Applause: Black Sand

20th Century Boys

Pour le bug de l'an 2000, un maître du manga imagine le pire. Avec brio et gourmandise. Au fur et à mesure...

Je ne suis pas un dingue du manga. J'ai lu Akira quand j'étais gamin. Lorsque vous avez commencé par le meilleur, difficile d'accepter le reste même si la culture manga a déferlé avec ses chefs d'oeuvre aussi. Visiblement, 20th Century Boys appartiendrait à cette catégorie. Donc je me lance dans cette massive saga qui raconterait toutes les angoisses de notre époque.

Premier tome de l'édition de Luxe. Un peu rétrograde, il me faut quelques pages pour reprendre l'habitude de la lecture "à l'envers". Je le répète: je ne suis pas un grand habitué du genre. Naoki Urasawa, auteur de Monster, a l'art de nous plonger dans le mystère total. Des fragments d'histoire d'abord. Ce que l'on comprend:

Kenji sera un anti héros. Un serial loser. Il garde la fille de sa soeur disparue. Il tient une supérette sans grande envie. C'est un rockeur raté. Il n'a rien du sauveur du Monde qui va devoir affronter une menace terrible, la secte d'Ami.

Une étrange marque de la secte rappelle quelque chose à Kenji qui va voir son quotidien glisser dans l'absurde. Son passé et les amis de sa jeunesse pourraient avoir la réponse à ses problèmes qui se multiplient rapidement.

Le récit va s'axer sur des parallèles entre plusieurs époques. Cela permet à Urasawa d'aborder plusieurs thèmes comme une chronique aigre douce de l'enfance, le deuil des illusions et surtout le polar quasi surréaliste. Il y en a des promesses! Pari réussi: je veux rapidement lire le suivant et copieux volume!

Gospel Journey

Faada Freddy, un premier album réussi. Gospel journey emporte dans un voyage melting pot avec une énergie communicative.

De la soul au reggae, du rapp à la world music, Faada Freddy offre un premier album réjouissant. Rythmes variés, paroles en anglais, français et wolof, Gospel Journey donne le sourire.

La voix profonde et magnétique du Sénégalais Faada Freddy traverse cet album. Chants, claquements de doigts, notes de cuivres de ses lèvres pincées, en deux mots, l'album est entièrement vocal et corporel. Les sons proviennent de la voix ou des frottements de mains et autres tapements du corps.

Accompagné de vocalistes de talent, Faada Freddy offre sa musique avec grâce. Il a d'abord rencontré le public avant l'entrée en studio. En partageant la scène avec d'autres chanteurs dans son groupe Daara J ou la chanteuse et amie Imany, il a façonné son univers. Porté par le succès, il cultive sa singularité.

Son premier album est fidèle à son amour de ce qui lie les hommes. Sans prôner une démarche religieuse malgré son titre, « Gospel Journey » relie les styles musicaux comme les cultures et véhicule des valeurs de partage, de fraternité, d'unité. Un miroir de l'humanité et de la spiritualité d'un artiste inspiré.

Think Zik - 2015

Lignes de faille, Nancy Huston, Catherine Marnas, Rond-Point

lignes

 

Catherine Marnas met en scène l’immense saga familiale de Nancy Huston mêlant questions identitaires, familiales, historiques et politiques. Un résultat réussi mais qui reste un peu trop conventionnel.

Chaque famille a certainement ses « lignes de failles », ces moments marquants qui unissent ou désunissent, certains partagés d’autres portés comme de lourds secrets pendant des décennies. Dans son œuvre, Nancy Huston a entrepris l’immense exercice de dégager les « lignes de faille » d’une famille, sur quatre génération, en remontant le temps et l’histoire d’un arrière-petit fils à son arrière grand-mère. Focalisée sur quatre membres de la famille magnifiquement interprétés par Julien Duval (l’arrière petit fils), Franck Manzoni (son père en même tant que lui-même fils et petit-fils), Catherine Pietri (sa grand-mère, en même temps que mère et fille) et Martine Thinières (son arrière grand-mère, en même temps que grand-mère, mère et fille).

Catherine Marnas en extrait quatre actes, comme quatre tableaux d’événements à des époques et des lieux très différents mais qui marqueront l’histoire de la famille toute entière. Ainsi, on parcourt à reculons l’histoire du 20ème siècle, de la Californie de Schwarzenegger, à Israël au moment du massacre de Sabra et Chatila, Toronto des années 60, et enfin la Bavière, sous l’Allemagne nazie, quand la personne à l'origine de toute la lignée, Kristina (l'arrière grand-mère), n’était encore qu’une petite fille.

La saga familiale extrêmement fouillée par Nancy Huston est splendidement rendue par Catherine Marnas qui présente, avec la même précision d’orfèvre, la même attention aux détails, la complexité des personnages et des liens qui les unissent, dans toutes leurs parts y compris et surtout celles d'ombre et de mystère. Progressivement on apprend à les connaître, on démêle les origines de leurs fragilités, de leurs questionnements et les explications de leur caractère.

C’est sans aucun doute l’avantage d’avoir fait une pièce aussi longue (elle dure tout de même 4h30), tout peut y être décortiqué, mis en perspective dans son contexte historique. Et on en ressort comme d’un roman qu’on aurait dévoré sans parvenir à s’interrompre, avec une idée bien à soi et incroyablement précise de la personnalité de chacun des personnages, le sentiment de les connaître et d’avoir véritablement traversé les péripéties de leurs existences à leurs côtés.

Seul bémol, alors que les intermèdes musicaux, les changements à vue et plusieurs scènes sont des régals d’originalité et de fantaisie faisant souvent sourire et même rire, on aurait apprécié qu'encore plus d’originalité vienne contrer la longueur et la densité de l’ensemble.

 

Jusqu’au 11 avril 2015

à 19h, au Théâtre du Rond Point

4h30 avec entracte

D’après le roman de Nancy Huston

Mise en scène de Catherine Marnas

Avec, dans les rôles principaux, Martine Thinières, Catherine Pietri, Franck Manzoni et Julien Duval

Puggy: When You Know

Hacker

Le piratage informatique peut il être un sujet de cinéma? Réponse positive par l'étrange Michael Mann.

Michael Mann aime les bandits. Dans Heat ou Public Enemies, ils étaient amoureux. Dans Collateral, ils se faisaient philosophes. Désormais, ce sont des pros de l’informatique et des attaques virales. Le monde a bien changé : après le documentaire Citizenfour, voici donc une vraie fiction sur un sujet pas très photographique.

Heureusement Michael Mann est un réalisateur qui a le souci de l’esthétisme. Les premières minutes font un peu peur avec un plan vu mille fois ou un virus s’introduit en virevoltant entre les câbles au plus profond d’une puce qui va provoquer l’explosion d’une centrale nucléaire chinoise. La virtuosité est roublarde mais très vite, le réalisateur s’en détache avec son jouet préféré : la caméra HD.

Cela lui permet de filmer au plus près la course poursuite entre un hacker fou et un repris de justice, musclé, beau et très intelligent. Le massif Chris Hemsworth est expressif comme un pixel mais il fonctionne plutôt bien dans le rôle du génie mal aimé.

Il n’empêche pas les jolies abstractions de Michael Mann, qui possède toujours son savoir-faire pour suggérer la dématérialisation ou la déshumanisation de nos existences. Ca sent fort la redite mais son polar est une fois de plus hypnotisant.

Cette volonté de dépouiller le polar fait plaisir même si les tics de l’auteur de Deux Flics à Miami sont appuyés. Mais il est certain qu’il ne fait rien comme tout le monde. Cela peut plaire. Cela peut déconcerter aussi.

Car il oppose au scénario carré et prévisible, une amourette naïve entre le héros et une jolie chinoise et bien entendu un coté contemplatif dans sa réalisation, qui s’accapare les décors du ciné d’action de HongKong, reconnu et spectaculaire.

Avec un sujet pas du tout cinégénique, Mann parvient à faire son cinéma, organique et irrévérencieux en vers les codes du genre. Il nous perd un peu sur la durée mais Hacker est de toute façon, un thriller pas comme les autres, et ça, c’est déjà pas mal !

Avec Chris Hemsworth, Tang Wei, Viola Davis et Ritchie Coster - Universal - 18 mars 2015 - 2h15

Deus : Suds & Soda

David Dimitri L’Homme-Cirque

homme cirque

David Dimitri nous enchante avec un spectacle original et très audacieux. On en redemande!

Il est seul mais pourtant aucun tour ne semble pouvoir lui résister. Bien au contraire, David Dimitri nous prouve, avec un talent déconcertant, qu'il n’est pas nécessaire d'être plusieurs pour faire du cirque et que l'imagination et l'humour peuvent permettre d’inventer des partenaires insolites et de réaliser des tours invraisemblables.

Tout en maintenant un échange comique constant avec son public,  David Dimitri vérifie que toutes ses attaches sont bien assurées,  que le moindre détail de ses tours pourra être parfaitement réalisé. Et hop, en un instant, le voilà suspendu au plafond,  s'envolant dans les airs ou disparaissant du chapiteau par le toit.

Les enfants sont morts de rire ou ébahis, impressionnés  devant autant d'audace et de prise de risque. Les adultes sont tout aussi enchantés, car les numéros sont aussi originaux qu’osés et que la bienveillance de David Dimitri est profondément communicative. Un spectacle rare et impressionnant.

Amateurs de cirque, ne le ratez pas!

Jusqu’au 22 mars 2015
au Centquatre (104)
Durée : 1 heure
A partir de 5 ans

Citizenfour

Documentaire militant, Citizen Four pose des questions graves et nécessaires.

Réalisatrice engagée, Laura Poitras rencontre Edward Snowden, un ingénieur de 29 ans qui veut en démordre avec la politique américaine : il est prêt à balancer des milliers de documents sur le travail plus que douteux de la CIA, de la NSA et autres institutions américaines qui se permettent de s’intéresser à nos vies privées.

L’informaticien se révèle courageux. Pourtant tout se passe dans une chambre d’hôtel à Hong Kong. Le film nous enferme dans la lente progression de Snowden vers la libération de ses informations confidentielles, révélées au grand jour.

Laura Poitras est donc une privilégiée : elle observe le plan d’attaque du jeune homme et de quelques journalistes qui vont devoir en découdre avec l’administration américaine. Le scandale se met habilement en place et on contemple les prises de conscience du lanceur d’alerte, qui devient obligatoirement ennemi de sa patrie.

L’Histoire est en marche : elle se fait dans des chambres d’hôtel, durant des entretiens calmes et passionnants. Ils sont complexes : on ne vulgarise pas tout dans ce documentaire un peu austère mais fascinant.

Derrière tout cela, le film soulève de très nombreuses questions et des scandales dont on a du mal à calculer l’ampleur et la portée. Comme dans un film d’espionnage, on se promène dans d’exotiques pays de la planète et les complots se multiplient. On est un peu sonné à la sortie du film : on se demande bien dans quel monde on vit. La mission de Snowden est remplie : soyons vigilants !

Haut et Court - 04 mars 2015 - 1h54

Chasing Yesterday

Un album tout en mid-tempo. Assagi ou fatigué le père Noel?

Résumé des épisodes précédents: avant de rentrer sur scène à Rock en Seine, Liam et Noel Gallagher se battent une dernière fois et enterrent avec fracas, Oasis, groupe phare de la Britpop. Liam tente de briller avec Beady Eye, pale ersatz de son premier groupe. Noel Gallagher sort un album solo qui montre bien que c'est lui le patron, auteur de la plupart des hymnes d'Oasis.

Quatre ans plus tard, après une tournée sans fin, Noel Gallagher retrouve les High Flying Birds pour Chasing Yesterday. Il serait donc à la recherche du temps perdu. Il regarde derrière lui mais ses nouvelles compositions continuent de lui ressembler. Il y a de la nouveauté mais Noel Gallagher est devenu une force tranquille. Chasing Yesterday démarre doucement et les héroïques sons d'Oasis sont un peu atténués.

Il sait toujours écrire un refrain qui va se scotcher directement dans la mémoire. Mais il y a une vraie atmosphère travaillée, un peu plus psyché ou jazzy, et Noel est moins enclin à la démonstration. C'est un peu déconcertant mais bon, après 20 ans de carrière, il s'échappe un peu de ses habitudes, ce qui n'est jamais un mal.

Il invite donc un saxophone dans certaines chansons. Une présence féminine s'incruste derrière sa voix tout aussi évidente que celle son frangin tête à claques. Il gratouille avec l'un des idoles, Johnny Marr des Smiths. Mais d'une manière générale, il s'impose comme le gardien de l'identité rock de l'industrie britannique. Grande gueule, il produit et réalise un disque élégant, aux résonances plus profondes qu'il n'y parait.

Le vieux lads n'est pas si nostalgique. Il puise sa force dans son passé de musicien passionné. Il est définitivement un grand nom de la pop anglaise.

Sourmash - 2015

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