Pulp

C'est un disque en apparence très anodin. De la pop qui lorgne joliment sur les Beatles. Les frères Chiasson et leurs deux copains ont au Québec, beaucoup écouté la révolution musicale anglaise des années 60. En anglais, ils chantent de simples chansons standardisées.
Voilà, c'est ce que l'on peut dire sur The Seasons et leur tout premier disque, Pulp. Ils ne cèdent pas à la tentation de la modernité. Tout en humilité, ils restent sur le créneau éternel de basse-guitare-batterie et jamais ils ne vont dévier sur des titres propres.
Mais bizarrement, Pulp revient sur la platine. Peut être justement, à cause de son accessibilité. Ils soignent leur look rétro. Le chanteur a un peu des airs de Bob Dylan.Leur musique se promène entre tradition assumée et culot discret.
On finit par se demander s'ils ne sont pas avant gardistes avec des morceaux aussi limpides, d'inspiration sixties. On fredonne facilement et les harmonies vocales sont plus hardies qu'aux premières écoutes. C'est du bel ouvrage, bien travaillé à défaut d'être spectaculaire!
Les Canadiens réussissent un disque séduisant, qui ne joue pas vraiment sur le charisme mais plutôt le charme. En apparence ca pourrait manquer un peu d'énergie mais finalement on se fait avoir et on revient souvent à leurs mélodies élégantes et plus savoureuses qu'à la première impression.
Servant of Love

Patty Griffin est méconnu chez nous. Un peu moins aux Etats Unis! Venue de la country, elle célèbre la musique folk avec une inspiration rare.
Le premier morceau vous attrape en quelques secondes. Un piano mélancolique débute avant que la voix légèrement brisée de la chanteuse capte l'attention avant de se faire aider par un saxophone envoûtant. Servant of Love, le titre, est une petite merveille qui ne déplaira pas à Tom Waits. Les cuivres s'invitent dans ce tout nouvel album de Patty Griffin, trop peu connu chez nous!
En 2007, elle résume la musique américaine avec un puissant disque, Children Running Through, exemple parfait de tout ce qu'il y a de bien dans l'appellation fourre tout, l'Americana. Née à Old Town, dans le Maine, la rousse pétillante a débuté sur les sentiers balisés de la country avant de s'aventurer vers des racines de plus en plus profondes. Comme EmmiLou Harris ou Alison Krauss, elle a dépassé joyeusement les limites et c'est tant mieux pour nous.
Car elle a conservé cette voix haut perchée et sensible. Il y a ici ou là une belle guitare qui vibre et d'autres instruments entendus dans les classiques de la country. Mais le blues est omniprésent. Les états d'âme ont hanté les nouvelles compositions.
Une belle touche de jazz est ajoutée sur des morceaux qui continuent de diluer un doux spleen, extrêmement mélodique et d'une subtilité toujours aussi rare. Face à des textes autour de l'amour et de sa perte, la musique est formidablement protéiforme.
Les racines sont si fortes que l'artiste peut construire autour de ses humeurs, une musique qui emprunte aussi aux autres continents comme l'Europe ou l'Afrique. C'est toujours aussi impressionnant d'entendre cette chanteuse! Son charisme est immense. Ses idées sont changeantes et passionnantes. Il faut vraiment que vous partiez à sa rencontre.
Thirty Tigers - 2015
Splendeurs et misères. Images de la prostitution de 1850 à 1910 », musée d’Orsay

« Splendeurs et misères » : le titre est tiré du roman de Balzac Splendeurs et misères des courtisanes, publié entre 1838 et 1847, soit juste avant la période traitée dans l’exposition du musée d’Orsay. La prostitution est un sujet forcément racoleur mais il est ici bien argumenté. En effet, la prostitution a été, particulièrement à Paris, un fait social de premier plan pendant le Second Empire (1852-1870) et la fin du XIXe siècle, objet de débats passionnés entre « abolitionnistes » et « règlementaristes », et un thème de prédilection pour les peintres. Concourant à la propagation de la syphilis qui faisait des ravages, il s’agissait aussi d’un problème très sérieux de santé publique, qui nourrit un imaginaire macabre chez certains artistes (comme Félicien Rops).
Comme le montrent bien les premières sections de l’exposition, le statut des prostituées était alors ambigu car la prostitution était présente dans toutes les classes sociales, des « pierreuses » misérables en passant par les petites employées et vendeuses accordant leurs faveurs pour compléter leur maigre salaire, jusqu’aux courtisanes de haut vol adulées et prêtes à toutes les excentricités, les « grandes horizontales ». Il était dès lors difficile de les distinguer des « honnêtes femmes » et l’ambiguïté persiste dans la peinture. Replacés dans leur contexte social, des portraits de femmes, des scènes de rue, de cafés ou d’opéra s’éclairent d’un sens nouveau.
A travers ce phénomène largement répandu à cette époque, c’est le regard des hommes sur les femmes qui est en jeu et, partant, la condition même des femmes.
L’exposition présente un grand nombre d’œuvres, essentiellement des peintures à l’huile dont la plupart, hormis dans les dernières sections qui évoquent la « modernité », datent des années 1870-1880. Toulouse-Lautrec, connu pour sa tendresse envers les prostituées, est l’un des principaux peintres représentés, avec plusieurs huiles et pastels sur cartons en provenance d’Albi ou des États-Unis. Sont aussi convoqués, entre autres, les peintres Jean Béraud, Edgar Degas, Edouard Manet, Gustave Courbet, Emile Bernard, Vincent Van Gogh, Henri Gervex, plus tard Félicien Rops et Edvard Munch et, à la fin (dans les sections concernant la « modernité ), Kies Van Dongen et Pablo Picasso.
Un effort particulier a été porté sur la mise en scène, confiée au scénographe Robert Carsen. Ce dernier explique (dans la vidéo de présentation, sur le site d’Orsay) comment il a reproduit sur les murs des nuances de rouge du XIXe siècle jusqu’à un rouge plus « moderne ». Un couloir tapissé de photos agrandies de rues de Paris où se trouvaient des maisons closes marque une transition entre les sections concernant l’espace public et celles traitant des maisons closes. C’est l’occasion d’entrer dans l’intimité de ces maisons, avec une pièce aménagée comme un salon d’accueil, puis des espaces plus exigus et deux pièces fermées par un rideau recelant les fameuses photos pornographiques – et même un film d’époque.
Ces documents sont peut-être inédits, mais on peut se demander s’il était vraiment nécessaire de leur consacrer deux pièces, sachant que cette exposition est la troisième en peu de temps à flirter avec le sujet du sexe (après « Le nu masculin » et « Sade »). Quelques photos auraient suffi à documenter le sujet sans pour autant prendre presque autant de place que des œuvres d’art, dont la place est plus légitime dans un musée de beaux-arts.
En revanche, voici quelques curiosités à ne pas manquer : les petits films comiques mettant en scène des prostituées se moquant de leurs clients, la série de photos montrant une lorette rêvant de devenir une riche courtisane, les jetons des maisons closes et les cartes de visite des prostituées, le mobilier des grandes cocottes et demi-mondaines (Valtesse de la Bigne, marquise de Païva…) dont un imposant lit en coquille et une invraisemblable chaise pour les plaisirs du futur roi d’Angleterre Edouard VII. Et aussi quelques chefs-d’œuvres venus de loin : notamment le portrait par Théodore Chassériau de sa très belle et très courtisée maîtresse, Alice Ozy (Baigneuse endormie près d'une source, 1850, musée Calvet, Avignon), ou Le bal de l’opéra par Henri Gervex (1886, galerie Jean-François Heim, Bâle).
En bref, une exposition thématique intelligemment menée et bien documentée, qui propose un nouvel angle de lecture pour regarder d’un œil neuf nombre de peintures d’Orsay et des peintures moins connues, et qui n’a nul besoin de photos pornographiques estampillées XIXe pour trouver son public.
Exposition « Splendeurs et misères. Images de la prostitution de 1850 à 1910 » au musée d’Orsay, du 22/09/15 au 17/01/16
Présentation détaillée sur le site du musée d’Orsay.
Photo Non Contractuelle

Ivan Callot est un petit rigolo de la chanson française. Ex membre des Fatals Picards, il continue de se moquer de tout avec un goût ici pour le minimalisme.
Sa voix est un peu éraillée. On peut y entendre une forme d'innocence et de candeur qui excuseront un humour ravageur et complètement régressif. Rigolo est l'adjectif idéal pour décrire le chanteur Ivan Callot, révélé grâce aux premiers faits d'armes des Fatals Picards.
Même lorsqu'il s'éloigne d'eux, il continue de se marrer avec les Rois de la Suède. Avec le batteur de ce groupe, il fonde désormais Deux, un duo (logique imparable) qui a bien décidé de dire des conneries dans une joyeuse décontraction. Ivan et son complice ne prennent rien au sérieux. Tant mieux.
Ils se moquent de tout et de rien. C'est de la blague potache qui vise les misères de l'Europe, le Star System, internet etc. Les cibles sont faciles mais la chasse au refrain crétin est plutôt jouissive. Les deux hommes s'appuient sur une musique minimaliste, bricolée mais souvent entraînante. Même s'ils veulent apparaître comme des "jemenfoutistes", ils s'appliquent tout de même sur leurs sons décalés, assez attachants.
Quinze chansons, c'est peut être beaucoup, mais il y en aura forcément une qui fera tilt. Leur punk débilo ironique reste totalement recommandable. On espère qu'ils vendront un peu plus que deux albums!
Label adone - 2015
L’homme Irrationnel

10 ans après Match Point, Woody Allen nous refait le coup du cynisme appuyé et du polar sentimental. Ca marche encore !
C’est un personnage comme Woody Allen les affectionne. Un héros qui ressemble au cinéaste. Un type tourmenté par la philosophie, la morale et les jeux du hasard. Professeur d’université, il fricote, à peine arrivé sur son nouveau campus, avec une collègue portée sur la bouteille et une étudiante lumineuse.
D’un coté, il partage son spleen. De l’autre, il se rassure avec la fraicheur de l’étudiante. Le destin va lui donner une précieuse impulsion dans sa vie : il envisage de tuer un salopard… Et ca repart. Le goût de la vie retrouve une certaine saveur.
Kant et Sartre deviennent des inspirations pour justifier son crime. Mais que vont penser ses deux conquêtes? L’histoire sentimentale de ce type au fond du trou sera donc le point de départ à un thriller, bizarrement joyeux comme sait le faire le réalisateur de Blue Jasmine.
Après la parenthèse enchantée qu’est Magic in the Moonlight, ce nouveau film joue avec le spectateur. Woody Allen jubile avec ses ruptures de ton, ses personnages pervers et au milieu son étudiante, naïve et brillante, interprétée par la nouvelle muse du cinéaste, Emma Stone.
Comme dans son précédent film, il s'efforce à faire de belles images, dans de beaux décors (c’est assez rare pour être signalé : il tourne aux Etats Unis en dehors de New York), avec de beaux comédiens pour souligner l’ironie de l’existence et de son récit. Son histoire s’attache à décortiquer l’étrange morale de l’universitaire, pervers, séduisant et pathétique en même temps.
L’air est connu mais le cynisme est un art que seul Woody Allen sait travailler avec intelligence et jubilation. La mécanique du meurtre se mélange parfaitement avec les idées plus ou moins désenchantées du cinéaste. Il continue de défendre son cinéma vraiment indépendant, presque perturbant.
Continuant d’observer l’absurdité de nos vies, par des styles et des récits très différents, il entretient la richesse de son cinéma, celui qu’on aime, plein de turpitudes existentielles et de bonnes idées de cinéam. Pas mal pour un vénérable réalisateur de 80 ans ! Un vieil homme! Merveilleusement irrationnel!
Avec Emma Stone, Joaquin Phoenix, Parker Posey et Jamie Blackley - Mars Distribution - 14 Octobre 2015 - 1h36
Crimson Peak

Une vieille batisse perdu dans la morne campagne anglaise. Un frère volubile et une sœur mystérieuse. Une jeune femme qui rentre en contact avec des fantômes. Bienvenue dans la maison hantée de Guillermo del Toro.
Le réalisateur de L’Echine du Diable s’était beaucoup amusé dans son dernier film, le coloré Pacific Rim. Des gros robots décollaient des droites à des immenses créatures baveuses. Ce blockbuster avait un grand mérite : changer nos habitudes de consommateurs nourris par Hollywood et ses crétineries de l’été !
Cette fois-ci, il revient à un sujet beaucoup moins spectaculaire : le film d’horreur à l’ancienne. Del Toro fabrique donc sa maison hantée de toute pièce. Il emprunte les plans à une toute une frange du cinéma de genre européen des années 60 et aux grands classiques gothiques. L’homme a toujours eu bon goût. Crimson Peak a fière allure avec sa bâtisse qui s’enfonce lentement sur un terrain d’argile rouge, du plus bel effet.
Il met dedans un couple étrange. Un frère et une sœur. Le premier est un joli cœur aux yeux clairs. La seconde est une pianiste peu loquace. Entre les deux il place une pauvre jeune fille innocente et très riche.
La jeune Américaine découvre l’austérité dans laquelle vit le couple britannique et se demande si son récent mari ne cacherait pas de lourds secrets…
Cette dernière voit des fantômes et ces derniers foutent d’abord les chocottes ! Del Toro a toujours défendu ses créatures bizarres, effrayantes et mêmes monstrueuses. Ce sont plutôt des Hommes dont il faut se méfier ! Leur perversité inquiète réellement l'auteur du Labyrinthe de Pan.
C’est la faiblesse de Crimson Peak. Si on connait un peu l’univers du cinéaste, on n’est pas du tout surpris ou même effrayé. Ce qui est un peu un comble lorsqu’on veut faire dans l’épouvante à l’ancienne.
C’est très beau. Del Toro est un élégant conteur, évitant bien souvent la facilité. Le manoir est magnifique. Les costumes et l'ambiance font le reste.
Hélas, son film ne fonctionne qu’à certains moments. La vraie terreur vient de l’interprétation de Jessica Chastain, véritable furie. Mais ça ne suffit pas. On n’est pas loin de l’ennui poli.
Même pas peur !
Avec Mia Wasikowska, Tom Hiddleston, Jessica Chastain et Charlie Hunnam - Universal - 14 octobre 2015 - 2h
Péguy-Londsale, Entre ciel et terre, Théâtre de Poche

Le 5 septembre 1914, premier jour de la bataille de la Marne, mourait Charles Péguy.
Sur le front.
De front.
Sans avoir jamais capitulé.
Engagé, poète, écrivain, croyant.
Un homme de foi.
Fois multiples.
Michael Lonsdale et Pierre Fesquet, deux voix pour les mots du poète. Thierry Bretonnet les dit, lui, sur les touches de son accordéon. Ils extraient des passages d’une œuvre multiple, engagée, terrestre et céleste, une œuvre croyante, qui croit en l’homme, qui croit en la terre et au ciel.
Trois pupitres. Les textes comme partitions. Musique de la voix, des mots, de l’accordéon.
Péguy/Lonsdale est le titre parce que ces deux hommes s’entendent en pensée et en conviction. Parce que l’un a choisi l’autre, et que l’autre a écrit les mots éternels. Deux noms, deux entités « entre ciel et terre », sous-titre.
Trois pupitres, trois chaises, trois interprètes. Rien d’autre, c’est l’essentiel.
Premiers mots et notre attention tout entière mobilisée. Murmure, grêle de notes, seconde voix plus forte. Aucun bruit dans la salle, une attention-faisceau dirigée vers les trois hommes.
Voici le ciel l’enfer les tranchées
Voici les lettres les prières les feux
« Garder un souvenir sans deuil »
Voici le souvenir l’amour l’espérance
« L’espérance est une petite fille »
Voici les mains de Lonsdale s’élevant au niveau des mots
« La terre préparant à l’enfer (…)
Aujourd’hui c’est l’enfer qui déborde sur la terre »
Voici des phrases des confidences qui atteignent notre actualité notre société notre quotidien
Voici les yeux fermés l’accordéon jouant de son souffle
De ses tremblements de ses aigus
De ses intonations de ses graves
Voici les deux comédiens lisant l’un après l’autre
Poursuivant la pensée de l’un après l’autre
« … la plume entre les dents »
Voici le bois le charpentier la boue
Voici la croix le berceau le cercueil
Voici le poète s’arrachant à sa terre à son fleuve
Voici le poète être arraché à sa vie
Voici la « Prostitution électorale »
Lonsdale plonge son regard dans le nôtre
Voici le silence absolu
« Ne jamais capituler »
Voici des voix qui jamais n’imposent
Des voix qui proposent
Des voix que l’on écoute
Et qui longtemps résonneront
Au Théâtre de Poche
75 bd du Montparnasse, 75006 Paris
DU 23 JANVIER AU 1er FÉVRIER ET DU 10 AU 15 FÉVRIER 2015 - 21h du mardi au samedi à 21h, 15h dimanche
PEGUY / LONSDALE, ENTRE CIEL ET TERRE
Mise en scène Pierre FESQUET
Avec Michael LONSDALE - Pierre FESQUET et Thierry BRETONNET à l'accordéon
Thugs they look like Angels

Le trio très électrique de Talia continue de ruminer avec ardeur l'héritage rock des années 90. Sympa!
On imagine bien le look de Nicolas Costa au milieu des années 90. La chemise à carreau. Le cheveu gras. Le jean délavé. Et sûrement Nirvana, Soundgarden et quelques joyeux drilles du grunge dans les oreilles. Voilà les petites fées qui se sont penchées sur le jeune Parisien qui va depuis réaliser des petits morceaux bien tranchés de rock bien senti.
Cette volonté fait tout le charme du trio qui sort ici son troisième disque. Une fois de plus, ca va vite. Les riffs sont furibards mais jamais héroïques. Il y a une espèce de candeur qui fait aussi toute la mythologie de ce bon vieux rock'n'roll.
Il n'y pas beaucoup à attendre de ce nouvel album: il y a beaucoup à entendre. La bassiste et le batteur travaillent en profondeur les classiques du binaire tandis que le leader assure sa partie chant et ses jolis solos bien tricotés.
Ils ne grandissent pas mais ce n'est pas si mal: c'est du rock hors du temps, qui fait du trio, la famille des enfants perdus de Peter Pan. C'est l'incandescence du riff qui prime. Le plaisir de jouer à trois résonne dans chaque chanson. On a toujours l'impression de bien les connaître ces trois là. Ils pourraient être nos potes. Comme ce sont nos amis, nous ne dirons pas de mal d'eux. L'amitié, c'est sacré! Le bon vieux rock'n'roll aussi!
Send the Wood Music - 2015





