Jusqu’au rappel No woman no cry et sing’in time où Faada emporte avec lui
le public ravi jusqu’au métro parisien. Une première! La fête continue ! Vivement la sortie de son premier album « The Gospel Journey » le 26 janvier Rendez-vous à la Cigale en avril.
Iranien

Un film plein d’humour et d’esprit pour interroger un sujet universel : le vivre ensemble.
Le réalisateur iranien athée Mehran Tamadon nous relate son expérience originale : passer deux jours avec quatre mollahs. Il les a convaincus de venir habiter et discuter avec lui dans sa maison sur les hauteurs de Téheran. En huis clos, les débats se mêlent à la vie quotidienne.
Le but du réalisateur était de faire comprendre aux Mollah qu’il existe, et devrait pouvoir vivre en Iran. Au-delà de la pensée narcissique, il permet alors au spectateur de transposer les questions dans son pays. Peut-on créer un espace commun neutre ? Sans croix, ni voile.
Quelles sont les limites à la liberté ? Qui les décide, quand ce qui dérange l’un n’est pas ce qui dérange l’autre ? Quels sont les compromis nécessaires pour vivre en paix ?
On est plongé dans une réalité dont on ignore tout ou presque. On voit les mollahs défendre leurs valeurs, promouvoir la charia mais aussi cuisiner, parler de désir face à une femme.
Les échanges sont riches, les taquineries fusent. On découvre des intégristes très humains et drôles. Leur humour fait même naitre une certaine sympathie... Et là, vigilance!
Présenté en avant première au Festival cinéma et droits humains en partenariat avec Amnesty international, il ne faut pas oublier que les mollahs, partisans de la République Islamique d'Iran ont mis en place un Etat où les droits de l’homme sont bafoués, leur liberté comme leur dignité piétinée.
Bande-annonce : Iranien - VOST par PremiereFR
Zed - 3 décembre 2014 - 1h45
Le Misanthrope, Compagnie Kobal’t, Bastille

Au Théâtre de la Bastille, la compagnie Kobal’t transpose avec talent le Misanthrope à notre époque. Jubilatoire. A ne pas manquer !
Ce Misanthrope est bel et bien parachuté au cœur du XXIe siècle. Les téléphones portables sonnent, les corps se déhanchent sur des sons rythmés. Mais n’allez pas croire que Molière est ici parodié. Bien au contraire, il s’en trouve magnifié.
C’est avec grand respect que la compagnie a revisité la pièce culte. Ses tirades en vers sont déclamées avec soin, rythme et talent. Les libertés prises quant au texte, à la diction feraient sourire jusque Molière lui-même. La transposition à notre époque fait ainsi résonner le texte avec une superbe actualité. Les acteurs évoquent l’intégrité, la compromission mais aussi l’amour, l’estime, et ce avec une justesse et une ardeur stupéfiante. Ce Misanthrope questionne si bien notre honnêteté.
Grâce à une mise en scène intuitive très originale de Thibault Perrenoud et Alice Zeniter, les personnages prennent un coup de jeune très excitant. Alceste, Célimène, Philinthe font ressentir les émotions qui les traversent avec proximité. On ressent la trahison, la passion avec eux.
Assis tout autour du plateau, en pleine lumière, le spectateur est au cœur de l’action. Grâce à cette disposition originale, chacun voit les réactions de ses voisins, la surprise sur les visages, les éclats de rire, les mains qui applaudissent. En dehors de certaines scènes d’action un peu trop agitées, on traverse ainsi ces deux heures avec jubilation.
L’intelligence, l’audace et la fougue au service de Molière, on en redemande. Que la compagnie Kobal’t se sente libre de revisiter d’autres pièces du répertoire de Molière, on les suit !
jusqu’au 20 décembre 2014
Entrée Plat Dessert

Pour la première fois, Martin et son petit frère Louis acceptent de rester seuls sans baby-sitter, pendant que leurs parents sortent diner dans le restaurant d’en face.
Seulement les parents sont injoignables : les téléphones portables ne passent pas là-bas. Et puis Louis commence à avoir peur, et puis encore quelqu’un frappe à la porte … Et puis …. Ouille, ouille, ouille !
Yann Coridian propose là un roman plein de rythme décrivant avec sensibilité toutes les émotions qui traversent les deux garçons : appréhension, crainte, solitude, responsabilité, complicité, plaisir, bonheur…
Les deux frères sont soudés et l’aîné assume avec brio et courage son rôle. Les dialogues entre eux sont à la fois émouvants, drôles et justes. S’ajoutent à ce texte les illustrations de Gabriel Gay, très proches du texte. Par leurs couleurs elles apportent une ambiance nocturne un peu inquiétante tout à fait adaptée à cet ouvrage des plus réussis.
À lire dès 7 ans en évitant les soirs où les parents sont sortis !
Yann Coridian – Gabriel Gay
Mouche de L’école des Loisirs
Lost in the Dream

So 2014. Une petite liste d'artistes qui ont fait l'année 2014. Offrez les à Noel. Vous ne vous tromperez pas!
C 'est l'album qui commence à apparaître dans pas mal de best of de l'année. Pourtant il n'a pas eufait grand bruit. Le trio de Philadelphie est aussi charismatique qu'un cou d'autruche. Pourtant il faut bien sortir la tête du trou pour écouter ce disque qui prouve que Joy Division n'est pas mort.
Le leader de The War on Drugs se nomme Adam Granduciel et semble déprimé. Il a monté son groupe avec Kurt Vile qui depuis a connu le succès en solo. Une fois ce dernier parti, Adam s'est retrouvé bien seul et cultive ce spleen. A la fin de la tournée de leur second album, il a bien du mal à vivre normalement et sombre dans la dépression et la paranoïa.
Quels sont les thèmes du troisième album: la dépréssion et la paranoïa! Rien de tel donc qu'une lourde influence anglaise pour que le groupe redécouvre le meilleur des années 80. A ce petit jeu, The War on Drugs se débrouille très bien. Les nappes des synthétiseurs sont parfaitement disposés pour soutenir une voix chancelante mais passionnante à suivre. Il y a quelque chose de romanesque dans le style du groupe. La lenteur n'empêche pas le panache.
Puisque Adam Granduciel chante avec intensité! Il ne triche pas. La musique est son échappatoire. Le type est hanté. Les paroles s'engouffrent dans la moindre souffrance. Mais il y a un lumineux décalage avec la musique, dense et profitant des meilleurs artifices des années 80, entre Joy Division et des références plus américaines comme Lloyd Cole ou Springsteen. Sans la musique la vie serait une erreur. Adama Granduciel défend cette idée avec ardeur.
A offrir aux dépressifs, aux hipsters, à ceux qui veulent se réconcilier avec les années 80
Le Domaine des Dieux

Le massacre en live est arrêté. Astérix retrouve le format dessin animé. Même en infographie, Astérie gagne en profondeur et en humour. De vrais retrouvailles!
A part le film d'Alain Chabat, les adaptations du célèbre petit gaulois au cinéma ne font pas beaucoup rire. On est même pas loin du pathétique et du consternant. Beaucoup d'efforts mais peu de bonnes blagues en quatre films! Auteur adulé de Kaamelott, Alexandre Astier ne tombe pas dans le piège: il retourne vers l'animation, plus proche de la bande dessinée par nature.
En même temps il retrouve la verve délicieusement satirique des premières bandes dessinées. Le Domaine des Dieux singe avec humour les travers et les tics des Français, trop gaulois au goût des autres. Astier continue de piller avec intelligence le non sens des Monty Pythons et propose une nouvelle fois quelques dialogues hilarants, tout en décalage.
En moins d'une heure et demi, il réussit son adaptation qui devrait plaire à toute la famille. Il n'en fait pas trop. La mise en scène est précise et concise. C'est du travail sérieux pour développer un humour propre à la bédé mais aussi à Astier qui ne se trahit jamais en racontant une nouvelle fois une lutte entre Astérix et son rival surpuissant, Jules César.
On devine l'implication dans le projet de chacun. La réalisation ne manque pas d'entrain et le ripolinage infographique ne dérange pas beaucoup. Pour les nostalgiques, Astier a eu la bonne idée de retrouver Roger Carel qui prêtait sa voix aux vieux dessins animés. La musique lorgne sur les années 70. C'est léger, tendre et fait avec beaucoup de coeur. Pour une fois, on ne va pas bouder son plaisir.
Avec les voix de Roger Carel, Guillaume Briat, Lorant Deutsch et Laurent Lafitte - M6 Studio - 26 novembre 2014 - 1h25





